Parliamentary Assembly
Assemblée parlementaire
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RECOMMANDATION 1023 (1986)[1]
relative au chômage des jeunes
L'Assemblée,
1. Ayant poursuivi et approfondi ses travaux antérieurs sur l'emploi en
Europe, notamment ses Recommandations 948 (1982) et 981 (1984), en
organisant à La Haye (3-4 septembre 1985) une Audition parlementaire
publique européenne sur le chômage des jeunes ;
2. Gravement préoccupée par le fait qu'environ 40 % des quelque 20
millions de chômeurs aujourd'hui recensés dans les Etats membres sont des
jeunes de moins de 25 ans, et que les perspectives d'emploi restent
défavorables pour les prochaines années ;
3. Consciente des risques de déstabilisation de la démocratie, de
montée de la violence, des phénomènes xénophobes et des mouvements
antisociaux que fait courir le chômage de masse à la société
européenne ;
4. Consciente que les jeunes issus de la migration subissent encore
plus durement que les autres le fléau du chômage, en raison de handicaps
particuliers tels qu'une scolarité insuffisante et une mauvaise maîtrise
de la langue du pays d'accueil ;
5. Constatant que le chômage, surtout s'il est prolongé, entraîne et
accentue les problèmes sociaux, parmi lesquels la marginalisation et les
conflits familiaux, et rend l'individu plus vulnérable au stress, aux
maladies psychosomatiques et même aux troubles mentaux, notamment lorsque
les jeunes, plus exposés que d'autres, substituent des paradis artificiels
(drogues, alcool, sectes, etc.) à ce que la société n'est pas à même de
leur procurer ;
6. Considérant que de nouveaux emplois se créeront en grande partie
dans le secteur des services — destinés entre autres aux entreprises, aux
services de nature sociale et aux secteurs culturel et de l'information —
pour lesquels l'exigence de connaissances technologiques, que beaucoup ne
possèdent pas, s'impose de plus en plus ;
7. Considérant par conséquent qu'une formation mieux adaptée devrait
être développée par une concertation entre les milieux de l'enseignement,
les jeunes et les entreprises ;
8. Considérant que la confiance absolue dans les mécanismes
autorégulateurs du marché, pas plus que le soutien à une demande
artificielle de main-d'oeuvre, ne peut fournir une réponse au chômage, en
particulier au chômage des jeunes ;
9. Réaffirmant qu'il est primordial de parvenir à une croissance
économique qui engendre la création de réels emplois et l'amélioration des
conditions sociales, et qu'il importe à cet effet de renforcer la
coopération européenne ;
10. Convaincue néanmoins que les mesures macroéconomiques sont
insuffisantes en elles-mêmes à résorber le chômage des jeunes dans un
délai raisonnable, et qu'il faut imaginer et mettre en oeuvre toute une
série de mesures spécifiques et innovatrices dans des domaines tels que
l'éducation, la formation, la réorganisation du travail, y compris sous
forme coopérative et associée, la décentralisation et le
financement ;
11. Estimant que la responsabilité des employeurs dans leurs politiques
d'investissement est également engagée dans la crise de l'emploi, et que
ceux-ci devraient davantage s'engager dans la mise au point de solutions
pour faire face tout particulièrement au chômage des jeunes ;
12. Considérant à cet égard que les rigidités de l'organisation du
travail ne sont pas toujours de nature à favoriser l'embauche des
jeunes ;
13. Se réjouissant des initiatives originales proposées par la
Conférence permanente des pouvoirs locaux et régionaux de l'Europe, en
particulier de sa Campagne pour l'emploi des jeunes au niveau
local ;
14. Consciente néanmoins que le chômage des jeunes s'insère dans le
contexte plus vaste du chômage en général et de la pauvreté dans certains
pays, et que, par conséquent, les remèdes partiels ne doivent pas faire
perdre de vue que seule la création
d'emplois additionnels par une activité économique accrue et
compétitive peut mener à une solution réelle, et qu'ils doivent faire
partie d'un programme global d'interventions sur l'ensemble du marché du travail, en veillant à réaliser un équilibre entre toutes ses composantes,
y compris l'âge,
15. Recommande au Comité des Ministres d'inviter les gouvernements des
Etats membres à tenir compte des propositions suivantes dans l'élaboration
de leurs politiques pour combattre le chômage des jeunes :
i. Une politique de croissance : même si le lien entre la croissance
globale assortie de mesures sélectives et le nombre d'emplois créés n'est
ni automatique ni très précis, une politique de croissance sélective
visant des groupes et des objectifs particuliers, et agissant sur les
plans de l'offre et de la demande, reste indispensable ;
ii. La flexibilité : ce concept, qui demeure aujourd'hui un terrain
vague, doit être défini dans l'optique de la création d'emplois ; il
concerne par exemple le travail à temps partiel, la réduction ou le
réaménagement de la durée du travail hebdomadaire, la mobilité
professionnelle et géographique, et la modification dans les contrats de
travail de toute clause qui décourage l'emploi des jeunes ;
iii. La responsabilisation des collectivités locales : il devrait
être possible de concilier les besoins locaux avec les besoins spécifiques
des jeunes au chômage, compte tenu de leur diversité et de leurs
opportunités d'intervention et à la lumière d'expériences récentes, par
exemple les travaux d'utilité collective (TUC) et l'obligation pour les
autorités locales de procurer une activité à tout jeune de 18 à 19 ans,
travaillant parfois par équipes de quatre heures par jour ;
iv. L'éducation / formation professionnelle : plus que jamais
semble nécessaire une redéfinition de l'interaction des rôles de
l'éducation et de la formation professionnelle, impliquant des liens plus
étroits entre l'école et le monde du travail, en particulier la
connaissance des besoins professionnels du secteur productif et des
services, afin de mieux adapter les structures de formation et
l'enseignement des formateurs ;
v. Les contrats emploi-formation : une période transitoire entre
l'école et le travail devrait permettre aux jeunes de mieux faire face aux
exigences des nouvelles technologies comme à la demande d'« expérience»
des employeurs ; les contrats emploi-formation d'une durée raisonnable
pourraient ainsi combler une lacune ;
vi. Un effort spécifique pour élaborer des types de formation adaptés
aux besoins des jeunes migrants ;
vii. Un statut du jeune en formation : l'apprentissage des jeunes
ne doit pas être considéré comme une charge pour la société, mais comme un
investissement ; un « statut du jeune en formation » — applicable à
tout jeune entre la fin de la scolarité obligatoire et l'âge de vingt ans,
qui accepte un contrat de formation — qui pourrait prévoir un revenu
minimal, devrait consacrer la valeur et la dignité de cette catégorie de
la population et contribuer directement à une meilleure motivation des
jeunes, dans l'esprit du rapport de la « Commission Colombo » ;
viii. L'action des organisations non gouvernementales :
organisations de jeunesse, clubs et associations de jeunes et, en
particulier, les ONG s'occupant des jeunes défavorisés devraient être
soutenus dans leur action par les pouvoirs publics à tous les niveaux,
notamment par une aide financière directe, l'allégement des charges
fiscales et sociales et la création de services de support surtout pour la
formation et l'équipement ;
ix. Le soutien aux initiatives de création d'entreprise des
jeunes : la mise en oeuvre par les jeunes de leurs initiatives de
création d'entreprises doit être appuyée par :
a. la possibilité de capitaliser les allocations de chômage et
toute autre contribution publique ;
b. la mise en place d'organismes d'aide à la gestion ;
c. la promotion de mécanismes — qu'ils bénéficient ou non de
l'appui des institutions financières privées — visant à faciliter l'accès
au capital risque, si possible à des conditions avantageuses ;
d. l'élimination des obstacles à la création de petites et moyennes
entreprises par des jeunes ;
x. Le dialogue avec les jeunes : il conviendrait d'élaborer et de mettre
en oeuvre de nouvelles stratégies pour la participation des jeunes et en
particulier des organisations déjeunes à la décision, surtout dans les
domaines qui les concernent directement, à la lumière des conclusions de
la Semaine européenne de la jeunesse (Strasbourg, ler-6 juillet 1985) et des propositions de la Conférence
permanente des pouvoirs locaux et régionaux de l'Europe (Résolution sur
les jeunes dans la cité), par l'Assemblée parlementaire (Recommandation
1019) et par la première Conférence des ministres européens responsables
de la Jeunesse (Strasbourg, 17-19 décembre 1985) ;
16. Invite le Comité des Ministres à examiner la possibilité de créer
dans le cadre du Conseil de l'Europe un centre d'étude et d'information
sur les initiatives nationales, régionales et locales en faveur de
l'emploi des jeunes en vue de la définition des politiques à l'échelle
européenne ;
17. Demande au Comité des Ministres d'envisager que la Conférence des
ministres européens du Travail tienne une prochaine réunion conjointement
avec les ministres européens de l'Education et de la Jeunesse, afin de
mieux étudier l'interaction entre l'école, les établissements de
l'enseignement supérieur et l'insertion professionnelle des jeunes dans le
monde du travail ;
18. Demande au Comité des Ministres de tenir compte de la présente
recommandation quand il examinera les conclusions de la 3
e Conférence des ministres européens du Travail (Madrid, 20-22
janvier 1986).
[1].
Discussion par l'Assemblée le 28 janvier 1986 (22e et 23e séances) (voir Doc. 5508, rapport de la commission des
questions économiques et du développement, et Doc. 5503, rapport de la
commission des questions sociales et de la santé).
Texte adopté par l'Assemblée le 28 janvier 1986 (23e séance).
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