Les corapporteurs saluent à Skopje la ratification de l'accord sur le nom du pays et appellent à des processus inclusifs

« Aujourd'hui, le parlement macédonien a ratifié l'accord historique signé le 17 juin 2018 par Skopje et Athènes sur la ‘question du nom’ du pays. Nous saluons la bonne volonté et les mesures courageuses prises par les deux Etats membres du Conseil de l'Europe, dont la contribution est précieuse pour la stabilité de toute la région », ont déclaré Lise Christoffersen (Norvège, SOC) et Valeriu Ghiletchi (République de Moldova, PPE/DC), corapporteurs de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) lors d’une visite d'information sur le dialogue postsuivi à Skopje les 18 et 20 juin 2018.

« Cet accord n'est que le début d'un long processus qui pourrait mettre un terme à un différend de 27 ans qui a entravé le développement de « l'ex-République yougoslave de Macédoine ». Le nom, mais aussi d'autres questions d'identité abordées dans cet accord, ont suscité, des décennies durant, réactions passionnées et émotionnelles, et restent sensibles pour certaines parties de la société. Il est légitime que ces préoccupations et opinions soient posées clairement et débattues de manière libre, pacifique et constructive – c'est le propre de la démocratie. Cependant, la violence, les intimidations et la rhétorique incendiaire n'ont pas leur place et doivent être condamnées par toutes les parties. Les citoyens devraient être capables de décider par eux-mêmes. Nous saluons donc l’annonce de l'organisation d'un référendum cet automne, qui donnera l'occasion aux citoyens de déterminer la vision qu'ils ont pour l'avenir de leur pays.

Lors de nos discussions avec tous les dirigeants des partis politiques et avec les autorités, nous avons souligné la nécessité de garantir, dans cet élan crucial, des processus inclusifs. Un dialogue avec le principal parti d'opposition VMRO-DPMNE – le seul parti parlementaire s'opposant à cet accord – mais aussi avec la société civile sera essentiel pour instaurer la confiance dans ce processus. Nous avons pu constater avec plaisir que les médias, la société civile et les organisations judiciaires étaient prêts à contribuer activement aux discussions. Nous avons également noté la décision de VMRO-DPMNE de revenir au parlement ce printemps, donnant un signe de responsabilité politique. Cette décision a permis l'adoption de textes législatifs cruciaux qui bénéficieront à toute la population. Nous attendons de tous les partis politiques, en ce moment historique, et de toutes les autorités impliquées dans le processus, qu'ils prennent une part active et responsable pour assurer le bon fonctionnement des institutions démocratiques, dans le respect de la constitution et le bon fonctionnement de l'administration électorale, permettant la tenue du référendum dans de bonnes conditions.

Il est ressorti de nos réunions que la signature de l'accord suscite un immense espoir de réaliser l'intégration euro-atlantique – un objectif stratégique consensuel du pays, transcendant les partis politiques et les communautés ethniques. Cet accord a également renforcé l'intention des autorités de poursuivre les réformes engagées depuis avril 2017, après une crise politique de deux ans qui a bloqué le processus de démocratisation du pays. Les mesures prises pour réformer le système judiciaire, renforcer la liberté des médias, réviser la loi électorale, réformer les services de renseignement et les services secrets ou prévenir et interdire la discrimination doivent être accueillies favorablement et soutenues. La réforme du système judiciaire en particulier, devrait renforcer la responsabilité, la transparence et l'indépendance des juges – et restaurer la confiance. Les réflexions sur le devenir du Bureau de la Procureure spéciale, qui enquête actuellement sur les conversations recueillies au cours d’écoutes téléphoniques illégales, devraient être considérées comme des efforts supplémentaires pour normaliser le système et remettre le pays sur la voie des normes européennes.

Ce processus sera difficile ; il faudra du temps. Il faudra changer les esprits pour mettre en œuvre efficacement les lois récemment adoptées. Nous sommes cependant convaincus que la volonté politique et les efforts continus pour rétablir l'état de droit, la démocratie et les droits de l'homme aideront à rétablir les liens entre les personnes, et entre les communautés. Les actions sociales prises en faveur des populations dans le besoin, des Roms et des enfants dans les institutions, sont des exemples de politiques inclusives dont le pays a besoin. Le Conseil de l'Europe est prêt à soutenir les efforts de démocratisation du pays ».

À Skopje, les corapporteurs ont rencontré le Premier ministre, le Vice-Premier ministre chargé des affaires européennes, la ministre de la Justice, le Vice-ministre des Affaires étrangères, le Président de la Cour constitutionnelle, les dirigeants des partis politiques, les autorités judiciaires et la Procureure spéciale, ainsi que des représentants des juges, des ONG, des médias et de la communauté diplomatique.