Résolution
1437 (2005)1
Migration et intégration: un défi et une
opportunité pour lEurope
1. La mobilité humaine connaît une
croissance forte et continue. LEurope, qui représente un espace de
stabilité et de prospérité, continuera dexercer dans les prochaines années
un attrait immense pour les migrants des pays les moins favorisés et pour
les demandeurs dasile fuyant guerres, persécutions et violations des droits
de lhomme.
2. Dans une Europe multiculturelle et
multiethnique, qui devient de plus en plus une terre dasile et
dimmigration, les gouvernements sont confrontés au défi dassurer que les
valeurs qui sont le fondement de nos sociétés et sont codifiées par la
Convention européenne des Droits de lHomme, notamment le respect des droits
de lhomme, de la démocratie et de la primauté du droit, soient partagées
par tous ceux qui résident en Europe.
3. Il faut relever ce défi, afin de
pouvoir pleinement bénéficier des opportunités que limmigration offre à
lEurope, en termes de main-duvre, dapport intellectuel et de richesse
culturelle.
4. La notion dintégration vise à assurer
la cohésion sociale en accueillant la diversité, dans le cadre dun
processus bilatéral. Dune part, les immigrants doivent accepter les lois et
les valeurs fondamentales des sociétés européennes et, dautre part, les
sociétés qui les accueillent doivent respecter la dignité des immigrés, leur
identité distincte, et en tenir compte dans lélaboration de leurs
politiques intérieures.
5. Conformément à ses précédentes
recommandations et résolutions, lAssemblée parlementaire rappelle
limportance de mettre en uvre des politiques efficaces pour assurer la
pleine intégration des étrangers qui résident légalement dans les Etats
membres du Conseil de lEurope, dans le cadre dune stratégie globale,
couvrant tous les aspects du phénomène migratoire, y compris les migrations
pour des raisons de travail, les migrations irrégulières et la lutte contre
la traite dêtres humains et contre le terrorisme.
6. A ce sujet, lAssemblée rappelle sa
Recommandation 1625 (2003) sur les politiques dintégration des immigrés
dans les Etats membres du Conseil de lEurope, et en particulier le principe
selon lequel les immigrés devraient pouvoir participer pleinement à la vie
de la société de leur pays daccueil, sur la base du principe de légalité
des droits et des chances, en contrepartie de légalité des devoirs.
LAssemblée a souligné limportance, dans le cadre des stratégies nationales
dintégration, détendre le droit de vote aux immigrés en situation
régulière, conformément à la Convention de 1992 sur la participation des
étrangers à la vie publique au niveau local. Parmi les devoirs susmentionnés,
il y a celui de respecter les droits de lhomme et les libertés
fondamentales, tels quétablis dans la Convention européenne des Droits de
lHomme, le principe dégalité entre femmes et hommes, et, en général, la
Constitution et les lois du pays daccueil.
7. Les Etats membres du Conseil de
lEurope, de leur côté, doivent veiller à ce que, dans leurs juridictions,
les immigrés ne soient pas lobjet de discrimination dans laccès et la
protection de leurs droits, avec une attention particulière pour certains
secteurs, tels que léducation et le monde du travail.
8. LAssemblée se réfère aux nombreuses
activités menées par les comités intergouvernementaux du Conseil de
lEurope, en particulier le Comité européen sur les migrations (CDMG), pour
élaborer et promouvoir des politiques dintégration capables de relever les
défis actuels.
9. Dans ce cadre, lAssemblée invite les
Etats membres du Conseil de lEurope:
i. à donner une priorité politique à
laccord sur une stratégie sur les migrations, avec une approche globale qui
considère tous les volets du phénomène migratoire, y compris ses causes, ses
conséquences et ses défis. Dans ce cadre, il conviendrait:
a.
de souligner limportance des politiques de codéveloppement, afin de
réduire la pauvreté dans les pays dorigine, tout en les rendant
responsables de la gestion des instruments et des ressources de
développement;
b.
de sengager dans la prévention de flux migratoires provoqués par le
besoin de protection, à travers des activités et des moyens de pression
ayant pour but de prévenir les conflits et de promouvoir le respect des
droits de lhomme dans les pays dorigine;
c.
de
reconnaître les immigrés en tant que personnes jouissant de droits
fondamentaux, dont le respect doit être garanti en pleine conformité avec
les instruments internationaux et régionaux en matière de droits de
lhomme, notamment avec les dispositions de la Convention internationale
sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des
membres de leur famille, des Nations Unies, que les Etats membres sont
instamment invités à ratifier et à mettre en uvre;
ii. à se conformer, dans toutes leurs
actions qui peuvent avoir des conséquences en matière de migration, y
compris la lutte contre le terrorisme, au strict respect des droits de
lhomme et des libertés fondamentales, tels quétablis dans la Convention
européenne des Droits de lHomme et ses protocoles additionnels;
iii. à assurer des possibilités
dimmigration légale pour des raisons de travail à un certain nombre de
candidats à lémigration, compte tenu des besoins du marché du travail du
pays daccueil et de la capacité de son système social à garantir un niveau
de vie digne à ces travailleurs et à leur famille;
iv. à faire un effort supplémentaire pour
promouvoir la connaissance des valeurs fondamentales du Conseil de lEurope
à tous les niveaux de leur société, notamment parmi les immigrés, par le
biais:
a.
de lorganisation de cours gratuits sur les droits fondamentaux et les
responsabilités destinés aux immigrés qui viennent darriver;
b.
de linclusion de ce type denseignement dans le cadre de programmes
volontaires ou obligatoires dintégration pour les immigrés, dans les pays
où ils existent;
c.
de lorganisation, lorsque cela est possible, de ce type de cours dans le
pays dorigine, pour les candidats à lémigration dont la demande a été
approuvée;
v. à promouvoir des campagnes
dinformation fiables, claires et ne prêtant pas à une interprétation
raciste ou xénophobe, sur le phénomène des migrations et sur la culture et
les traditions des immigrés qui vivent sur leur territoire;
vi. à
signer et ratifier la Convention du Conseil de lEurope de
1992 sur la participation des étrangers à la vie publique au niveau local;
vii.
à élaborer des instruments fiables
pour mesurer les flux migratoires au niveau national, et à coopérer pour que
les données soient comparables au niveau international.
10. En outre, lAssemblée invite lUnion
européenne:
i. à poursuivre ses efforts pour
lélaboration dune politique commune en matière dasile et de migration;
ii. à soutenir les efforts des nouveaux
Etats membres pour faire face à limmigration clandestine et à se doter
dinstruments juridiques et pratiques pour améliorer lintégration des
immigrés;
iii. à contribuer à sensibiliser lopinion
publique européenne aux conséquences de ladhésion de nouveaux Etats membres
et aux droits de leurs citoyens dans le cadre de la liberté de circulation.
1.
Discussion par lAssemblée le 27 avril 2005 (13e séance)
(voir Doc.
10453, rapport de la commission des
migrations, des réfugiés et de la population, rapporteur: M. Branger).
Texte adopté par lAssemblée le 27 avril 2005 (13e
séance).