Doc. 10673

19 septembre 2005

Education et religion

Rapport

Commission de la culture, de la science et de l’éducation

Rapporteur: André Schneider, France, Groupe du parti populaire européen

Résumé

L’Assemblée parlementaire réaffirme que la religion de chacun, y inclus l’option de ne pas avoir de religion, relève du domaine strictement privé. Cependant, nombre de situations de crise sont profondément enracinées dans les tensions culturelles et religieuses. La connaissance des religions fait partie intégrante de celle de l’histoire des hommes et des civilisations. Elle est entièrement différente de la croyance en une religion en particulier et de sa pratique.

En conséquence, une bonne connaissance générale des religions est essentielle au développement d’un sens de la tolérance et à l’exercice de la citoyenneté démocratique. L’éducation devrait fournir les outils pour combattre l’ignorance, les stéréotypes et l’incompréhension des religions.

L’Assemblée recommande au Comité des Ministres d’étudier les approches possibles à l’enseignement du fait religieux pour les niveaux primaire et secondaire au moyen de modules de base qui seraient ensuite adaptés aux différents systèmes éducatifs, de promouvoir la formation initiale et continue des enseignants en matière de religion et d’envisager la création d’un institut européen de formation des enseignants pour l'étude comparative des religions. 

I.       Projet de recommandation

1.       L’Assemblée parlementaire réaffirme avec force que la religion de chacun, y inclus l’option de ne pas avoir de religion, relève du domaine strictement privé. Ceci cependant n’est pas incompatible avec la constatation qu’une bonne connaissance générale des religions, et par conséquent un sens de la tolérance, sont indispensables à l’exercice de la citoyenneté démocratique.

2.       Dans sa Recommandation 1396 (1999) sur la religion et la démocratie, l’Assemblée affirmait que « Plusieurs problèmes de la société européenne moderne ont une composante religieuse, tels que les mouvements fondamentalistes intolérants et les actes terroristes, le racisme et la xénophobie, les conflits ethniques ».

3.       Dans beaucoup de familles, la connaissances des religions est en train de se perdre. De plus en plus de jeunes manquent de repères pour bien appréhender les sociétés dans lesquelles ils évoluent et celles avec lesquelles ils sont confrontés.

4.       Les médias – presse écrite et audiovisuel – peuvent avoir un rôle d’information très positif. Cependant, certains d’entre eux, surtout parmi ceux sont destinés au grand public, font très souvent preuve d’une regrettable méconnaissance des religions, comme l’indiquent par exemple les amalgames fréquents entre l’islam et certains mouvements fondamentalistes et radicaux.

5.       La politique et la religion ne devraient pas se mélanger. Cependant, la religion et la démocratie ne doivent pas être incompatibles. En effet, elles doivent être des partenaires valables. En s’attaquant aux problèmes de société, les autorités publiques peuvent éliminer beaucoup de situations qui favorisent l’extrémisme religieux.

6.       L’éducation est essentielle pour combattre l’ignorance, les stéréotypes et l’incompréhension des religions. Les gouvernements devraient aussi faire plus pour garantir la liberté de conscience et d’expression religieuse, pour encourager l’enseignement du fait religieux, pour promouvoir le dialogue avec et entre les religions et pour favoriser l’expression culturelle et sociale des religions. 

7.       L'école est un élément majeur de l’éducation, de la formation de l’esprit critique des futurs citoyens et donc du dialogue interculturel. Elle pose les bases d'un comportement tolérant. En enseignant aux enfants l'histoire et la philosophie des principales religions avec mesure et objectivité dans le respect des valeurs de la Convention Européenne des Droits de l’Homme elle luttera efficacement contre le fanatisme. Il est essentiel de comprendre l’histoire des conflits politiques au nom de la religion.

8.       La connaissance des religions fait partie intégrante de celle de l’histoire des hommes et des civilisations. Elle est tout à fait différente de la croyance en une religion en particulier et de sa pratique. Même les pays où une confession est largement prédominante se doivent d'enseigner les origines de toutes les religions plutôt que d’en privilégier une ou de promouvoir le prosélytisme.

9.       En Europe, diverses situations co-existent. D’une manière générale, les systèmes scolaires – en particulier les écoles publiques dans les pays dits laïques - ne consacrent pas suffisamment de ressources à l’enseignement des religions ou – en particulier dans les pays à religion d’Etat et dans les établissements confessionnels – privilégient une seule religion. Certains pays ont interdit le port de symboles religieux dans les établissements scolaires.

10.       Malheureusement, un peu partout en Europe il n'y a pas assez d'enseignants en mesure d'assurer l'étude comparative des différentes religions d'où l'intérêt de créer pour cela un institut européen de formation des enseignants (au moins pour les  formateurs des futures enseignants).

11.       Le Conseil de l’Europe accorde à l’éducation un rôle central dans la construction d’une société démocratique mais l’étude des religions dans les écoles n’a pas encore fait l’objet d’une attention particulière.

12.       L’Assemblée constate par ailleurs que les trois religions monothéistes du Livre ont des racines communes (Abraham) et partagent beaucoup de valeurs avec d’autres religions et que ces valeurs sont à l’origine de celles défendues par le Conseil de l’Europe.

13.       En conséquence, l’Assemblée recommande au Comité des Ministres :

13.1       d’étudier les approches possibles à l’enseignement des religions pour les niveaux primaire et secondaire par exemple par des modules de base qui seraient ensuite adaptés aux différents systèmes éducatifs ;

13.2       de promouvoir la formation initiale et continue des enseignants du fait religieux dans le respect des principes évoqués dans les paragraphies précédents ;

13.3       d’envisager la création d’un institut européen de formation d’enseignants pour l'étude comparative des religions.

14.       L’Assemblée recommande aussi au Comité des Ministres d’encourager les gouvernements des Etats membres à veiller à l’enseignement du fait religieux aux niveaux primaire et secondaire de l’éducation nationale, notamment sur la base des critères suivants :

14.1       son l’objectif doit faire découvrir aux élèves les religions qui se pratiquent dans leur pays et celles de leurs voisins, de leur faire voir que chacun a le même droit de croire que sa religion « est la vraie » et que le fait que d’autres ont une religion différente, ou n’ont pas de religion, ne les rend pas différents en tant qu’êtres humains ;

14.2       il devrait inclure l’histoire des principales religions, ainsi que l’option de ne pas avoir de religion, en toute neutralité ;

14.3       il devrait donner à la jeunesse des outils pédagogiques lui permettant d’aborder en toute sécurité les partisans d’une approche religieuse fanatique ;

14.4       il ne doit pas franchir la limite entre le culturel et le cultuel, même pour un pays à religion d’Etat. Il ne s’agit pas de transmettre une foi, mais de faire comprendre aux jeunes pourquoi des millions de gens puisent à ces sources;

14.5       les enseignants des religions devront avoir une formation spécifique. Cela devrait être des enseignants d’une discipline culturelle ou littéraire. Cependant les spécialistes d’une autre discipline, pourraient être chargés de cet enseignement ;

14.6       il appartient aux autorités publiques de veiller à la formation des enseignants et de définir les programmes qui doivent être adaptés à la spécificité de chaque pays et à l’âge des élèves.

II.       Exposé des motifs

par M. André Schneider

A. Introduction

B. Historique des travaux de la commission

C. Autres initiatives du Conseil de l’Europe

D. Situation dans certains pays européens

E. Conclusions

Commission chargée du rapport: commission de la culture, de la science et de l’éducation

Renvoi en commission: Doc. 9995, Renvoi n° 2903 du 25 novembre 2003

Projet de recommandation adopté à l’unanimité par la commission le 6 septembre 2005

Membres de la commission: M. Jacques Legendre (Président), Baroness Hooper, M. Josef Jařab, M. Wolfgang Wodarg, (Vice-Présidents), M. Hans Ager, M. Toomas Alatalu, M. Gaqo Apostoli, Emerenzio Barbieri, M. Rony Bargetze, Mme Marie-Louise Bemelmans-Videc, M. Radu-Mircea Berceanu, M. Levan Berdzenishvili, M. Božidar Bojović Mme Anne Brasseur, M. Osman Coşkunoğlu, M. Vlad Cubreacov, Mme Maria Damanaki, M. Joseph Debono Grech, M. Ferdinand Devinsky, Mme Kaarina Dromberg, Mme Anke Eymer, M. Relu Fenechiu, Mme Blanca Fernández-Capel, Mme Maria Emelina Fernández-Soriano, M. José Freire Antunes, Mme Siv Frieđleifsdóttir, M. Piotr Gadzinowski, M. Ian Gibson, M. Eamon Gilmore, M. Stefan Glǎvan, M. Luc Goutry, M. Vladimir Grachev, M. Andreas Gross, Mme Azra Hadžiahmetović, M. Jean-Pol Henry, M. Rafael Huseynov, M. Raffaele Iannuzzi, Mme Halide İncekara, M. Igor Ivanovski, M. Shavarsh Kocharyan, M. József Kozma, Jean-Pierre Kucheida, M. Guy Lengagne, M. Peter Letzgus, Mme Christine Lucyga, Mme Jagoda Majska-Martincevic, M. Gennaro Malgieri, M. Bernard Marquet, Mme Giovanna Melandri, M. Ivan Melnikov, M. Loutvi Mestan, Mme Milena Milotinova, Mme Fausta Morganti, Mme Kim Mortensen, Mme Christine Muttonen, Mme Miroslava Nĕmcová, M. Edward O’Hara (Remplacant: M. Robert Walter), M. Guilherme de Oliveira Martins, Mme Elsa Papadimitriou, Mme Antigoni Pericleous Papadopoulos, Mme Majda Potrata, M. Lluis Maria de Puig, M. Anatoliy Rakhansky, M. Johannes Randegger, M. Zoltán Rockenbauer, Mme Anta Rugāte, Lord Russell-Johnston, M. Volodymyr Rybak, M. Pär-Axel Sahlberg, M. André Schneider, M. Vitaliy Shybko, Mme Elsa Skarbøvik, M. Andrey Skoch (Alternate: M. Anatoliy Korobeynikov), M. Jerzy Smorawiński, M. Ninoslav Stojadinović, M. Valeriy Sudarenkov, M. Aleksander Szczygło, M. Mehmet Tekelioğlu, M. Ed van Thijn, M. Vagif Vakilov, Mme Majléne Westerlund Panke, M. Emanuelis Zingeris,

N.B. Les noms des membres présents à la réunion figurent en gras

Chef du Secrétariat: M. Christopher Grayson

Secrétaires de la commission : M. João Ary, M. Rüdiger Dossow, M. Chemavon Chahbazian


1 A l’exception des départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle toujours sous régime concordataire