Council of Europe / Conseil de l'Europe

F-67075 Strasbourg cedex (France)

Tél :+33/ 3 88 41 20 00

Fax : +33 / 3 88 41 27 76

Email : pace@coe.fr

http://stars.coe.fr/

Doc. 8595

15 décembre 1999

Education non formelle

Rapport

Commission de la culture et de l'éducation

Rapporteur: M. Cristian Dumitrescu, Roumanie, Groupe socialiste

Résumé

      L'Assemblée reconnaît que les systèmes d'éducation formelle ne peuvent répondre à eux seuls aux défis de la société moderne et pense qu'il faut les renforcer par des pratiques éducatives non formelles.

      L'Assemblée recommande aux gouvernements et aux autorités compétentes des Etats membres de reconnaître l'éducation non-formelle en tant que partenaire de fait dans le processus d'éducation permanente et de le rendre accessible à tous.

I.        Projet de recommandation

1.       L'Assemblée considère qu'investir dans l'éducation et le bien-être est une mesure efficace pour promouvoir une citoyenneté active et prévenir l'exclusion sociale.

2.       L'Assemblée constate que les systèmes d'éducation formelle ne peuvent à eux seuls faire face à l'évolution technologique, sociale et économique rapide et constante de la société et qu'ils devraient donc être renforcés par des pratiques éducatives non formelles.

3.       L'éducation non formelle fait partie intégrante de la notion d'éducation permanente qui permet aux jeunes et aux adultes d'acquérir et d'entretenir les compétences, les aptitudes et les dispositions nécessaires pour s'adapter à un environnement en mutation constante. Elle peut résulter d'une initiative individuelle et prendre la forme de diverses activités d'apprentissage menées en dehors du système éducatif formel. Une part importante de l'éducation non formelle est assurée par des organisations non gouvernementales s'intéressant au travail communautaire et aux activités de jeunesse.

4.       L'Assemblée rappelle la Déclaration finale de la 5e Conférence des ministres européens responsables de la jeunesse dans laquelle les pays européens ont été encouragés à promouvoir l'égalité des chances en reconnaissant la formation et les compétences acquises par le biais de l'éducation non formelle et en trouvant diverses formes de validation de l'expérience et des qualifications ainsi acquises. Elle se félicite de la création d'un «Groupe de travail sur l'éducation non formelle» au Conseil de l'Europe.

5.       L'Assemblée encourage tous ceux qui élaboreront les politiques éducatives à admettre que l'éducation non formelle fait partie intégrante du processus éducatif et à reconnaître la contribution que les organisations non gouvernementales qui travaillent dans le domaine de l'éducation non formelle peuvent apporter.

6.       L'Assemblée encourage également l'application des nouvelles technologies de l'information à l'éducation non formelle et souligne la nécessité de garantir la facilité d'accès à ces technologies aux niveaux national et international.

7.       L'Assemblée recommande donc au Comité des Ministres d'inviter les gouvernements et les autorités compétentes des Etats membres:

      i. à reconnaître l'éducation non formelle en tant que partenaire de fait dans le processus d'éducation permanente et à élaborer des systèmes d'évaluation efficaces (ce qui pourrait être fait par la reconnaissance des activités relevant de l'éducation non formelle de manière qu'elles puissent également figurer dans les curriculum vitae sous la rubrique de l'expérience professionnelle et des compétences et qualifications reconnues au niveau international). Un label de qualité pourrait être attribué aux activités éducatives des organisations agréées qui dispensent une éducation non formelle;

      ii. à rendre l'éducation non formelle accessible à tous, grâce à des mesures comme des conditions de travail souples (pour les travailleurs qui, sinon, ne seraient pas en mesure de prendre part à cette éducation, des possibilités de congé sans solde, etc.), des mesures destinées aux personnes habitant dans des régions éloignées (bourses de voyage), des mesures pour les personnes socialement défavorisées (pauvres, jeunes marginalisés, personnes handicapées, minorités);

      iii. à assurer ou à améliorer la formation continue et des formateurs et des enseignants en éducation non formelle;

      iv. à financer les activités relevant de l'éducation non formelle (subventions, dégrèvements fiscaux aux ONG participant aux activités relevant de l'éducation non formelle ou aux participants à des stages de formation, utilisation à titre gracieux de bâtiments officiels ou de centres de formation, etc.) et la production et la diffusion de manuels d'éducation non formelle et de matériels de formation; à créer un service de bibliothèque/prêts des matériels d'éducation non formelle;

      v. parallèlement aux mesures susmentionnées, à encourager davantage les gens à tirer parti de l'éducation non formelle;

      vi. à suivre la mise en œuvre des mesures ci-dessus.

8.       L'Assemblée recommande, en outre, au Comité des Ministres de promouvoir l'éducation non formelle dans le programme de travail du Conseil de l'Europe et en particulier dans le secteur de la jeunesse et, en conséquence:

      i. d'examiner s'il existe, dans les différents Etats membres, des restrictions législatives qui pourraient entraver le développement de l'éducation non formelle et d'aider à leur suppression;

      ii. de comparer les activités d'éducation non formelle menées dans les différents Etats membres et de publier un catalogue de «bonnes pratiques»;

      iii. de développer des programmes d'éducation non formelle pour promouvoir l'égalité des chances en coopération avec les partenaires sociaux intéressés et les organisations non gouvernementales œuvrant dans ces domaines;

      iv. de coordonner ses travaux relatifs à l'éducation non formelle avec ceux de l'OCDE, de l'Unesco et de l'Union européenne.

II.        Exposé des motifs par M. Dumitrescu

1. Définition de l'éducation non formelle

      L'éducation, en tant que processus permanent permettant le développement continu des capacités d'une personne en tant qu'individu et membre de la société peut prendre trois formes différentes:

      – l'éducation formelle, c'est-à-dire le système éducatif structuré généralement assuré ou soutenu par l'Etat, qui est chronologiquement gradué et s'étend du primaire à l'enseignement supérieur;–

      – l'éducation informelle, c'est-à-dire l'apprentissage qui résulte du contact et de l'expérience quotidienne avec la famille, les amis, les groupes de pairs, les médias et d'autres influences s'exerçant dans l'environnement de l'individu; et –

      – l'éducation non formelle, c'est-à-dire l'activité éducative qui n'est pas structurée et se déroule en dehors du système éducatif formel.La

      La principale différence entre l'éducation informelle et l'éducation non formelle est que la première n'est pas volontaire et est essentiellement passive alors que la seconde résulte d'un acte volontaire de l'individu et est le plus souvent active.

      L'éducation non formelle recouvre deux réalités assez différentes: d'une part, les activités éducatives qui ont lieu en dehors du système éducatif formel (par exemple, une conférence sur les droits sociaux organisée par un syndicat) et, d'autre part, l'expérience acquise dans l'exercice de responsabilités au sein d'une organisation bénévole (par exemple, en tant que membre du comité d'une ONG s'occupant de défense de l'environnement).

      L'OCDE donne une définition plus opérationnelle: le système formel renvoie à tous les aspects de l'éducation qui relèvent du domaine de compétence et de la sphère d'influence du ministre de l'Education, de même que des écoles privées, universités et autres institutions qui préparent les étudiants à acquérir des qualifications reconnues officiellement. Le secteur non formel comprend les activités d'apprentissage qui ont lieu en dehors de ce système formel, comme celles menées au sein des entreprises, par des associations professionnelles, ou indépendamment par des apprenants adultes, de leur propre initiative. Cette définition est formellement correcte mais elle ne tient pas compte de l'expérience acquise au sein de groupes de citoyens ou d'organisations bénévoles.

      D'après la définition plus concrète du Forum européen de la jeunesse, l'éducation non formelle correspond à un ensemble d'outils pédagogiques et de systèmes d'apprentissage qui sont considérés comme représentant des solutions créatives et novatrices face aux systèmes d'enseignement traditionnels classiques. Grâce à l'interaction personnelle et à la souplesse du processus de résolution des problèmes, chacun peut aborder les questions qui touchent plus particulièrement sa vie de citoyen dans la société et intégrer ses connaissances. Différentes sortes de personnes prennent part à ce processus, mais la majorité se trouve dans des organisations non gouvernementales s'intéressant au travail communautaire et aux activités de jeunesse.

      Un «Groupe de travail sur l'éducation non formelle» du Conseil de l'Europe a donné sa propre définition de l'éducation non formelle, à savoir un programme planifié d'éducation personnelle et sociale destiné à améliorer un éventail de compétences et d'aptitudes, qui est mené en dehors du système éducatif formel mais qui le complète. La participation est volontaire et les programmes sont mis en œuvre par des animateurs formés qui relèvent du secteur associatif et/ou du secteur public; ces programmes devraient être systématiquement suivis et évalués et l'expérience acquise pourrait également être sanctionnée par un diplôme. L'éducation non formelle renvoie d'ordinaire à l'employabilité et aux besoins de formation continue de chacun.

      L'éducation non formelle est un moyen d'aider les sociétés à être plus démocratiques et à respecter les droits de l'homme. Elle est un complément nécessaire à l'éducation formelle.

      L'éducation non formelle peut donner aux citoyens une occasion d'acquérir de l'expérience et d'assumer des responsabilités. Ceux-ci peuvent, grâce à elle, développer leur curiosité et leur enthousiasme, apprendre à travailler ensemble et pratiquer la prise de décision et la négociation démocratiques, ce qui représente un pas important vers la citoyenneté démocratique active. De plus, l'éducation non formelle développe les compétences personnelles, sociales et professionnelles par une expérience conduite dans un environnement relativement sûr.

      Grâce aux différentes activités de l'éducation non formelle, il est possible d'acquérir une expérience qui peut être comparée à l'expérience professionnelle formelle et traditionnelle et qui devrait être reconnue en tant que telle. Ces activités comprennent la prise de décision et la négociation démocratiques, la participation, l'épanouissement personnel et contribuent à l'acquisition de qualités comme l'engagement, la participation, la responsabilité, la solidarité, la prise de conscience démocratique, la motivation, l'initiative, l'émancipation et le développement de l'autonomie, la créativité, le respect, la tolérance, la sensibilisation interculturelle, l'esprit critique, l'indépendance intellectuelle et la confiance en soi.

2. Types d'éducation non formelle et participants

      Différentes formes d'éducation non formelle contribuent à l'enseignement de la démocratie de diverses manières, comme le montrent certains exemples tirés de pays européens.

      Le travail communautaire, qui est particulièrement développé en Ecosse, favorise l'attention portée à autrui et encourage la participation à des formes démocratiques et locales d'organisation, ainsi que leur développement. Il peut comporter un dialogue avec les responsables locaux, la mise en place de programmes visant à améliorer la qualité de vie dans la localité, la préparation de bulletins d'information communautaires, le développement de possibilités locales d'apprentissage permanent et d'emploi.

      Les activités de jeunesse visent d'ordinaire à rendre les jeunes plus actifs dans la société et plus résolus à améliorer leur bien-être.

      Le travail social pourrait également être relié à l'éducation non formelle. L'éducation informelle en Allemagne, parallèlement aux travailleurs sociaux, aide les jeunes logeant dans des foyers à trouver les moyens de faire face à des situations complexes, favorise des relations plus fructueuses entre parents et enfants, réunit des groupes professionnels, etc.

      L'animation est une forme spécifique d'éducation non formelle que l'on trouve en France et en Italie. Elle utilise le théâtre et le jeu comme un moyen d'expression personnelle avec les groupes de la communauté, les enfants et les personnes ayant des besoins d'apprentissage spéciaux. Elle permet une participation active et apprend à chacun à gérer la collectivité dans laquelle il vit. Elle aide à créer des environnements et des relations qui permettent à chacun de s'épanouir et de se soucier du bien-être d'autrui.

      Les organisations de jeunesse ont toujours été considérées comme les grands spécialistes de l'éducation non formelle et elles ont atteint un haut niveau d'efficacité ce domaine.

      Au sein des mouvements de jeunesse et des organisations communautaires, les jeunes peuvent découvrir, analyser et comprendre des valeurs et leurs implications et se constituer au fil du temps un ensemble personnel de valeurs qui orienteront leur vie. Ces organisations ont de multiples activités: organisation de camps de travail et de réunions, recrutement de bénévoles, collecte des fonds, administration de comptes bancaires, recrutement et gestion de personnel, apport de conseils et soutien psychologique par des pairs, organisation d'activités sportives et de festivals culturels, intervention au sein de la collectivité et pression sur les institutions en vue de changements sociaux.

      Toutes ces activités des ONG permettent d'acquérir des qualités d'organisation et une expérience pratique importante dans le domaine de la démocratie, de la prise de décision et de l'aptitude à exercer le pouvoir démocratiquement et de manière responsable.

3. Activités de l'éducation non formelle

      Les activités menées dans le cadre de l'éducation non formelle varient en fonction des traditions nationales et locales.

      La meilleure façon d'illustrer les différentes activités de l'éducation non formelle est de donner des exemples provenant de contextes nationaux spécifiques.

      3.1. Le modèle danois

      Le système danois d'éducation non formelle est l'un des plus anciens d'Europe. Il remonte au XIXe siècle, époque à laquelle la première Constitution démocratique a été adoptée. Il repose sur la notion de «Folkeoplysning» introduite par le théoricien de l'éducation danois, N.F.S. Grundtvig. Par «Folkeoplysning», il faut entendre des activités socioculturelles, l'apprentissage par les jeunes et les adultes, l'éducation populaire, des services chargés de la sensibilisation des jeunes et de leur conscientisation. Cette notion a influencé l'ensemble des initiatives d'éducation non formelle prises au Danemark, de la première «Folkeoplysning» (lycée populaire) en 1844 aux nouvelles «écoles de production», sorte d'écoles de la deuxième chance destinées aux jeunes, créées au cours des dix dernières années.

      Les activités éducatives menées dans le cadre de la «Folkeoplysning» visent à créer des possibilités d'apprentissage que le système d'éducation formelle n'a pas pu offrir. Lorsque ces activités se sont avérées utiles et stables, les pouvoirs publics ont commencé à leur apporter un soutien financier et légal. La «Folkeoplysning» comprend non seulement des activités d'éducation non formelle spécifiques, mais également les activités des organisations nationales de jeunesse et de sport qui, selon leurs statuts, ont pour objet de favoriser les objectifs de la «Folkeoplysning» et la tradition danoise de la vie associative.

      Ces activités traditionnelles de l'éducation non formelle se traduisent par le fait que plus de 20 % de la population adulte a connu, à un moment ou à un autre, la responsabilité de siéger au comité d'une organisation bénévole locale ou nationale.

      Face aux derniers défis de la société danoise, deux nouvelles formes d'écoles non formelles ont été créées récemment: les «écoles de production» et les «lycées populaires» destinés aux jeunes chômeurs et aux adultes. D'autres activités de groupes danois locaux orientés vers l'aide au développement au tiers monde et la coopération avec des groupes analogues dans les pays d'Europe centrale et orientale ont été lancées dans le droit-fil de la tradition de la «Folkeoplysning».

      3.2. L'expérience ukrainienne

      Le développement de l'éducation non formelle à la démocratie dans les pays d'Europe orientale est un phénomène tout récent. Après l'effondrement du système soviétique, la propagande multipartite a remplacé, dans la plupart de ces pays, le monopole idéologique communiste mais aucun système national d'éducation civique n'a été mis en place. Le développement de l'éducation civique par le biais d'activités éducatives non formelles est un moyen de faire progresser la société civile dans ces pays.

      L'Ukraine continue à faire face à de nombreux défis et obstacles pour réussir son passage à un système démocratique et à une économie de marché. Le succès de la démocratisation dépend du renforcement de la société civile. L'enseignement de sujets aussi essentiels que les droits de l'homme et les droits civils, la Constitution et les systèmes de vote, aide à ancrer l'idée de la liberté dans le cœur des jeunes. Le développement institutionnel de l'éducation civique en Ukraine prévoit la création d'un réseau régional de centres de documentation, d'organisations professionnelles et d'ONG qui permettra la mise en commun des meilleures expériences dans ce domaine. Les activités d'une ONG comme la Fondation de l'éducation à la démocratie contribuent à diffuser des expériences et des nouvelles formes d'éducation fondées sur les valeurs démocratiques. Cette ONG offre des ressources et une formation aux ONG locales spécialisées dans l'éducation civique. Des organisations comme le «Centre d'initiatives pédagogiques», «l'université écopolitique» et le «Plan d'action ukrainien d'éducation civique» contribuent à la promotion de la société civique en Ukraine grâce à leurs activités en matière de recherche, de formation et de publication.

      Les organisations ukrainiennes d'éducation non formelle sont également actives dans des domaines comme l'éducation à l'environnement et à l'écologie, l'égalité des sexes dans l'éducation, l'économie et l'entreprise et les programmes de réforme pédagogique. Le Centre éducatif et culturel ukrainien, par exemple, offre une formation pédagogique et professionnelle aux enfants défavorisés, abandonnés et handicapés.

      3.3. L'expérience roumaine

      En Roumanie, l'éducation non-formelle repose sur deux aspects essentiels: l'éducation générale et l'éducation professionnelle. Le deux types d'éducation s'adressent autant aux jeunes qu'aux adultes, et se déroulent dans un cadre formellement surveillé, par le biais du ministère de l'Education nationale, du ministère du Travail et la Protection sociale, du ministère du Sport et de la Jeunesse et, en outre de prestataires privés qui sont chargés de l'éducation et de la formation professionnelle.

      Les prestataires privés sont de plus en plus nombreux en raison de l'évolution du marché des cours de langues étrangères (généraux ou spécialisés); des métiers récemment développés par l'économie du marché (agents immobiliers, de ventes, de change, d'assurances) et de l'importante extension des technologies de l'information ces dernières années.

      Comme exemple, on peut mentionner l’Institut Roumain de recherche Economique-Sociale et Sondages-IRECSON, membre depuis 1993 de l’International Eurogroup Consult, organisme de travail de l’Union Européenne. Cet institut réalise la formation des spécialistes dans des professions comme: directeur ou analyste des ressources humaines, , directeur ou agent de ventes et secrétariat, conformément aux standards de l’économie de marché. Les résultats sont positifs car une grande partie des candidats travaillent dans le cadre des grandes sociétés.

Un autre exemple est l’Institut Franco-Roumain de l’Administration des Entreprises, profilé sur les différent domaines de la gestion.

      Selon les réglementations introduites par le ministère de l'Education nationale et le ministère du Travail, les prestataires privés peuvent acquérir une reconnaissance officielle (autorisation de fonctionnement) qui est inclue dans le cadre de l'éducation formelle. Les diplômes remis aux élèves peuvent être pris en considération afin de régler leur statut professionnel.

      Il faut aussi mentionner les anciennes universités populaires et certaines fondations qui offrent des programmes ciblés mis à jour en conformité avec les nouvelles demandes économiques et sociales.

      La formation professionnelle non-formelle a connu un essor continu et approfondi ces dernières années. Dans des domaines comme la publicité, la bourse et la vente de nombreux jeunes ont été embauchés après avoir suivi des cours de formation organisés par les employeurs et/ou en pratiquant effectivement les activités spécifiques sur le lieu de travail.

      Aucune reconnaissance légale pour ce type d'éducation n'existait encore. Il a donc été institué un Conseil des standards professionnels et attestations destiné à introduire un nouveau système d'évaluation et de certification professionnelle, basé uniquement sur les compétences professionnelles.

      Toutefois, le nombre de ceux qui poursuivent ces spécialisations est relativement modeste, compte tenu du besoin réel de l’économie. De même, les tendances de l’enseignement d’état et privé en Roumanie sont encore incertaines en ce qui concerne les besoins du marché.

4. Le rôle des nouvelles technologies de l'information dans l'éducation non formelle

      Les nouvelles technologies de l'information peuvent s'appliquer à l'éducation non formelle de diverses manières: elles peuvent offrir des matériels de formation, servir d'outils dans le cadre du processus éducatif et remplir une fonction de soutien au niveau des aspects organisationnels de cette éducation.

      Les résultats d'une enquête menée par le «Adult Learning Information Centre Europe» (Alice) ont montré que 25 % des organisations qui travaillent dans le domaine de l'éducation non formelle se servent des nouvelles technologies comme les CD-Rom, Internet ou le multimédia. 60 % des organisations participant à l'éducation non formelle dans l'Union européenne utilisent actuellement les nouvelles technologies comme sujet de cours et également comme éléments de leurs activités de formation.

      Dans le processus éducatif, les nouvelles technologies peuvent servir de moyen de stockage des aides pédagogiques et également de moyen de communication. Elles sont utilisées dans le cadre d'activités comme l'orientation et la consultation, l'animation, l'élaboration et la planification de politiques, la promotion des compétences, les services d'information, les relations internationales, la recherche, les stages de formation, la mise au point de matériel pédagogique.

      En tant que support logistique de l'éducation non formelle, les nouvelles technologies peuvent être utiles dans le domaine de la bureautique et dans l'acquisition, la gestion et le traitement des données sur les activités des organisations. Elles facilitent la collecte de statistiques sur l'éducation non formelle.

      Toutefois, le principal problème que pose l'application des nouvelles technologies aux travaux des organisations spécialisées dans l'éducation non formelle est l'accès à leurs nombreuses et multiples possibilités. La majorité des organisations rencontrent des difficultés dans l'application et l'utilisation pratiques des nouvelles technologies.

      Un autre défi important auquel l'éducation non formelle est confrontée est l'utilisation des nouvelles technologies dans les travaux de groupe. Ces technologies offrent de nombreuses possibilités d'apprentissage individuel, mais leur application au travail de groupe n'a pas encore été pleinement exploitée. Il conviendrait à cet égard d'étudier l'expérience des centres de télé-enseignement dans l'utilisation de logiciels pédagogiques, de réseaux de télécommunications, de méthodes modernes d'enseignement, d'expériences technologiques et de coopération transnationale. L'Open University au Royaume-Uni, le Centre national d'enseignement à distance en France et la Universidad Nacional de Educación a Distancia en Espagne produisent une grande quantité de matériel pédagogique multimédia.

      La vidéoconférence et les «groupes de conversation virtuelle» qui communiquent par Internet sont des exemples prometteurs de l'entrée des nouvelles technologies dans l'éducation non formelle. Ces nouvelles méthodes de communication devraient permettre à des organisations de différentes régions européennes d'établir des contacts plus étroits dans le but d'échanger des idées et des matériels.

      Etant donné que l'on peut s'attendre, dans un proche avenir, à une utilisation croissante des nouvelles technologies dans l'éducation non formelle, il est essentiel de garantir la facilité d'accès à ces technologies aux niveaux national et européen. Il faudrait développer les produits des nouvelles technologies dans toutes les langues des Etats membres du Conseil de l'Europe. Des programmes spéciaux devraient être conçus en vue de l'utilisation des nouvelles technologies dans le travail de groupe.

5. Le Conseil de l'Europe et l'éducation non formelle

      La 5e Conférence des ministres européens responsables de la jeunesse, tenue en avril 1998 à Bucarest, a adopté une déclaration finale dans laquelle les gouvernements des Etats membres du Conseil de l'Europe ont été invités à «encourager l'égalité des chances en reconnaissant la formation et les compétences acquises par le biais de l'éducation non formelle comme élément intrinsèque d'un cursus professionnel et les diverses formes de validation de l'expérience et des qualifications ainsi acquises».

      Les ministres européens responsables de la jeunesse ont invité le Conseil de l'Europe à développer l'éducation non formelle comme moyen d'insertion dans la société, en valorisant les compétences et les qualifications acquises par les jeunes dans le cadre de l'éducation non formelle.

      Conformément aux principales orientations de la déclaration finale, un Groupe de travail sur l'éducation non formelle a été créé par le Comité directeur pour la coopération intergouvernementale dans le domaine de la jeunesse (CDEJ) avec un mandat de deux ans. Il étudiera l'expérience effectuée en matière d'éducation non formelle dans les pays européens.

      Ce groupe de travail comprend des représentants de l'Azerbaïdjan, de la Belgique, de l'Estonie, de la Géorgie, de l'Islande, de la Lituanie, du Luxembourg, de Malte, de la Moldova, des Pays-Bas, de la Norvège, de la Roumanie, de l'Ukraine et du Royaume-Uni. Sa composition témoigne du vif intérêt que les pays d'Europe orientale portent à ce sujet.

      L'une des premières réalisations de ce groupe a consisté à faire la synthèse des réponses données à un questionnaire sur l'éducation non formelle. Cette synthèse offre une vue d'ensemble des exemples d'éducation non formelle, du soutien accordé par les pouvoirs publics à cette forme d'éducation et des systèmes d'évaluation qui existent dans différents pays d'Europe. Elle sera utile lors de l'élaboration du nouveau système européen de reconnaissance et d'évaluation des compétences acquises par le biais de l'éducation non formelle, qui est la principale préoccupation du groupe de travail.

      Une autre activité mentionnée dans la déclaration finale comme étant étroitement liée à l'éducation non formelle consiste à «assurer le droit à l'information, l'accès aux nouvelles technologies et leur usage efficace, en développant la communication avec les jeunes afin d'assurer le droit à la liberté d'expression démocratique».

      Un autre Groupe de travail du CDEJ sur l'information et le conseil aux jeunes a travaillé sur l'information, la mise en réseau de systèmes nationaux d'information, l'application de nouveaux outils d'information et la participation des jeunes à l'information. A la suite de cette activité, un accord de partenariat entre l'Association européenne pour l'information et le Conseil des jeunes (Eryica) et le Conseil de l'Europe a été conclu. Il fixe le cadre juridique, politique et matériel de la mise en œuvre des activités de formation dans le domaine de l'information et du Conseil des jeunes. Un comité de coordination commun a été créé dans le cadre de la mise en œuvre de cet accord.

      La déclaration finale met spécialement l'accent sur le rôle des Centres européens de la jeunesse et du Fonds européen pour la jeunesse dans la promotion de l'éducation non formelle par l'intermédiaire de leurs différents projets.

      Chaque année, les Centres européens de la jeunesse organisent des stages de formation en coopération avec le Forum européen de la jeunesse sur le thème du travail des jeunes au niveau international et sur les notions d'apprentissage interculturel, de planification et d'exécution des projets, de formation et d'apprentissage des langues.

      Les organisations membres du Forum européen de la jeunesse conjuguent leurs efforts et leurs ressources pour mieux sensibiliser à cette question tous ceux que l'éducation aux niveaux européen et national intéresse.

      Travaillant en étroite coopération avec les Centres européens de la jeunesse, les organisations internationales non gouvernementales de jeunesse organisent chaque année une quarantaine de sessions d'étude. Les thèmes de ces sessions témoignent des intérêts divers des organisations et des nombreux mouvements qui existent dans les démocraties pluralistes. Beaucoup ont trait à la formation des responsables actuels et futurs actifs à un niveau européen, tandis que d'autres couvrent des problèmes qui intéressent les jeunes Européens d'aujourd'hui comme, par exemple, les droits de l'homme, la violence et la discrimination, la citoyenneté européenne, l'exclusion sociale et les minorités.

6. Problèmes de la promotion de l'éducation non formelle

      Un problème majeur dans la promotion de l'éducation non formelle tient à son absence de reconnaissance par comparaison avec l'éducation formelle classique. L'importance de l'éducation non formelle n'est donc pas totalement reconnue et les possibilités d'y avoir recours ne sont pas pleinement exploitées. Des moyens financiers nécessaires aux fins de l'éducation non formelle ne peuvent être affectés en quantité suffisante, étant donné les demandes accrues face à des ressources limitées, en moyens financiers et en temps.

      S'il est possible de quantifier et de décrire l'éducation formelle, l'exercice est plus difficile dans le cas de l'éducation non formelle qui échappe largement à toute structure et ne se prête guère à une évaluation tant quantitative que qualitative. C'est pourquoi son financement pose un problème. Les responsables de l'éducation nationale devraient réexaminer leurs politiques et pratiques, afin de promouvoir l'éducation non formelle comme moyen d'accroître les compétences et les connaissances.

      Un autre problème important pour le développement de l'éducation non formelle tient au manque d'informations et de statistiques, en particulier dans les Etats qui ne sont pas membres de l'UE.

7. Conclusions

      Il est essentiel d'admettre que l'éducation non formelle fait partie intégrante du processus éducatif et de reconnaître la contribution que les organisations spécialisées dans l'éducation non formelle peuvent apporter.

      Il est certes difficile d'apprécier le résultat immédiat des activités menées dans le cadre de l'éducation non formelle, mais l'on pourrait peut-être combiner le processus d'évaluation avec la mise en œuvre d'activités qui permettraient d'obtenir une image cohérente des progrès réalisés par les participants. Cette méthode devrait reposer sur la capacité des participants à l'éducation non formelle à s'auto-évaluer, ce qui pourrait également être l'un des objectifs de ce type d'éducation.

      Le Conseil de l'Europe devrait s'associer aux efforts déployés par d'autres organisations internationales pour élaborer un système d'évaluation efficace de l'éducation non formelle qui encouragerait les gouvernements et les entreprises à appuyer des projets dans ce domaine.

*

* *

Commission chargée du rapport: commission de la culture et de l'éducation

Implications budgétaires pour l'Assemblée: néant

Renvoi en commission: Doc 7935 et renvoi n° 2229 du 7.11.1997

Projet de recommandation: adopté à l'unanimité par la commission le 10 décembre 1999.

Membres de la commission: MM. Roseta (Président), Zingeris, de Puig (Vice-Présidents), Arzilli, Bartumeu Cassany, Bauer, Baumel, Billing, Cherribi, Chiliman, Cubreacov, Diaz de Mera, Dumitrescu, Fayot, Mme Fehr, M. Glotov, Mme Granlund, MM. Hadjidemetriou, Haraldsson, Hegyi, Henry, Hornhues, Irmer, Mme Isohookana-Asunmaa, MM. Ivanov, Jakic, Kalkan, Mme Katseli, MM. Kiely, Kofod-Svendsen, Lachat, Mme Laternser, MM. Legendre, Lemoine, Libicki, Mme Lucyga, MM. McNamara, (Remplaçant: Colvin), Mezeckis, Monfils, Mme Moserova, M. Nagy, Mme Nemcova, MM. O’Hara, Pereira Marques, Pinggera, Polydoras, Mme Poptodorova, MM. Pullicino Orlando, Radic (Remplaçant: Domljan), Ragno, Risari (Remplaçant: Gnaga), Mme Saele, M. Sağlam, Mme Schicker, MM. Shaklein, Mme Stefani, MM. Sudarenkov, Svec, Symonenko (Remplaçant: Khunov), Tallo, Urbanczyk, Valk, MM. Wilshire, Xhaferi.

Le noms des personnes ayant pris part au vote sont in italiques.

Secrétaires de la commission: M. Ary, Mme Theophilova-Permaul, Mlle Kostenko