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Résolution 2178 (2017)

La mise en œuvre des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme

Auteur(s) : Assemblée parlementaire

Origine - Discussion par l’Assemblée le 29 juin 2017 (26e séance) (voir Doc. 14340, rapport de la commission des questions juridiques et des droits de l'homme, rapporteur: M. Pierre-Yves Le Borgn'). Texte adopté par l’Assemblée le 29 juin 2017 (26e séance).Voir également la Recommandation 2110 (2017).

1. Depuis sa Résolution 1226 (2000) sur l’exécution des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme, l’Assemblée parlementaire se doit de contribuer à la surveillance de l’exécution des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme («la Cour»), dont dépendent l’efficacité et l’autorité du système de protection des droits de l’homme fondée sur la Convention européenne des droits de l’homme (STE no 5, «la Convention»). La surveillance de l’exécution de ces arrêts relève avant tout de la compétence du Comité des Ministres, conformément à l’article 46.2 de la Convention. L’Assemblée estime cependant qu’elle a un rôle essentiel dans ce processus, car elle peut encourager les parlements nationaux à s’y engager activement.
2. L’Assemblée rappelle ses précédents travaux sur cette question, notamment ses Résolutions 2075 (2015), 1787 (2011) et 1516 (2006), ses Recommandations 2079 (2015) et 1955 (2011) sur la mise en œuvre des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme et sa Résolution 1823 (2011) sur les parlements nationaux: garants des droits de l’homme en Europe.
3. Depuis le dernier examen de cette question en 2015, elle constate certaines avancées dans l’exécution des arrêts de la Cour, notamment la diminution du nombre d’arrêts pendants devant le Comité des Ministres et l’augmentation du nombre d’affaires clôturées par des résolutions finales, dont des affaires concernant des problèmes structurels comme la durée excessive de procédures judiciaires, les mauvaises conditions dans les établissements pénitentiaires et l’absence de recours internes à cet égard, l’inexécution des décisions judiciaires internes et l’illégalité ou la durée excessive de la détention provisoire.
4. L’Assemblée salue les mesures prises par le Comité des Ministres en vue d’améliorer la transparence de sa surveillance de l’exécution des arrêts de la Cour ainsi que les synergies qui se sont développées au sein du Conseil de l’Europe afin de rendre ce processus plus rapide et plus efficace.
5. Toutefois, l’Assemblée reste profondément préoccupée par le nombre d’arrêts pendants devant le Comité des Ministres, même si tous ces arrêts ne se trouvent pas au même stade d’exécution. Elle note que leur chiffre s’élève à presque 10 000 et que le nombre d’affaires de référence – révélant des problèmes structurels spécifiques – qui n’ont pas été exécutées depuis plus de cinq ans a augmenté. Presque la moitié des affaires sous la «surveillance soutenue» du Comité des Ministres concernent des violations des articles 2 (droit à la vie), 3 (interdiction de la torture) et 5 (droit à la liberté et à la sûreté) de la Convention.
6. L’Assemblée note aussi que, même s’il y a eu des avancées considérables depuis ses Résolutions 1787 (2011) et 2075 (2015), l’Italie, la Fédération de Russie, la Turquie, l’Ukraine, la Roumanie, la Hongrie, la Grèce, la Bulgarie, la République de Moldova et la Pologne comptent le nombre le plus élevé d’arrêts non exécutés et restent confrontées à de graves problèmes structurels, dont certains n’ont pas été réglés depuis plus de dix ans.
7. L’Assemblée note également que certaines affaires concernant d’autres États parties à la Convention révèlent aussi des «poches de résistance» liées notamment à des problèmes de nature politique bien ancrés. Les difficultés dans l’exécution de ces affaires ont trait non seulement à l’adoption de mesures générales (visant à prévenir de nouvelles violations), mais aussi à celle de mesures individuelles (visant à assurer la restitutio in integrum aux requérants) ou au paiement de la satisfaction équitable. De surcroît, l’Assemblée observe que, dans certains États parties, l’exécution des arrêts de la Cour s’inscrit dans le contexte d’un débat politique virulent, dans lequel certains responsables politiques s’efforcent de discréditer la Cour et d’amoindrir son autorité.
8. L’Assemblée déplore une fois de plus les retards dans l’exécution des arrêts de la Cour, l’absence de volonté politique dans certains États parties de les mettre en œuvre ainsi que toutes les tentatives visant à amoindrir l’autorité de la Cour et le système de protection des droits de l’homme fondé sur la Convention. Elle rappelle que l’article 46.1 de la Convention comporte une obligation légale pour les États parties d’exécuter les arrêts de la Cour et que cette obligation lie toutes les branches du pouvoir étatique.
9. Ainsi, l’Assemblée appelle de nouveau les États parties à exécuter pleinement et rapidement les arrêts et les termes des règlements amiables de la Cour et à coopérer, à cette fin, avec le Comité des Ministres, la Cour et le Service de l’exécution des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme, ainsi qu’avec d’autres organes et instances du Conseil de l’Europe, le cas échéant. Afin que cette coopération soit fructueuse, l’Assemblée recommande aux États parties, entre autres:
9.1. de soumettre en temps utile au Comité des Ministres des plans d’action, des bilans d’actions et des informations sur le paiement de la satisfaction équitable;
9.2. de prêter une attention particulière aux affaires soulevant des problèmes structurels, notamment celles qui perdurent depuis plus de dix ans, ainsi qu’à toutes les affaires s’y rapportant;
9.3. de consacrer des ressources suffisantes aux parties prenantes nationales chargées de l’exécution des arrêts de la Cour et d’inciter celles-ci à coordonner leur travail dans ce domaine;
9.4. de financer davantage les projets du Conseil de l’Europe dans le cadre desquels l’exécution des arrêts de la Cour pourrait être améliorée;
9.5. de sensibiliser le public aux questions qui se posent en rapport avec la Convention;
9.6. de condamner tout discours politique visant à discréditer l’autorité de la Cour;
9.7. de renforcer le rôle de la société civile et des institutions nationales des droits de l’homme dans le processus d’exécution des arrêts de la Cour.
10. En se référant à sa Résolution 1823 (2011), l’Assemblée appelle les parlements nationaux des pays membres du Conseil de l’Europe:
10.1. à mettre en place des structures parlementaires pour garantir le suivi et le contrôle des obligations internationales en matière de droits de l’homme, notamment des obligations découlant de la Convention;
10.2. à consacrer des débats parlementaires à l’exécution des arrêts de la Cour;
10.3. à interroger les gouvernements sur l’état d’exécution des arrêts de la Cour et à exiger qu’ils présentent des rapports annuels sur ce sujet;
10.4. à encourager tous les groupes politiques à se concerter en vue d’assurer l’exécution des arrêts de la Cour.
11. L’Assemblée appelle le Parlement européen à entrer en discussion avec l’Assemblée sur les questions relatives à la mise en œuvre des arrêts de la Cour.
12. Étant donné le besoin urgent d’accélérer l’exécution des arrêts de la Cour, l’Assemblée décide de rester saisie de la question et de continuer à lui donner la priorité.