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RECOMMANDATION 893 (1980)[1]
relative à la pauvreté en Europe
L'Assemblée,
1. Constatant qu'il existe dans les sociétés
européennes, malgré un niveau de vie relativement
élevé, une couche de population dont le revenu est nettement en
dessous de la moyenne, et dont les conditions de vie et d'habitat ne sont
souvent pas conformes aux normes habituellement admises ;
2. Consciente qu'à une pauvreté qui se transmet de
génération en génération s'ajoutent de nouveaux
groupes ayant une situation précaire en raison de la conjoncture
économique et des déséquilibres
démographiques ;
3. Soulignant que la situation de ces couches se traduit au-delà
des difficultés-matérielles, par une exclusion de la
société, par un manque de participation à la vie civique,
politique et culturelle, et par des difficultés d'insertion dans le
système éducatif ;
4. Regrettant qu'une grande partie de l'opinion publique
européenne ignore à la fois l'existence et l'ampleur du
problème de la pauvreté ;
5. Estimant qu'à l'heure où un dialogue est amorcé
entre les pays riches et les pays pauvres, les Etats membres du Conseil de
l'Europe devraient se montrer plus déterminés à
éliminer les inégalités en leur sein ;
6. Convaincue qu'une action du Conseil de l'Europe sur divers plans
permettrait non seulement d'aboutir à des résultats plus concrets
dans des domaines spécifiques mais mettrait en évidence que la
lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale constitue une
préoccupation commune des Etats membres,
7. Recommande au Comité des Ministres :
I. A court terme
i. de créer au Conseil de l'Europe, en coordination avec les
services des gouvernements et des pouvoirs locaux, un groupe de travail
spécialisé ayant la tâche de dresser l'inventaire de la
pauvreté dans les Etats membres, notamment telle qu'elle affecte les
enfants, de préciser les caractéristiques communes et de formuler
des objectifs globaux qui seront approfondis par des activités
spécialisées dans le cadre du Programme de travail du Conseil de
l'Europe ;
ii. d'inviter les gouvernements des Etats membres à examiner si
leurs institutions prévoient une coordination adéquate de
l'action des gouvernements et des pouvoirs locaux, face au problème des
effets cumulatifs de la pauvreté sur les enfants ;
iii. d'inviter les Etats membres à définir le niveau de
revenu minimal acceptable correspondant dans les sociétés
industrielles à la satisfaction des besoins fondamentaux et à en
garantir la perception, notamment par l'octroi de diverses prestations et
services qu'il conviendrait d'unifier et de simplifier afin que l'on soit
assuré que les couches les plus défavorisées n'en perdent
pas le bénéfice ;
iv. d'inviter le Fonds de réétablissement, qui
opère sous l'égide du Conseil de l'Europe, à adopter une
attitude incitative en ce qui concerne les projets de logements sociaux
présentés par les Etats membres, et à accorder surtout la
priorité à ceux d'entre eux qui sont particulièrement
conçus pour les couches les plus défavorisées, l'objectif
principal étant la suppression des taudis, bidonvilles et logements
insalubres ;
v. d'inviter les Etats membres à créer des
mécanismes pour faciliter aux plus démunis l'accès
à la justice, en établissant notamment des centres d'information
juridique dans les quartiers et zones urbaines et rurales les plus
paupérisés, et en donnant à ces populations les
renseignements nécessaires concernant leurs droits découlant des
législations sociales et autres ;
vi. d'élaborer des mesures en vue de l'octroi automatique de
certains droits indépendamment d'une demande, en particulier des
allocations dont les modalités d'octroi sont trop complexes voire
même humiliantes pour les personnes concernées qui, souvent,
renoncent à en bénéficier pour ces raisons ;
II. A moyen terme
vii. d'élaborer des propositions à l'attention des Etats
membres, ayant comme but de combattre l'ignorance et les préjugés
à l'égard des populations pauvres, en commençant par les
pouvoirs publics qui ont souvent tendance à les considérer comme
des «inadaptés» ou des «cas sociaux» ;
viii. de donner à l'individu le droit à certaines
prestations et facilités dans le domaine de la politique sociale, en
incorporant dans les instruments normatifs du Conseil de l'Europe, tels que la
Convention européenne des Droits de l'Homme et la Charte sociale, le
droit à des ressources minimales régulières, le droit
à un logement décent et le droit à la formation
professionnelle ;
ix. de réexaminer le contenu du droit à l'instruction, et
d'élaborer des mesures pour son application effective au bas de
l'échelle sociale, en inscrivant notamment au plan à moyen terme
du Conseil de l'Europe un programme visant, par divers moyens, à faire
disparaître l'analphabétisme dans les Etats membres ;
x. d'inviter ceux-ci à assurer aux parents pauvres les moyens
nécessaires pour la scolarisation de leurs enfants et faire en sorte
que, dans la formation des maîtres, on porte une attention
particulière aux besoins des enfants de familles pauvres ;
xi. d'inviter les gouvernements membres à stimuler et à
faciliter l'intégration sociale et politique des groupes
défavorisés dans la société et leur participation
dans le processus démocratique ;
xii. d'inviter instamment les Etats membres à entamer un effort
de réflexion sur leurs programmes de développement, compte tenu
du fait que la pauvreté, au-delà des incidences secondaires, est
un phénomène essentiellement structurel et puise son origine dans
une répartition inadéquate des richesses et dans
l'inégalité des chances.
[1]. Discussion par l'Assemblée le 24
avril 1980 (6e et 7e séances) (voir Doc. 4508,
rapport de la commission des questions sociales et de la santé).
Texte adopté par l'Assemblée le 24 avril 1980
(7e séance).
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