L’intelligence artificielle : un facteur déterminant pour l’avenir de l’humanité

Deborah Bergamini (Italie, PPE/DC), rapporteure de l'APCE sur la nécessité d’une gouvernance démocratique de l’intelligence artificielle, a plaidé pour la mise en place de cadres réglementaires nationaux et internationaux qui puissent garantir une gouvernance démocratique de l’intelligence artificielle et empêcher son utilisation abusive.

S’exprimant lors d’une réunion de la Commission des questions politiques et de la démocratie tenue à Strasbourg, le 2 octobre 2019, Mme Bergamini a indiqué que l’on s’accordait de plus en plus à reconnaître que l’intelligence artificielle allait changer considérablement la vie des citoyens et aurait une incidence durable sur les sociétés humaines. Elle a également insisté sur le fait que l’intelligence artificielle pouvait certes ouvrir de formidables perspectives en termes de progrès économique et social, mais risquait aussi de poser des problèmes complexes.

« L’intelligence artificielle influe d’ores et déjà sur le fonctionnement de la démocratie », a déclaré Mme Bergamini. « Les Etats ont largement recours à des technologies basées sur l’intelligence artificielle, à telle enseigne que cela pourrait entraîner une érosion des libertés politiques et faire émerger un autoritarisme numérique – un nouvel ordre social qui ferait concurrence à la démocratie. »

Et Mme Bergamini de conclure : « L’Assemblée parlementaire devrait avoir une vision globale, envisager à la fois les difficultés et les possibilités qui font de pair avec l’intelligence artificielle (dans leur diversité), et exprimer une position commune assortie de propositions détaillées. »

Birgit Schippers, Docteur à l’Université St. Mary à Belfast, a attiré l’attention sur le fait que l’un des pouvoirs cachés des technologies basées sur l'intelligence artificielle est qu'elles peuvent se montrer profondément injustes, inéquitables et discriminatoires envers des individus issus de groupes vulnérables. Les deux grands problèmes sur lesquels il conviendrait, selon elle, de se pencher sont les pouvoirs spécifiques de l’intelligence artificielle et la politique en la matière, ainsi que l’opposition entre prise de décisions autonome et prise de décisions automatisée.

Paul Nemitz, Conseiller principal auprès de la Commission européenne, a indiqué qu’il avait lui aussi le sentiment que la première chose à faire pour dompter l’intelligence artificielle était de ne plus se contenter d’en parler, mais de la réglementer. Sur un plan plus personnel, il s’est dit « parfaitement conscient qu’il est des Etats membres dans lesquels il existe des textes autorisant que certaines décisions soient prises par des systèmes automatisés. Ces textes paraissent trop fragiles, tant ces programmes informatiques sont puissants. C’est pourquoi nous devons renforcer les moyens d’action de nos outils juridiques. »

Yannick Meneceur, qui travaille à la Direction de la société de l’information et de la lutte contre la criminalité du Conseil de l’Europe, est revenu sur le concept de démocratie et a indiqué que nous nous dirigions vers une nouvelle notion de la démocratie participative, celle de la cyberdémocratie, où l’Internet mobilise et coordonne la société. Ce qui l’amené à conclure que « le centre de la démocratie semble s’orienter vers la société, et la technologie semble jouer le rôle de vecteur de transformation ».

La commission envisage d’organiser de nouvelles auditions sur ce sujet d’actualité très important afin de pouvoir mieux comprendre les effets de l’intelligence artificielle sur la démocratie et formuler des propositions intéressantes.