COVID-19 : 'Nous ne sommes pas obligés de choisir entre santé et vie privée - nous pouvons avoir les deux', selon une rapporteure

La COVID-19 faisant craindre une surveillance accrue, la rapporteure de l'APCE sur l'intelligence artificielle dans les soins de santé, Selin Sayek Böke (Turquie, SOC), a lancé un appel pressant en faveur d'un nouveau cadre pour réglementer l'IA dans ce domaine, appelant à « une nouvelle ère de responsabilisation des citoyens » pour les données de santé qui protégeront à la fois la santé et la vie privée.

« La crise de la COVID-19 a montré avec une grande clarté les avantages et les dangers de l'intelligence artificielle dans les soins de santé », a indiqué la rapporteure dans une déclaration.

« La technologie du ‘traçage’ et de la ‘localisation’ est l'exemple le plus visible, générant des craintes de surveillance injustifiée, mais il y en a d'autres : l'IA permet de modéliser différentes réponses à la pandémie, de prévoir la capacité des hôpitaux ou de développer des médicaments et un vaccin.

En bref, l'IA dans les soins de santé se trouve à un carrefour critique : la COVID-19 a permis d'affiner les choix et de raccourcir les délais, mais les décisions que nous prenons aujourd'hui détermineront considérablement notre avenir.

Il est urgent de mettre en place un nouveau cadre réglementaire éthique – un cadre qui trouve le juste équilibre entre l'intérêt collectif et les droits individuels, qui privilégie la solidarité mondiale par rapport à la recherche du profit, et qui place l'expertise humaine au centre de ses préoccupations. Il doit également être adaptable, en s'ajustant au degré de menace auquel il est confronté. Les instruments juridiques du Conseil de l'Europe, tels que la Convention d'Oviedo et la Convention pour la protection des personnes à l'égard du traitement automatisé des données à caractère personnel devraient guider les efforts réglementaires nationaux.

Mais avant tout, les gouvernements doivent être ouverts avec leurs citoyens – et entre eux – concernant les données de santé qu'ils souhaitent, les raisons pour lesquelles ils les souhaitent, la manière dont ils les utilisent et ce qu'ils ont l'intention d'en faire.

La transparence donne à chacun d'entre nous la clé pour comprendre sa propre santé, nous permet d'évaluer correctement les actions du gouvernement et, en fin de compte, renforce la confiance dans les autorités sanitaires. Cette ouverture, à son tour, conduit à une population consciente et bien informée qui est prête à suivre les directives de santé publique en cas d'urgence, bien plus efficacement que n'importe quelle mesure policière et de coercition.

Si la pandémie nous a appris quelque chose, c'est que nous avons besoin d'une nouvelle ère de responsabilisation des citoyens en matière de données sanitaires, fondée sur un soutien mutuel et une solidarité mondiale.

Bien gérée, l'IA peut receler une grande force en faveur du bien, permettant de sauver des milliers de vies et d'améliorer les résultats sanitaires. Mal gérée, elle peut devenir – comme l'a dit le Président de l'APCE – un cauchemar orwellien. Nous ne sommes pas obligés de choisir entre la santé et la vie privée, comme certains gouvernements essayent de le prétendre. Avec la bonne réglementation, nous pouvons avoir les deux ».

Le rapport de Me Sayek Böke doit être débattu par l'Assemblée plénière, ainsi qu'un certain nombre d'autres rapports sur le thème de l'IA, au début de l'année prochaine.