Prévenir l’islamophobie tout en combattant la radicalisation des jeunes

Des flots de jeunes gens originaires des pays d’Europe occidentale sont devenus des combattants dans divers conflits (au Cachemire, dans le Golf et en Bosnie notamment) au cours des dernières décennies, a expliqué le professeur Tahir Abbas de l’Université Fatih d’Istanbul, lors d’une réunion conjointe de l’Alliance parlementaire contre la haine et de la commission des questions sociales, de la santé et du développement durable le 23 juin 2015, à Strasbourg. Nombre d’entre eux sont d’origine immigrée.

De nos jours, des pays comme la France, l’Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont affaire à une nouvelle génération de jeunes dont les idées se radicalisent et qui rejoignent les combattants en Syrie ou dans d’autres théâtres de guerre de la région.

Ce phénomène est de plus en plus intimement lié à l’islamophobie. Les musulmans sont présentés comme une menace potentielle, les mouvements populistes et d’extrême droite contribuant à répandre cette idée fausse. A leur tour, les jeunes musulmans se sentent de plus en plus isolés et surexposés. Ils ont souvent du mal à trouver un emploi, notamment en période de crise économique. Certains d’entre eux peuvent alors adhérer à des idéologies extrêmes et violentes, cherchant par là à donner un sens à leur vie. Même si leur nombre est infime, le phénomène est très médiatisé et suscite de profondes inquiétudes, parfois disproportionnées, parmi le public.

Comment empêcher les jeunes de se tourner vers l’extrémisme et la violence sans stigmatiser toute une communauté ? Eviter de présenter l’Islam comme un facteur de terrorisme, combattre la ségrégation à l’école et garantir l’accès des jeunes d’origine immigrée à l’éducation et à l’emploi sont quelques-unes des mesures recommandées par Bernard De Vos, Médiateur pour les droits de l’enfant de la Fédération de Wallonie-Bruxelles, qui s’est dit convaincu que les communautés peuvent jouer un rôle positif en s’attaquant aux problèmes sociaux qui se posent en leur sein. Une réaction excessive peut conduire à une escalade de la violence, a averti Francesco Ragazzi de l’Université de Leyde : les rôles des forces de police et des travailleurs sociaux doivent rester distincts, a-t-il estimé, ajoutant qu’il convient de privilégier des mesures douces de lutte contre la radicalisation, dont l’établissement de partenariats entre la police et les communautés ou le recours à un « contre-discours » dans les médias sociaux.

La participation d’Anne Brasseur, Présidente de l’Assemblée, et de Gabriella Battaini Dragoni, Secrétaire Générale adjointe du Conseil de l'Europe, qui a souligné que l’Organisation alertait l’opinion publique sur l’islamophobie depuis plus d’une décennie, a confirmé l’engagement de tous les organes du Conseil de l'Europe à agir dans ce domaine.
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