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Résolution 2081 (2015)

L’accès à la justice et internet: potentiel et défis

Auteur(s) : Assemblée parlementaire

Origine - Texte adopté par la Commission permanente, agissant au nom de l’Assemblée, le 27 novembre 2015 (voir Doc. 13918, rapport de la commission des questions juridiques et des droits de l’homme, rapporteur: M. Jordi Xuclà).

1. L’Assemblée parlementaire réaffirme que l’accès à la justice est une pierre angulaire de tout Etat démocratique fondé sur l’Etat de droit et une condition préalable à la jouissance effective de leurs droits de l’homme par les citoyens. Elle observe cependant que l’accès au système judiciaire est souvent très coûteux en temps et en argent, et qu’il peut être entravé par les moyens limités dont disposent les tribunaux.
2. Un certain nombre d’Etats prennent des initiatives pour réformer le processus judiciaire, en vue d’accélérer les procédures et de les rendre plus abordables, notamment grâce à l’utilisation de formes modernes des technologies de l’information et des communications (TIC).
3. L’Assemblée se félicite de l’utilisation accrue des outils des TIC, comme les dossiers électroniques des affaires, les portails intranet, la visioconférence, les systèmes de gestion des affaires et les bases de données facilitant le partage des informations, qui sont non seulement à même de simplifier et d’accélérer la procédure, mais également d’augmenter la cohérence et la prévisibilité de l’issue des procédures.
4. L’Assemblée observe par ailleurs que les TIC ont ouvert la voie à un règlement extrajudiciaire des litiges (REL) sur internet, au moyen de procédures dites de règlement en ligne des litiges (RLL). L’utilisation d’internet pour le règlement des litiges semble appelée à croître, compte tenu de l’augmentation notable du commerce électronique et de la gouvernance électronique, qui simplifient l’interaction entre les particuliers, les entreprises et les administrations.
5. L’Assemblée encourage les Etats membres à promouvoir et à poursuivre l’élaboration des mécanismes de RLL, en reconnaissant que les procédures de RLL peuvent permettre de régler les litiges de façon plus rapide, plus économique et moins conflictuelle que le contentieux judiciaire. Les mécanismes de RLL peuvent offrir plus de souplesse dans le choix des procédures employées et des solutions prescrites.
6. Tout en considérant que les procédures de RLL et les TIC peuvent contribuer à faciliter l’accès au système judiciaire, l’Assemblée reconnaît les diverses difficultés auxquelles se heurtent les procédures de RLL et l’utilisation des TIC dans le règlement des litiges, notamment les difficultés techniques, l’inégalité de l’accès des particuliers aux ressources en ligne, les questions de respect de la vie privée et les problèmes posés par l’exécution des décisions. Elle souligne par conséquent la nécessité de préserver les droits consacrés par la Convention européenne des droits de l’homme (STE no 5, «la Convention»), notamment le droit à un procès équitable (article 6) et le droit à un recours effectif (article 13).
7. A la lumière de ce qui précède, l’Assemblée appelle les Etats membres du Conseil de l’Europe:
7.1. à mettre des procédures volontaires de RLL à la disposition des citoyens dans les situations appropriées; à sensibiliser l’opinion publique à l’existence de ces procédures et à créer des incitations pour amener les citoyens à les choisir, notamment en promouvant l’exécution extrajudiciaire des décisions de RLL et en faisant mieux connaître le RLL aux professionnels du droit;
7.2. à veiller à ce que les procédures actuelles et futures de RLL comportent des garanties conformes aux articles 6 et 13 de la Convention, qui peuvent consister notamment en un accès au conseil juridique;
7.3. à veiller à ce que les parties engageant une procédure de RLL conservent un droit d’accès à une procédure d’appel devant les tribunaux qui satisfasse à l’exigence d’un procès équitable énoncée à l’article 6 de la Convention;
7.4. à entreprendre d’élaborer des normes minimales communes auxquelles les prestataires de RLL devront se conformer, notamment pour garantir que leurs procédures ne favorisent pas injustement les acteurs fréquents au détriment des acteurs occasionnels, et à s’appliquer à établir un système commun d’accréditation des prestataires de RLL qui satisfont à ces normes;
7.5. à continuer à suivre les évolutions technologiques afin de promouvoir l’utilisation des TIC au sein des tribunaux, en vue d’améliorer l’efficacité de la justice, tout en garantissant une procédure transparente et équitable, la sécurité des données, le respect de la vie privée, ainsi que la formation adéquate et continue du personnel des tribunaux et des avocats à l’utilisation légale et efficace des TIC dans la procédure judiciaire.