|
|
 |
|
Parliamentary Assembly Assemblée
parlementaire |
|
Recommandation 1407 (1999)[1]
Médias et culture démocratique
(Extrait de la Gazette officielle du Conseil de lEurope
avril 1999)
-
LAssemblée souligne que les médias sont essentiels pour la création et le
développement dune culture démocratique dans tout pays. Ils fournissent de
linformation qui influence les opinions et les attitudes ainsi que les choix
politiques.
-
En conséquence, les médias doivent être libres, pluralistes et indépendants,
tout en étant socialement responsables. Telles sont aussi les conditions pour quils
soient largement crédibles. LAssemblée rappelle, à cet égard, sa Résolution 1003 (1993) relative à léthique du
journalisme.
-
Des médias libres ne peuvent prospérer dans un pays qui nest pas
démocratique. Il incombe en conséquence aux responsables politiques de veiller à ce que
les conditions politiques et juridiques soient réunies, dune part pour permettre
aux médias dopérer librement, et dautre part pour garantir les libertés
individuelles et les autres droits fondamentaux de lhomme.
-
La quantité des informations ne garantit pas en soi, notamment lorsque les médias
sont fortement concentrés, la variété et la qualité. Lintensification des
communications ne rend pas non plus nécessairement les gens plus aptes à prendre des
décisions ou à influer sur les processus décisionnels, ni plus qualifiés pour le
faire.
-
La situation des médias en Europe varie dun pays à lautre en fonction
des traditions culturelles, du poids économique, de la puissance des institutions
démocratiques et du degré de professionnalisme. Toutefois, avec louverture de la
quasi-totalité des pays du continent, avec le renforcement de la coopération et de
lintégration entre ces pays et avec lapparition de nouvelles technologies de
linformation, les médias font de plus en plus face aux mêmes types de problèmes,
lesquels appellent le même type dapproches coordonnées.
-
Lindépendance des médias demeure lun des problèmes les plus
difficiles. Même lorsque les traditions démocratiques sont profondément enracinées, le
droit de présenter des faits et dexprimer des opinions est parfois restreint. Les
méthodes vont des entraves bénignes à laccès à linformation, aux
représailles physiques et à la violence, en passant par les monopoles dÉtat dans
les secteurs du papier ou de la distribution, le refus daccorder des licences de
radio et de télévision (ou leur restriction excessive), les poursuites judiciaires et
linterdiction des journaux, des chaînes de télévision et des stations de radio.
-
Le rapport délicat entre la liberté dexpression et le droit du citoyen à
une information objective et non dénaturée est un autre problème chroniquement
difficile. Les médias peuvent toujours servir dinstrument pour régler des comptes,
tant au niveau politique quau niveau personnel. La commercialisation et la
concurrence croissantes dans le secteur des médias poussent même des médias sérieux à
l«uniformisation» et au sensationnalisme; elles les incitent à préférer
l«infospectacle» et à mettre beaucoup trop laccent sur le crime et la
violence.
-
Le service public de la radiodiffusion (quil ne faut pas confondre avec les
médias sous contrôle de lEtat) a toujours été considéré comme la garantie que
toutes les catégories du public, y compris les groupes minoritaires, ont accès à des
programmes impartiaux et variés, à labri de toute ingérence des pouvoirs publics
ou partisane, et qui portent sur linformation, léducation, la culture et les
loisirs. Dans la réalité cependant, elle fait souvent lobjet de pressions
politiques et économiques et dune concurrence de plus en plus vive des services de
radiodiffusion commerciaux, qui deviennent moins coûteux et plus facilement disponibles
grâce aux nouvelles technologies de linformation.
-
Étant
donné que la culture démocratique dune société ne saurait être
imposée, mais que des efforts conscients et durables sont nécessaires pour la
développer de manière quelle puisse relever les nouveaux défis, lAssemblée
recommande au Comité des Ministres:
de surveiller étroitement létat de la liberté de la presse dans les pays
européens membres et non membres, afin:
dexercer des pressions morales et politiques sur les gouvernements qui violent
la liberté dexpression;
-
de défendre et de protéger les journalistes qui sont victimes de telles
violations;
de continuer à développer ses programmes dassistance et de coopération
pour réformer la législation relative aux médias, notamment en ce qui
concerne:
lélaboration de principes directeurs clairs sur laccès du public à
linformation et le fonctionnement des services de presse publics, et de veiller à
ce que ces principes directeurs soient respectés, à tous les niveaux;
-
lélaboration de lignes directrices sur le respect du droit à la vie privée
et la divulgation dinformations relatives aux personnes qui exercent des fonctions
politiques ou publiques, dans lesprit des propositions formulées dans la
Résolution 1165 (1998) de lAssemblée sur le droit au respect de la vie
privé;
-
lassistance méthodologique et concrète aux pays membres et non membres qui
peuvent en avoir besoin pour assurer une couverture équitable des campagnes électorales
par les médias;
de veiller à lapplication de la législation et des règles de protection
de la liberté dexpression et des autres droits fondamentaux de lhomme, y
inclus les droits des enfants, conformément aux principes énoncés par le Conseil de
lEurope, notamment à larticle 10 de la Convention européenne des Droits de
lHomme;
-
de mettre laccent sur les aspects relatifs aux médias dans ses programmes
sur léducation à la citoyenneté démocratique ainsi que sur le développement et
la consolidation de la stabilité démocratique;
-
de continuer à faciliter le développement du service public de la radiodiffusion
en Europe centrale et orientale, conformément à sa Recommandation N° (96) 10, et de
continuer à surveiller lévolution de ce secteur à léchelle
européenne;
-
de favoriser la mise en place de mécanismes dautoréglementation dans les
médias, en réunissant des exemples de bonne pratique et en faisant mieux percevoir ces
mécanismes, par exemple; de créer un cadre spécial pour linformation sur la
réglementation et lautoréglementation des nouveaux services de communication et
dinformation;
-
dêtre plus attentif à la question de lindépendance des médias dans
le cadre de la concurrence sur les marchés et de la mondialisation, et, à cette fin:
dexaminer les manières de garantir lindépendance rédactionnelle dans
les pays où la conjoncture économique ne permet pas aux médias de fonctionner en toute
indépendance;
-
de poursuivre les travaux sur les concentrations de médias; daccorder une
assistance pratique aux pays membres, conformément à ses recommandations pertinentes, et
de mettre laccent sur la question de la transparence en matière de propriété et
de financement;
de favoriser léducation aux médias et par les médias, par exemple en
encourageant les autorités compétentes des États membres:
à donner des possibilités déducation et de formation aux journalistes qui
souhaitent atteindre au plus haut niveau de professionnalisme et de
déontologie;
-
à favoriser léducation aux médias (traditionnels et électroniques) dans le
cadre des programmes scolaires, conformément aux principes énoncés dans la
Recommandation 1276 (1995) relative au pouvoir de limage, par exemple en
familiarisant les élèves avec les codes de déontologie des journalistes et en
encourageant la création de journaux et démissions scolaires, avec la
collaboration de journalistes professionnels;
dassurer une meilleure coordination entre les différents organes du Conseil
de lEurope qui participent aux programmes de coopération et dassistance dans
le domaine des médias, et dintensifier la coopération avec les associations de
médias, avec des structures indépendantes telles que des commissions des plaintes en
matière de presse et avec dautres organisations non gouvernementales compétentes,
y compris celles qui sont mises en place par les consommateurs de médias et qui
interviennent en leur nom;
-
à promouvoir une plus grande coopération et une meilleure complémentarité entre
les programmes relatifs aux médias des organisations internationales, notamment
lUnion européenne, lUnesco et lOSCE.
[1] Discussion par lAssemblée le 29 avril 1999 (15e séance)
(voir Doc. 8355, rapport de la commission de la culture et de léducation,
rapporteur: M. Jarab).
Texte adopté par lAssemblée le 29 avril 1999 (15e séance).
|
 |
|