COVID-19 : les femmes doivent être au cœur des réponses aux crises

Les femmes devraient être pleinement impliquées au cœur de la planification des réponses aux crises et de la prise de décision, selon les participant-e-s à un webinaire de l'APCE sur la dimension de genre dans la politique étrangère en réponse au COVID-19, réunissant des parlementaires, d’ancien-ne-s et actuel-le-sdiplomates ainsi que des universitaires.

En ouvrant le webinaire, organisé par la Commission égalité de l'Assemblée, la rapporteure sur le sujet, Petra Stienen (Pays-Bas, ADLE), a déclaré que la gestion de la première vague de la crise du COVID-19 « avait eu un visage masculin » et a parlé des effets dévastateurs de ce qu'elle a décrit comme une « politique machiste » dans les premiers stades de la pandémie. « Nous devons voir des dirigeant-e-s qui montrent la direction, donnent un sens à leur direction, mais aussi qui font preuve d'empathie », a-t-elle déclaré, citant des exemples notables de leadership inclusif par dirigeantes telles que Jacinda Ardern et Angela Merkel.

La crise a été « une loupe » pour les inégalités existantes dans nos sociétés, a-t-elle souligné, appelant à une meilleure protection des femmes et des filles contre la violence sexiste, et à des débats publics sur la dimension de genre de la pandémie.

Bert Koenders, professeur sur la Paix, la Justice et la Sécurité à l'Université de Leyde, a déclaré qu'il y avait eu « quelques progrès » dans la représentation des femmes dans le domaine de la politique étrangère et de sécurité au cours des dernières années, tout en ajoutant : « Il ne s'agit pas seulement de femmes à des postes à haut niveau, il s'agit aussi de changer le contenu de la politique – les questions dites ‘féminines’ sont souvent les pierres angulaires de la politique étrangère et de sécurité, et les hommes comme les femmes ont un grand rôle à jouer ».

Ann Bernes, Ambassadrice suédoise pour l'égalité de genre et coordinatrice de la politique étrangère féministe, a expliqué comment son pays avait été le premier à mettre en place une politique étrangère féministe. « Cela commence à devenir la nouvelle norme – c'est ce que nous visions ». Cette problématique n'est plus considérée comme "une question de femmes" mais comme une question de sécurité durable, et d'autres pays commencent à suivre l'exemple de la Suède. Le principal défi, a-t-elle ajouté, est celui de « comment atteindre et convaincre ceux et celles qui ne sont pas d'accord ».

La députée européenne Samira Rafaela a évoqué la situation au Parlement européen, où la représentation actuelle des femmes dépasse à peine 40 %, bien qu'elle ne soit que d'environ 35 % dans les commissions traitant des Affaires extérieures. Le Parlement a fait pression pour que les institutions européennes incluent des analyses de genre dans leurs propositions, introduisent l'intégration de la dimension de genre dans tous les domaines et renforcent la budgétisation basée sur le genre.

Delphine O, Secrétaire générale du Forum Génération Egalité (Pékin+25), représentant le ministère français des Affaires étrangères, a expliqué comment la France, s'inspirant du modèle suédois, a essayé de mettre la dimension de genre au premier plan chaque fois que le pays présidait des organes multilatéraux tels que le G7 ou le Conseil de sécurité des Nations unies. Le Forum Génération Egalité, un rassemblement mondial prévu en juillet, a été reporté en raison de la crise du COVID-19,mais ce retard rend encore cet événement encore plus urgent et plus pertinent, a-t-elle déclaré. « Un an après la crise, ce sera un lieu où chacun pourra se réunir et faire le point sur l'impact de la crise – et sur ce qui a été fait. Ce sera une ressource pour des solutions innovantes ».

Le Dr Jennifer Cassidy, professeur à l'université d'Oxford et ancienne diplomate, a parlé de son expérience personnelle – elle a été hospitalisée à deux reprises, à la suite du COVID-19 – et a cité les propos de l'ancienne ministre suédoise des affaires étrangères Margot Wallström, sur l'élaboration de politiques qui ont directement touché les femmes : « Rien sur nous, sans nous ». Les idées normatives sur la masculinité et la virilité ont façonné la politique et les institutions pendant des décennies, et cela doit changer.