Les inégalités de revenus sont choquantes en Europe

Le Président de la Sous-commission sur la Charte sociale européenne, Tuur Elzinga (Pays-Bas, GUE), a souligné que les droits sociaux n’étaient pas des droits de l’homme de deuxième classe, mais des droits fondamentaux qui jouent souvent un rôle essentiel pour la jouissance des droits civils ou politiques.

« Dans de nombreux pays d’Europe, l’ampleur des inégalités de revenus est choquante et génère une marginalisation de certains groupes de la population. Toutes les élections récentes ont démontré que les personnes exclues de la société sont celles qui votent le moins. L’intégration socio-économique et les inégalités de revenus constituent par conséquent un défi majeur », a-t-il ajouté.

Le professeur Wiemer Salverda, un spécialiste du marché de l’emploi de l’Université d’Amsterdam, a confirmé que l’on observe une augmentation généralisée des inégalités de revenus entre les ménages ; il avertit que ces inégalités pourraient s’intensifier encore plus rapidement après la crise. De plus, la forte concurrence des ménages à revenus élevés pour trouver des emplois peu qualifiés contribue à ce que les inégalités de salaire et dans l’emploi s’autoalimentent. Il poursuit en déclarant : « De même, le temps de travail devient rapidement une dimension essentielle des inégalités sur le marché de l’emploi ». Pour conclure, il a mis en garde contre l’augmentation future des inégalités et a souligné l’importance de défendre les prestations et les services publics.

Le Président du Comité européen des droits sociaux, Giuseppe Palmisano, a rappelé les principaux défis auxquels l’Europe est actuellement confrontée en matière de droits sociaux, comme la persistance du travail des enfants et la rémunération des jeunes travailleurs. « L’accès des familles aux services sociaux ainsi que la qualité et la quantité de ceux-ci, la discrimination à l’égard des travailleurs migrants sur le marché du travail et le droit au regroupement familial sont autant de problèmes qui doivent également être résolus sans tarder », a-t-il déclaré, tout en soulignant le rôle important des parlements nationaux dans l’application et le suivi des droits sociaux.

Daniel Vaughan-Whitehead, économiste principal à l’Organisation internationale du travail (OIT), a souligné l’importance des droits sociaux pour préparer le terrain à une répartition plus équitable des revenus, et ainsi empêcher que l’érosion de la classe moyenne se poursuive en Europe. « Il existe une forte corrélation entre le niveau des inégalités et la taille de la classe moyenne », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « dans la lutte contre les inégalités, il faut que les groupes à revenu moyen soient ciblés par les politiques en faveur du marché du travail ». Il a aussi rappelé l’importance du dialogue social, de la protection sociale, de la fiscalité et de l’éducation dans ce domaine.

Coen van der Veer, membre du Comité exécutif du syndicat néerlandais FNV, dans son analyse sur les migrations pour le travail et leur impact sur les normes du travail conclut que, de son point de vue syndicaliste, les principaux défis sont de trouver le juste équilibre entre la flexibilité des conditions d’emploi des immigrés et des travailleurs détachés et les formes d’emploi plus permanentes, et de faire comprendre à la population que les travailleurs immigrés peuvent être complémentaires des travailleurs locaux si l’on réussit à lutter efficacement contre les situations contractuelles illégales (comme le faux travail indépendant).