Combattants étrangers en Syrie : la prévention est aussi importante que la répression

Le conflit en Syrie a attiré selon les estimations 20 000 combattants étrangers d’au moins 90 pays dont quelque 3 400 Européens. C’est ce qu’ont indiqué des experts à la commission des questions politiques lors de l’audition organisée aujourd’hui à Paris.

Alors que les combattants étrangers ne sont pas un phénomène nouveau, le plus fameux d’entre eux est probablement Osama Bin Laden ancien combattant étranger, a souligné un expert, l’ampleur, le rythme et l’étendue géographique du phénomène est sans précédent et le contexte est différent.

Les participants sont convenus que, s’il importe de disposer d’un solide cadre juridique pour veiller à ce que ceux qui commettent ou se préparent à commettre des actes terroristes soient dûment poursuivis, la répression seule ne fonctionnera pas. Les mesures préventives contre la radicalisation et l’extrémisme violent sont tout aussi importantes.

Les experts ont été unanimes à souligner que s’il n’est pas possible d’établir un profil clair et précis d’un combattant étranger typique, les combattants étrangers d’aujourd’hui sont extrêmement jeunes et leur connaissance de l’Islam est en général très superficielle. « Le phénomène actuel du combattant étranger fait partie d’une sous-culture des jeunes qui s’est développée sur la toile de fond d’un contexte social et international très spécifique. Pour un grand nombre d’entre eux, la drogue, la petite délinquance et la violence de rue ont fait partie de leur vie d’avant. On a l’impression d’individus solitaires, détachés de la famille et des amis qui finissent à un certain moment par être en colère du fait même de cet éloignement. Partir en Syrie est l’une des échappatoires possibles à leur colère » a expliqué Rik Coolsaet de l’université de Ghent (Belgique).

L’AIVD néerlandaise compare la soudaineté, la rapidité et l’ampleur des départs à un « essaim » : hautement décentralisé, avec de nombreux éléments individuels et largement autonomes qui collectivement maintiennent toutefois cohésion et direction. En l’absence de fortes structures de hiérarchie et de gouvernance, la principale force motrice au sein du mouvement est l’influence horizontale des amis, proches, voisins et autres individus partageant les mêmes idées dans le monde virtuel et réel.

« On peut aussi trouver des facteurs contributifs dans l’intense exposition aux médias et l’utilisation très professionnelle des médias sociaux par l’ISIL. Ce que nous pouvons apprendre des conflits historiques comme l’Afghanistan, c’est que le risque d’une radicalisation ultérieure des combattants étrangers du fait de leur participation à des conflits est très réel. La formation au maniement des armes et explosifs peut servir à la réalisation d’attentats terroristes à leur retour en Europe », a prévenu Mats Benestad, coordinateur du sous-groupe sur la radicalisation et la formation au terrorisme notamment via l’internet du CODEXTER du Conseil de l'Europe.

Sandra Krähenmann, de l’Académie genevoise du droit humanitaire international et des droits de l'homme a indiqué que selon les données disponibles, il était confirmé que les faits « blowback’ c'est-à-dire le fait pour le combattant étranger de servir d’importants pôles de recrutement pour les groupes terroristes.

Selon Christophe Paulussen du Centre international de lutte contre le terrorisme à La Haye, sur l’ensemble des terroristes djihadistes qui ont été condamnés pour des activités liées au terrorisme en Europe entre 2001 et 2009, environ 12 % avaient été à l’étranger avant l’attentat, soit pour des motifs idéologiques soit pour une formation militaire soit pour la participation à des conflits étrangers. « Les chiffres absolus augmentent et avec eux le risque d’un attentat », a-t-il indiqué.

« La priorité est de prévenir les déplacements de djihadistes et de contenir les risques potentiels que posent les individus qui reviennent de zones de conflit, a souligné M. Benestad, expliquant que le Conseil de l'Europe préparait actuellement un projet de protocole à sa Convention relative à la prévention du terrorisme destiné à ériger en infraction pénale le fait de voyager ou d’essayer de se rendre à l’étranger à des fins terroristes, le financement et l’organisation de ce type de voyage et le fait de recevoir une formation terroriste et de participer à une organisation terroriste.

La Résolution 2178 du Conseil de sécurité des Nations Unies exige d’ores et déjà des Etats qu’ils érigent en infraction pénale le fait de se rendre à l’étranger à des fins terroristes. Cela étant, le fait que sa mise en œuvre puisse conduire à des violations de droits de l'homme est préoccupant en particulier du fait de notions excessivement larges du terrorisme que recouvrent les formes légitimes de dissension.

Des mesures telles que la mise en place de compétences pour retirer les passeports ou priver de citoyenneté des ressortissants ayant la double nationalité suspectée de terrorisme soulèvent d’importants problèmes de droits de l'homme, a souligné Mme Krähnemann en appelant à des garanties notamment un contrôle judiciaire. « Nous avons aussi besoin de garder à l’esprit le risque de discrimination et de profilage racial souligné », a-t-elle ajouté.

Pour finir, les participants ont tenu un échange de vues sur les alternatives au-delà de l’incarcération pour les combattants désillusionnés et repentis qui sont de retour ou ceux qui pourraient revenir.

Dirk Van der Maelen (Belgique, SOC) présentera un rapport sur « Les combattants étrangers en Syrie » à la session d’octobre de l’APCE.