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RECOMMANDATION 592 (1970)[1]
relative aux problèmes de jeunesse en Europe
L'Assemblée,
1. Vu le rapport présenté par sa commission de la culture
et de l'éducation sur les problèmes de jeunesse en Europe (Doc.
2610) ;
2. Rappelant sa Recommandation 531 (1968) adoptée par
l'Assemblée sur la base d'un rapport sur la crise actuelle de la
société européenne (Doc. 2432) ;
3. Considérant que le malaise étudiant qui a conduit
l'Assemblée Consultative à voter la Recommandation 531 (1968) est
en définitive l'une des expressions d'une crise mondiale de la
société ;
4. Constatant que ce phénomène se caractérise sur
le plan politique par un conflit de plus en plus aigu entre les exigences
croissantes, souvent arbitraires, de l'organisation étatique et une
attitude contestataire globale irraisonnée, ainsi que, sur le plan
social et économique, par un déséquilibre croissant entre
la consommation individuelle artificiellement stimulée et les exigences
de l'équipement collectif ;
5. Convaincue, en conséquence, que ce qu'il est convenu
d'appeler les problèmes de jeunesse ne constitue en dernière
analyse que les aspects "jeunes" d'un problème global, celui de la
réforme de la société et, partant, de son
avenir ;
6. Persuadée de l'urgence des mesures propres à maintenir
- respectivement à rétablir - le dialogue, puis à
surmonter les conséquences négatives de ce conflit, pour aboutir
aux réformes nécessaires ;
7. Convaincue du fait que le Conseil de l'Europe a une vocation dans ce
domaine, et que ses interventions ont déjà amorcé une
action salutaire dans ce sens ;
8. Enregistrant au surplus avec satisfaction l'appel adressé par
les organisations non gouvernementales de jeunesse au Conseil de l'Europe, et
le fait que, consultées à ce sujet, elles ont manifesté
leur approbation à des initiatives dynamiques dans ce domaine ;
9. Considérant dès lors que les problèmes de la
jeunesse dans les pays membres ne peuvent trouver de solution que par une
politique globale et prospective s'appuyant sur des données
scientifiques, une méthodologie et des options culturelles communes aux
pays membres du Conseil de l'Europe ;
10. Estimant qu'il serait souhaitable d'organiser dans le cadre du
Conseil de l'Europe une confrontation européenne interdisciplinaire sur
les problèmes de la société européenne vus dans
leur contexte "jeunesse" ;
11. Soulignant qu'en définitive toute réforme efficace de
la société présuppose une réforme profonde de
l'éducation ;
12. Considérant, dès lors, l'urgence de la réforme
de l'enseignement où l'accent doit désormais être mis sur
le rôle de l'animateur par opposition à celui du professeur ex
cathedra, réforme qui doit se faire dans un système
intégré d'éducation permanente, et soulignant à
nouveau la nécessité d'un programme européen à long
terme de développement culturel ;
13. Rappelant l'importance croissante du rôle de la jeunesse dans
un monde en mutation de plus en plus rapide, et l'importance décisive
d'un dialogue permanent avec elle et de sa participation effective à
l'action politique, économique et sociale ;
14. Estimant, de ce fait, qu'il importe de favoriser par tous les
moyens, et en particulier par une aide matérielle, les organisations de
jeunesse dans leur travail sur les plans européens et nationaux, aussi
bien que sur le plan régional et local ;
15. Considérant, par ailleurs, qu'un effort particulier doit
être déployé sur le plan de l'éducation civique
européenne, et estimant que la question de l'abaissement de l'âge
de vote doit être examinée à la lumière de certaines
expériences récentes ;
16. Rappelant ses vues quant à l'opportunité de
conférer au Centre européen de la jeunesse un rôle
dépassant la stricte animation socio-culturelle, et soulignant une fois
de plus que cet organe est, par sa nature même, un forum où les
problèmes de tous ordres qui concernent la vie des jeunes peuvent et
doivent être discutés ;
17. Considérant de plus l'opportunité de créer sur
le plan européen un organisme capable de coordonner et de promouvoir
l'action d'ensemble des organisations de jeunesse, et se félicitant dans
ce contexte des résultats de la réunion du groupe de travail
ad hoc de représentants gouvernementaux, réunis à
Bonn les 8 et 9 janvier 1970, au sujet du projet de création d'un Office
européen de la jeunesse, et prenant acte avec intérêt de la
déclaration de M. Westphal, secrétaire d'Etat parlementaire de la
République Fédérale d'Allemagne,
18. Recommande au Comité des Ministres :
I.
d'inviter les gouvernements des pays membres :
1 - à prendre les mesures appropriées en vue d'une
approche scientifique plus rigoureuse des problèmes de jeunesse,
notamment par une meilleure coordination de la terminologie et de la
méthodologie ;
2 - à maintenir une liaison aussi étroite que possible
avec toutes les organisations internationales que préoccupent les
mêmes problèmes et qui recherchent des solutions adéquates,
et à encourager le Conseil de l'Europe, et notamment le Conseil de la
coopération culturelle (C.C.C.), à coordonner les projets
verticaux des différentes organisations internationales, projets qui
devraient être remplacés par des projets horizontaux et globaux,
à l'élaboration desquels toutes les parties
intéressées prendraient part ;
3 - à accorder aux organisations de jeunesse, sur le plan
international, régional et local, toute l'aide matérielle qui
leur est absolument nécessaire si elles veulent poursuivre et
développer une action qu'elles sont seules à pouvoir
mener ;
4 - à accélérer la réforme et l'orientation
des systèmes d'éducation et d'enseignement vers des
méthodes et des buts correspondant vraiment aux exigences de la vie
sociale actuelle, ces réformes devant porter en particulier sur les
points suivants :
(a) l'éducation permanente permettant en particulier
à l'homme de résister à "l'analphabétisme" social,
scientifique, esthétique et physique, et de l'adapter successivement aux
mutations de la société ;
(b) le rôle nouveau de l'école qui doit porter son
effort sur l'acquisition de la méthode plutôt que sur
l'accumulation des connaissances ; elle doit contribuer à former le
caractère des jeunes et les préparer tant à la vie
professionnelle qu'à une attitude de choix dans la société
de consommation ; elle doit être le centre où se
développe l'aptitude créatrice de l'enfant et ceci dès le
bas âge, afin que l'enfant soit encouragé à participer aux
décisions ;
(c) la formation des maîtres qu'il faut revaloriser afin
qu'ils soient avant tout des animateurs ;
(d) les loisirs dont il s'agit d'élaborer une politique
susceptible de faire du loisir le temps de la créativité, de
l'épanouissement de l'homme et de son ouverture à
autrui ;
(e) le civisme, car il conviendrait de prendre des mesures
propres à développer le sens civique des jeunes ;
5 - à examiner l'opportunité de l'abaissement de
l'âge de vote ;
II.
1 - de convoquer, sous les auspices du Conseil de l'Europe, une
Conférence européenne sur les sciences sociales et humaines,
réunissant des sociologues, psychologues, biologistes, médecins,
juristes, experts en matière de jeunesse, auxquels devraient s'ajouter
des représentants de l'Assemblée, et qui aurait pour
mandat :
(a) d'examiner dans une perspective globale et prospective les
problèmes de la société contemporaine européenne
vus sous leurs aspects "jeunesse" ;
(b) d'élaborer un plan de recherches coordonnées
à entreprendre dans le domaine de la jeunesse en fonction de ces
problèmes et portant notamment sur les points les plus importants
pouvant éclairer et guider l'action des pouvoirs publics ;
2 - de conférer au Centre européen de la jeunesse une
dimension qui lui permette de jouer le rôle d'un forum où les
problèmes de tous ordres qui concernent la jeunesse puissent être
discutés entre représentants des organisations de jeunesse et
représentants gouvernementaux et parlementaires ;
3 - d'assurer en particulier à l'organisation du Centre un
caractère inspiré par la volonté de dialoguer et le besoin
de participation, conditions d'une action dynamique ;
4 - de charger le C.C.C. d'examiner aussi rapidement que possible,
à la lumière des résultats de la réunion du groupe
de travail ad hoc de représentants gouvernementaux tenue les 8 et
9 janvier 1970 à Bonn à l'invitation du Gouvernement de la
République Fédérale d'Allemagne, les voies et moyens
susceptibles de satisfaire à la revendication formulée par les
organisations non gouvernementales de jeunesse relatives à la
création d'un Office (Fondation) européen de la jeunesse.
[1]. Discussion par l'Assemblée le 26
janvier 1970 (21e séance) (voir Doc. 2715 et 2610, rapports
de la commission de la culture et de l'éducation).
Texte adopté par l'Assemblée le 26 janvier 1970
(21e séance).
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