Jean-Pierre Chevènement : 'La réponse à la théologie salafiste est d’aller vers un islam cultivé'

« L’approche européenne doit consister à échanger nos expériences, à trouver les voies qui permettent d’aller vers un islam cultivé. Car je crois que la théologie salafiste, qui potentiellement nourrit le terreau à partir duquel peuvent se développer les tentations de passage à l’acte terroriste, peut être combattue à partir d’une formation beaucoup plus élaborée », a déclaré aujourd’hui Jean-Pierre Chevènement, Président de la Fondation de l’Islam de France, en s’adressant à Paris aux participants à une audition sur les conséquences politiques du financement étranger de l’islam en Europe.

« Chaque pays européen a son histoire et ses règles, mais nous pouvons trouver des accords pour faire ce qui me parait essentiel : la formation des imams. En ce sens, nous pourrions créer une faculté de théologie musulmane à Strasbourg, puisque cette ville échappe par le biais du concordat à la règle laïque stricte, en coopération avec des institutions étrangères, suisses ou allemandes », a ajouté M. Chevènement.

« La laïcité est une notion souvent mal comprise mais qui s’enracine profondément dans notre histoire, son but étant que les citoyens puissent débattre des affaires qui les regardent et de l’intérêt général non pas à partir de leur dogme mais à partir de la raison naturelle. La laïcité, si je voulais la définir, se rapprocherait de la citoyenneté », a-t-il souligné.

Doris Fiala, qui prépare un rapport sur le sujet, a présenté ses premières observations suite à une récente visite de travail en Autriche ainsi qu’au questionnaire qui servira de base à une étude comparative des systèmes de financement étranger de l’islam en Europe, et qui a été adressée à l’Allemagne, la Belgique, la Bulgarie, la France, le Royaume-Uni, la Suisse et la Turquie. Mme Fiala a également annoncé un prochain déplacement au Royaume-Uni.

« Je souhaite que mon rapport permette de distinguer ce qui relève du fantasme, de la peur infondée, voire de l’islamophobie à l’égard du financement étranger de l’islam en Europe, de ce qui relève d’une réalité. En m’inspirant des solutions adoptées dans différents pays européens, je présenterai des propositions pour en améliorer la transparence. Car en effet, tant la liberté religieuse que le droit à la vie privée et l’anonymat doivent être pris en compte et, en l’espèce, il n’y a aucune raison pour que ce qui est reconnu aux croyants d’autres cultes ne le soit pas aux musulmans », a-t-elle conclu.