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| RECOMMANDATION 1202 (1993)1
relative à la tolérance religieuse dans une société démocratique |
| 1. L'Assemblée a déjà adopté plusieurs textes sur des
sujets connexes et rappelle en particulier la Recommandation 963 (1983) relative aux
moyens culturels et éducatifs de réduire la violence, la Résolution 885 (1987) relative
à la contribution juive à la culture européenne, la Recommandation 1086 (1988) relative
à la situation des Eglises et des libertés religieuses en Europe de l'Est, la
Recommandation 1162 (1991) relative à la contribution de la civilisation islamique à la
culture européenne et la Recommandation 1178 (1992) relative aux sectes et aux nouveaux
mouvements religieux. |
| 2. Il convient également de mentionner l'audition sur la
tolérance religieuse, organisée par la commission de la culture et de l'éducation à
Jérusalem, les17 et 18 mars 1992, et le colloque commémorant le 500e
anniversaire de l'arrivée des réfugiés juifs en Turquie, qui s'est tenu le 17 septembre
1992, à Istanbul. |
| 3. La religion procure à l'individu une relation
enrichissante avec lui-même et avec son dieu, ainsi qu'avec le monde extérieur et la
société dans laquelle il vit. |
| 4. La mobilité en Europe et les mouvements migratoires
vers l'Europe se sont toujours traduits par la rencontre entre une diversité de visions
du monde,de convictions religieuses et de conceptions de l'existence. |
| 5. Cette rencontre entre des convictions religieuses
différentes peut conduire à une compréhension et à un enrichissement mutuels plus
importants, mais elle pourrait malheureusement aussi renforcer les tendances séparatistes
et encourager les intégrismes. |
| 6. L'Europe occidentale a élaboré un modèle de
démocratie laïque au sein duquel diverses croyances religieuses sont, en principe,
tolérées. L'Histoire a montré toutefois que la même tolérance pouvait aussi exister
sous un régime religieux (par exemple celui des Arabes en Espagne et celui de l'Empire
ottoman). |
| 7. La recrudescence de la xénophobie, du racisme et de
l'intolérance religieuse dans de nombreux pays est préoccupante. |
| 8. La religion renforce souvent, ou est utilisée pour
renforcer, les conflits internationaux, sociaux et des minorités nationales. |
| 9. Dans l'Europe d'aujourd'hui, il existe une crise de
valeurs manifeste (ou plutôt une absence de valeurs). La société de marché à l'état
pur s'est révélée aussi inapte que le communisme à générer le bien-être individuel
et la responsabilité sociale. Le recours à la religion comme solution de rechange doit
toutefois être conciliable avec les principes de la démocratie et des droits de l'homme. |
| 10. Compte tenu des tendances sociales actuelles et
futures, et des pressions croissantes exercées parles communautés pluriculturelles, on
s'est jusqu'ici insuffisamment attaché à encourager la tolérance religieuse. |
| 11. Chacune des trois grandes religions monothéistes
repose sur des principes de nature à engendrer la tolérance et le respect mutuel
vis-à-vis des adeptes d'une autre foi ou des non-croyants. Chaque être humain est
considéré comme la création du dieu unique et c'est à ce titre qu'il peut prétendre
à la même dignité et aux mêmes droits, quelles que soient ses convictions. |
| 12. La question de la tolérance religieuse doit donner
lieu à plus ample réflexion. Il conviendrait d'inciter les trois religions monothéistes
à mettre davantage l'accent sur les valeurs morales fondamentales de tolérance, par
essence similaires. |
| 13. L'histoire européenne montre que la coexistence des
cultures juive, chrétienne et islamique, lorsqu'elle se fonde sur le respect mutuel et la
tolérance, contribue à la prospérité des nations. |
| 14. Il faut réaffirmer l'importance universelle de la
liberté religieuse consacrée à l'article 18 de la Déclaration universelle des droits
de l'homme et garantie à l'article 9 de la Convention européenne des Droits de l'Homme.
Cette liberté trouve ses racines dans la dignité de l'être humain, et sa mise en
uvre suppose l'instauration d'une société libre et démocratique. |
| 15. L'Etat laïque ne devrait imposer aucune obligation
religieuse à ses citoyens. Il devrait en outre encourager le respect de toutes les
communautés religieuses reconnues et faciliter leurs relations avec la société dans son
ensemble. |
| 16. L'Assemblée recommande au Comité des Ministres
d'inviter les gouvernements des Etats membres, la Communauté européenne ainsi que les
autorités et organisations compétentes : |
| Protections juridiques et leurs applications |
| i. à garantir la liberté religieuse, la liberté de
conscience et la liberté de culte, en se référant particulièrement aux droits
énoncés au paragraphe 10 de la Recommandation 1086 (1988) de l'Assemblée ; |
| ii. à faire preuve de souplesse dans l'acceptation de
différentes pratiques religieuses (en matière d'habillement, de nourriture et de respect
des jours saints, par exemple) ; |
| Education et échanges |
| iii. à veiller à ce que des cours sur les religions et la
morale figurent dans les programmes scolaires, et à s'efforcer d'obtenir une
présentation différenciée et soigneuse des religions dans les manuels (y compris les
livres d'histoire) et dans l'enseignement afin d'améliorer et d'approfondir la
connaissance des différentes religions ; |
| iv. à souligner que la connaissance de sa propre religion
ou de ses propres principes éthiques est une condition préalable à toute vraie
tolérance et peut également servir de rempart contre l'indifférence ou les
préjugés ; |
| v. à organiser une « conférence du manuel scolaire
d'histoire des religions », réunissant une sélection représentative de
théologiens, d'historiens et de philosophes, afin de préparer les textes de base,
documents et commentaires nécessaires à l'enseignement dans les établissements
scolaires ; |
| vi. à faire en sorte que les idées et les actes de
personnalités vivantes, d'obédiences religieuses différentes, soient portés à
l'attention des jeunes à titre d'exemples concrets de tolérance religieuse ; |
| vii. à faciliter, dans le cadre des programmes d'échanges
existant pour les élèves du secondaire, les étudiants et d'autres jeunes, des
rencontres et des dialogues avec des personnes informées de croyances différentes ; |
| viii. à promouvoir les rencontres et les organisations
interreligieuses qui contribuent à une meilleurecompréhension entre les religions et,
par là, à la paix et au respect des droits de l'homme ; |
| ix. à envisager de doter de moyens analogues les écoles
religieuses de toutes les confessions reconnues ; |
| Information et sensibilisation |
| x. à veiller à ce que les textes religieux fondamentaux
et les ouvrages connexes soient traduits et présents dans les bibliothèques
publiques ; |
| xi. à mettre sur pied des projets culturels portant sur
des sujets religieux dans le cadre de programmes de promotion de la culture ; |
| Recherche |
| xii. à faciliter la création, en Europe, d'un réseau
d'instituts de recherche chargés : |
| - de réunir, d'analyser et d'évaluer les ouvrages
sur la tolérance religieuse ; |
| - de mettre en place un service d'information doté
d'une bonne sélection de ces ouvrages ; |
| - d'organiser des ateliers et des conférences de
recherche sur la tolérance religieuse ; |
| - d'informer le public de façon compétente et
autorisée ; |
| xiii. à stimuler dans les universités d'Europe les
travaux (séminaires, cours de licence, thèses de doctorat) sur des questions ayant trait
à la tolérance religieuse. |
| 1. Discussion par l'Assemblée
le 2 février 1993 (23e séance) (voir Doc. 6732, rapport de la commission de
la culture et de l'éducation, rapporteur : Mme Fischer). |
| Texte adopté par l'Assemblée le
2 février 1993 (23e séance). |
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