Du mercure dans les soins dentaires : appel à des expertises contradictoires par des experts exempts de conflits d’intérêts

Strasbourg, 23.03.2011 - Dans le cadre de la préparation d’un rapport sur les risques sanitaires des métaux lourds par Jean Huss (Luxembourg, SOC) la Commission des questions sociales a tenu un échange de vues sur les dangers dans l’utilisation du mercure dans les soins dentaires. M. Huss a souligné que de plus en plus de maladies, notamment des pathologies chroniques, sont soupçonnées de trouver leur origine dans les métaux lourds et d'autres substances chimiques qui sont omniprésentes dans notre entourage. Il est donc grand temps que les métaux lourds soient reconnus comme un grave problème de santé publique et que tous les moyens à la disposition des Etats membres soient mis en oeuvre pour prévenir et mieux guérir les pathologies qui y sont liées.

Marie Grosman, Professeur agrégée en sciences de la vie et de la terre, Association Toxicologie-Chimie (ATC) a rappelé que le mercure est une substance génotoxique, neurotoxique, immunotoxique, reprotoxique, embryotoxique, perturbateur endocrinien…

« Cette substance est considérée comme une des plus préoccupantes dont il faut abaisser l’exposition de la population le plus possible. Il n’existe pas de niveau d’exposition sans danger. On suspecte l’implication du mercure dentaire dans de nombreuses pathologies telles que la maladie d’Alzheimer, Parkinson, maladies dites autoimmunes, maladies rénales, infertilité, fausses couches, malformations, cancers buccaux, cancers cérébraux, cancer du sein, autisme, hyperactivité, retards de croissance. Il faudra réduire le plus possible le niveau d’exposition, en premier lieu la population très vulnérable – les femmes enceintes, en âge de procréer, les enfants, » a souligné Mme Grosman.

Pour Michel Goldberg, INSERM, Association Dentaires (ADF) « il est certain que le mercure est un polluant qui ne doit pas contaminer les sols et eaux. Le mercure présent dans la chair de poisson peut et doit être surveillé. A ce titre un contrôle doit être exercé. Son extension au domaine de la santé est plus discutable, voire incohérent. Le mercure des obturations dentaires peut provoquer des allergies. Le nombre de sujets allergiques n’est pas bien connu aucune étude systématique n’ayant été faite. A ce jour, on ne connaît pas d’autre effet documenté sur la santé des patients. »

Il a également rappelé que les publications portant par exemple sur le Syndrome latéral amyotrophique, sur les pathologies neuro-dégénératives (de type Alzheimer) et autres n’ont pas été validées médicalement. « C’est pourquoi compte tenu de la solidité du dossier médical et de la fragilité des supputations accusatrices, la suppression de l’amalgame d’argent serait sans aucun doute une bévue, du moins tant que les résines ne remplissent pas le cahier des charges qu’il leur convient d’assumer, » a conclu M.Goldberg.

Rappelant que le lien de causalité est difficile à établir par des études épidémiologiques, Mme Grosman a souligné qu’il est alors d’autant plus nécessaire de disposer d’expertises contradictoires, par des experts exempts de conflits d’intérêts.