Dora Bakoyannis: ‘il y a un espace pour que l'Europe joue un rôle utile en Syrie’

« La situation en Syrie s'est gravement détériorée au point que le Secrétaire général des Nations Unies l'a décrite comme un ‘enfer sur terre’ et, sur le plan politique, la communauté internationale n'a pas réussi à trouver une solution », a déclaré Dora Bakoyannis (Grèce, PPE/DC), intervenant aujourd'hui à l'ouverture d'une audition sur la situation en Syrie et ses effets sur les pays voisins, organisée à Paris par la Commission des questions politiques dans le cadre de la préparation d'un rapport sur la question.

L'implication des acteurs internationaux « crée une situation complexe, notamment en raison des changements continus d'alliances, indication de graves défaillances stratégiques dans la région », a déclaré la rapporteure. Jusqu'à présent, « aucune des négociations politiques existantes n'a réussi à aboutir à un accord. La crise syrienne reflète les nombreux agendas concurrents entre les acteurs internationaux », a-t-elle ajouté.

Eugenio Dacrema, chercheur sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord à l'Institut italien d'études politiques internationales, a déclaré que la « division profonde » définissait l'approche des pays européens vis-à-vis de la Syrie. Alors que certains d'entre eux sont intervenus directement dans le conflit, comme la Turquie et la Russie, « les pays de l'UE sont généralement hostiles au régime, avec des exceptions, mais ne soutiennent pas directement les rebelles ».

A différents degrés, tous les pays européens partagent trois intérêts communs : la limitation des flux de réfugiés, la limitation de la menace terroriste et la stabilisation de la région du Moyen-Orient, a-t-il rappelé.

Interrogé sur la question de savoir si la trajectoire actuelle du conflit syrien allait dans le sens des intérêts européens, il a déclaré que c’était seulement en partie le cas et que des risques significatifs persistaient. « La résilience du régime d'Assad évite des alternatives inconnues et potentiellement plus dangereuses. Cependant, l'approche que le régime (et ses alliés) emploie dans la dernière phase du conflit est problématique, puisque cette approche consiste en une solution militaire. »

Selon Mme Bakoyannis, « une diplomatie active est nécessaire ». Les Européens, a-t-elle dit, « devraient avancer sur une voie politique qui, à travers la désescalade et la dévolution, apportera un peu de répit au peuple syrien. En outre, il y a un espace pour qu'ils jouent un rôle utile ». De plus, une attention particulière devrait être accordée au Liban et à la Jordanie. « Ils ont besoin d'une aide humanitaire supplémentaire pour gérer l'afflux de réfugiés ».

« Il est grand temps de convenir d'un plan pour la transformation pacifique de la Syrie en un Etat politiquement juste, sûr et stable. Notre objectif principal est de donner au peuple syrien la sécurité et l'assistance pour reconstruire leur pays et aider les réfugiés à retourner et voter pour une nouvelle constitution. Autrement, organiser des élections, alors que des millions de Syriens vivent à l'étranger, n'aurait aucun sens », a conclu Mme Bakoyannis.