Recommandation 1632 (2003)1
Adolescence en détresse: une
approche sociale et sanitaire du mal-être des jeunes
1. LAssemblée
parlementaire sinquiète de ce que les jeunes en Europe adoptent de plus en
plus des conduites susceptibles de mettre en danger leur santé et leur vie.
Il sagit, entre autres, du tabagisme, de la consommation excessive
dalcool, de lusage de stupéfiants illicites, des dérèglements alimentaires
et des relations sexuelles non protégées. Dautres activités dangereuses
sont également à noter: lautostrangulation, le «surf entre les trains» et
la traversée des autoroutes, entreprises dans le seul but de ressentir des
émotions fortes et sensationnelles. La plupart des jeunes sont parfaitement
conscients du danger dun tel comportement pour leur santé et leur vie.
2.
Laugmentation du taux de suicide chez les jeunes est lui aussi source
dinquiétude. Dans beaucoup de pays européens, le suicide est la deuxième
cause de mortalité chez les adolescents, après les accidents de la route.
3. Pour
sengager dans de telles conduites, les jeunes ont des raisons et des
motivations qui leur sont personnelles. Toutefois, laugmentation des
activités à risque démontre une détresse croissante commune à lensemble de
la jeunesse.
4. Du fait des
changements rapides de lenvironnement social et économique, les jeunes sont
confrontés à un avenir marqué par linsécurité et lincertitude. En
particulier, le chômage élevé chez les jeunes rend difficile leur
intégration par le biais de lentrée sur le marché du travail. Des
expériences alternatives telles que le travail bénévole ou les travaux
dutilité collective devraient être encouragées.
5. La
détérioration des institutions et des réseaux sociaux est lune des
caractéristiques de la transformation de lordre social. Les anciens
véhicules de lintégration sociale quétaient la famille, lécole, lEglise
ou les syndicats ont perdu peu à peu leur influence traditionnelle. Le
chemin qui mène à lâge adulte nétant plus tracé à lavance, les jeunes
doivent trouver par eux-mêmes leur voie. LAssemblée considère quil faut
renforcer le rôle de soutien de la famille, étant donné son influence
primordiale pour favoriser une intégration réussie des jeunes, et que les
Etats membres doivent promouvoir des politiques conformes à cet objectif.
6. Dans les pays
membres du Conseil de lEurope, les jeunes doivent affronter des changements
et des défis spécifiques au sein de leurs sociétés. Ils disposent de faibles
réseaux de soutien et nont souvent pas accès aux soins et à linformation
en matière de santé. Ces problèmes doivent trouver une solution.
7. Lun des
problèmes majeurs des jeunes en Europe centrale et orientale est la
propagation explosive des maladies sexuellement transmissibles, notamment le
VIH/sida. Le faible niveau de conscience, la détérioration des systèmes de
santé, la pauvreté et un taux de chômage élevé sont autant de conditions
favorables au développement rapide de lépidémie. Dautres signes, tels que
des suicides de plus en plus nombreux et une consommation dalcool en
augmentation, montrent la détresse des jeunes de cette région.
8. Le passage de
lenfance à lâge adulte et responsable est une période où les jeunes ont
besoin dun soutien fort pour réussir cette transition et développer leurs
capacités à «gérer leur vie». Au cours des dernières décennies, ce processus
est devenu de plus en plus long et complexe. Pour le gérer avec succès, les
jeunes doivent être confrontés à un vaste éventail dexpériences de la vie.
Cet apprentissage devrait inclure léducation formelle et la formation, des
opportunités de larges contacts sociaux, de loisir et de voyage notamment
à létranger , la possibilité pour tous les jeunes de se réaliser et de
développer leurs talents, mais aussi daccéder à des conseils et des
orientations dans un environnement amical et favorable.
9. Pour
renforcer laptitude des jeunes à faire face à un avenir incertain et
imprévisible, des programmes pour renforcer leurs capacités dadaptation
devraient faire partie intégrante des politiques générales de la jeunesse.
10. Cest
pourquoi lAssemblée recommande au Comité des Ministres dinviter les Etats
membres:
i. en
consultation avec les organisations de jeunesse concernées, à prêter plus
dattention à toutes les formes de conduite à risque chez les jeunes, et à
mettre en place les mesures appropriées de prévention et de soutien dans
le cadre de leurs politiques de la jeunesse nationales et régionales;
ii. à
coordonner leurs politiques de lenfance, de la jeunesse et de la famille
afin de prévenir les conduites à risque par linstauration de réseaux
sociaux puissants et fiables;
iii. à
promouvoir des politiques de soutien du rôle des parents afin de favoriser
une intégration sociale réussie des adolescents;
iv. à
développer ou mettre en place:
a. des
actions dinformation et de sensibilisation de la jeunesse sur les
dangers auxquels elle sexpose du fait de la consommation de tabac,
dalcool, de drogue, ou en ayant des comportements alimentaires
déviants;
b. des
programmes déducation à la santé, reposant sur une meilleure formation
des équipes éducatives et médicales, afin de promouvoir la santé en
général, la santé mentale et la santé sexuelle;
c. des
programmes de prévention du suicide;
d. des
campagnes de prévention et de sensibilisation des jeunes à la violence;
e. des
structures de prévention, telles que des points daccueil ou des
cellules découte, en particulier hors de lenvironnement scolaire, où
des conseillers puissent entendre les appels à laide des adolescents et
désamorcer les crises;
f. des
capacités dintervention en urgence, en particulier en milieu
hospitalier;
g. des
programmes destinés à réduire les possibilités de récidive;
h. des
mesures visant à réduire le coût social de la consommation dalcool et
de tabac, notamment en augmentant les taxes sur ces produits, et à
interdire aux mineurs de se les procurer;
i. des
programmes de prévention renforcés pour lutter contre lusage de
stupéfiants chez les mineurs;
v. à
rechercher le soutien des médias dans la poursuite des objectifs
ci-dessus.
11. LAssemblée
recommande également au Comité des Ministres:
i. de donner
instruction aux organes pertinents du Conseil de lEurope traitant des
questions de santé de considérer les jeunes comme un groupe
particulièrement vulnérable;
ii. de
favoriser, au sein du Conseil de lEurope, une coordination plus étroite
entre les secteurs de la jeunesse, de la cohésion sociale, de léducation
et du droit de la famille, afin dassurer la cohérence des politiques des
enfants, des jeunes et de la famille;
iii. de
définir des lignes directrices pour mieux aborder la conduite à risque des
jeunes, notamment des méthodes destinées à renforcer leur résilience;
iv. dinitier
des programmes pour instaurer un soutien institutionnel dans les secteurs
de la santé, de linformation et de la prévention, visant particulièrement
les jeunes des pays membres du Conseil de lEurope;
v. de mener
des recherches plus approfondies sur les causes et les tendances récentes
en matière de conduite à risque chez les jeunes.
1.
Texte adopté par la Commission permanente, agissant au nom de lAssemblée,
le 25 novembre 2003 (voir
Doc. 9986,
rapport de la commission des questions sociales, de la santé et de la
famille, rapporteur: M. Ouzký; et
Doc. 10000,
avis de la commission de la culture, de la science et de léducation,
rapporteur: M. Shybko).