Petra de Sutter à l’occasion de la Journée internationale des migrants : “une véritable honte pour l’Europe”

« Cette année, la Journée internationale des migrants (18 décembre) sera probablement la journée la moins glorieuse pour l’Europe. Les centres de premier accueil surpeuplés sur les îles grecques sont une véritable honte. Moria, le camp de réfugiés de Lesbos, n’est plus seulement une prison. C’est devenu une zone de guerre, où l’assistance la plus élémentaire n’est pas assurée et les besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits. Il n’y a aucune sécurité, aucune hygiène et aucune aide médicale et psychosociale. Ce sont les pires conditions d’accueil pour toute personne ayant fui la guerre », a déclaré aujourd’hui Petra De Sutter (Belgique, SOC), rapporteure générale de l’APCE sur les conditions d’accueil des réfugiés et des migrants.

Petra De Sutter a exhorté les autorités grecques et la communauté internationale à trouver rapidement des solutions. « Les conditions d’accueil sur les îles grecques sont inhumaines. Nous devons vite traiter les symptômes de cette crise, avant le mois de janvier, pour éviter d’autres décès, tout en nous attaquant aux causes profondes. Chaque demandeur d’asile venant de Turquie, qui est obligé de passer par les centres de premier accueil sur les îles grecques depuis la conclusion de l’accord UE-Turquie, devrait être entendu, transféré sur le continent (après validation de sa demande) et relocalisé dans un autre pays européen, conformément au mécanisme de relocalisation fondé sur la solidarité européenne. C’est la seule façon de garantir la dignité humaine de ces personnes en quête de protection », a-t-elle déclaré.

Pour Mme De Sutter, la politique actuelle du gouvernement grec sur les îles « ne progresse pas du tout comparée à celle menée sur la partie continentale, en particulier depuis la visite dans le pays effectuée par la Commission ad hoc du bureau de l’Assemblée en mai 2016. Le ministre grec de l’Immigration, Ioannis Mouzalas, tente de trouver des solutions d’urgence en louant des hôtels à Lesbos et en envoyant des bateaux du continent vers les îles pour recueillir 3 000 réfugiés, après que cinq réfugiés soient morts à Moria en janvier. Il faudrait renforcer les efforts visant à garantir des conditions humaines dans les camps, en allégeant la pression sur les îles et en transférant davantage de personnes sur la partie continentale du pays. La protection juridique des plus vulnérables doit désormais être une priorité ».

Les autorités grecques « ne sont pas seules », a ajouté la rapporteure générale. Le soutien d’autres pays de l’UE « est très important, car les flux migratoires ne cesseront pas. Au lieu de fermer les yeux sur la détérioration continue de la situation, l’Union européenne devrait être forte. Chaque État membre de l’UE devrait assumer sa responsabilité – y compris le groupe de Visegrád, c'est-à-dire la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie – de garantir les droits de l’homme. Il est illusoire de considérer l’accord UE-Turquie comme une réussite au motif qu’il aurait permis de réduire le nombre de réfugiés. En fait, les réfugiés continuent d’arriver, mais l’Europe les ignore parce qu’ils sont cachés et piégés sur les îles grecques », a conclu Mme De Sutter.