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A. Projet de
résolution
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B. Projet de recommandation
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C. Exposé des motifs
par Mme Luz Martínez Seijo, rapporteure
(open)
Rapport | Doc. 16314 | 05 janvier 2026
La socialisation à l’école: pour une éducation inclusive et participative qui favorise les valeurs démocratiques
Commission de la culture, de la science, de l'éducation et des médias
A. Projet de
résolution 
(open)1. L’Assemblée parlementaire est
fermement convaincue que l’éducation est un pilier fondamental de
la démocratie. Les écoles rassemblent des personnes d’âges, d’horizons
et de disciplines différents à un degré que l’on ne retrouve que
dans quelques autres espaces communautaires. Loin d’être seulement
des lieux d’enseignement académique, les écoles sont aussi des endroits
où les enfants et les jeunes peuvent participer en tant que membres
de la communauté, s’engager dans un apprentissage coopératif, développer
des compétences et attitudes sociales telles que l’esprit critique
et l’empathie, découvrir les valeurs démocratiques et respecter
et promouvoir la diversité.
2. Toutefois, en tant que miroirs de la société, les écoles sont
confrontées à des défis croissants pour remplir ce rôle démocratique.
Si la diversité est une richesse pour l’environnement scolaire,
elle peut également rendre plus compliquée la construction de valeurs
communes et d’une compréhension mutuelle. La discrimination, le
racisme, le harcèlement et l’exclusion restent très répandus dans
de nombreux établissements scolaires et entravent l’établissement
de liens significatifs entre élèves d’origines différentes. Une
exposition excessive aux réseaux sociaux réduit l’interaction directe
et peut exposer les jeunes à la désinformation, qui alimente les
préjugés et les stéréotypes préjudiciables, accentuer le sentiment
d’isolement et d’anxiété et miner la confiance en soi, en particulier
chez les adolescentes et les adolescents qui recherchent une reconnaissance
en ligne et subissent la pression de leurs pairs.
3. Par ailleurs, l’Assemblée exprime sa vive préoccupation quant
à la situation et au bien-être des enseignantes et des enseignants
dans toute l’Europe. Ils sont gravement touchés par les coupes budgétaires dans
le système éducatif, le manque de ressources humaines, l’absence
de représentation dans la gouvernance de l’éducation, sans oublier
la rémunération et la reconnaissance insuffisantes de leur travail. Ces
facteurs entraînent une charge de travail importante, des classes
surchargées, de mauvaises conditions de travail et un manque de
ressources pour mener des activités créatives et innovantes avec
les élèves. En outre, de nombreux enseignants et enseignantes ne
bénéficient pas du soutien professionnel et psychologique dont ils
auraient besoin. Ces contraintes cumulées pèsent lourdement sur
le bien-être du personnel enseignant et, par conséquent, sur la
qualité de l’enseignement.
4. Dans bon nombre de contextes éducatifs, on observe un écart
considérable entre les valeurs démocratiques et le respect de la
diversité qui sont expressément mis en avant dans les programmes scolaires,
et l’expérience concrète que vivent les élèves dans les cultures
scolaires traditionnelles, souvent marquées par des dynamiques autoritaires,
hiérarchiques, voire xénophobes. Les apprentissages les plus approfondis
et les plus durables passent moins par les contenus proposés que
par les expériences quotidiennes au sein de la communauté scolaire.
Pour l’Assemblée, les environnements éducatifs doivent incarner
les valeurs qu’ils entendent transmettre, de sorte que les élèves
ne se contentent pas d’étudier la démocratie, mais en fassent aussi
l’expérience à travers des pratiques réelles de participation, de
délibération, de responsabilité partagée et de justice sociale.
Il convient de promouvoir des processus de transformation de la
culture scolaire afin de privilégier la cohérence entre les objectifs
éducatifs et les moyens utilisés pour les atteindre, en veillant
à ce que chaque espace, chaque relation, chaque décision au sein
de l’école devienne une occasion de mettre en pratique les principes
démocratiques.
5. Face au déclin alarmant de la démocratie au niveau mondial,
l’Assemblée souligne que l’apprentissage et la pratique de la démocratie
devraient être une priorité politique fondamentale du système éducatif
si l’on veut aider les jeunes à avoir confiance dans la démocratie
et à s’engager dans la citoyenneté démocratique. En se référant
à la Stratégie du Conseil de l’Europe pour l’éducation 2024-2030
et au Nouveau pacte démocratique pour l’Europe proposé par le Secrétaire
Général, l’Assemblée exhorte les États membres à donner la priorité
à l’éducation et à réaliser les investissements nécessaires. Des
politiques doivent être adoptées afin de doter les écoles de la
flexibilité requise pour répondre aux défis actuels, non seulement
pour adapter les programmes et les méthodologies, mais aussi pour
incarner les valeurs et les pratiques démocratiques, inclusives
et participatives au sein des écoles.
6. En conséquence, l’Assemblée recommande aux États membres du
Conseil de l’Europe:
6.1. s’agissant
des politiques éducatives:
6.1.1. de
faire de l’éducation une priorité politique visant à accroître la
résilience démocratique de la société et d’entreprendre une révision
stratégique de leurs politiques, conformément aux trois piliers
de la Stratégie du Conseil de l’Europe pour l’éducation 2024-2030:
renouveler la mission démocratique et civique de l’éducation; renforcer
la responsabilité sociale et la réactivité de l’éducation; et faire
progresser l’éducation grâce à une transformation numérique fondée
sur les droits humains;
6.1.2. d’élaborer des politiques globales qui garantissent que
les écoles peuvent intégrer la socialisation, l’inclusion et le
bien-être comme objectifs fondamentaux, au même titre que la réussite
scolaire; de mettre en place des programmes souples en tant que
facteurs clés de la promotion de l’éducation inclusive, qui permettent
au personnel enseignant d’adapter le contenu et de répondre à différents
besoins; et d’offrir aux élèves la possibilité de participer de
façon active et constructive à la gouvernance de leur école et à
la vie de leurs communautés;
6.1.3. d’adopter, le cas échéant, une législation visant à promouvoir
le «bien vivre ensemble» dans les écoles et à prévenir le harcèlement;
et d’envisager de réglementer l’utilisation des smartphones à l’école
et d’instaurer une limite d’âge pour l’accès aux réseaux sociaux;
6.1.4. d’adopter une approche de l’éducation centrée sur l’apprenant,
fondée sur les droits humains et qui prête une attention particulière
aux apprenantes et apprenants vulnérables, notamment les enfants
migrants et les enfants qui ont des besoins éducatifs spéciaux,
en élargissant la notion d’éducation inclusive pour mettre l’accent
sur les besoins, les talents, les aptitudes et les centres d’intérêt
des élèves plutôt que sur leurs supposées limites;
6.1.5. d’incorporer une éducation à la citoyenneté démocratique
adaptée à l’âge des élèves en tant que matière obligatoire distincte
et d’intégrer les compétences pour une culture de la démocratie
dans d’autres matières pertinentes à tous les niveaux de l’éducation
formelle;
6.2. s’agissant des méthodologies:
6.2.1. de promouvoir des approches pédagogiques interactives
centrées sur les élèves ainsi que l’apprentissage coopératif en
petits groupes, en faisant ressortir les différences culturelles
et les identités multiples parmi les élèves d’une classe et en utilisant
le Cadre de référence des compétences pour une culture de la démocratie
du Conseil de l’Europe;
6.2.2. de recourir à l’éducation socio-émotionnelle afin de promouvoir
le bien-être des élèves, de prévenir les problèmes de santé mentale,
de renforcer la cohésion sociale et de soutenir l’épanouissement
personnel et social des élèves;
6.2.3. aux fins de parvenir à une tolérance zéro envers le harcèlement,
d’élaborer des programmes scolaires axés sur la prévention et le
règlement participatif des conflits par la médiation, les moyens
d'exprimer son désaccord avec respect, l’entraide entre pairs et
la justice réparatrice;
6.2.4. de proposer aux élèves un large éventail d’activités et
de clubs complémentaires (artistiques, sportifs, environnementaux,
etc.) qui favorisent la socialisation des élèves autour de leurs
centres d’intérêt; et de créer des occasions de participation démocratique
dans les écoles et leurs communautés (conseils d’élèves, clubs de
débat, projets communautaires);
6.2.5. de promouvoir la responsabilité numérique et l’éducation
aux médias et à l’information, en utilisant un cadre pédagogique
pour l’éducation à la citoyenneté numérique, tel que l’outil conçu
par le Conseil de l’Europe (DCE
Planner); de relier les espaces d’apprentissage physiques, sociaux
et numériques en partageant une vision commune de l’inclusion, de
la citoyenneté démocratique, du respect de la diversité, du bien-être
et de l’apprentissage;
6.2.6. d’encourager la participation active et la gouvernance
participative dans les écoles en impliquant le corps enseignant,
les élèves et les parents dans la mise en place d’une «culture scolaire
globale de la démocratie» qui soit fondée sur une approche globale
axée sur les valeurs et la communauté, en instaurant la confiance
et la participation dans les communautés par le biais de l’éducation;
les partenariats avec des associations et des spécialistes externes
peuvent apporter une valeur ajoutée;
6.3. s’agissant des mesures qui visent à créer un environnement
favorable et stimulant pour le corps enseignant:
6.3.1. de renforcer la formation initiale
et continue du personnel enseignant sur les questions de socialisation,
d’inclusion, d’éducation socio-émotionnelle, de participation active,
de prévention et de règlement des conflits et d’apprentissage coopératif;
6.3.2. d’inclure dans la formation du personnel enseignant et
la formation professionnelle les compétences pour une culture de
la démocratie telles que décrites dans le Cadre de référence des
compétences pour une culture de la démocratie;
6.3.3. d’élargir les possibilités d’échanges professionnels et
de développement pour le personnel enseignant et de fournir différentes
ressources et orientations pédagogiques; de garantir l’accès gratuit
aux espaces d’apprentissage virtuels et aux ressources pédagogiques ouvertes;
6.3.4. de promouvoir des processus communs de recherche et de
réflexion collective sur sa propre pratique pour permettre, d’une
part, de rompre la continuité entre les expériences passées du personnel
enseignant en tant qu’élèves et la construction critique de leur
identité professionnelle, et d’autre part, d’affermir une culture
de la pratique pédagogique alignée sur les valeurs démocratiques,
la justice sociale et l’apprentissage collaboratif.
7. Enfin, l’Assemblée appelle à renforcer la coopération internationale
pour préserver le rôle démocratique de l’éducation et invite l’Union
européenne, l’Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la
science et la culture (UNESCO) et l’Organisation de coopération
et de développement économiques (OCDE) à coopérer étroitement avec
le Conseil de l’Europe afin de fournir des orientations cohérentes
et complémentaires aux États membres.
B. Projet de recommandation 
(open)1. Face au déclin mondial de la
démocratie et en se référant à sa Résolution… (2026) «La socialisation
à l’école: pour une éducation inclusive et participative qui favorise
les valeurs démocratiques», l’Assemblée parlementaire rappelle que
l’apprentissage et la pratique de la démocratie devraient constituer
une priorité politique et éducative fondamentale dans l’Europe d’aujourd’hui
pour aider les jeunes à s’engager dans la citoyenneté démocratique.
2. À cet égard, l’Assemblée soutient la décision des ministres
de l’Éducation du Conseil de l’Europe de définir de nouvelles priorités
et actions pour mettre en œuvre les Principes de Reykjavik pour
la démocratie en approuvant la Stratégie du Conseil de l’Europe
pour l’éducation 2024-2030. Celle-ci repose sur trois piliers: renouveler
la mission démocratique et civique de l’éducation; renforcer la
responsabilité sociale et la réactivité de l’éducation; et faire
progresser l’éducation grâce à une transformation numérique fondée
sur les droits humains.
3. En outre, le lancement, à l’initiative du Secrétaire Général,
d’un Nouveau pacte démocratique pour l’Europe, qui vise à impliquer
et à soutenir les États membres dans le renforcement de la résilience démocratique
en Europe, arrive au moment opportun. L’Assemblée considère que
la mise en place de systèmes éducatifs plus résilients et plus réactifs
devrait être un élément clé de ce processus. L’engagement politique
des États membres sera déterminant pour faire de l’éducation une
priorité, lui allouer des ressources et concevoir des politiques
qui permettent aux écoles de répondre aux nombreux défis sociétaux
et démocratiques et de devenir des lieux où les principes démocratiques,
inclusifs et participatifs peuvent s’acquérir et être mis en pratique.
4. Le personnel enseignant et les équipes de direction des établissements
jouent un rôle essentiel dans ce processus, qui repose sur une culture
scolaire globale de la démocratie et qui reste à implanter et à
utiliser largement au sein de l’Espace européen pour l’éducation
à la citoyenneté. Le Conseil de l’Europe fournit au personnel enseignant
des orientations précieuses et des outils pratiques, tels que le
Cadre de référence des compétences pour une culture de la démocratie,
et des expériences tirées de projets antérieurs tels que «Faisons
vivre une culture démocratique et inclusive à l’école» et «S’exprimer
en toute liberté – apprendre en toute sécurité. Des écoles démocratiques
pour tous». En outre, l’Année européenne de l’éducation à la citoyenneté
numérique 2025 permet aux États membres d’échanger des expériences
et d’accéder à des ressources et à des pratiques innovantes en matière
d’éducation à la citoyenneté numérique.
5. Au vu de ce qui précède, l’Assemblée recommande au Comité
des Ministres de soutenir et d’aider les États membres à entreprendre
un examen stratégique de leurs politiques, conformément à la Stratégie
du Conseil de l’Europe pour l’éducation 2024-2030, et en particulier:
5.1. à promouvoir une approche de
l’éducation centrée sur l’apprenant et fondée sur les droits humains,
en veillant à ce que tous les apprenants et apprenantes – y compris
les groupes vulnérables, tels que les enfants migrants et les enfants
qui ont des besoins éducatifs spéciaux – bénéficient d’une approche
inclusive qui s’intéresse aux besoins, aux talents, aux aptitudes
et aux centres d’intérêt de chaque élève plutôt qu’à ses supposées
limites;
5.2. à renforcer la mission démocratique des systèmes éducatifs
en veillant à les aligner sur l’Espace européen pour l’éducation
à la citoyenneté; à faciliter la mise en œuvre et l’utilisation
généralisée du Cadre de référence des compétences pour une culture
de la démocratie; et à favoriser la dispense d’une éducation à la
citoyenneté démocratique adaptée à l’âge des élèves en tant que
matière obligatoire distincte, complétée par l’intégration transversale
des compétences pour une culture de la démocratie dans d’autres
matières pertinentes à tous les niveaux de l’éducation formelle;
5.3. à fournir des orientations pour intégrer pleinement le
cadre pédagogique du Conseil de l’Europe pour l’éducation à la citoyenneté
numérique dans les systèmes éducatifs;
5.4. à fournir des conseils pratiques ciblés pour inclure les
compétences pour une culture de la démocratie et l’éducation à la
citoyenneté numérique dans la formation du personnel enseignant,
la formation professionnelle et l’éducation et la protection de
la petite enfance;
5.5. à poursuivre et, le cas échéant, à renforcer la coopération
avec l’Union européenne, l’Organisation des Nations Unies pour l'éducation,
la science et la culture (UNESCO) et l’Organisation de coopération
et de développement économiques (OCDE) pour élaborer des orientations
cohérentes et complémentaires qui visent à soutenir le rôle démocratique
de l’éducation et à promouvoir le concept d’une culture scolaire
démocratique globale qui soit largement utilisé et mis en œuvre
dans les écoles.
C. Exposé des motifs
par Mme Luz Martínez Seijo, rapporteure 
(open)1. Introduction
1. Le Sommet de Reykjavik
a souligné que l’éducation était
déterminante, car elle donne aux enfants et aux jeunes les repères
nécessaires pour grandir en embrassant les valeurs démocratiques
dans des sociétés culturellement diverses. Dans ce contexte, la
Stratégie du Conseil de l'Europe pour l'éducation 2024-2030
, lancée lors de la 26e Conférence
permanente des ministres de l'éducation
en septembre 2023, s'articule autour
de trois piliers: renouveler la mission démocratique et civique
de l'éducation; renforcer la responsabilité sociale et la réactivité
de l'éducation; faire progresser l'éducation grâce à une transformation
numérique fondée sur les droits de l’homme.
2. La proposition de résolution
que j’ai déposée avec plusieurs
autres membres en janvier 2024 souligne que «[s]i les compétences
en matière de culture démocratique, d’engagement civique, de méthodologies d’apprentissage,
ainsi que de réactivité et d’innovation dans et à travers l’éducation
sont des préoccupations essentielles, ces objectifs ne peuvent être
atteints de manière isolée. Prendre soin du développement holistique
des apprenants, de leur santé mentale et de leur bien-être dans
un environnement sûr sont les piliers d’une éducation de qualité.»
3. En outre, nous avons souligné que «[l]a violence, le harcèlement,
la discrimination, le racisme sont malheureusement toujours présents
en milieu scolaire. Apprendre à vivre ensemble dans la diversité, respecter
et tolérer les différentes attitudes qui découlent de la coexistence,
font partie du processus de socialisation et sont un élément clé
pour mettre en œuvre des stratégies d’apprentissage, telles que l’apprentissage
coopératif et l'apprentissage par projet, avec une attention particulière
aux apprenants vulnérables.»
4. Parmi les travaux antérieurs de la Commission de la culture,
de la science, de l’éducation et des médias qui promeuvent l'éducation
inclusive et les besoins spéciaux des apprenants vulnérables, nous
pouvons évoquer le rapport de M. Pavlo Sushko intitulé «Un enseignement
de qualité pour les enfants ayant des besoins éducatifs spéciaux:
les défis posés par la pandémie, la guerre et le numérique»
. Ce rapport préconise une approche
de l'éducation fondée sur les droits humains qui garantisse l'accessibilité,
la participation et l'équité dans les divers environnements d’apprentissage.
5. Dans mon rapport, je présente des exemples de politiques,
de méthodologies et d'outils innovants pour encourager les États
membres du Conseil de l’Europe à promouvoir le processus de socialisation
par une éducation de qualité à l’ère du numérique, afin d’améliorer
la sécurité, la santé mentale et le bien-être des élèves, de promouvoir
les valeurs démocratiques et de renforcer la tolérance et l’inclusion
à l’école. L'Assemblée parlementaire pourrait recommander l’élaboration
de lignes directrices du Conseil de l’Europe pour aider les États
membres dans ce processus.
6. Je tiens à remercier tous les expert·es que nous avons interrogés
lors des auditions à Trondheim en Norvège, et en ligne depuis Strasbourg,
pour avoir partagé leurs informations, leurs idées et leurs réflexions sur
les mesures à prendre à l'avenir, que nous prenons en compte dans
les chapitres suivants de l'exposé des motifs. Je tiens également
à remercier le Dr Carlos Mas Ruiz, de l'université d'Alcalá en Espagne,
pour m'avoir aidé à préparer ce rapport grâce à ses recherches approfondies.
2. La socialisation à l’école: les enjeux
7. Je commencerai par définir
la socialisation éducative, qui désigne le processus par lequel
une personne s’intègre dans la société en assimilant des normes,
des valeurs et des rôles. Les fondements théoriques de ce concept
remontent à Émile Durkheim (1975), qui le définissait comme la «socialisation
méthodique de la jeune génération». En d’autres termes, il s’agit
de la transmission intentionnelle de la culture par les adultes
afin d’assurer la reproduction de l’ordre social. Dans cette perspective,
le travail éducatif est conçu comme un domaine de modélisation sociale
qui, au-delà de l’enseignement académique, façonne les consciences, normalise
les comportements et établit un cadre commun de croyances et de
valeurs. Il ne s’agit pas seulement d’acquérir des connaissances,
mais d’intérioriser des modèles de conduite qui soutiennent la cohésion
de la structure sociale
.
8. L'éducation est un pilier fondamental de la démocratie et
un mécanisme clé pour favoriser la socialisation, l'inclusion et
le bien-être. Les écoles ne sont pas seulement des lieux d'enseignement académique;
les élèves y développent des compétences sociales, s'engagent dans
un apprentissage coopératif et font l'expérience de la participation
démocratique. Cependant, les écoles modernes sont confrontées à
des défis croissants pour remplir ce rôle. Les divisions sociales,
les inégalités économiques, les transformations numériques et les
lacunes institutionnelles ont contribué à accroître l'isolement,
l'anxiété et le désengagement des élèves. La stratégie du Conseil
de l'Europe pour l’éducation 2024-2030 souligne l'importance d'intégrer
la socialisation dans les politiques éducatives afin de créer des
environnements d'apprentissage sûrs, inclusifs et démocratiques.
Les écoles doivent aller au-delà de l'enseignement scolaire pour
favoriser activement la santé mentale, l'intelligence émotionnelle
et l'engagement démocratique des élèves. Les politiques qui négligent
ces aspects risquent d'échouer dans leur mission plus large qui
consiste à préparer les élèves à la vie dans des sociétés diversifiées.
L'Assemblée a constamment exhorté les États membres à renforcer
le rôle social des écoles afin de répondre à des défis tels que
l'influence des réseaux sociaux, la diversité liée aux migrations
et les préoccupations croissantes en matière de santé mentale
.
9. Les écoles d'aujourd'hui reflètent les transformations plus
larges de la société. La diversité culturelle et ethnique croissante,
les disparités économiques grandissantes et la persistance des divisions
sociales ont compliqué le processus de socialisation des élèves.
Si la diversité enrichit l'environnement scolaire, elle présente
également des difficultés en matière de construction de valeurs
communes et de compréhension mutuelle. La discrimination, le racisme
et l'exclusion socio-économique restent courants dans de nombreux établissements
scolaires, ce qui rend difficile l'établissement de liens significatifs
entre élèves d'origines différentes. Une étude menée par l'UNICEF
(2020) a mis en évidence que les élèves issus de minorités ou de milieux
migrants sont souvent confrontés à des barrières linguistiques,
à des préjugés et à une participation moindre à la vie scolaire,
ce qui affecte directement leur sentiment d'appartenance.
10. Les disparités économiques exacerbent encore davantage le
fossé entre les élèves privilégiés et les élèves vulnérables. Cet
écart en matière de ressources crée des inégalités dans les possibilités
de socialisation, car les élèves issus de milieux défavorisés peuvent
souffrir d'isolement et d'une baisse de l'estime de soi en raison
d'un accès limité aux activités sociales et récréatives, ainsi que
d’opportunités limitées.
11. L'expansion rapide des réseaux sociaux et de la communication
en ligne a profondément modifié la manière dont les jeunes interagissent.
Si les plateformes numériques peuvent faciliter la socialisation,
elles contribuent également à de nouvelles formes d'isolement, d'anxiété
et de cyberharcèlement. Des études indiquent qu'un temps d'écran
excessif a entraîné une diminution des interactions en personne,
affaiblissant la capacité des élèves à développer leurs compétences
sociales, leur intelligence émotionnelle et leurs capacités de résolution
des conflits
. Les enfants et les adolescents
passent de moins en moins de temps à jouer dehors ou à participer
à des activités sociales en face à face, préférant les interactions
numériques qui manquent de profondeur émotionnelle.
12. Les recherches menées par le Conseil de l'Europe sur la santé
mentale des jeunes ont montré qu'une exposition excessive aux réseaux
sociaux peut entraîner de l'anxiété, du stress et une perte de confiance
en soi, en particulier chez les adolescents qui recherchent une
reconnaissance en ligne et qui subissent la pression de leurs pairs.
De plus, la numérisation a donné naissance à de nouvelles formes
de violence, notamment le cyberharcèlement et le harcèlement en
ligne. L'absence de politiques éducatives efficaces en matière de
numérique dans les écoles laisse de nombreux élèves démunis face
aux risques liés aux interactions en ligne, les rendant vulnérables
à la manipulation, à la désinformation et à la discrimination en ligne
.
13. Malgré ces défis, les écoles restent le cadre le plus efficace
pour promouvoir la socialisation et l'inclusion. Lorsque les structures
familiales ou sociales échouent, l'environnement scolaire devient
le seul lieu où les élèves peuvent développer les compétences sociales
et émotionnelles nécessaires à leur intégration sociale. Les écoles
jouent un rôle essentiel dans la promotion de la responsabilité
sociale, de la coopération et de la citoyenneté participative, en
veillant à ce que les élèves expérimentent les valeurs démocratiques
en action. Le développement de stratégies d'apprentissage coopératif,
de programmes de médiation des conflits et d'initiatives de soutien
par les pairs a été reconnu comme une approche efficace pour améliorer
la socialisation dans les écoles
. Les écoles qui mettent en œuvre
des modèles de gouvernance participative, tels que les conseils
d'élèves, les programmes de médiation par les pairs et les discussions
à l'échelle de l'école sur l'inclusion, affichent généralement des
niveaux d'engagement des élèves plus élevés et une réduction des
cas de discrimination.
14. Les programmes axés sur la santé mentale, l'éducation émotionnelle
et la résolution des conflits contribuent également à créer un climat
scolaire qui favorise les interactions positives et le bien-être.
L'initiative «Des écoles démocratiques pour tous» (2017-2022) du
Conseil de l'Europe a démontré que les écoles qui accordent la priorité
à la participation des élèves à la prise de décision et à la gouvernance
scolaire ont tendance à afficher des niveaux plus élevés de satisfaction,
de cohésion sociale et de respect.
15. De nombreux systèmes éducatifs ne disposent pas de politiques
structurées visant à renforcer la fonction sociale des écoles. Des
études menées par l'Anti-Bullying Alliance britannique indiquent
que le harcèlement, la discrimination et la violence restent des
problèmes persistants dans les écoles européennes, entraînant des
troubles psychologiques, un désengagement et des taux élevé d'abandon
scolaire. La formation du personnel enseignant est souvent insuffisante,
ce qui laisse les éducateurs et les éducatrices mal préparés à gérer
les conflits sociaux et à favoriser l'apprentissage coopératif.
L'absence de lignes directrices coordonnées en matière d'éducation
numérique limite également la capacité des écoles à enseigner une utilisation
responsable des médias sociaux, exposant les élèves à des risques
plus élevés de cyberharcèlement et de manipulation en ligne.
16. Les systèmes éducatifs devraient donc élaborer des politiques
globales qui garantissent que les écoles intègrent la socialisation
comme objectif fondamental, au même titre que la réussite scolaire.
Le renforcement de la formation du personnel enseignant, le financement
d'initiatives en matière de santé mentale et la mise en place de
programmes spécifiques structurés seront essentiels pour relever
ces défis.
3. Priorités: vivre ensemble, bien-être, inclusion et valeurs démocratiques à l’école
17. La nécessaire adaptation de
l’Europe aux mutations sociales, technologiques et scientifiques
qui caractérisent le XXIe siècle passe
par des politiques qui donnent de la flexibilité aux établissements
scolaires, tant du point de vue des programmes que dans la manière
d’incarner les valeurs démocratiques, inclusives et participatives.
3.1. Bien vivre ensemble et bien-être
18. Afin de créer un bon cadre
pour un «bien vivre ensemble» dans les écoles, il faut un processus
solide de socialisation fondé sur la collaboration et la participation,
dans le cadre duquel les élèves apprennent à établir des relations
saines avec les autres, et interagir d'une manière qui favorise
le respect mutuel et l'empathie. L’amélioration de la coexistence
scolaire fait appel à différents moyens comme l’élaboration démocratique
des règles de vie en classe, la résolution pacifique des conflits,
la prévention de la violence et du harcèlement et le bien-être des
élèves
.
19. Le bien-être et la santé mentale à l’école ne peuvent être
assurés de manière durable que par une approche globale du bien-être
et de la santé mentale, mobilisant l’ensemble du système et des
établissements scolaires
. La Direction
générale de l’Éducation, de la Jeunesse, du Sport et de la Culture
de la Commission européenne a récemment publié des «Lignes directrices
à l’intention des responsables des politiques éducatives»
qui proposent notamment d’instaurer
un climat scolaire positif, d’intégrer l’apprentissage socio-émotionnel
dans les programmes scolaires, d’encourager les partenariats collaboratifs,
de créer des écoles sûres pour prévenir et traiter toute forme de
violence et de promouvoir le bien-être à l’ère du numérique. Elles recommandent
d’inclure les principes du bien-être dans la formation initiale
du personnel enseignant, en renforçant la capacité des directeurs
et directrices d’établissement à tenir compte du bien-être à l’école,
en assurant une formation professionnelle continue et un soutien
permanent aux éducateurs et éducatrices et en facilitant l’accès
à des services d’accompagnement aux apprenant·es ayant des besoins
en santé mentale.
20. L’initiative Happy Schools de l’UNESCO encourage une réforme
de l’éducation porteuse de transformations et un changement de paradigme
visant à placer le bonheur au centre des politiques et pratiques
éducatives. Les activités ne peuvent être mises en œuvre efficacement
à grande échelle sans être intégrées aux politiques et projets éducatifs.
C’est pourquoi il est recommandé de privilégier une approche globale,
guidée par des valeurs et axée sur la communauté, qui s’appuie sur
des politiques éducatives et une planification de l’enseignement
pour garantir des changements systémiques
.
3.2. Inclusion et promotion de la diversité
21. La ségrégation scolaire reste
de nos jours un problème important en Europe. Elle touche particulièrement
les enfants en situation de handicap, les enfants d’origine immigrée,
les enfants roms et d’autres enfants rencontrant des difficultés
sociales ou personnelles. Le Commissaire aux droits de l’homme du
Conseil de l’Europe a examiné cette question dans le rapport « Lutter
contre la ségrégation scolaire en Europe par l’éducation inclusive», qui contient des recommandations visant à promouvoir
l’éducation inclusive et une meilleure compréhension des besoins
des élèves dans les systèmes éducatifs.
22. Pour mesurer l’inclusivité des établissements et de l’ensemble
du système éducatif, les autorités peuvent utiliser des outils comme
« l’indice d’inclusion ». Cette ressource bien connue aide les écoles
à évaluer et à améliorer leur inclusivité, en axant leurs efforts
sur la participation et la réussite de tous les élèves, notamment
les élèves en situation de handicap et ceux appartenant à d’autres
groupes marginalisés
.
23. L’éducation inclusive est un cheminement qui reconnaît les
besoins divers de tous les apprenant·es en suivant plusieurs grandes
approches. Par exemple, l’apprentissage coopératif
dans une classe
transforme l’environnement. Les élèves y sont répartis en groupes
hétérogènes, au sein desquels chaque membre joue un rôle bien défini.
Ces activités favorisent une interdépendance positive et ont recours
à des techniques de coopération, ce qui permet d’adapter les tâches
aux différents niveaux, y compris aux élèves ayant des besoins spéciaux,
pour parvenir à un produit final élaboré par le groupe.
24. La conception universelle des apprentissages, autre méthode
de pratique courante, adapte les environnements pédagogiques pour
répondre aux besoins divers de chacun des élèves en proposant de multiples
moyens d’engagement et en motivant les élèves par différentes stratégies.
Dans l’enseignement collaboratif ou co-enseignement, le personnel
enseignant s’associe pour planifier et dispenser les cours. Cette stratégie
comporte souvent des actions communes au sein de la classe, ce qui
crée une expérience d’apprentissage dynamique et inclusive.
25. Chacune de ces approches contribue à rendre l’éducation plus
inclusive en veillant à ce que tous les élèves, indépendamment de
leur parcours ou de leurs capacités, participent pleinement à l’environnement d’apprentissage
et s’y épanouissent. Ces méthodes favorisent un sentiment d’appartenance
et de réussite chez tous les apprenant·es et font ainsi de l’éducation
inclusive une réalité.
3.3. Valeurs démocratiques
26. La démocratie s’apprend. Les
valeurs humaines sont le fondement des droits démocratiques, qui doivent
être développés par la pratique. L’école doit enseigner les valeurs
démocratiques que sont le respect, le pluralisme, la paix, la justice,
la solidarité, la vérité et la responsabilité, tant par la réflexion
que par l’action. Ces valeurs se traduisent en droits pour les citoyens
et citoyennes: ici, le droit à l’éducation, à la sécurité, à la liberté
de pensée, à l’égalité des chances, à la santé physique et mentale,
à une information exacte et à la participation au sein de l’école
et de la société. Des méthodologies inclusives et participatives
et une communication non violente permettent d’exercer ces droits
à l’école.
27. Pour appliquer ces principes aux politiques éducatives, les
autorités éducatives nationales et les organisations internationales
devraient accompagner les établissements scolaires en leur fournissant
des orientations. Au fil des ans, le Conseil de l’Europe a élaboré
de nombreuses recommandations pour intégrer des droits humains et
des valeurs démocratiques dans la société, et en particulier dans
l’éducation, en veillant à ce que les élèves apprennent ces principes
et les expérimentent.
28. À l’appui de cette philosophie, le Conseil de l’Europe a élaboré
le Cadre de référence des compétences pour une culture de la démocratie,
qui présente les compétences essentielles dans quatre domaines:
valeurs, attitudes, compétences, connaissances et compréhension
critique
. Il sert de modèle complet illustrant
ce que signifie être un citoyen démocratique et fournit des recommandations
pour la mise en œuvre de l'éducation à la citoyenneté démocratique
dans la pratique.
29. En 2023, la Conférence permanente du Conseil de l’Europe des
ministres de l’Éducation a adopté une résolution qui visait à renouveler
la mission civique de l’éducation et encourageait les établissements d’enseignement
à adopter une approche institutionnelle globale pour diffuser les
valeurs démocratiques dans tous les aspects de la vie scolaire
. L'Espace
européen pour l'éducation à la citoyenneté est un pilier de cette mission.
Il vise à fournir un ensemble commun de principes pour de bonnes
pratiques dans le développement d'une éducation à la citoyenneté
démocratique de qualité, à offrir une plateforme pour le partage
d'innovations et de bonnes pratiques, ainsi que des opportunités
de collaboration nationale et internationale entre les parties prenantes
et les partenaires concernés. L'objectif est de préparer des citoyens
actifs et responsables qui participent à la vie démocratique. La
célébration de l’Année européenne de l’éducation à la citoyenneté numérique
en 2025 étend ces objectifs au monde numérique pour faire face aux
menaces qui pèsent sur les droits humains et les valeurs démocratiques.
30. Le Réseau des conseillers en matière de politiques éducatives
encourage l’introduction du Cadre de référence dans les systèmes
éducatifs, le partage d’expériences et de pratiques et l’amélioration
de la coopération. Ces efforts contribuent à la cible 4.7 du Programme
de développement durable des Nations Unies à l’horizon 2030, axée
sur l’éducation pour le développement durable et la citoyenneté
mondiale.
31. Les États membres devraient s’efforcer d’élaborer des programmes
scolaires complets qui incluent les droits humains et les valeurs
démocratiques à tous les niveaux d’enseignement; d’intégrer des
expériences pratiques dans les écoles pour permettre aux élèves
de s’exercer à ces valeurs dans la vie de tous les jours; de promouvoir
l’éducation à la citoyenneté numérique pour relever les défis liés
à l’environnement numérique; de renforcer la formation du personnel
enseignant pour doter les éducateurs et éducatrices des compétences et
connaissances nécessaires; et d’adopter une approche institutionnelle
globale pour ancrer une culture de la démocratie dans les environnements
d’apprentissage.
4. Méthodologies et outils
32. Pour donner vie à une politique
de socialisation en classe, il est essentiel d’élaborer des méthodologies adéquates
et d’utiliser les bonnes ressources. Les écoles ont besoin d’outils
qui favorisent un «bien vivre ensemble» et qui enseignent les compétences
démocratiques (valeurs, attitudes, connaissances et compréhension
critique), permettant aux élèves de participer activement, de gérer
leurs émotions et leur bien-être, de résoudre les conflits, de coopérer
dans l'apprentissage, et de naviguer dans l'environnement numérique.
4.1. Éducation aux droits humains et aux valeurs démocratiques
33. La mise en application de l’éducation
aux droits humains et de l'éducation à la citoyenneté démocratique dans
les établissements scolaires est un cheminement qui associe la théorie
à la pratique. Dans ce modèle, les fondements sont posés par un
enseignement théorique en classe. Les élèves étudient les valeurs humaines
et les droits humains dans des matières comme l’éducation à la citoyenneté.
Ces connaissances de base sont essentielles, car elles les aident
à comprendre les principes de la démocratie et l’importance des droits
humains.
34. Cela dit, l’apprentissage ne s’arrête pas à la théorie. Le
processus commence véritablement avec la mise en pratique de ces
valeurs, dans un établissement où les élèves, les dirigeant·es des
établissements scolaires, le personnel enseignant et les familles
sont activement impliqués dans les instances représentatives et
les associations de l’école, prennent les décisions ensemble et
favorisent une culture de la démocratie. Cette mobilisation active
de toutes les parties prenantes au sein de la communauté éducative
permet aux élèves de voir la démocratie en action et leur enseigne
l’importance de la participation et du respect d’autrui.
35. En inscrivant ces enseignements dans le programme scolaire
et en encourageant une participation active, les établissements
font en sorte que les élèves soient informés de leurs droits et
obligations tout en les sensibilisant à l’importance de respecter
et de défendre ces valeurs dans leur vie quotidienne. Cette approche globale
prépare les élèves à devenir des citoyens éclairés et actifs, apportant
une contribution positive à la société.
36. L’éducation à la citoyenneté fait aujourd’hui partie des politiques
éducatives et des programmes scolaires de nombreux États membres,
qui sont de plus en plus sensibles au rôle que l’éducation à la citoyenneté
et sa dimension européenne ont à jouer dans le renforcement de l’identité
européenne. S’il n’y a pas de modèle unique à suivre en matière
de promotion de l’éducation à la citoyenneté, il existe en revanche de
multiples exemples de bonnes pratiques qui peuvent être source d’inspiration.
La partie suivante présente les programmes de quelques États membres
consacrés à la citoyenneté et aux valeurs éthiques
:
- France: l’éducation à la citoyenneté, ou plus exactement l’éducation civique et morale, fait partie du programme obligatoire de l’enseignement primaire et secondaire, à l’échelon national;
- Allemagne: l’éducation à la citoyenneté démocratique et aux droits humains fait partie des missions et objectifs fondamentaux de l’éducation formelle à tous les niveaux, ainsi que de l’éducation non formelle. Elle est intégrée aux programmes d’histoire, de sciences sociales et d’éducation politique/citoyenne;
- Croatie: l’éducation à la citoyenneté est un thème transversal obligatoire dans le primaire et le secondaire: ce n’est pas une matière distincte, mais un sujet enseigné dans le cadre d’autres matières;
- Espagne: le programme d’enseignement général vise expressément à préparer les élèves à l’exercice actif de la citoyenneté. Récemment, un décret royal a inscrit les « compétences citoyennes » parmi les huit compétences clés que les élèves doivent avoir acquises à la fin de l’éducation de base. Tous les élèves doivent recevoir un enseignement aux valeurs civiques et éthiques au cours du troisième cycle de l’enseignement primaire, puis dans l’enseignement secondaire;
- Grèce: l’éducation à la citoyenneté fait partie du cours d’éducation sociale et politique suivi à l’école élémentaire (6-12 ans).
37. Ce ne sont là que quelques exemples. Il serait sans aucun
doute très avantageux pour les États membres de coordonner ces programmes
en un socle commun.
38. Dans les programmes du secondaire, l’enseignement de l’histoire
revêt une importance particulière aux côtés de l’éducation à la
citoyenneté, car l’utilisation et l’analyse de sources historiques
peuvent contribuer pour beaucoup à favoriser le respect d’opinions
différentes, le pluralisme et la diversité, ainsi qu’à évaluer la fiabilité
et la validité des informations. Une réflexion sur les périodes
sensibles de l’histoire doit être menée à des âges appropriés pour
que les jeunes comprennent les origines de la situation présente
et espérons-le, évitent de répéter les erreurs du passé
. Le programme d’histoire allemand,
par exemple, comporte des modules spécifiques sur l’histoire de
la démocratie, et introduit une « culture de la mémoire ». Dans
le contexte scolaire, cette Erinnerungskultur se traduit par
le fait que les élèves reçoivent un enseignement sur les événements
historiques, les traditions culturelles et l’importance de la mémoire
pour l’identité et l’avenir. Ces contenus visent à aider les élèves
à comprendre l’importance d’une démocratie résiliente et les défis
que l’Allemagne a rencontrés au cours de l’histoire sur son parcours
de consolidation démocratique.
39. Le Conseil de l’Europe a élaboré plusieurs initiatives à l’égard
des écoles: le projet « Faisons vivre une culture démocratique et
inclusive à l’école (DISCO) » a pris fin en 2021, et « S’exprimer
en toute liberté –Apprendre en toute sécurité. Des écoles démocratiques
pour tous » en 2022. Dans le cadre de l’Espace européen de l’éducation
à la citoyenneté et de la Stratégie du Conseil de l’Europe pour
l’éducation 2024-2030, un label ou une marque spécifique pour les
établissements pourrait être crée, qui tiendrait compte des résultats de
ces initiatives, et mettrait en avant l’approche de socialisation
proposée tout en offrant un cadre numérique attrayant et souple
pour faire des établissements scolaires des lieux d’acquisition
des compétences de vie. Le travail en réseau entre établissements
favoriserait la constitution d’un système d’apprentissage et d’entraide propice
à la réalisation des objectifs énoncés dans le présent rapport en
ce qui concerne la participation des élèves, l’analyse des conflits
au sein des établissements, les compétences de communication assertive, l’apprentissage
socio-émotionnel, les programmes de médiation des conflits, le soutien
par les pairs et la prévention du harcèlement, l’apprentissage coopératif,
les règles et le climat en classe.
4.2. La participation: vers la socialisation active des élèves
40. Le meilleur moyen de favoriser
une socialisation active à l’école est de donner aux élèves une
multitude de possibilités de participer à la vie et aux décisions
de leur établissement. Une telle implication crée un fort sentiment
d’appartenance, l’école devenant un espace qu’ils s’approprient,
au sein duquel ils peuvent partager des apprentissages, des expériences
et des émotions, résoudre les conflits en toute autonomie et apprendre à
vivre ensemble. Il existe de nombreuses manières de faire participer
les jeunes: la distribution de divers rôles à responsabilité en
classe, la cocréation des règles, la mise en œuvre de l’apprentissage
coopératif, la constitution d’équipes de soutien, l’organisation
d’activités extrascolaires et la création de clubs, le travail par projets
et la tenue de débats démocratiques. Ces activités contribuent à
associer l’ensemble des élèves à la vie de l’établissement. Des
espaces intégrateurs et inclusifs spécialement conçus à cet effet
peuvent être mis en place. Le modèle de participation des apprenants
à l’éducation inclusive définit quatre formes de participation:
la participation physique (ce qui inclut l’accessibilité), la participation
socio-émotionnelle, la participation aux décisions et la participation
engagée
.
41. Il y a une vingtaine d’années, un programme porteur de transformations
a été élaboré dans le cadre des activités de recherche et d’enseignement
de l’Université d’Alcalá (Espagne). Ce projet propose des formations, des
conseils et un soutien aux communautés scolaires, en prêtant une
attention particulière aux moyens d’assurer une participation des
élèves
. La formation couvre plusieurs grands
domaines, notamment la promotion d’une vision positive de l’autre,
la compréhension et l’analyse des conflits à l’école, la communication
assertive en cas de conflit, les compétences sociales, l’apprentissage
socio-émotionnel, les méthodes de résolution des conflits à l’école
et la création d’un climat scolaire positif régi par des règles démocratiques.
Une formation spécialisée est également assurée pour différents
programmes, portant sur la médiation des conflits par les élèves,
le soutien par les pairs, les cercles réparateurs, l’inclusion et l’apprentissage
coopératif, les délégués de classe (sur des questions comme le soutien,
la santé, le sport, l’égalité, le recyclage et les activités de
cour d’école), les services d’apprentissage et la citoyenneté numérique. Lors
de la formation, le personnel enseignant, les élèves et les familles
sont réunis en une équipe, ce qui les encourage à bâtir des relations
solides et les prépare à travailler sur de nouveaux projets ou des
améliorations ultérieures. Des centaines d’écoles primaires et secondaires
en Espagne ont adopté ce projet et le développent activement. Le
projet produit systématiquement des résultats positifs pour le climat
à l’école, et fait désormais partie intégrante de la culture scolaire.
Ces écoles forment ainsi un réseau de bonnes pratiques.
4.3. Apprentissage socio-émotionnel
42. L'apprentissage social et émotionnel
est le processus d'acquisition des compétences nécessaires pour reconnaître
et gérer ses émotions, développer l'attention et le souci des autres,
établir des relations positives, prendre des décisions responsables
et gérer efficacement les situations difficiles. Ces programmes d'apprentissage
couvrent le développement de la conscience de soi, de la conscience
sociale et des compétences relationnelles, aidant ainsi les élèves
à mieux comprendre leurs propres émotions et à interagir de manière
positive avec des personnes et des groupes divers
.
43. Par exemple, l'organisation à but non lucratif MOT (Courage),
fondée en 1997 en Norvège, propose aux écoles des programmes préventifs
fondés sur des valeurs afin d'aider les jeunes à développer leur
résilience et à s'intégrer. Dans le cadre d'une «approche globale
de l'école», ces programmes sont proposés aux élèves, au personnel
enseignant et aux parents. Ils favorisent l'acquisition de compétences
utiles dans la vie quotidienne, telles que la capacité des jeunes
à avoir confiance en eux, à devenir plus forts (développer leur conscience
et leur courage) et à faire face à diverses situations de la vie.
Les programmes sont proposés pour l'enseignement primaire (niveaux
1 à 4), le premier cycle du secondaire (niveaux 8 à 10) et le deuxième
cycle du secondaire (niveaux 11 à 13). Le programme «Robust Youth»
destiné aux écoles secondaires couvre de nombreux thèmes et comprend
des travaux individuels et en classe visant à créer des environnements inclusifs,
à discuter et à mettre en pratique les valeurs fondamentales, la
démocratie et la citoyenneté, à s'informer sur les questions de
santé publique et à développer des compétences de vie et une pensée
critique. Les coaches sont des enseignant·es, des infirmières scolaires,
des conseillers ou des animateurs socio-éducatifs qui reçoivent
une formation complète sur les méthodologies et un suivi étroit
par la suite. Des personnalités connues sont engagées comme ambassadeurs
afin de toucher plus efficacement les jeunes et d'avoir un plus
grand impact. Les valeurs et les outils comprennent: le courage
de se soucier des autres (faire preuve de respect et de gentillesse
envers ceux qui sont exclus); le courage de vivre (être soi-même
et s'accepter tel que l'on est); le courage de dire non (défendre
ses valeurs, oser exprimer son opinion, donner la priorité à ce
qui est juste et important pour soi).
44. Un autre projet remarquable de promotion de l’apprentissage
socio-émotionnel à l’école est le projet Emocrea
mis en place par le groupe de recherche
Emocrea de l’Université de La Laguna, en Espagne. Il étudie, promeut
et fait connaître les possibilités offertes par des stratégies d’apprentissage innovantes
axées sur les émotions et la créativité, tout en apportant aux écoles
un soutien à la formation. Le concept d’émocréativité est né de
la discipline du même nom enseignée dans les îles Canaries et englobe toutes
les activités d’apprentissage socio-émotionnel qui peuvent être
menées selon une approche artistique et créative. Le projet travaille
sur des thèmes tels que l’évaluation, les méthodologies, la résilience,
les compétences du personnel enseignant et le développement au sein
de la communauté, favorisant ainsi un environnement d’apprentissage
novateur et coopératif pour les élèves comme pour le personnel enseignant.
45. D’autres ressources améliorent collectivement l’apprentissage
socio-émotionnel en apportant des outils et cadres pratiques pour
favoriser le bien-être et l’épanouissement des élèves. Le manuel
SEMH
aide les écoles à impulser des initiatives
pour les élèves qui présentent des besoins en santé mentale, émotionnelle
et sociale ou les élèves à risque. Le SEE-KS (engagement social
et émotionnel, connaissances et compétences)
favorise l’engagement socio-émotionnel
dans le cadre d’une approche fondée sur la conception universelle
des apprentissages, ce qui crée des environnements inclusifs. La
Boîte à outils SHLS (espaces d’apprentissage et de guérison sécurisés)
fournit des lignes directrices pour
la mise en place d’environnements sûrs qui favorisent la guérison
émotionnelle et les progrès scolaires, en veillant à ce que les élèves
se sentent protégés et encouragés à s’exprimer.
4.4. Résolution de conflits
46. La résolution de conflits est
un aspect central de la socialisation, essentiel pour nouer des
liens avec les autres élèves, le personnel enseignant et la famille.
Elle englobe la compréhension, la prévention et la gestion des conflits,
notamment ceux qui naissent dans les relations virtuelles sur les
réseaux sociaux. Une approche participative encourage les élèves
à régler leurs conflits au moyen de stratégies non violentes comme
la médiation des conflits, le soutien par les pairs, les pratiques
réparatrices et les compétences de communication assertive. Ces
programmes, élaborés dans plusieurs pays européens, ont produit
des résultats positifs sur le plan de l’amélioration du climat scolaire
et de la coexistence au sein des établissements et ont de grandes vertus
pédagogiques pour la vie future des élèves
.
47. Plusieurs projets européens de lutte contre le harcèlement
scolaire ont pour objectif de combattre le harcèlement par l’éducation,
la mobilisation de la communauté et les méthodologies novatrices.
Parmi ces initiatives, on peut citer: SAFER
, axée sur la prévention de la violence
et du harcèlement à l’école pour les élèves âgés de 8 à 14 ans,
et EIRENE
, un projet Erasmus+ qui renforce
la capacité des élèves à répondre au harcèlement, pour les 13-16 ans.
Le projet Stop harcèlement dote les animateurs de jeunesse des compétences
nécessaires pour prévenir le harcèlement et intervenir dans des
situations de harcèlement.
48. Parmi les autres ressources signalons le projet «KiVa» (Finlande)
, qui fournit aux établissements
des outils de lutte contre le harcèlement, et la méthode «No Blame»
(Royaume-Uni)
, qui privilégie des solutions collectives
sans chercher à rejeter la faute sur les uns ou les autres. «El
Club de los valientes» (Le Club des braves: zéro violence dès le
plus jeune âge, Espagne)
apprend aux élèves la médiation
par les pairs, tandis que «NoTrap!» (Italie)
combat le harcèlement et le cyberharcèlement
au moyen d’une approche animée par les pairs. Le projet «Médiateur
à l’école» (France)
forme les élèves au règlement pacifique
des conflits entre pairs par la médiation et contribue à la compréhension
de l’autre. Le modèle intégré d’amélioration de la coexistence en
Espagne comporte également un solide programme de médiation des
conflits.
4.5. Processus d’apprentissage collaboratif
49. Les processus d’apprentissage
collaboratif sont essentiels pour la socialisation, car ils supposent
de travailler ensemble, de partager des idées, de relever des défis,
de résoudre des problèmes et de construire des projets. L’enseignement
traditionnel fondé sur des cours magistraux n’offre pas ces expériences.
Il est primordial que les salles de classe soient des espaces où
les élèves peuvent apprendre les uns des autres
. Pour être efficace,
l’apprentissage coopératif doit remplir certaines conditions. Il
doit, entre autres, créer une interdépendance positive, permettre
la responsabilisation individuelle, encourager la participation
directe, développer les compétences sociales et les rôles dans le
groupe, et créer des tâches qui impliquent un traitement intelligent
de l’information au sein du groupe. L’enseignant·e devrait organiser
la classe en groupes soigneusement équilibrés pour garantir l’hétérogénéité
et mettre en place des unités d’enseignement coopératif avec des
tâches différenciées à différents niveaux, permettant ainsi la réussite
de tous les élèves, y compris ceux qui sont en situation de handicap,
et leur contribution à un résultat commun.
50. Des ressources précieuses ont été élaborées et sont utilisées
dans plusieurs pays: la Global Inclusive Teaching Initiative (GITI)
,l’indice
de l’inclusion
, la classe en puzzle
, l’instrument destiné à améliorer
les pratiques éducatives du personnel enseignant relatives à l’éducation
inclusive, conçu par la Commission européenne et le Conseil de l’Europe
,
le cours sur l’apprentissage collaboratif et coopératif proposé
par la Commission européenne
, l’organisation Team-Based Learning
Collaborative
et le projet KoaLa
.
4.6. Responsabilité numérique
51. L’environnement et les technologies
numériques offrent des moyens inédits de s’exprimer sous diverses formes,
de découvrir, d’apprendre, de créer, de communiquer et de prendre
part à la vie sociale. En même temps, la désinformation, le cyberharcèlement,
le discours de haine en ligne et l’utilisation abusive des données
personnelles sont des phénomènes de plus en plus importants. La
socialisation des jeunes passe aujourd’hui en grande partie par
les médias numériques; il est donc important que l’école leur apprenne
à utiliser le monde numérique de manière responsable
. La
responsabilité numérique peut être encouragée par la législation
et les limites imposées à l’utilisation des appareils à l’école.
Néanmoins, il est également essentiel d’améliorer les programmes
éducatifs consacrés aux différents sujets et compétences numériques.
Il s’agit notamment de sensibiliser aux dangers d’internet (tels
que la dépendance, les défis viraux dangereux, la pédophilie et
la sollicitation d’enfants à des fins sexuelles, ainsi que les groupes
toxiques) et aux risques des applications de l’intelligence artificielle.
En outre, les programmes devraient se concentrer sur la prévention
du cyberharcèlement, l’autolimitation et le filtrage de l’information,
l’esprit critique et l’analyse de l’information, la détection des
canulars et la publication responsable de contenus. Ce défi est
probablement l’un des plus importants de notre époque et constitue
une mission que seule l’éducation peut accomplir avec succès.
52. L’éducation à la citoyenneté numérique est une priorité pour
le Conseil de l’Europe. Le Forum sur l’éducation à la citoyenneté
numérique
, organisé en mai 2025, a abordé des
thèmes tels que la compréhension de la citoyenneté numérique, le
comportement éthique en ligne, la sûreté et la sécurité, la lutte contre
la désinformation, la maîtrise du numérique et l’esprit critique,
l’empreinte et la réputation numériques, le cyberharcèlement et
le harcèlement en ligne, les communautés numériques inclusives et
accessibles, les droits et responsabilités numériques, ainsi que
la participation numérique et la démocratie. Pour soutenir ces initiatives,
diverses ressources ont été élaborées, notamment un livret sur l’éducation
à la citoyenneté numérique, des dépliants, des plans de cours, un
guide pour les parents et la série de vidéos Diginauts destinée
aux jeunes enfants. Ces ressources visent à aider le personnel enseignant,
les élèves et les parents à s’y retrouver dans le monde numérique.
En outre, le Conseil de l’Europe se concentre sur la maîtrise de l’intelligence
artificielle (IA), qui couvre les compétences techniques, les aspects
humains, l’apprentissage avec l’IA et l’utilisation de l’IA pour
apprendre à apprendre. Parmi les autres ressources importantes figurent
le plan d’action en matière d’éducation numérique (2021-2027) et
le Centre européen Wergeland en Norvège, qui a collaboré avec le
Conseil de l’Europe sur l’éducation à la citoyenneté numérique.
5. Les acteurs clés pour écoles démocratiques et participatives
53. Si les compétences en matière
de culture de la démocratie, d’engagement civique, de méthodes d’apprentissage,
de réactivité et d’innovation dans et par l’éducation sont des préoccupations
essentielles, ces objectifs ne peuvent être atteints de manière
isolée. Pour cultiver les valeurs démocratiques, l’école doit être un
espace de socialisation inclusif où chaque individu peut se sentir
reconnu et respecté, et où les apprenant·es apprécient d’être avec
les autres.
54. Les systèmes éducatifs des États membres tiennent compte de
ces aspects liés à la socialisation et les traitent. Cependant,
l’Assemblée devrait exhorter les États membres du Conseil de l’Europe
à intensifier et à renforcer leur engagement à promouvoir davantage
les aspects socialisants d’une éducation de qualité à l’ère numérique,
en vue d’améliorer la sécurité, la santé mentale et le bien-être
des apprenant·es, de promouvoir les valeurs démocratiques, et de
renforcer l’inclusion et la participation dans une société numérique
durable. Les différentes initiatives existantes bénéficieraient
de la coordination des principales parties prenantes afin de créer
un cadre commun, auquel les écoles pourraient s’identifier et avec
lequel elles pourraient travailler.
55. Le corps enseignant joue un rôle essentiel dans le développement
des élèves, en les aidant à adopter des normes, des valeurs et des
compétences sociales. Il contribue à façonner l’identité et l’estime
de soi des élèves, grâce à leurs propres caractéristiques et attentes
scolaires et personnelles. En tant qu’agents de socialisation, les
enseignant·es, comme les parents, devraient servir de modèles, en
affichant un comportement éthique et moral dont les élèves peuvent
s’inspirer. Par exemple, les enseignant·es peuvent introduire des
discussions sur certains dilemmes éthiques adaptés à l'âge des apprenant·es
et montrer des moyens appropriés de gérer les conflits. En outre,
il appartient au corps enseignant d’appliquer des méthodologies
actives ou collaboratives et d’enseigner des matières liées à l’éducation
à la citoyenneté, aux valeurs démocratiques et compétences associées
ainsi qu’à l’utilisation des ressources numériques à l’école. Toute
action visant à améliorer la socialisation des élèves doit donc
donner la priorité à la formation initiale et continue du personnel
enseignant.
56. Le travail de socialisation exige la participation de toutes
et tous. Les écoles et le corps enseignant sont au cœur du dispositif,
mais seule une approche globale et coordonnée entre les principales
parties prenantes permettra d’obtenir des résultats optimaux. Chacune
d’entre elles joue un rôle très important. Les autorités éducatives
des États membres pourraient coordonner des pratiques et un programme
commun en matière d’éducation à la citoyenneté avec le soutien de
l’Espace européen pour l’éducation à la citoyenneté et à l’aide de
ressources telles que le Cadre de référence des compétences pour
une culture de la démocratie. Elles devraient mettre en œuvre des
politiques dans les domaines du «bien vivre ensemble», du bien-être,
de l’inclusion et des valeurs et pratiques démocratiques. Il est
essentiel de renforcer la formation initiale et continue du personnel
enseignant en matière de socialisation, d’inclusion, d’éducation
émotionnelle et aux valeurs, de participation, de prévention/résolution
des conflits et d’apprentissage coopératif. En outre, l’Assemblée
devrait recommander de créer un sceau, un label ou toute autre marque
distinctive européenne ainsi qu’un cadre numérique attrayant et
souple pour les «écoles où l’on apprend à vivre», créant ainsi un réseau
relié en permanence par les médias sociaux ainsi qu’un système de
formation et de soutien.
57. Les responsables d’établissement et les équipes de direction
devraient s’efforcer de créer une école démocratique et participative,
qui soutient l'identité de la communauté locale, et où les élèves
et les familles disposent de canaux de participation spécifiques.
Ils devraient valoriser chaque enseignant·e de l’école, en lui accordant
du temps pour la formation continue, l’échange d’idées et le soutien
mutuel et coopération. Il est essentiel de promouvoir le vivre ensemble
harmonieux autour d’un modèle intégré, axé sur l’élaboration démocratique
et participative de règles et la mise en œuvre de programmes de
prévention et de résolution participative des conflits, tels que
des programmes de médiation, de soutien par les pairs et de justice réparatrice.
L’élaboration de programmes d’apprentissage coopératif qui encourage
la collaboration, plutôt que la compétition, et l’offre d’un large
éventail d’activités et de clubs complémentaires (artistiques, sportifs, environnementaux,
de service social, etc.) qui favorisent la socialisation des élèves
autour de leurs intérêts constituent également des étapes importantes.
58. Le corps enseignant devrait être encouragé à être fier d’être
au cœur du travail de socialisation de l’école et à reconnaître
l’importance de cette tâche. Il devrait être soutenu dans son engagement
à l’égard de la communauté éducative, suivre des formations régulières
tout au long de la carrière et mettre à jour ses connaissances et
ses techniques sur les sujets et les programmes mentionnés dans
ce rapport. L'échange d'idées et de bonnes pratiques entre enseignant·es
au niveau national et européen devrait être stimulé et financé.
59. Les élèves et les familles devraient être encouragés à participer
activement à la communauté scolaire en s’engageant dans les associations
d’élèves et de parents. Ils et elles peuvent contribuer à l’environnement d’apprentissage
en participant à des groupes interactifs, et à des activités de
formation axées sur la famille. La collaboration autour de l’éducation
à la citoyenneté est vitale, car elle favorise une vie familiale
fondée sur le respect, les compétences émotionnelles positives et
le bien-être. La prévention de la violence et la promotion de la
responsabilité numérique devraient être des préoccupations centrales.
Tout signe de détresse, de harcèlement ou d’isolement devrait être
détecté rapidement et pris en charge afin de garantir à toutes et
tous le bien-être et un environnement sûr et favorable.
60. Les acteurs du soutien, y compris les conseillers et conseillères,
les psychologues ainsi que les éducateurs et éducatrices peuvent
apporter une aide précieuse et établir des partenariats avec des associations
et des spécialistes externes. Les universités peuvent jouer un rôle
majeur en concevant des programmes de recherche, ainsi qu’en faisant
le suivi et l’évaluation des initiatives.
6. Conclusion
61. Dans un contexte mondial marqué
par des guerres en cours et autres crises majeures, le renforcement du
rôle socialisant de l’école peut sembler ne pas être une priorité
immédiate. Pourtant, nous devons reconnaître que les écoles d’aujourd’hui
façonnent la société de demain. Étant donné que les enfants et les jeunes
qui fréquentent aujourd’hui les salles de classe seront bientôt
ceux qui dirigeront le monde, il ne faut pas perdre de temps pour
les préparer à affronter l'avenir.
62. Les guerres et les conflits continuent de faire des victimes,
alors que les citoyennes et les citoyens ordinaires demeurent impuissants
à influencer ces évènements. Nous avons vu des démocraties s’éroder
en régimes autoritaires – dont certains gouvernent aujourd’hui de
vastes populations – et d’autres tomber dans l’incertitude. Même
en Europe, où la démocratie est depuis longtemps une pierre angulaire,
nous assistons à une montée inquiétante des idéologies d’extrême
droite et à une méfiance croissante à l’égard des institutions démocratiques.
De nombreux jeunes, qui n’ont jamais connu l’absence de démocratie,
pourraient ne pas en saisir ni en apprécier pleinement la valeur.
63. Dans ce contexte, l’influence des réseaux sociaux et la diffusion
de fausses informations parmi les jeunes sont indéniables. Les jeunes
apprennent à se repérer dans un monde où la vérité est souvent déformée et
où la technologie peut supplanter l’esprit critique et l’engagement
civique. Les écoles doivent servir de contrepoids, et offrir un
espace où la démocratie est non seulement enseignée mais vécue.
Les principes de la démocratie et du vivre ensemble ne sont pas
innés; ils doivent être appris et mis en pratique chaque jour. L’école
est le cadre idéal pour cet apprentissage.
64. Les activités mentionnées dans ce rapport visent à renforcer
la socialisation et l’engagement démocratique. Elles encouragent
la participation, le partage des responsabilités, la collaboration,
le dialogue, la résolution pacifique des conflits, l’éducation émotionnelle,
le respect de la diversité et le soutien mutuel. Ces expériences
favorisent la confiance, l’esprit critique et le sens des responsabilités,
jetant ainsi les bases de communautés inclusives et résilientes.
Il est temps d’agir. Chaque enseignant·e, chaque école, chaque famille qui
enseigne aux jeunes à respecter et à apprécier la vie démocratique
contribue à construire un monde meilleur.
65. Nous espérons que ce rapport pourrait inspirer de nouvelles
initiatives et sensibilisera au rôle essentiel que joue l’école
dans la socialisation des élèves, en particulier en ces temps de
crise. Il est à la fois important et urgent que les autorités éducatives
intensifient leurs efforts. L’école doit pouvoir remplir son rôle
en préparant les enfants et les jeunes non seulement à la vie professionnelle,
mais aussi à une vie commune, où ils participent à une société démocratique,
et la protègent.
