Imprimer
Autres documents liés
A. Projet de
résolution
(open)
B. Exposé des motifs
par Mme Sibel Arslan et M. Joseph O’Reilly,
corapporteurs
(open)
Rapport | Doc. 16317 | 08 janvier 2026
Dialogue postsuivi avec la Macédoine du Nord
Commission pour le respect des obligations et engagements des États membres du Conseil de l'Europe (Commission de suivi)
A. Projet de
résolution 
(open)1. La Macédoine du Nord a adhéré
au Conseil de l’Europe en 1995. Elle a fait l’objet d’une procédure
de suivi complète jusqu’en 2000, date à laquelle l’Assemblée parlementaire
a décidé, par la Résolution 1213 (2000), de clore la procédure de suivi complète et d’engager
un dialogue postsuivi à propos «des questions mentionnées dans le
paragraphe 13 [de la Résolution 1213
(2000)] ou de n’importe quelle autre question découlant des
obligations de la Macédoine en tant qu’État membre du Conseil de
l’Europe»
.
Depuis 2000, les progrès accomplis pour traiter ces questions restantes
ont été évalués de façon systématique par l’Assemblée et sa commission
pour le respect des obligations et engagements des États membres
du Conseil de l’Europe (Commission de suivi), en particulier dans
la Résolution 1949 (2013) et la Résolution 2304
(2019) de l’Assemblée.
2. L’Assemblée se réfère à la Résolution 2304 (2019), dans laquelle elle a reconnu les progrès réalisés par la
Macédoine du Nord dans les domaines de la démocratie, de l’État
de droit, de la protection des droits humains et des relations avec
les pays voisins. Elle avait néanmoins décidé de ne pas clore le
dialogue postsuivi et d’évaluer, dans son prochain rapport, les
progrès accomplis, en particulier dans les domaines suivants: la
poursuite de la consolidation d’institutions démocratiques durables
et fonctionnelles, l’indépendance de la justice, la lutte contre
la corruption, la consolidation du cadre électoral et la poursuite
de politiques inclusives visant à garantir les droits des minorités
(y compris pour la communauté rom).
3. Les dernières élections législatives se sont tenues le 8 mai 2024.
Elles ont été remportées par le parti VMRO DPMNE (Organisation révolutionnaire
macédonienne intérieure – Parti démocratique pour l’unité nationale
macédonienne), qui était dans l’opposition depuis sept ans. Le même
jour, après le second tour de l’élection, la candidate de VMRO DPMNE,
Mme Gordana Siljanovska-Davkova, a été
élue première femme cheffe de l’État de Macédoine du Nord. Le 23 juin 2024,
le parlement a approuvé un nouveau gouvernement dirigé par le Premier
ministre Hristijan Mickoski, soutenu par une coalition réunissant
le parti VMRO DMNE, la coalition albanaise VLEN et le parti ZNAM
(Pour notre Macédoine). Les élections locales se sont déroulées
en deux tours le 19 octobre et le 2 novembre 2025. Les candidats
du parti VMRO DPMNE ont remporté la majorité des communes, y compris
Skopje.
4. L’Assemblée salue le fait qu’un gouvernement de coalition
ait été constitué rapidement ainsi que la volonté politique et l’engagement
soutenus dont il fait preuve pour honorer pleinement les engagements
et obligations figurant dans la Résolution 2304 (2019), comme le confirme la poursuite de la coopération avec
les organes du Conseil de l’Europe, notamment avec la commission
de suivi et la Commission de Venise.
5. Les commissions ad hoc d’observation électorale de l’Assemblée
ont observé les élections présidentielle et législatives de 2024
et ont conclu qu’elles avaient été compétitives et bien menées et
que les libertés fondamentales, y compris la liberté des médias,
ont été respectées. Les élections locales du 19 octobre 2025 ont
été observées par une mission du Congrès des pouvoirs locaux et
régionaux du Conseil de l’Europe, laquelle a conclu qu’elles avaient
été bien organisées.
6. Néanmoins, l’Assemblée note que plusieurs recommandations
clés formulées par la Commission de Venise et le Bureau des institutions
démocratiques et des droits de l’homme (BIDDH) de l’Organisation
pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) n’ont pas été
mises en œuvre, en particulier en ce qui concerne les règles de
campagne, l’accès aux médias et l’attribution des aides financières
publiques. Elle rappelle que, dans un État démocratique, il est
essentiel que le cadre juridique demeure propice à la tenue d’élections démocratiques.
Par conséquent, l’Assemblée demande instamment aux autorités de
réformer en priorité le Code électoral et les autres lois électorales
pertinentes, afin de mettre en œuvre les recommandations de la Commission
de Venise et du BIDDH de l’OSCE encore en suspens.
7. L’Assemblée salue les mesures prises et envisagées par les
autorités pour réformer le pouvoir judiciaire et le ministère public.
Elle se félicite en particulier des mesures adoptées afin d’améliorer
la transparence du travail du Conseil de la magistrature, de favoriser
le recrutement de nouveaux juges et procureur·es, et de la mise
en place du système automatisé de gestion des informations relatives
aux affaires judiciaires et d’autres outils numériques de gestion
des affaires. L’Assemblée reste toutefois préoccupée par le très
faible niveau d’indépendance perçue du pouvoir judiciaire et les
nombreuses allégations de sa politisation. Elle est également préoccupée
par l’infrastructure obsolète du système judiciaire et l’insuffisance
de ses ressources financières et humaines. Elle souligne que la
priorité doit être donnée à la réforme du pouvoir judiciaire et
du ministère public et que des ressources financières et humaines
supplémentaires sont nécessaires pour assurer leur pleine capacité
opérationnelle. Elle demande instamment aux autorités de se saisir
de ces questions sans délai.
8. L’Assemblée salue le travail entrepris par le gouvernement
sur les projets de loi relatifs au Conseil de la magistrature, au
ministère public et au Conseil des procureurs ainsi que la coopération
engagée avec la Commission de Venise sur ces questions. Elle appelle
les autorités à adopter ces projets de loi dès que possible en tenant
compte des recommandations formulées par la Commission de Venise
dans ses avis no 1242/2025 (CDL-AD(2025)026) et no 1259/2025 (CDL-AD(2025)036). En particulier, l’Assemblée demande instamment aux
autorités de mettre en œuvre la recommandation formulée de longue
date par le Groupe d’États contre la corruption (GRECO) d’écarter
le ministre de la Justice du Conseil de la magistrature.
9. L’Assemblée se félicite des mesures prises par les autorités
pour prévenir et combattre la corruption. Elle prend note de la
décision adoptée par le GRECO le 1er décembre 2023
de clore le Quatrième cycle d’évaluation sur la prévention de la
corruption des parlementaires, des juges et des procureurs (Deuxième addendum
au deuxième rapport de conformité) et note que la Macédoine du Nord a mis en œuvre de
façon satisfaisante quatorze des dix-neuf recommandations formulées
et que, parmi les recommandations restantes, quatre ont été partiellement
mises en œuvre et une (portant sur l’appartenance d’office du ministre
de la Justice au Conseil de la magistrature) n’a pas été mise en
œuvre. En mars 2025, le GRECO a également mis fin à la procédure
de conformité du Cinquième cycle sur la prévention de la corruption
et promotion de l’intégrité au sein des gouvernements centraux (hautes
fonctions de l’exécutif) et des services répressifs dans le cadre
de laquelle il avait formulé 23 recommandations. Le GRECO a conclu
que 17 recommandations ont été mises en œuvre de façon satisfaisante
et que six ont été partiellement mises en œuvre (Addendum
au deuxième rapport de conformité).
10. En dépit de ces avancées, l’Assemblée est préoccupée par les
nombreuses allégations de corruption généralisée dans le secteur
public et par l’absence de mesures effectives visant à lutter contre
ce phénomène. Elle appelle les autorités à répondre en priorité
à ces préoccupations et, pour ce faire, en particulier:
10.1. à mettre pleinement en œuvre
les recommandations du GRECO en suspens;
10.2. à prendre des mesures concrètes pour enquêter sur les
cas de corruption et poursuivre les auteurs de tels actes;
10.3. à modifier le Code pénal afin de supprimer les modifications
adoptées en 2023 qui ont réduit la responsabilité pénale pour certaines
infractions de corruption;
10.4. à prévoir des sanctions effectives et dissuasives pour
les infractions de corruption et en cas de conflits d’intérêts;
10.5. à renforcer les ressources de la Commission nationale
de prévention de la corruption et du Bureau du procureur général
pour le crime organisé et la corruption;
10.6. à adopter une législation complète visant à protéger les
lanceurs et lanceuses d’alerte, en conformité avec les normes européennes.
11. L’Assemblée reconnaît que la Macédoine du Nord est un pays
au caractère multiethnique, multiculturel et multiconfessionnel,
qui encourage et met en œuvre une culture et une mentalité du «vivre-ensemble».
Elle salue notamment l’engagement pris de longue date par le pays
pour résoudre les problèmes liés au respect des droits humains auxquels
se heurte la communauté rom. L’adoption de la stratégie nationale
pour l’inclusion des Roms (2022-2030) ainsi que les progrès réalisés
pour améliorer l’inscription des Roms sur les registres d’état civil
et leur accès à l’éducation témoignent clairement de cet engagement.
12. Certains problèmes restent encore à résoudre, notamment s’agissant
de réformer le mécanisme d’«équilibrage» qui régit l’accès à l’emploi
dans le secteur public, de mettre en œuvre la loi relative à l'utilisation des
langues officielles, et du respect des droits des personnes appartenant
à la minorité ethnique bulgare. D’autres problèmes qui touchent
la communauté rom subsistent également, au rang desquels les risques environnementaux
tels que la pollution atmosphérique et la pollution due aux déchets,
ainsi que des conditions de logement inadéquates, en raison du manque
d’accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’élimination des
déchets. L’Assemblée invite les autorités à répondre à ces préoccupations
sans plus attendre.
13. L’Assemblée déplore que le parlement n’ait à ce jour pas été
en mesure de parvenir à un compromis sur la «proposition française»
visant à insérer une référence à la minorité ethnique bulgare dans
le Préambule de la Constitution, alors qu’il s’agit d’une condition
requise pour la poursuite du processus de négociation de l’adhésion
à l’Union européenne. L’Assemblée invite l’ensemble des forces politiques
à trouver un accord sur cette question.
14. L’Assemblée note que plus de 30 arrêts de la Cour européenne
des droits de l’homme concernant la Macédoine du Nord doivent encore
être mis en œuvre et appelle les autorités à les exécuter pleinement
et rapidement. La priorité devrait être accordée à l’arrêt X. c. l’ex-République yougoslave de Macédoine concernant
l’absence de législation régissant les conditions et les procédures
de modification sur les actes de naissance du sexe enregistré des
personnes transgenres et à l’arrêt Elmazova
et autres c. Macédoine du Nord concernant la discrimination
à l’égard des élèves roms en raison de la ségrégation dont ils font
l’objet dans les écoles publiques.
15. L’Assemblée exprime sa préoccupation face aux constatations
du Comité européen pour la prévention de la torture et des peines
ou traitements inhumains ou dégradants (CPT) faisant état de nombreuses allégations
de mauvais traitements à l’égard des personnes privées de liberté
par la police ainsi que de la situation inquiétante dans les établissements
pénitentiaires de Macédoine du Nord. Cette situation se caractérise
par de mauvais traitements physiques infligés aux détenu·es par
le personnel pénitentiaire, l’isolement prolongé des détenu·es difficiles,
des niveaux de violence élevés entre détenu·es, de mauvaises conditions
d’hygiène et de sécurité, ainsi que de la corruption et du favoritisme
généralisés parmi le personnel et des soins de santé insuffisants.
L’Assemblée salue l’engagement des autorités à résoudre ces problèmes, ainsi
que les mesures récemment prises afin de réformer le système pénitentiaire
et d'améliorer les conditions matérielles à la prison d’Idrizovo.
Elle demande instamment aux autorités de mettre en œuvre sans délai
les recommandations restantes du CPT, en coopération avec la Banque
de développement du Conseil de l’Europe et d’autres parties prenantes.
16. Au vu de ces éléments, l’Assemblée décide de clore le dialogue
postsuivi avec la Macédoine du Nord et de suivre l’évolution de
la situation dans le pays s’agissant de la démocratie pluraliste,
de l’État de droit et des droits humains dans le cadre de ses examens
périodiques. Elle invite sa commission de suivi à consacrer l’un
de ses futurs examens périodiques à la Macédoine du Nord afin d’évaluer
les progrès réalisés sur les questions non résolues telles que la
réforme du cadre électoral, du pouvoir judiciaire et du ministère
public, la lutte contre la corruption, la poursuite des politiques
inclusives visant à garantir les droits des minorités, et les mauvaises
conditions dans les lieux de détention.
B. Exposé des motifs
par Mme Sibel Arslan et M. Joseph O’Reilly,
corapporteurs 
(open)1. Introduction
1. La Macédoine du Nord a adhéré
au Conseil de l’Europe en 1995. Elle a fait l’objet d’une procédure
de suivi complète jusqu’en 2000, date à laquelle l’Assemblée parlementaire
a décidé, par la Résolution 1213 (2000), de clore la procédure de suivi complète et d’engager
un dialogue postsuivi «à propos des questions mentionnées dans le
paragraphe 13 [de la Résolution 1213
(2000)] ou de n’importe quelle autre question découlant des
obligations de la Macédoine en tant qu’État membre du Conseil de
l’Europe»
. Depuis, la Commission
pour le respect des obligations et engagements des États membres
du Conseil de l’Europe (Commission de suivi) a présenté deux rapports
à l’Assemblée, en 2013 et 2019.
2. Dans sa Résolution 2018
(2014) «L’évolution de la procédure de suivi de l’Assemblée
(octobre 2013-septembre 2014)», l’Assemblée a modifié la procédure
du dialogue postsuivi en exigeant que les rapports sur une procédure
postsuivi contiennent un projet de résolution «indiquant qu’il convient
de mettre un terme au dialogue postsuivi ou fixant des délais concrets
pour l’exécution des engagements restants. Dans le second cas, si
le rapport suivant, soumis à l'Assemblée dans la période réglementaire
de trois ans, indique que les délais n'ont pas été respectés, le
pays concerné est à nouveau soumis à une procédure de suivi complète»
. Comme indiqué au
paragraphe 1, la commission de suivi a déjà publié un rapport depuis
l’entrée en vigueur des nouvelles règles, en 2019.
3. Dans sa dernière résolution sur le dialogue postsuivi avec
la Macédoine du Nord (Résolution 2304 (2019)), l’Assemblée a reconnu les progrès accomplis par le
pays dans les domaines de la démocratie, de l’État de droit, de
la protection des droits humains et des relations de voisinage depuis
l’adoption du rapport précédent sur le dialogue postsuivi en 2013
. Elle a décidé d’évaluer, dans son
rapport suivant, les progrès accomplis, en particulier dans les
domaines suivants: la poursuite de la consolidation d’institutions démocratiques
durables et fonctionnelles, l’indépendance de la justice, la lutte
contre la corruption, la consolidation du cadre électoral et la
poursuite de politiques inclusives visant à garantir les droits
des minorités (y compris pour la communauté rom)
.
4. Le rapport de la Commission de suivi
,
sur lequel se fonde la Résolution 2304
(2019), reconnait également que la Macédoine du Nord a connu
des changements politiques importants, avec la signature, en 2015
et en 2016, des Accords de Pržino par les principaux partis politiques,
qui ont permis de résoudre une longue crise politique et conduit
à l’alternance politique, ainsi que la signature d’un traité d’amitié,
de bon voisinage et de coopération entre la République de Bulgarie
et la République de Macédoine en 2017 et de l’Accord de Prespa avec
la Grèce en 2018, qui a permis de résoudre la question du nom et
de relancer les négociations d’adhésion à l’Organisation du Traité
de l’Atlantique Nord (OTAN) et à l’Union européenne (UE).
5. Nous avons été désignés rapporteur·es respectivement le 1er février 2022
(en remplacement de Mme Lise Christoffersen)
et le 13 septembre 2023 (en remplacement de Mme Ria
Oomen-Ruijten). En janvier 2022, les corapporteur·es de l’époque
ont présenté une note d’information révisée résumant, sans prétendre
à l’exhaustivité, les principaux développements politiques intervenus
depuis le dernier rapport, notamment en ce qui concerne la lutte
contre la corruption, les relations interethniques, la protection
des droits humains, y compris la lutte contre la torture et les
traitements inhumains
.
6. Dans le cadre de la préparation du présent rapport, nous avons
été confrontés à la tâche difficile de déterminer si les évolutions
intervenues depuis octobre 2019 dans cinq domaines de préoccupation
justifient de proposer à l’Assemblée de clore le dialogue postsuivi
ou au contraire de soumettre à nouveau la Macédoine du Nord à une
procédure de suivi complète.
7. Dans ce même cadre, nous avons effectué une visite d’information
à Skopje du 23 au 25 avril 2025, la première depuis 2019. Au cours
de cette visite, nous avons rencontré le Président de l’Assemblée
de la République de Macédoine du Nord, des représentant·es des six
groupes politiques, des membres de plusieurs commissions parlementaires,
ainsi que des membres de la délégation de Macédoine du Nord auprès
de l’Assemblée. Nous avons également rencontré les ministres des
Affaires étrangères et de l’Intérieur, le vice-ministre de la Justice,
les juges des cours suprême et constitutionnelle, le président du
Conseil de la magistrature, le Médiateur, des représentants du ministère
public, des membres des commissions d’État chargées de la prévention
de la discrimination, de la prévention de la corruption et des élections,
ainsi que des représentant·es d’un certain nombre d’ONG et des membres
de la communauté diplomatique. Nous tenons à exprimer toute notre
gratitude aux autorités de Macédoine du Nord pour leur accueil chaleureux
et l’organisation efficace d’un nombre considérable de réunions,
qui ont été nécessaires à la préparation du présent rapport
.
8. Le présent rapport s’appuie également sur les conclusions
et recommandations de divers organes du Conseil de l’Europe et institutions
de l’Union européenne (Commission européenne et Parlement européen) ainsi
que sur des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme et
des sources externes. En nous référant à la Résolution 2304 (2019), nous nous sommes concentrés sur le fonctionnement des
institutions démocratiques, le cadre électoral, la situation du
pouvoir judiciaire, la lutte contre la corruption et les droits
des minorités.
9. La commission a examiné notre avant-projet de rapport lors
de sa réunion à Strasbourg le 1er octobre 2025.
La présidente de la délégation de Macédoine du Nord auprès de l’Assemblée,
Mme Marija Petrushevska (PPE/DC) et les
instances exécutives ont soumis leurs commentaires les 6 et 14 novembre 2025,
respectivement. Le présent rapport tient compte de ces commentaires.
2. Institutions démocratiques: les derniers développements
2.1. Élections présidentielle et législatives de 2024
10. Le Président de la République
est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans,
et il est rééligible une fois
.
En 2024, un nouveau Président a été élu à l’issue de deux tours,
le 25 avril et le 8 mai 2024. La victoire est revenue à une candidate
du parti de droite VMRO DPMNE (Organisation révolutionnaire intérieure
macédonienne – Parti démocratique pour l’unité nationale macédonienne), Mme Gordana
Siljanovska-Davkova, qui a ainsi été élue première femme cheffe
de l’État de Macédoine du Nord.
11. Les membres de l’Assemblée monocamérale (Sobranie), qui compte 120 sièges,
sont élu·es au scrutin proportionnel pour un mandat de quatre ans.
Les dernières élections législatives ont eu lieu le 8 mai 2024 et se
sont conclues par une victoire du parti VMRO DPMNE, qui était dans
l’opposition depuis sept ans. Le parti a obtenu plus de 43 % des
voix. Le parti social-démocrate (SDSM), alors au pouvoir, a obtenu
à peine près de 15 % des suffrages, suivi par le parti minoritaire
au sein de la coalition gouvernementale, l’Union démocratique pour
l’intégration (DUI), qui représente les Albanais de souche, avec
13,8 % des voix, et l’opposition albanaise unie VLEN, avec 10,7 %
des voix.
12. Les deux élections de 2024 se sont déroulées dans un contexte
de mécontentement de l’électorat à l’égard de la classe politique,
la plupart ayant le sentiment que ni le gouvernement, ni l’opposition
n’ont la volonté politique de répondre aux appels de longue date
pour des réformes d’envergure et pour l’accélération du processus
d’intégration européenne.
13. Le 23 juin, le parlement a approuvé une nouvelle coalition
gouvernementale dirigée par le Premier ministre Hristijan Mickoski,
à une majorité de 77 voix pour et 22 voix contre, sur les 120 sièges
que compte le parlement. La coalition au pouvoir est composée du
parti VMRO DPMNE, de l’alliance albanaise VLEN/VREDI et du ZNAM
– parti ethnique macédonien dissident des sociaux-démocrates. Les
député·es du Front européen dirigé par la DUI n’ont pas pris part
au vote.
14. Le gouvernement se compose de cinq vice-premiers ministres
et de 18 ministres. Le ministère des Affaires européennes, nouvellement
créé, ou les ministères restructurés sont entrés en service en septembre 2024
.
2.2. Observation des élections
15. L’Assemblée a observé les élections
présidentielle et législatives de 2024 conjointement avec le Bureau des
institutions démocratiques et des droits de l’homme de l’Organisation
pour la sécurité et la coopération en Europe (BIDDH de l’OSCE).
La mission d’observation électorale (MOE) a évalué la conformité
du processus électoral avec les engagements envers l’OSCE, les autres
normes internationales en matière d’élections démocratiques et la
législation nationale. Une délégation de l’Assemblée s’est jointe
à la MOE du BIDDH lors du scrutin du 24 avril; lors du scrutin du
8 mai, la MOE du BIDDH a été rejointe par des délégations de l’Assemblée
parlementaire de l’OSCE, du Parlement européen (PE) et de l’Assemblée
pour former une mission internationale d’observation des élections
(MIOE).
16. Dans son rapport d’observation électorale, l’Assemblée a conclu
que les élections avaient été compétitives et bien menées, compte
tenu du défi que représente l’organisation simultanée de deux élections, et
malgré certaines allégations d’achat de voix et une rhétorique négative
pendant la campagne. Une vaste campagne pluraliste a permis aux
électrices et électeurs de choisir en toute connaissance de cause.
Les libertés fondamentales, y compris la liberté des médias, ont
été respectées
.
17. Les deux jours de scrutins se sont déroulés de manière calme
et pacifique, ce qui a favorisé une atmosphère constructive malgré
la forte polarisation et l’importante fragmentation politiques.
Quelque 1,8 million de citoyennes et citoyens étaient inscrits pour
voter lors de ces élections. Les procédures électorales ont été
globalement respectées et la confiance du public dans l’administration
électorale était généralement élevée
.
2.3. Travaux du parlement
18. La polarisation politique affecte
de manière systématique les travaux du parlement, entraînant des retards
et le recours fréquent, et parfois inapproprié, à des procédures
législatives accélérées. Dans un contexte d’intenses divisions,
il demeure difficile de planifier efficacement les travaux législatifs
.
Le blocage des activités parlementaires, souvent dû à un manque
de dialogue, a retardé les nominations à des postes clés au sein
d’institutions indépendantes, notamment pour ce qui concerne les
juges de la Cour constitutionnelle
, les
médiatrices et médiateurs adjoints
et
les membres du Conseil des programmes du service public de radiodiffusion
ainsi que du Conseil de l’Agence des services de médias audio et
audiovisuels. Dans bien des cas, les candidates et candidats sélectionnés
par la Commission parlementaire des questions relatives aux élections
et aux nominations ne disposaient pas de l’expérience professionnelle
attendue ou ne répondaient pas aux critères d’éligibilité, ce qui
a soulevé certaines préoccupations quant à la réalité d’un processus
de sélection fondé sur le mérite
.
19. Le parlement précédent (de la 10e législature)
s’était vu reprocher son recours excessif et parfois inapproprié
à la procédure parlementaire d’urgence sous couvert du processus
d’adhésion à l’Union européenne, pour des propositions de loi qui
n’étaient pas liées à l’harmonisation de la législation nationale avec
l’acquis de l’UE. Ce type
de procédure doit être utilisé seulement pour des lois visant à
mettre la législation nationale en conformité avec l’acquis de l’Union européenne et
sur la base de consultations approfondies, y compris avec la Commission européenne
.
20. Il est à espérer que l’adoption, en novembre 2023, du nouveau
règlement du parlement, qui entend améliorer le contrôle et l’efficacité
de cette institution et limiter un recours inapproprié aux procédures accélérées,
permettra d’atténuer cette pratique. Ces règles sont entrées en
vigueur dans le sillage des élections générales de mai 2024, lors
de la session constitutive du nouveau parlement
.
21. Consécutivement à l’élection du nouveau parlement, un nouveau
Comité chargé du contrôle d’une représentation équitable des citoyennes
et citoyens appartenant à toutes les communautés a été créé en août 2024.
Un Groupe interpartis contre la corruption a été mis en place en
juillet 2024. Une motion de censure déposée contre le président
le 3 septembre 2024 n’a pas été adoptée
.
22. En juillet 2024, le Parlement de Macédoine du Nord comptait
43 femmes sur un total de 120 députés, soit 35,8 %
. Début novembre 2025, 47 femmes siégeaient
à la Sobranie. L’actuelle
Secrétaire générale, Marina Dimovska, a été élue en juillet 2024
. En 2023, lors de la législature
précédente, le nombre de femmes parlementaires avait atteint 51
(sur 120), soit le pourcentage le plus élevé jamais enregistré (42,5 %).
Selon le Code électoral, 40 % au moins des candidat·es doivent être
du sexe le moins représenté.
2.4. Démocratie locale
23. Le premier tour des élections
locales s’est tenu le 19 octobre 2025 (les élections précédentes
s'étaient déroulées le 17 octobre 2021). Le principal parti au pouvoir
de centre-droit VMRO DPMNE a remporté une victoire décisive face
à son grand rival, le SDSM, et a étendu ainsi sa domination sur
le paysage politique au niveau local. Le VMRO DPMNE est arrivé en
tête des suffrages dans 53 des 81 communes du pays. Le taux de participation
était tout juste inférieur à 48 %, en léger recul par rapport au
taux de 50 % enregistré lors des dernières élections locales de
2021. Dans les communes où aucun·e candidat·e n’a été élu·e maire
au premier tour, n’ayant pas obtenu plus de la moitié des voix,
un deuxième tour de scrutin a eu lieu le 2 novembre 2025
. Le parti au pouvoir
VMRO DPMNE est sorti vainqueur dans 21 des 33 communes où était
organisé un deuxième tour (y compris Skopje), ce qui a confirmé
son ascendant sur les élections locales. À l’issue des deux tours
des élections, le parti s’apprête à diriger 54 des 81 communes du
pays, soit 12 de plus qu’après les dernières élections locales de
2021 où il avait remporté 42 communes
.
24. Le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux a observé ces
élections, conjointement avec le Parlement européen et le BIDDH
de l’OSCE. Dans sa déclaration
du 20 octobre 2025, il s’est réjoui du fait que le scrutin ait été globalement
bien organisé, ce qui constitue «un contexte favorable à la résolution
des questions en suspens qui affectent la démocratie locale en Macédoine
du Nord», notamment «l’environnement excessivement politisé et la
perception de la corruption, qui érodent la confiance du public
dans [l]es institutions». Le Congrès a toutefois regretté le faible
nombre de femmes candidates à la mairie et le manque d'accessibilité
pour les électeurs handicapés et les personnes âgées, ainsi que
l'absence de médias locaux, en particulier en dehors de la capitale.
25. En mai 2025, la Cour constitutionnelle a censuré un projet
de loi adopté en mars 2024 qui restreignait les conditions d’éligibilité
des candidat·es locaux et sans étiquette de parti. Toutefois, la
décision ne rétablit pas automatiquement la disposition précédente,
plus favorable, qui exigeait de recueillir 1 000 signatures afin de
pouvoir se présenter comme candidat·e, et elle invite le parlement
à légiférer avant les élections locales suivantes. La législation
précédente (de mars 2024) imposait aux candidat·es de recueillir
des signatures représentant 1 % du nombre total d’électeurs et électrices
inscrits dans leur circonscription électorale respective, soit entre
5 000 et 7 000 signatures. Étant donné l’absence de consensus parlementaire
sur une nouvelle loi, la Commission électorale d’État a adopté un
nouveau règlement électoral le 18 août, aux termes duquel les candidat·es
indépendant·es et sans étiquette de parti ne devaient recueillir
que deux signatures. Bien que cette mesure semble favorable à ces
candidat·es, les critiques soutiennent que leur candidature risque
de se fondre au milieu des nombreux autres noms présents sur les
bulletins de vote, dont bon nombre seront uniquement destinés à
duper l’électorat
. Les autorités ont
toutefois indiqué que le nombre de candidat·es indépendant·es à
la mairie de Skopje est à ce jour resté limité
.
26. Selon la Commission européenne, aucun progrès n’a été accompli
dans la réforme des pouvoirs locaux. En raison du retard pris dans
le processus de décentralisation, de nombreuses communes sont confrontées
à des problèmes économiques qui affectent la qualité de leurs services.
Le gouvernement devrait relancer de toute urgence et activement
le dialogue entre les différents niveaux de gouvernance de façon
à améliorer le cadre réglementaire et financier dans la droite ligne
du programme 2021-2026 pour le développement local durable et la
décentralisation
et
du plan d’action connexe pour 2024-2026 
2.5. Société civile
27. Les organisations de la société
civile en Macédoine du Nord continuent d’opérer dans un environnement favorable,
bien que leur espace opérationnel se soit, selon certaines sources,
«rétréci»
.
Les ONG qui travaillent sur des questions sensibles sont souvent
victimes de discours de haine en ligne
.
28. La coopération avec les autorités semble s’être améliorée
ces derniers mois. Le gouvernement a élaboré la nouvelle stratégie
de coopération avec la société civile et de renforcement de celle-ci
pour la période 2025-2028. Adoptée en juillet 2025, cette stratégie
s'accompagne d’un plan d’action et entend «soutenir un secteur civil
professionnel, indépendant et inclusif en qualité de partenaire
dans la réalisation des objectifs stratégiques de l’État»
. En mars 2025,
au terme d’un boycott de deux ans par les organisations de la société
civile, le gouvernement a nommé les membres du Conseil de coopération
entre le gouvernement et la société civile. Une première réunion
a eu lieu au mois d’avril
.
À ce jour, le Conseil de coopération entre le gouvernement et la
société civile s’est réuni à cinq reprises; les deux dernières réunions
ont eu lieu le 25 septembre et le 28 octobre 2025
.
29. En janvier 2025, le gouvernement a adopté une décision concernant
l’allocation de fonds publics aux organisations de la société civile
.
Au cours de notre visite, nous avons toutefois appris que nombre
d’ONG se heurtaient à des problèmes de financement en raison du
recul du soutien de l’USAID. Il semble que des fonds ne soient pas
toujours disponibles au niveau national et, quand ils existent,
ils restent insuffisants. Les modifications des cadres financiers
et juridiques actuels qui s'imposent pour garantir un financement
public transparent des organisations de la société civile n’ont
pas encore été adoptées
.
Les autorités estiment que les organisations de la société civile
opèrent dans un environnement qui leur est généralement favorable.
Elles reconnaissent toutefois que le gouvernement devrait accroître
ses efforts afin de veiller à associer la société civile dans tous
les domaines prioritaires et dans les missions de consultation
.
2.6. Médias
30. Le contexte général est favorable
à la liberté des médias, ce qui permet de couvrir les événements
de manière critique. En 2025, la Macédoine du Nord occupait la 42e place
sur 180 pays dans le Classement mondial
de la liberté de la presse de Reporters sans frontières, avec un score de 70,44, ce qui marque un recul par
rapport à l’année 2024 où elle s’était classée 36e avec
un score de 73,78. Le paysage médiatique se caractérise par une
forte polarisation politique, les médias privés étant souvent liés
à des intérêts politiques ou commerciaux qui influencent leur contenu.
Plusieurs médias critiques et indépendants opèrent néanmoins dans
le pays, principalement en ligne.
31. Selon la Commission européenne, la Macédoine du Nord a atteint
un niveau de préparation satisfaisant à modéré en matière de liberté
d’expression et enregistre des progrès limités dans ce domaine.
En juillet 2023, la loi sur les services de médias audio et audiovisuels
a été modifiée pour être mise en conformité avec la directive sur
les médias. D’autres modifications sont intervenues en février 2024
afin de réintroduire la publicité d’État dans les médias commerciaux,
une initiative critiquée plus tard par l’organe de régulation des
médias et par les organismes de médias
.
Dans son rapport de 2025, l’Union européenne conclut que l’indépendance financière
de l’Agence des services de médias audio et audiovisuels a été renforcée,
mais que le service public de radiodiffusion continue de faire face
à des problèmes financiers. Des difficultés subsistent en ce qui concerne
la transparence de la propriété des médias
.
32. Les modifications du Code pénal et de la loi sur la responsabilité
civile en cas d’insulte ou de diffamation, qui ont réduit les amendes
encourues par les journalistes, ont augmenté le niveau global de
protection juridique dont bénéficie la profession. Les conditions
de travail des journalistes restent toutefois difficiles. Un certain nombre
d’agressions, de menaces et de cas de harcèlement à leur encontre
ont été signalés. Le recours aux poursuites stratégiques contre
la participation publique («poursuites-bâillons») demeure un problème,
en particulier en ce qui concerne les journalistes d’investigation
. L’absence
de législation visant à lutter contre ce phénomène ainsi que les
connaissances limitées sur cette question parmi les juges, les avocat·es
et les journalistes entravent toujours toute protection effective
des journalistes et autres acteurs concernés contre cette forme
de harcèlement
.
33. Le 3 novembre 2024, la Macédoine du Nord a ratifié la Convention
du Conseil de l’Europe sur l’accès aux documents publics (STCE
n° 205). Cette convention encourage la transparence, et dès
lors la démocratie et le pluralisme en reconnaissant un droit général
d’accès aux documents publics détenus par les autorités publiques
. Bien qu’un cadre juridique régissant
l’accès à l’information publique soit désormais en place, le manque
de cohérence dans son application peut entraver l’exercice effectif
de ce droit
.
Les autorités ont indiqué que le gouvernement prépare des modifications
de la loi relative à l’accès aux documents publics dans le but de
l’harmoniser avec la convention. Ces modifications visent à améliorer
l’efficacité de la procédure permettant d’accéder à l’information
publique et à renforcer l’obligation de rendre des comptes des détenteurs et
détentrices d'informations à caractère public
.
3. Cadre électoral
34. Le cadre juridique demeure
propice à la tenue d’élections démocratiques, mais de nombreuses
lacunes et incohérences subsistent, et de nouvelles réformes sont
donc indispensables. Plusieurs recommandations importantes de la Commission
européenne pour la démocratie par le droit (Commission de Venise)
et du BIDDH n’ont pas été mises en œuvre.
35. Certains domaines importants tels que les règles de campagne,
l’accès aux médias et l’attribution des aides financières publiques
ne sont pas réglementés, ce qui porte atteinte au principe fondamental
de la sécurité juridique et justifie une révision du Code électoral
.
36. En ce qui concerne le financement des campagnes électorales
lors des dernières élections, la méthode de répartition de l’argent
public pour la communication électorale et les temps de parole dans
les médias a été défavorable aux petits partis et à ceux non représentés
au parlement. De plus, la transparence et l’obligation de rendre
des comptes pour les dépenses de campagne ont été réduites en raison
des exigences minimales en matière de comptes de campagne, ainsi
que des moyens et compétences limités des organes de contrôle. Il
est par conséquent nécessaire d’adopter des mesures pour accroître
la transparence du financement des partis et des campagnes et les
règlements sur la répartition des publicités politiques rémunérées
devraient être révisés
.
37. Plus particulièrement, en raison des seuils de vote de la
diaspora, de nombreux électeurs et électrices installés à l’étranger
n’ont pas pu voter pour un ou une candidat·e qui les représenterait
au parlement. En outre, le seuil de 40 % de participation au scrutin
lors du deuxième tour des élections présidentielles doit d’urgence être
modifié afin d’éviter des élections ratées à répétition
.
38. Il conviendrait d’améliorer l’exactitude du registre électoral
en procédant à des vérifications, des révisions et des mises à jour
des données de manière systématique. Afin de pouvoir s’acquitter
efficacement et en toute indépendance de son mandat, la Commission
électorale d’État doit également allouer les ressources nécessaires
en temps utile avant les élections. Une future réforme du cadre
électoral devrait établir des procédures claires en matière de nomination
et de titularisation des membres de la Commission électorale d’État
et éliminer les restrictions qui entravent le bon règlement des
contentieux électoraux
.
39. En outre, il est préoccupant de constater que le Code électoral
a été modifié peu avant les dernières élections dans le cadre d’un
processus accéléré dépourvu de toute consultation publique, ce qui
est contraire aux normes internationales, et malgré les critiques
formulées précédemment par le BIDDH au sujet de pratiques similaires
.
40. La législation électorale devrait faire l’objet d’un examen
détaillé afin de remédier aux incohérences de manière opportune,
inclusive et transparente, au travers de consultations inclusives.
41. Au cours de notre visite, nous avons été informés de la préparation
d’une nouvelle loi électorale par le gouvernement, qui prévoit de
réformer les règles relatives au vote de la diaspora. Selon les
règles actuelles, trois sièges sont réservés à la diaspora qui vote
dans six circonscriptions électorales et un seuil de vote a été fixé,
imposant à un·e candidat·e d’obtenir au moins 6 500 voix de la diaspora.
Dès lors qu’à peine 5 500 électeurs et électrices sont inscrits
à l’étranger, les trois sièges restent régulièrement vacants. Le gouvernement
souhaite mettre en place une circonscription unique, lever la restriction
des trois sièges et éventuellement autoriser le vote par correspondance
. Il vient d’annoncer
que le ministre de la Justice proposera une révision approfondie
et de grande envergure de l’intégralité du Code électoral, conformément aux
recommandations et observations du BIDDH
.
4. Pouvoir judiciaire et ministère public
4.1. Pression abusive et risques de politisation
42. Le niveau d’indépendance perçue
du pouvoir judiciaire reste très faible. En 2025, 28 % seulement
de la population et 26 % des entreprises considéraient que le degré
d’indépendance des juges et des tribunaux était «assez bon ou très
bon». Bien que le degré d’indépendance judiciaire perçue reste faible,
il a néanmoins progressé par rapport à 2024, tant au sein du grand
public (25 %) que des entreprises (20 %)
.
En juin 2024, le nouveau président de la Cour constitutionnelle
a déclaré que la priorité de son mandat serait de rétablir la confiance
dans la Cour constitutionnelle et dans l’État de droit
.
43. L’ingérence et les pressions exercées par le gouvernement
et la sphère politique, de même que l’ingérence ou les pressions
émanant d’intérêts économiques ou autres, sont citées comme les
principales raisons du manque d’indépendance perçu des tribunaux
et des juges. Certaines initiatives prises par le gouvernement pour
lutter contre la corruption visaient directement le pouvoir judiciaire.
(et, en particulier, le Conseil de la magistrature), ce qui, dans
certains cas, a soulevé de sérieuses préoccupations quant au respect de
l’indépendance du pouvoir judiciaire et au principe de la séparation
des pouvoirs. Les juges et les procureur·es sont également soumis
à une pression accrue en raison des campagnes publiques de diffamation
menées dans les médias et en ligne
.
44. En janvier 2025, un tribunal de Skopje a annulé les condamnations
de quatre anciens responsables du parti VMRO DPMNE, condamnés pour
avoir perpétré une prise d’assaut violente du parlement le 27 avril 2017.
Le tribunal a statué qu’une loi d’amnistie de 2018 s’appliquait
à leur cas et ils ont été libérés. Les procès et les débats juridiques
entourant ces événements ont exacerbé les clivages politiques, les
critiques accusant les autorités d’exploiter les lois d’amnistie
pour protéger des personnes influentes
.
45. Dans ce contexte, il convient également de mentionner les
derniers développements concernant le Conseil de la magistrature,
notamment les changements controversés au niveau de sa présidence
et de sa composition. En novembre 2022, le président du Conseil
de la magistrature a démissionné de ses fonctions en signe de protestation;
il lui était reproché de tenter d’exercer une influence abusive
depuis l’intérieur du système judiciaire et du monde des affaires.
En avril 2023, la révocation controversée de la nouvelle présidente
du Conseil de la magistrature, qui avait pris ses fonctions en décembre 2022,
a soulevé des questions quant au respect des lois et des procédures.
En mai 2023, elle a intenté auprès du tribunal administratif une
action contestant la légalité de sa révocation et a également déposé
une plainte pénale auprès du ministère public de Skopje contre certains
de ses pairs au sein du Conseil de la magistrature, pour abus de
fonctions et d’autorisations officielles. Deux membres du Conseil
de la magistrature, juges élu·es par leurs pairs, ont démissionné
en juin 2023. En juillet 2023, les juges ont élu deux nouveaux membres,
dont l’un, un juge de la Cour suprême, a démissionné peu après pour
des raisons personnelles
.
46. En décembre 2024, la présidente du Conseil de la magistrature
de l’époque a démissionné, invoquant des pressions politiques abusives,
mais elle a continué de siéger au Conseil. Une semaine plus tard,
les locaux du Conseil ont été perquisitionnés par la police sur
ordre du ministère de l’Intérieur ordonnant la conservation du procès-verbal
d’une séance du Conseil de la magistrature au cours de laquelle
avait été discutée la limitation du mandat de l’ancien président
du Conseil. En janvier 2025, un nouveau président du Conseil de
la magistrature a été élu à l’unanimité par ses membres
.
47. En décembre 2024, le parlement n’a pas approuvé le rapport
annuel du Conseil de la magistrature pour l’année 2023, qui fournissait
une base juridique au lancement d’un débat sur l’évaluation des
travaux respectifs des organes qui élisent les membres du Conseil.
Par la suite, le gouvernement a proposé de «dissoudre» le Conseil
de la magistrature et le Conseil des procureurs et le parlement
a voté, en mars 2025, des «motions d’interpellation» contre les
cinq membres non-magistrats du Conseil de la magistrature, qui avaient
été élus par le parlement. En justification de ces interpellations,
il a été invoqué que les personnes visées avaient manqué de professionnalisme
dans l’exercice de leurs fonctions, ce qui a encore davantage affaibli
la confiance déjà fragile du public dans le pouvoir judiciaire.
Bien que ces motions ne précisent pas les motifs juridiques de révocation
des membres du Conseil de la magistrature
, elles constituent
de fait des motions de censure politiques et en cela risquent de
porter atteinte à la légitimité et à l’indépendance des membres
de cette instance
.
48. La procédure de destitution engagée contre le procureur général
de l’État est un autre exemple inquiétant des lacunes observées
dans les règles de révocation et du risque de politisation y afférent.
En mars 2025, le gouvernement a engagé une procédure de destitution
contre le procureur général de l’État, invoquant entre autres faits
l’atteinte à la bonne image de la justice
. Cette décision
a été motivée par l’existence de circonstances faisant naître des
doutes quant à l’impartialité du procureur général de l’État et
de possibles conflits d’intérêts, à savoir la nomination d’un procureur
principal par intérim sans respecter les critères établis en droit
ainsi qu’une violation de l’obligation du secret de la procédure
.
Cependant, le 26 mars 2025, le gouvernement a annoncé qu’il mettrait
fin à la procédure de destitution, soulignant qu’il était important
d’assurer la poursuite du travail du parquet dans le sillage de
l’incendie d’une discothèque à Kocani le 16 mars. En avril, le Conseil
des procureurs a rendu un avis contraire à la proposition de destitution
du procureur général de l’État
.
4.2. Ressources limitées
49. Les ressources financières
et humaines limitées dont dispose le pouvoir judiciaire sont également source
de préoccupation. Ces moyens limités se répercutent sur la qualité
et l’efficacité de la justice
,
qui ont globalement diminué à mesure que la durée des procédures
s’est allongée pour presque toutes les catégories d’affaires (à
l’exception des affaires administratives de première instance)
.
50. Les budgets du pouvoir judiciaire et du ministère public restent
inférieurs au minimum prescrit par la loi. Pour le système judiciaire,
au lieu du minimum légal établi à 0,8 % du PIB, le budget annuel
2025 a alloué 0,31 % du PIB. Pour le ministère public, au lieu du
minimum légal établi à 0,4 % du PIB, le budget exprimé en pourcentage
du budget total est de 0,22 %. En outre, en 2024, les allocations
budgétaires étaient en baisse par rapport à l’année précédente.
En décembre 2024, les traitements des juges, des procureur·es ainsi
que des membres du Conseil de la magistrature et du Conseil des
procureurs ont été gelés au niveau de l’année précédente
.
51. Les pénuries de personnel demeurent préoccupantes, en dépit
de nouveaux recrutements. À la fin de 2024, les effectifs étaient
extrêmement faibles, oscillant entre 20 % et 50 % au sein des tribunaux;
la tendance était aussi faible au sein des parquets
.
52. En février 2025, le Conseil de la magistrature et le Conseil
des procureurs ont publié 50 avis de postes vacants de juges et
47 de procureur·es, ouverts aux diplômé·es de l’Académie de la magistrature.
À l’issue de la procédure de candidature, 49 juges ont été nommé·es
pour à peine 28 procureur·es. Il restait donc 19 postes de procureur·es
à pourvoir. Les deux conseils ont publié de nouveaux avis de postes
à pourvoir, respectivement pour 35 juges et 19 procureur·es, jouant
des coudes pour recruter les candidat·es non sélectionné·es. En
l’absence de candidat·es aux postes de procureur·es, 19 nouvelles
et nouveaux juges ont été nommé·es en avril 2025
.
En mai 2025, le Conseil des procureurs a nommé un procureur au parquet
de Skopje. Partant, les 97 candidat·es issus de la 8e promotion
de l’Académie de la magistrature ont tous et toutes été nommés
. Lors
de notre visite à Skopje, nous avons appris que, dans certaines
villes, le parquet ne comptait aucun·e procureur·e général·e dans
ses rangs depuis près de cinq ans, si bien qu’il avait fallu en détacher
depuis d’autres parquets.
53. Le fait qu’aucune formation de nouvelles et nouveaux juges
et procureur·es ne soit actuellement dispensée aggrave encore la
situation. Le processus d’admission en cours à l’Académie de la
magistrature, qui a débuté il y a plus de deux ans dans le but de
recruter 130 stagiaires, est toujours suspendu pour des raisons
obscures
.
Lors de notre visite à Skopje, il nous a été dit que le dernier
recrutement au niveau de l’académie avait eu lieu en 2020.
54. Le retard pris dans la tenue des élections des magistrat·es
des juridictions supérieures ajoute encore aux difficultés. Ce problème
concerne même la Cour suprême, où seuls 14 des 26 postes ouverts
ont été pourvus
.
Son nouveau président a été élu en mai 2025. En février 2025, la
loi relative aux relations de travail a été révisée pour permettre
aux juges et aux procureur·es de choisir de travailler au-delà de
l’âge de la retraite établi à 64 ans
.
Lors de notre visite à la Cour suprême, nous avons appris que cette
modification avait entraîné le départ à la retraite de près de 25 %
des juges de la Cour en 2024.
4.3. Mesures prises pour réformer le système judiciaire
55. En 2025, la Macédoine du Nord
a poursuivi la mise en œuvre des réformes décrites dans la Stratégie de
réforme judiciaire 2024-2028
. Malheureusement, le budget prévu pour
2025 ne prévoit pas les fonds nécessaires à la mise en œuvre de
toutes les mesures envisagées. Outre le manque de financement et
de ressources humaines, l’insuffisance de la coordination et de
la coopération inter-institutionnelles demeure la principale difficulté.
Le Conseil de suivi de la mise en œuvre de la Stratégie, créé en
mai 2024, ne s’est pas réuni cette même année. Il a été restructuré
en 2025
et s’est réuni le 10 septembre et le 22 octobre 2025. Sa
mission consiste à assurer le suivi de la mise en œuvre de la Stratégie
de réforme judiciaire 2024-2028 et de son Plan d’action ainsi que
du Programme de réforme 2024-2027
.
56. Il convient toutefois de se féliciter de certaines actions.
Le 10 juin 2024, la nouvelle Stratégie de communication du Conseil
de la magistrature et des tribunaux de Macédoine du Nord pour la
période 2024-2028 axée sur le renforcement de la confiance du public
dans le pouvoir judiciaire a été adoptée. Le Conseil de la magistrature
a également pris des mesures visant à améliorer la transparence.
De nouveaux systèmes d’enregistrement audio et vidéo des audiences
ont été mis en place. En septembre 2024, la Cour suprême a révisé
son Règlement intérieur, autorisant l’accès du public et la présence
des médias aux sessions générales. La quasi-totalité des textes
(dont les ordres du jour des sessions, les procès-verbaux de réunions,
les décisions et les rapports) adoptés par le Conseil de la magistrature
et le Conseil des procureurs sont publiés sur leurs sites web et
leurs sessions sont publiques. Les sessions du Conseil de la magistrature
sont retransmises sur la chaîne internet de l’agence des médias
et de l’information tandis que l’accès aux sessions du Conseil des procureurs
est réservé aux journalistes et aux représentant·es de la société
civile. Depuis avril 2024, la Conseil de la magistrature propose
des points presse bimensuels réguliers. Il a également progressé
en décidant d’étayer, par des explications, ses choix concernant
la sélection ou la non-sélection et la promotion des juges. Toutefois,
aucune mesure de transparence similaire n’est envisagée en ce qui
concerne les décisions du Conseil des procureurs
.
57. Malgré les efforts déployés pour améliorer les outils numériques
de gestion des affaires et de statistiques judiciaires, des problèmes,
principalement dus à une infrastructure obsolète, persistent. La numérisation
s’est certes accélérée, mais ces progrès n’ont pas permis de répondre
aux besoins informatiques des tribunaux. Ces derniers continuent
de composer avec une infrastructure obsolète, un soutien informatique insuffisant
et une application incohérente des outils numériques. Le système
automatisé de gestion des informations relatives aux affaires judiciaires
doit encore être amélioré, notamment pour tenir compte de la complexité
des affaires
. En 2024, la Commission de contrôle
du système automatisé de gestion des informations relatives aux
affaires judiciaires, établie par le ministre de la Justice, a effectué
des contrôles dans l’ensemble des tribunaux, conformément à son
plan annuel. Elle a présenté des rapports aux juridictions supérieures,
au Conseil de la magistrature et à la Cour suprême, et les a publiés
sur le site internet du ministère de la Justice. Il a été confirmé
que le système automatisé de gestion des informations relatives
aux affaires judiciaires est bien opérationnel dans l’ensemble des
tribunaux. L’assignation des affaires aux juges se fait exclusivement
par voie électronique. Plus aucune assignation n’est réalisée manuellement.
Parmi les risques identifiés figure la pénurie de juges, de personnel
et de spécialistes des technologies de l’information, puisque 20 %
à 50 % des postes seulement sont pourvus
.
58. Des textes de loi sont en cours de rédaction concernant l’indépendance
du pouvoir judiciaire et l’autonomie du ministère public. Le gouvernement
examine actuellement plusieurs projets de loi traitant de la rémunération
des juges, des procureur·es et des membres du Conseil de la magistrature
et du Conseil des procureurs, de la loi sur la prévention de la
corruption et des conflits d’intérêts, qui régit les travaux de
la Commission nationale pour la prévention de la corruption (CNPC),
de la loi sur la procédure civile, de la loi sur les infractions
mineures ainsi que de la loi sur la protection des lanceurs et lanceuses
d’alerte.
59. En juin 2025, la Commission de Venise a émis un avis sur le
projet de loi sur le Conseil de la magistrature (à la demande du
ministre de la Justice) et a formulé un certain nombre de recommandations, notamment
le fait d’écarter le ministre de la Justice du Conseil de la magistrature
et la nécessité de clarifier la procédure d’élection des membres
du Conseil par le parlement, en garantissant que l’élection repose
sur le mérite et en clarifiant les motifs de révocation de ses membres,
président·e et vice-président·e
. Le gouvernement
travaille toujours sur ce projet de loi
. Les modifications proposées visent
à renforcer la responsabilité disciplinaire des membres du Conseil
de la magistrature, à définir les autorités compétentes et les voies
de recours, à relever le niveau minimum requis d’expérience dans
la magistrature, à améliorer le processus de sélection des membres
élu·es par la Sobranie et
à instaurer un recensement des électeurs et électrices.
60. Il convient de souligner que le Groupe d’États contre la corruption
(GRECO) a lui aussi exprimé une position critique à l’égard de la
participation du ministre de la Justice au Conseil de la magistrature.
Bien que les autorités soulignent que le ministre ne participe pas
aux sessions du Conseil et ne peut donc exercer aucune pression
sur cette instance, et que sa révocation nécessite une révision
constitutionnelle, le GRECO rappelle «qu’il y a toujours un risque
d’influence politique en l’absence de droits de vote formels, et
même si le ministre de la Justice n’assiste pas formellement aux
réunions en personne»
.
61. Le ministre de la Justice a également sollicité l’avis de
la Commission de Venise sur les projets de loi relatifs au ministère
public et au Conseil des procureurs. La Commission de Venise a adopté
un avis conjoint sur les deux projets de loi lors de sa 114e session
plénière le 10 octobre 2025. Elle a conclu que les deux projets
de loi comportent de nombreux aspects positifs mais a formulé plusieurs
recommandations visant à les améliorer. Un certain nombre de ces
lacunes, telles que la possibilité de renouveler le mandat du procureur général
et la majorité simple requise à la Sobranie pour
la nomination et la révocation du procureur général, ne peuvent
toutefois pas être résolus par ces lois; cela nécessiterait des
modifications constitutionnelles.
62. Un groupe de travail a été institué en juillet 2024 au sein
du Conseil de la magistrature. Il a pour mandat de modifier le Programme
et le Plan d’action pour la prévention et le suivi de la corruption
dans le système judiciaire 2022-2025. La CNPC participe également
à ce processus
.
63. À l’évidence, la priorité doit être donnée à la poursuite
de la réforme du pouvoir judiciaire et du ministère public et des
ressources financières et humaines supplémentaires sont nécessaires
pour assurer leur pleine capacité opérationnelle. Le Conseil de
la magistrature devrait s’efforcer de protéger l’intégrité et l’indépendance
des juges et des institutions et résister à toute influence extérieure.
Une réforme de cette institution dans le droit fil des recommandations
de la Commission de Venise serait la bienvenue.
5. Lutte contre la corruption
64. La corruption dans le secteur
public demeure un problème grave, dont le niveau de perception par
les expert·es, les citoyennes et citoyens et les entreprises reste
élevé. Elle concerne non seulement les hauts fonctionnaires de la
sphère politique, mais aussi d’autres secteurs, en particulier la
santé publique, les marchés publics
et les établissements
pénitentiaires
.
65. La protection des lanceurs et lanceuses d’alerte reste faible
et bon nombre des personnes qui dénoncent des cas de corruption
sont victimes de harcèlement, perdent leur emploi ou subissent d’autres conséquences
négatives. La législation actuelle, qui ne prévoit qu’une protection
juridique fragmentée pour les lanceurs et lanceuses d’alerte, doit
être révisée
.
Le gouvernement a préparé un projet de loi sur la protection des
signalements et des lanceurs et lanceuses d’alerte pour lequel un
avis des expert·es de la Commission européenne est attendu. La date
butoir prévue pour l’adoption de cette nouvelle loi est fixée à fin 2025
.
66. Selon l’indice de perception de la corruption 2024 de Transparency
International, le score et le classement de la Macédoine du Nord
ont légèrement reculé depuis 2023; avec un score de 40/100, le pays
se classe à présent à la 88e place au
niveau mondial (-2 par rapport à 2023, tant en termes de score que
de classement)
. Selon les résultats 2025 de l’Eurobaromètre
spécial sur la corruption, 89 % des personnes interrogées jugent
la corruption répandue dans leur pays (moyenne de l’UE: 69 %); 31 %
se sentent personnellement touchées par la corruption dans leur
quotidien (moyenne de l’UE: 30 %)
.
67. De nombreuses affaires témoignent des préoccupations actuelles
au sujet du niveau élevé de corruption dans le pays. En décembre 2024,
par exemple, huit anciens hauts fonctionnaires, dont un ancien Premier ministre,
ont fait l’objet d’une enquête pour fraude financière présumée liée
aux licences de jeu d’une société de loterie d’État accordées par
le précédent gouvernement
. En février 2025, l’ancien chef du
Service des affaires générales et communes du gouvernement, Pece
Mirceski, a été arrêté pour faits de corruption sur la base de quatre
chefs d’accusation: pots-de-vin, falsification de documents, détournement
de fonds et négligence au travail
.
68. L’incendie tragique survenu le 16 mars 2025 dans la discothèque
Pulse de Kocani, dans lequel 62 personnes ont perdu la vie et plus
de 220 ont été blessées – principalement des adolescent.es et des jeunes
– a révélé de nombreuses défaillances en matière de sécurité incendie
dans la discothèque: des mesures de sécurité incendie quasi inexistantes,
dans un bâtiment qui ne disposait pas d’issues de secours adéquates.
Officiellement, l’établissement pouvait accueillir 250 personnes,
mais il en comptait 1 500 le soir du drame. Les graves manquements
à la sécurité auraient été connus et tolérés dans un contexte de corruption
et de pots-de-vin au sein des institutions chargées de l’application
de la loi, mettant en lumière des problèmes systémiques dans la
surveillance réglementaire. Une enquête lancée à l’issue de la tragédie
a révélé que la licence de la discothèque avait été délivrée illégalement
par le ministère de l’Économie. En outre, selon certaines informations,
les pompiers et le personnel médical ont pris plus de temps que
nécessaire pour arriver sur les lieux. Cela soulève de sérieuses
questions quant à l’efficacité et à la préparation aux situations d’urgence
des institutions de l’État. Au lendemain de la tragédie, une vingtaine
de personnes ont été arrêtées, parmi lesquelles des représentant·es
du gouvernement, et les autorités ont ordonné la conduite d’inspections immédiates
dans des établissements similaires à travers tout le pays. L’acte
d’accusation a été déposé par le parquet le 13 juin contre 34 accusé·es,
dont trois sociétés.
69. La corruption n’est pas seulement présente au sein du gouvernement
mais aussi dans les prisons. Dans son dernier rapport, le CPT a
dénoncé une fois de plus la corruption endémique au sein du personnel pénitentiaire
(en particulier à la prison d’Idrizovo) et a appelé à des réformes
.
70. Malgré les efforts déployés récemment pour enquêter sur les
cas de corruption et poursuivre les auteurs de tels actes, les retards
dans les procédures judiciaires et les contraintes en matière de
ressources continuent d’entraver l’obtention d’un bilan solide concernant
les affaires de corruption à haut niveau. Ces affaires connaissent
souvent des retards ou aboutissent à des peines minimales et donnent
rarement lieu à des condamnations définitives
.
71. En décembre 2024, le procureur général de l’État a publié
une instruction obligatoire imposant à l’ensemble des procureur·es
généraux et des centres d’enquête des parquets d’accorder la priorité
aux affaires de corruption parallèlement aux affaires d’intérêt
public importantes. Le ministère public aurait renforcé les capacités
d’enquête et établi une meilleure collaboration interinstitutionnelle
.
Cinq centres d’enquête sont désormais opérationnels: à Skopje, Tetovo,
Kumanovo, Bitola et au sein du Bureau du procureur général pour le
crime organisé et la corruption
.
72. La question de l’insuffisance des effectifs de procureur·es
a été partiellement traitée à travers la nomination de nouveaux
procureur·es parmi les diplômé·es de l’Académie de la magistrature.
En effet, conformément à la loi sur le ministère public et à la
loi sur la procédure pénale, seules des affaires portant sur des
accusations pénales passibles de peines d’emprisonnement n’excédant
pas cinq ans peuvent être instruites par des procureur·es récemment
nommés, et ce pendant les trois premières années de leur mandat.
73. En dépit de son déménagement dans de nouveaux locaux, le Bureau
du procureur général pour le crime organisé et la corruption n’est
toujours pas doté d’un budget adéquat ni d’un personnel suffisant
et manque notamment d’expert·es financiers
.
74. Les efforts de lutte contre la corruption ont également été
compromis par les modifications apportées au Code pénal sous le
gouvernement précédent, en septembre 2023. Son article 353 (5),
qui prévoyait des peines de prison d’au moins cinq ans pour «abus
de pouvoir» dans le cadre de marchés publics portant atteinte au
budget, a été supprimé. Un deuxième changement important concerne
l’article 394, qui régit le crime d’«entreprise criminelle». La
peine maximale de 10 ans précédemment prescrite a été réduite à
trois ans
.
75. L’entrée en vigueur de ces modifications a abouti à la clôture
d’un certain nombre d’affaires contre des fonctionnaires et anciens
fonctionnaires, dès lors que les peines ont été supprimées ou réduites
et que le délai de prescription a expiré. Les modifications ont
également conduit à une aggravation de l’insécurité juridique et de
l’impunité. Il n’existe pas de statistiques officielles montrant
les effets de cette modification sur les affaires de corruption
.
Toutefois, lors de notre visite auprès du Bureau du procureur général
pour le crime organisé et la corruption, nous avons appris que,
consécutivement aux modifications apportées au Code pénal en 2023 concernant
l’infraction d’«abus de pouvoir», 11 mises en examen avaient été
retirées, cinq avaient été requalifiées et 10 affaires s’étaient
conclues par un abandon de la procédure en raison du délai de prescription. Les
données de l’année 2024 étaient encore en cours de collecte.
76. Il est également regrettable que cette modification ait entraîné
un transfert de compétence pour les affaires de corruption à haut
niveau entre le Bureau du procureur général pour le crime organisé
et la corruption et le ministère public, qui manque d’expertise
et de ressources
.
77. En mars 2025, la Cour constitutionnelle a formulé des réserves
concernant la constitutionnalité des modifications apportées au
Code pénal en septembre 2023. Le parlement dispose de six mois pour
examiner les dispositions concernées, après quoi la Cour constitutionnelle
pourra décider de leur abrogation ou de leur annulation
.
78. Au cours de notre visite, les autorités nous ont indiqué que
le ministère de la Justice préparait des modifications du Code pénal
en vigueur dans le but de remédier aux retombées négatives des changements apportés
en septembre 2023. Ces modifications du Code pénal n’auront toutefois
aucun caractère rétroactif et ne permettront donc pas de relancer
les enquêtes et les procédures abandonnées. Le ministère de la Justice travaille
à l’élaboration d’un nouveau Code pénal complet, appelé à moderniser
la politique pénale et à lutter contre la criminalité organisée
et la corruption, que le parlement devrait adopter d’ici décembre 2025.
Il envisage en outre la préparation d’une nouvelle loi sur la procédure
pénale, qui portera sur des domaines tels que la confiscation, le
gel d’actifs, les preuves électroniques, les enquêtes financières,
les mesures d’enquête spéciales, la détention et les procédures
de recours
.
79. La Commission nationale de prévention de la corruption, dont
le mandat a pris effet le 8 février 2024, continue de centrer son
action sur la prévention de la corruption et la coopération institutionnelle,
mais des critiques ont pointé du doigt son manque de proactivité
dans la détection et le signalement des affaires de corruption ainsi
que le retard accumulé dans le contrôle des déclarations de patrimoine
.
Ces difficultés peuvent être liées à l’insuffisance des fonds et
des ressources alloués à cette institution et aux problèmes liés à
l’interopérabilité du système de gestion des données (voir ci-dessous,
dans les conclusions du GRECO). D’autres critiques ont été émises
concernant le processus de nomination de ses membres par le parlement, qui
favoriserait des candidat·es non critiques à l’égard des structures
de pouvoir. Il convient de déplorer la démission, en juillet, de
la présidente de la commission, Mme Tatiana
Dimitrovska, qui avait été nommée à la fin de 2023 malgré certaines
critiques formulées par la société civile. Celle-ci faisait l’objet
de poursuites pénales pour divulgation de secrets officiels à un
suspect et falsification informatique
.
Aucune affaire majeure n’aura été lancée au cours de son mandat
. Lors de notre visite
à Skopje, nous n’avons pas rencontré Mme Dimitrovska
et nous avions déjà eu écho des accusations portées à son encontre.
Nous avons cependant pu tenir une discussion fructueuse avec d’autres
membres de la commission, qui nous ont précisément expliqué en quoi
consistait leur travail.
80. Le gouvernement actuel a déclaré que la lutte contre la corruption
est une priorité. Toutefois, des améliorations sont nécessaires
dans ce domaine, notamment dans la mise en œuvre de la stratégie
de lutte contre la corruption pour la période 2021-2025. Selon le
rapport annuel 2025 de la CNPC, qui analyse les obstacles à la mise
en œuvre de cette stratégie au cours des cinq dernières années,
les principaux problèmes sont l’inefficacité de la coordination
interinstitutionnelle, l’insuffisance du suivi et de la planification
budgétaire, ainsi que le manque d’expertise dû à une forte rotation
du personnel et des lacunes sur le plan méthodologique
.
Une nouvelle stratégie de lutte contre la corruption est en cours
d’élaboration pour la période 2026-2030. En septembre 2025, la CNPC
a mené une réunion de consultation avec des représentant·es de la
société civile dans le cadre de la préparation de cette nouvelle
stratégie
.
81. S’agissant de la mise en œuvre des recommandations du GRECO,
la quasi-totalité des recommandations de son quatrième cycle d’évaluation
concernant la prévention de la corruption des parlementaires, des
juges et des procureurs ont été mises en œuvre. Quatorze des dix-neuf
recommandations ont été mises en œuvre ou traitées de manière satisfaisante,
quatre autres ont été partiellement mises en œuvre et une n’a pas
été mise en œuvre (concernant le retrait du ministre de la Justice
du Conseil de la magistrature). S’agissant des parlementaires, le
GRECO a pris note des progrès réalisés pour fluidifier le code de
déontologie à l’usage des parlementaires et pour développer la formation
des parlementaires à la mise en œuvre du code ainsi que d’autres
mesures de sensibilisation. Il a toutefois regretté l’absence de
progrès en ce qui concerne le régime de sanctions prévu par la loi
sur la prévention de la corruption et des conflits d’intérêts
.
S’agissant des procureur·es, la seule recommandation en suspens
concerne l’extension de la gamme de sanctions disponibles pour punir
les infractions disciplinaires commises par les personnes exerçant cette
fonction. Selon les autorités, cette recommandation sera prise en
compte dans le cadre des futures modifications de la loi sur le
ministère public. Par conséquent, en décembre 2023, le GRECO a décidé
de clore la procédure de conformité du quatrième cycle d’évaluation
relatif à la Macédoine du Nord
.
82. Le GRECO a également constaté des progrès cette année en ce
qui concerne la mise en œuvre de ses recommandations formulées dans
le cadre du cinquième cycle d’évaluation sur la prévention de la
corruption et la promotion de l’intégrité dans les gouvernements
centraux (hautes fonctions de l’exécutif) et les services répressifs
.
Dans son addendum au deuxième rapport de conformité, publié le 9 juillet 2025,
le GRECO a conclu que la Macédoine du Nord avait mis en œuvre de
façon satisfaisante dix-sept des vingt-trois recommandations formulées
dans le rapport d’évaluation du cinquième cycle, adopté en 2019.
Six recommandations restent partiellement mises en œuvre
.
Aussi le GRECO a-t-il également décidé de clore la procédure de
conformité du cinquième cycle d’évaluation relatif à la Macédoine
du Nord.
83. Le GRECO se félicite des mesures prises pour améliorer la
transparence et promouvoir l’intégrité des personnes exerçant de
hautes fonctions exécutives. Le nouveau règlement intérieur du gouvernement
permet désormais au public d’accéder en ligne à la liste des personnes
invitées aux sessions des sous-commissions et groupes de travail
du gouvernement, ou qui y assistent. De nouvelles lignes directrices
sur la déclaration et le traitement des cadeaux ont été adoptées
et un catalogue sur les cadeaux fournissant des détails en ligne, était
en cours de préparation
. Le GRECO s’est également félicité
de la création d’une base de données électronique pour l’enregistrement
et la vérification des déclarations de patrimoine des agentes et
agents publics élus et nommés de la CNPC, bien qu’elle ne soit pas
encore pleinement opérationnelle
. Une analyse a par ailleurs
été réalisée pour évaluer les processus et les pratiques du Département
de la CNPC en charge du suivi de la situation patrimoniale et déterminer
quels domaines devaient être améliorés et quel était l’état d’avancement
de l’interopérabilité en matière de contrôle et de vérification
des déclarations de patrimoine au sein de la CNPC
. Le GRECO
a observé que d’autres améliorations étaient nécessaires dans ce
domaine, en particulier en ce qui concerne les effectifs de la CNPC
et l’expertise du Département du suivi de la situation patrimoniale
.
Enfin, il s’est félicité de la création d’un groupe de travail chargé
de préparer les projets de modifications de la loi sur la prévention
de la corruption et des conflits d’intérêts, destinés à renforcer
le régime de sanctions en cas de violation des règles relatives
aux conflits d’intérêts, à l’intégrité et à la lutte contre la corruption
(comme demandé par le GRECO); ces modifications devraient être adoptées
d’ici la fin de 2025
.
84. En ce qui concerne les services répressifs, le GRECO a noté
des progrès concernant le renforcement de l’indépendance opérationnelle
de la police et sa dépolitisation. Il s’est félicité de la mise
en œuvre effective des modifications apportées à la loi sur les
affaires intérieures en 2023, sur la base desquels des inspections ont
été engagées dans sept affaires suite au dépôt de plaintes concernant
les activités politiques supposées de certain·es employé·es du ministère
de l’Intérieur. Dans trois des sept cas signalés, des procédures disciplinaires
ont été engagées; dans les quatre autres, les éléments de preuve
étaient insuffisants. Les autorités ont également poursuivi la formation
des fonctionnaires sur les nouvelles dispositions
.
85. Le GRECO a en outre salué le renforcement des mécanismes de
contrôle interne et externe de la police. En ce qui concerne le
mécanisme de contrôle interne, il s’est félicité des changements
intervenus au sein du commandement de la police, où les ordres opérationnels
sont désormais émis au niveau de la direction du Bureau de la sécurité
publique (c’est-à-dire le chef ou la cheffe de la police) et non
par le ou la ministre de l’Intérieur; il s’est également félicité
du transfert du Département du contrôle interne, des enquêtes pénales
et des normes professionnelles (DCIEPNP) hors des locaux du ministère
lui-même et du renforcement des ressources allouées au DCIEPNP
.
En novembre 2025, les autorités nous ont informés de nouveaux progrès
accomplis dans la mise en œuvre des recommandations du GRECO et
notamment de l’adoption de la loi sur les affaires intérieures
qui
prévoit l’élargissement des compétences du DCIEPNP, un système de contrôles
de l’intégrité et l’obligation pour tous les salarié·es du ministère
de l’Intérieur de déclarer toute augmentation de leur patrimoine
ou du patrimoine des membres de leur famille
. S’agissant
du contrôle externe, trois commissions parlementaires chargées du
contrôle des services de sécurité, de défense et de renseignement
et couvrant également la police lorsque son activité relève de leurs
mandats
,
ont effectué plusieurs visites de contrôle et de travail entre 2020
et 2024. En outre, la supervision externe est également assurée
par le Mécanisme de contrôle civil du Bureau du médiateur et le
Bureau du procureur général pour le crime organisé et la corruption
.
Néanmoins, malgré ces progrès, le GRECO a déclaré que des efforts supplémentaires
étaient nécessaires en vue d’assurer l’objectivité et la transparence
des évaluations périodiques des agentes et agents de police et pour
renforcer la protection des lanceurs et lanceuses d’alerte au sein
de la police
.
86. D’après la Commission européenne, en matière de lutte contre
la corruption, le cadre juridique et institutionnel est en place,
mais les aspects relatifs à l’application de la loi doivent être
améliorés
.
En ce qui concerne les mesures préventives, le cadre institutionnel
est également en place mais le cadre juridique devrait être renforcé
.
Les autorités ont reconnu la nécessité d’améliorer les aspects relatifs
à l’application de la loi en matière de lutte et de prévention de
la corruption
.
Il est essentiel que la CNPC «agisse avec le plus haut niveau de
professionnalisme, d’intégrité et d’indépendance», qu’elle continue
à «fournir des orientations politiques proactives pour prévenir
la corruption et à travailler de manière inclusive et transparente»
et que ses recommandations soient effectivement suivies d’effet.
La CNPC, le ministère public et les unités spécialisées dans la
lutte contre la corruption devraient être renforcés
.
6. Droits humains des minorités et lutte contre la discrimination
6.1. Minorités nationales
87. La Macédoine du Nord est un
pays multiethnique, multiculturel et multiconfessionnel. L’Accord-cadre d’Ohrid,
signé le 13 août 2001 entre les dirigeants de Macédoine et d’Albanie,
a favorisé l’adoption, en 2002, de modifications constitutionnelles
de grande ampleur visant à autonomiser les communautés ethniques
dans les domaines de la politique locale et nationale, dans le secteur
public et dans l’éducation. La représentation dans l’appareil judiciaire,
la police et la fonction publique devait être proportionnelle à
la part de la population totale
. Des commissions pour
les relations intercommunautaires chargées de consulter les représentant·es
des minorités nationales devaient être créées dans toutes les communes
où les communautés constituent au moins 20 % de la population
.
88. Selon le recensement de 2021, sur les 1 836 713 personnes
vivant en Macédoine du Nord, 58,44 % se déclaraient macédoniennes,
24,30 % albanaises, 3,86 % turques et 2,53 % roms
. La Macédoine du Nord n’a pas ratifié
la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires (STE
no 148), bien qu’elle l’ait signée en
1996.
89. Dans son Cinquième Avis sur la Macédoine du Nord adopté en
mai 2022, le Comité consultatif de la Convention-cadre pour la protection
des minorités nationales a félicité le pays pour avoir accompli
des progrès significatifs dans la protection juridique des droits
des personnes appartenant aux minorités nationales, notamment dans
le domaine de la lutte contre la discrimination et de la pratique
de la langue albanaise (consécutivement à l’adoption de la loi relative
à l’usage des langues en 2018). Le Comité consultatif a considéré
que, sur un plan politique, la stratégie «Une société pour tous»
constitue une précieuse feuille de route pour aller vers une société
multiethnique intégrée et respecte les principes de la Convention-cadre
pour la protection des minorités nationales dans la mesure où elle
promeut le respect de la diversité par le dialogue interculturel.
Le Comité consultatif a néanmoins observé que la mise en œuvre pratique
de la législation et des politiques relatives aux minorités nationales
doit encore être améliorée
. En février 2023,
dans sa Résolution (2023)2 basée sur l’avis du Comité consultatif,
le Comité des Ministres a exhorté les autorités à prendre de nouvelles
mesures pour promouvoir «une société intégrée fondée sur le respect
et la confiance entre les diverses communautés» (en particulier
en fournissant un soutien de haut niveau, un financement solide
et un dialogue avec les professionnels de l’éducation, les médias
et la société civile, ainsi que l’opinion publique); à intensifier
les efforts en vue de prévenir les affaires de violations des droits
humains commises par des policières et policiers à l’encontre des
Roms et à améliorer l’accès des enfants roms à l’éducation
.
90. En juin 2023, le rapport de la Commission européenne contre
le racisme et l’intolérance (ECRI) sur la Macédoine du Nord soulignait
les progrès accomplis depuis 2016 dans la lutte contre la discrimination
et la protection des droits des minorités, notamment la création
de la Commission pour la prévention de la discrimination et la protection
contre la discrimination (CPPD), l’adoption d’une nouvelle loi anti-discrimination et
les efforts visant à améliorer l’inclusion des Roms dans les domaines
du logement, de la santé, de l’éducation et de l’emploi. Toutefois,
des préoccupations ont également été exprimées concernant le manque d’indépendance
financière de la CPPD, les actes de violence à l’encontre de personnes
qui s’identifient comme Bulgares et la marginalisation sociale des
Roms
.
91. Michael O’Flaherty, le Commissaire aux droits de l’homme du
Conseil de l’Europe (ci-après «le Commissaire»), qui s’est rendu
en Macédoine du Nord en même temps que nous (du 22 au 25 avril 2025),
a noté des progrès en ce qui concerne la situation des Roms. Dans
son mémorandum publié en juillet 2025, le Commissaire a salué l’engagement
pris de longue date par la Macédoine du Nord pour résoudre les problèmes concernant
le respect des droits humains des Roms et l’adoption de la Stratégie
nationale pour l’inclusion des Roms (2022-2030). Il s’est réjoui
des efforts déployés par les instances gouvernementales, le Bureau
du médiateur et la CPPD et s’est félicité de la participation des
femmes roms à l’ensemble de ces structures
. Enfin,
le Commissaire a également souligné les progrès accomplis dans l’élimination
de l’apatridie et l’amélioration de l’inscription des Roms sur les
registres d’état civil
.
92. Le Commissaire a également pris acte des progrès réalisés
en matière d’accès des enfants roms à l’éducation, grâce à des mesures
telles que la gratuité des transports, le rôle des médiatrices et
médiateurs scolaires et les bourses. Il a noté que le taux de scolarisation
des enfants roms dans l’enseignement primaire était désormais de
90 %
. Dans le même temps, il a exhorté les
autorités à améliorer l’accès à l’éducation préscolaire, à prendre
des mesures pour réduire le décrochage scolaire et à remédier à
la situation des quelque 400 enfants roms vivant dans les rues
.
Il a également souligné qu’il importait de mettre fin à la ségrégation
des enfants roms dans les écoles en appliquant les règles relatives
à la carte scolaire, en mettant en œuvre des plans locaux de déségrégation
conçus en concertation avec les Roms, en sensibilisant les parents
non roms et en suivant les progrès au moyen d’une cartographie nationale
des établissements concernés. Il a encouragé les autorités à maintenir
leur engagement en ce qui concerne l’exécution de l’arrêt de la
Cour européenne des droits de l’homme dans l’affaire Elmazova et autres c. Macédoine du Nord
. Dans
cet arrêt, la Cour européenne des droits de l’homme a examiné des
cas de discrimination à l’égard d’élèves roms ayant fait l’objet
d’une ségrégation dans deux écoles primaires d’État dont l’une était principalement
fréquentée par des enfants roms et l’autre comptait des classes
réservées aux Roms. La Cour a conclu qu’il y avait eu en l’espèce
violation de l’article 14 de la Convention européenne des droits
de l’homme (STE no 5, «la Convention»)
combiné avec l’article 2 du Protocole additionnel à la Convention
(STE no 9)
.
93. Dans leurs commentaires en date du 14 novembre 2025, les autorités
nous ont indiqué que le ministère de l’Éducation et des Sciences
était fermement résolu à s’acquitter de l’ensemble des obligations
découlant de cet arrêt de la Cour européenne des droits de l'homme
et qu’il continuait à mettre en œuvre des politiques d’enseignement
public homogènes pour la communauté rom. Le ministère a accepté
l’offre de soutien du Conseil de l’Europe pour la préparation d'une
étude de faisabilité. Grâce à cette étude, le ministère s’efforcera, en
coopération avec l’ensemble des parties prenantes concernées, d’améliorer
la situation des élèves rom faisant l’objet de ségrégation dans
les écoles primaires «Goce Delchev» à Shtip et «Gjorgji Sugarev»
à Bitola. De plus, la loi relative à l’enseignement primaire a été
modifiée
.
94. Parmi les autres observations formulées dans son memorandum,
tout en saluant la reconnaissance des violences policières contre
les Roms dans la Stratégie nationale pour l’inclusion des Roms comme
une manifestation d’antitsiganisme et une forme de «discrimination
institutionnelle», le Commissaire s’est dit préoccupé par les signalements
persistants faisant état de profilage ethnique, de recours excessifs
à la force lors des arrestations et de l’impunité des auteurs en
cas de recours à la force illégale. Il a recommandé aux autorités
de réaffirmer leur position de tolérance zéro à l’égard des violences
policières, de veiller à ce que des enquêtes effectives soient menées
sur les allégations d’abus et de faire en sorte que ces actes soient
traduits en justice
.
En réponse à ces observations, dans leurs commentaires en date du
14 novembre 2025, les autorités ont souligné qu’en vertu de la loi
relative aux affaires intérieures, toute personne qui considère
que les agissements d’un·e salarié·e du ministère de l’Intérieur
a violé ses libertés ou ses droits, ou cherche à protéger ou exercer
ses droits, a le droit de déposer plainte auprès du DCIEPNP. Selon
les autorités, ce département traite toutes les plaintes de façon
impartiale et équitable et ne consigne pas l’identité ethnique des
plaignant·es. L'appartenance à la communauté rom en l'occurrence
n'est donc pas prise en considération.
95. Lors de notre visite à Skopje, nous avons principalement discuté
de la situation des minorités albanaise et bulgare. En ce qui concerne
la minorité albanaise, des préoccupations ont été exprimées quant
aux conséquences possibles d’un arrêt de la Cour constitutionnelle
abolissant le mécanisme dit d’«équilibrage» (balancer, en
anglais)
,
ce qui remettrait en cause l’Accord-cadre d’Ohrid. À la fin de juin 2025,
le gouvernement a finalisé une nouvelle loi sur la représentation
juste et adéquate, qui stipule que la composition des institutions
publiques doit refléter la composition ethnique de la population.
Le nouveau projet de loi va être évalué par la Commission de Venise.
D’après les autorités, le mécanisme d’ «équilibrage» ne satisfait
plus aux objectifs visés, dans la mesure où le pourcentage fixé
dans la formule ne reflète pas les données du recensement de la
population résidente. Des procédures de recrutement parallèles visant
à accroître l’emploi des minorités dans le secteur public pourraient,
dans la pratique, aller à l’encontre des principes de mérite, d’efficacité
et de représentation équitable et menacer l’indépendance des institutions
lorsqu’elles opèrent la sélection des salarié·es conformément aux
exigences en matière de représentation équitable
. Un autre point
de discorde porte sur l'application de la loi relative à l’utilisation
des langues officielles qui désigne l’albanais comme deuxième langue
officielle; la question de sa constitutionnalité n’a toujours pas
été résolue par la Cour constitutionnelle
.
96. La situation de la minorité bulgare, qui n’est pas officiellement
reconnue dans la Constitution et la législation, affecte l’état
des négociations de la Macédoine du Nord concernant son adhésion
à l’UE (voir ci-dessous). Officiellement, les Bulgares de souche
représentent près de 3 500 personnes. Selon le rapport de l’ECRI
de 2023, les Bulgares sont parfois victimes de discours de haine,
qualifiés de «fascistes» et agressés physiquement
. Le rapport de l’ECRI fait mention
d’un incendie criminel contre le centre culturel bulgare «Ivan Mihajlov»
à Bitola le 4 juin 2022 et d’une attaque contre le secrétaire du
centre culturel bulgare «Tsar Boris III» à Ohrid le 19 janvier 2023.
Le 2 novembre 2022, le parlement a modifié la loi sur les associations
et fondations afin d’annuler l’enregistrement légal des organisations
ethniques bulgares, ce qui a soulevé plusieurs questions juridiques,
notamment celle de l’application rétroactive des nouvelles dispositions
. Bien que l’ECRI soit consciente
de la controverse suscitée par l’utilisation des noms d’Ivan Mihajlov
et du Tsar Boris III
, elle a recommandé
aux autorités de «continuer de prendre fermement et publiquement
position, en condamnant toutes les formes de violence à l’encontre
des personnes qui s’identifient en tant que Bulgares de souche ou
envers les organisations qui les représentent, et de veiller à ce
que les pouvoirs locaux fassent de même. De plus, conformément à
la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, les autorités
devraient s’abstenir d’annuler l’enregistrement ou de dissoudre
des associations de personnes qui se définissent comme bulgares
en Macédoine du Nord, dès lors qu’elles n’incitent pas à, ne promeuvent
pas, ne propagent pas ou ne justifient pas la violence, la haine
ou la discrimination.»
Au cours de notre visite, nous
avons rencontré des représentant·es de la minorité ethnique bulgare.
Des plaintes ont été exprimées concernant des cas de discours anti-bulgare,
de discours de haine, de crimes de haine et de destruction de sites
historiques et culturels. Des allégations que les autorités ont
réfutées.
97. Au cours de notre visite, nous avons également rencontré le
Bureau du médiateur et des membres de la CPPD, qui jouent un rôle
important dans la protection des droits des personnes appartenant
à des minorités nationales. Nous partageons pleinement l’avis de
l’ECRI et de la Commission européenne selon lequel les contraintes
en matière de ressources financières et humaines continuent d’affecter
négativement leur fonctionnement
.
98. En novembre 2025, les autorités nous ont informés des domaines
stratégiques prioritaires identifiés par le ministère des Relations
intercommunautaires pour la période 2025-2027: établissement de
mesures de protection pour les identités linguistiques, ethniques
et culturelles; amélioration de l’enseignement dans les langues
des communautés et suivi de la situation; garantie d’une représentation
équitable des communautés ethniques dans le secteur public; garantie
de la pleine utilisation des langues officielles des membres de
la communauté aux niveaux central et local et renforcement des capacités
du secteur civil et de l’appui financier qui lui est apporté. En
2025, ce ministère a organisé des célébrations pour marquer les
fêtes nationales des communautés ethniques qui vivent en République
de Macédoine du Nord. Il s’emploie aussi activement à créer une
administration publique efficace, inclusive et moderne qui reflète
les valeurs d’équité et de professionnalisme
.
6.2. Droits des personnes LGBTI
99. Dans son rapport de 2023, l’ECRI
a pris acte de l’absence d’étude indépendante et exhaustive de toutes les
formes de discrimination à l’égard des personnes LGBTI et de l’absence
de plan d’action ou de plateforme de dialogue entre le gouvernement
et les communautés LGBTI. Il n’existe toujours pas de cadre juridique permettant
aux couples de même sexe de faire reconnaître légalement leur relation.
En outre, les critères de reconnaissance officielle du nouveau genre
d’une personne ne sont toujours pas clairement réglementés (voir également
ci-dessous la section «Exécution des arrêts de la Cour européenne
des droits de l’homme»)
.
100. L’ECRI est également préoccupée par les attaques répétées
contre un centre LGBTI à Skopje, sans qu’aucune poursuite judiciaire
ne soit engagée
.
Amnesty International avait également signalé des événements inquiétants
similaires en 2024. Des menaces de mort et une rhétorique discriminatoire
ont précédé la marche des fiertés de Skopje en juin 2024 et ont
été suivies d’une manifestation massive organisée par des communautés
religieuses contre les propositions de loi sur l’égalité des genres
et de loi sur le registre des naissances. Les menaces ont atteint
une telle gravité que le Comité Helsinki de Macédoine du Nord a
édité un guide de sécurité destiné aux personnes LGBTI. En septembre 2024,
un homme a été condamné à deux ans d’emprisonnement pour avoir grièvement
blessé le président de LGBTI United à Skopje, reflétant le caractère
discriminatoire de l’agression
.
6.3. Égalité de genre
101. Sur le plan de la représentation
des femmes, la Macédoine du Nord a progressé en matière de promotion
de l’égalité entre les femmes et les hommes dans la vie politique
et publique. Lors des dernières élections, les femmes représentaient
43 % des candidat·es au parlement et l’élection présidentielle a
été remportée par une femme. Toutefois, rares sont les partis politiques
qui ont laissé des femmes s’exprimer dans les meetings de campagne
et globalement, ils semblent avoir fait peu d’efforts pour attirer
les électrices. Toutes les listes de candidat·es enregistrées étaient
conformes à l’exigence légale d’un minimum de 40 % de femmes. Celles-ci
ont toutefois souvent été placées le plus bas possible sur les listes
.
102. Ces dernières années, la Macédoine du Nord a enregistré des
progrès notables en faveur de l’égalité entre les femmes et les
hommes, mais certaines difficultés persistent. Le pays a amélioré
son indice d’égalité de genre, qui est passé de 62 points en 2019
à 64,5 en 2022, avec des progrès significatifs dans les domaines du
pouvoir, du savoir et de l’argent
.
103. En septembre 2023, le Groupe d’experts du Conseil de l’Europe
sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence
domestique (GREVIO) a publié son Rapport d’évaluation de référence
sur la Macédoine du Nord, dans lequel il a félicité les autorités
d’avoir mis en place un cadre juridique solide destiné à prévenir
et à combattre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique,
regrettant cependant d’importantes lacunes en matière de mise en
œuvre et déplorant les croyances traditionnelles selon lesquelles la
violence domestique est une affaire privée
.
104. Selon Amnesty International, en 2024, les mesures juridiques
ont été renforcées pour lutter contre les violences faites aux femmes
et aux filles. La Macédoine du Nord a aligné ses lois sur la Convention
du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence
à l’égard des femmes et la violence domestique; (STCE no 210, «Convention
d’Istanbul»), criminalisant la traque furtive (stalking) et le harcèlement sexuel. Toutefois,
la Convention d’Istanbul fait l’objet d’une forte opposition de
la part de l’Église orthodoxe macédonienne et d’autres organes religieux,
ainsi que de certaines autorités locales et de partis politiques
.
105. En novembre 2025, les autorités nous ont fourni des informations
sur les mesures prises dans le cadre de la mise en œuvre de la Convention
d’Istanbul. Le ministère de la Politique sociale, de la Démographie
et de la Jeunesse a préparé un projet de Stratégie nationale pour
la prévention de la violence à l'égard des femmes et de la violence
domestique fondées sur le genre et la protection contre ces phénomènes
(2026-2034), qui sera mise en œuvre conformément à deux plans d’action
quadriennaux. De 2024 à 2025, les campagnes de sensibilisation «Nous
sommes à vos côtés – Ensemble contre la violence à l’égard des femmes et
des filles» et «Une aide est disponible pour une vie sans violence»
ont été menées en continu, notamment par le biais des médias sociaux.
Dans le cadre de ces campagnes, des supports d’information ont été
produits sous formes d’affiches, de brochures et d’autocollants
qui expliquent comment effectuer un signalement en cas de violence
fondée sur le genre et de violence domestique. Ces supports ont
été distribués dans tous les postes de police, centres de services
sociaux, établissements de santé et cabinets de médecins généralistes. À
la même période, cinq sessions de formation d'une journée ont été
organisées à l’intention d’équipes pluridisciplinaires de huit régions.
Ces sessions visaient à améliorer les connaissances et les compétences pratiques
des équipes quant à la réaction à adopter lorsqu’elles sont confrontées
à des cas de violence fondée sur le genre et de violence domestique
.
7. Autres questions relatives aux droits humains
7.1. Exécution des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme
106. À la date du 18 septembre 2025,
l’exécution de 36 arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme concernant
la Macédoine du Nord, dont 20 arrêts de principe
, faisait l’objet d’une surveillance
du Comité des Ministres.
107. Quatre arrêts/groupes d’arrêts font l’objet d’une procédure
de «surveillance soutenue»: les affaires concernant les mauvais
traitements aux mains de la police et l’absence d’enquête effective
(groupe Kitanovski); l’arrêt X. concernant
l’absence de législation régissant les conditions et les procédures
de modification sur les actes de naissance du sexe enregistré des
personnes transgenres; les affaires concernant le refus d’enregistrer
certaines associations en tant qu’entités religieuses (groupe Archidiocèse
orthodoxe d’Ohrid); et les affaires concernant la discrimination
à l’égard d’élèves roms ayant fait l’objet d’une ségrégation dans
deux écoles primaires d’État fréquentées par une majorité d’enfants
roms (Elmazova et autres). En 2024, le Comité des Ministres a relevé
des avancées dans la mise en œuvre du groupe d’arrêts Kitanovski.
En ce qui concerne l’arrêt X.,
il a instamment demandé aux autorités d’achever le processus législatif
menant à l’adoption d’une nouvelle loi sur l’enregistrement de l’état
civil.
108. En novembre 2024, le Service de l’exécution des arrêts de
la Cour européenne des droits de l’homme s’est rendu à Skopje pour
discuter de la mise en œuvre de plusieurs arrêts de la Cour. Les
discussions ont notamment porté sur la mise en œuvre de l’arrêt
Elmazova et autres et une attention particulière a été accordée aux
changements supplémentaires à apporter au projet de modifications
récemment proposé de la loi sur l’enseignement primaire
.
7.2. Conditions de détention
109. En mai 2024, le CPT a publié
le rapport de sa visite périodique d’octobre 2023 dans le pays.
Dans ce rapport, il concluait qu’aucune amélioration n’avait été
observée depuis 2019 dans le traitement des personnes privées de
liberté par la police. Le CPT a constaté certaines améliorations
dans les prisons de Skopje, Štip et Prilep, mais la situation dans
la prison d’Idrizovo reste alarmante en raison des mauvais traitements
physiques infligés par le personnel et de l’isolement prolongé des
détenu·es difficiles, des niveaux de violence élevés entre détenu·es,
des mauvaises conditions d’hygiène et de sécurité, ainsi que de
la corruption et du favoritisme généralisés parmi le personnel.
Le CPT a conclu que les soins de santé étaient insuffisants et qu’il
était nécessaire d’engager une réforme stratégique du système pénitentiaire
mettant l’accent sur l’élimination de la corruption au sein du personnel
et sur la professionnalisation de l’administration pénitentiaire
par des nominations transparentes, fondées sur le mérite et dépolitisées
.
110. En juin 2024, l’état d’urgence a été déclaré à la prison d’Idrizovo
et des effectifs de la police et de l’armée ont été déployés sur
place en raison d’un manque chronique de personnel entraînant des
risques pour la sécurité. En 2021, le CPT avait qualifié certaines
des zones de cette prison d’inhumaines, surpeuplées et insalubres.
L’impunité pour les actes de torture et autres mauvais traitements
est favorisée par l’insuffisance de la formation, des enquêtes et
des moyens alloués au mécanisme national de prévention, ainsi que
par l’absence de mise en place d’un mécanisme de surveillance indépendant
pour les gardiennes et gardiens et pour les policières et policiers
.
111. Le 8 octobre 2024, le Président du CPT, Alan Mitchell, et
le Vice-Gouverneur de la Banque de développement du Conseil de l’Europe
(CEB), Tomáš Boček, ont eu un échange considéré comme constructif avec
le Premier ministre de Macédoine du Nord, Hristijan Mickoski, sur
l’accélération du processus de réforme pénitentiaire dans le pays.
M. Mickoski a été informé de la situation désastreuse de la prison
d’Idrizovo. En réponse, le Premier ministre a déclaré que son gouvernement
reconnaissait l’importance capitale de la réforme pénitentiaire
pour le système de justice pénale et que le pays respecterait ses
engagements internationaux. Il a reconnu que le système pénitentiaire
avait besoin d’investissements plus importants
.
112. En outre, le CPT a publié le 4 octobre 2024 la réponse des
autorités de Macédoine du Nord au rapport sur la visite du Comité
en octobre 2023
. Les autorités de
Macédoine du Nord ont présenté les mesures prises et envisagées
pour mettre en œuvre les recommandations formulées par le CPT dans
son rapport. Sont notamment cités les travaux préparatoires pour
le projet de reconstruction de la section en régime fermé de la prison
d'Idrizovo cofinancé par un prêt de la Banque de développement du
Conseil de l'Europe, l’amélioration de la qualité de la nourriture
fournie aux détenus de la prison d'Idrizovo, le recrutement et la
formation de personnel pénitentiaire supplémentaire et les efforts
continus pour lutter contre la corruption. Enfin, la réponse souligne
les efforts déployés dans la lutte contre les mauvais traitements
infligés par la police. Des informations sont également fournies
sur la gestion de l’immobilisation prolongée et inadéquate des patients
psychiatriques, la rénovation des unités délabrées des hôpitaux
psychiatriques visités et le processus de désinstitutionnalisation
des résidentes et résidents des foyers sociaux
.
113. En novembre 2025, nous avons reçu des précisions de la Direction
de l’exécution des sanctions sur les récentes mesures prises pour
mettre en œuvre les recommandations du CPT, en particulier des mesures
en matière de lutte contre la corruption dans les établissements
pénitentiaires et correctionnels (inspections, enquêtes criminelles
et poursuites), la poursuite de la deuxième phase de construction
à la prison d’Idrizovo, les formations destinées au personnel pénitencier,
le lancement de procédures de nomination du personnel administratif
et autre dans les prisons et les mesures adoptées pour améliorer
les services de soins de santé dans les établissements pénitentiaires
et correctionnels
.
Nous avons également été informés de la publication, par le ministère
de la Justice, du nouveau projet de loi relative à la probation
(2025). Cette loi a pour objectif de remédier aux lacunes identifiées
dans les anciennes pratiques des services de probation et d’améliorer
l’efficacité du système
.
7.3. Griefs liés au passé
114. Le 15 janvier 2024, l’ancienne
Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Dunja Mijatović,
a écrit aux Premiers ministres des États membres du Conseil de l’Europe
de la région de l’ex-Yougoslavie. Dans ces lettres, elle recommandait
aux autorités de prendre un certain nombre de mesures pour se confronter
à leur passé violent et progresser plus résolument vers la cohésion
sociale, la justice et la réconciliation. Dans sa lettre au Premier
ministre de la Macédoine du Nord, tout en reconnaissant que le conflit dans
ce pays avait été de bien moindre ampleur que dans d’autres pays
de la région, elle invitait les autorités à prendre des mesures
concrètes pour mieux respecter les droits des victimes, en se confrontant
aux griefs liés au passé dans un souci de cohésion sociale (comme
notamment l’abrogation de l’interprétation authentique de 2012 de
la loi d’amnistie de 2002, l’instruction des dossiers transférés
par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie aux tribunaux
nationaux ou la réforme du système éducatif)
.
115. Dans sa résolution du 9 juillet 2025, le Parlement européen
a rappelé la nécessité d’ouvrir les archives des services secrets
yougoslaves conservées en Macédoine du Nord «afin de traiter le
passé totalitaire de manière transparente, en vue de renforcer la
démocratie, la responsabilité et les institutions dans les Balkans occidentaux»
.
7.4. Droit à un environnement propre et sain
116. Lors de sa visite en Macédoine
du Nord en avril 2025, le Commissaire du Conseil de l’Europe a également
examiné la question de la protection de l’environnement et son impact
sur les droits humains. Il a noté que trois villes du pays – Skopje,
Bitola et Tetovo – dépassaient régulièrement les niveaux acceptables de
particules polluantes présentes dans l’air et se classaient parmi
les 10 villes les plus polluées d’Europe, et parfois du monde. Selon
l’Agence européenne pour l’environnement, près de 3 600 personnes
meurent prématurément dans le pays chaque année en raison de la
pollution atmosphérique. Les principales causes de la pollution
atmosphérique sont la combustion de bois, de combustibles de mauvaise
qualité et de déchets par les ménages privés afin de se chauffer
en hiver, ainsi que la pollution industrielle – notamment la centrale électrique
au charbon de Bitola, qui est la principale source d’énergie du
pays – et la circulation
. Le Commissaire
a également exprimé ses craintes quant aux risques environnementaux
qui touchent les Roms de manière disproportionnée, notamment la
pollution atmosphérique et la pollution due aux déchets, l’exclusion
des services publics, tels que l'accès à l’eau potable, à l’hygiène
et à l’assainissement et à l’élimination des déchets (y compris
des déchets toxiques)
.
117. Le Commissaire a certes reconnu le cadre juridique et politique
solide ainsi que les engagements internationaux de la Macédoine
du Nord, y compris la reconnaissance constitutionnelle du droit
à un environnement sain, mais il a pris acte des retombées négatives
d’une mauvaise mise en œuvre sur la santé et les droits humains.
Il a recommandé de veiller à ce que les tribunaux soient habilités
à traiter les violations des droits humains liés à l’environnement
et de soutenir les défenseur·es de ces droits, notamment en leur donnant
accès à des financements et à des garanties contre les poursuites-bâillons
.
8. Intégration européenne
118. La Macédoine du Nord est restée
engagée en faveur de son processus d’intégration européenne. Le 26 mars 2020,
le Conseil de l’Union européenne a décidé d’ouvrir les négociations
d’adhésion avec la Macédoine du Nord (et l’Albanie) – une décision
que le pays attendait depuis 2004, année où il a déposé sa demande
d’adhésion à l’UE
.
119. Malgré tout, l’adhésion du pays à l’Union européenne est toujours
retardée en raison d’un différend avec la Bulgarie sur l’histoire,
la langue et la culture. Dans le sillage d’une proposition française
visant à lever le veto de la Bulgarie sur l’adhésion du pays à l’UE,
il a été convenu en juillet 2022 que la Macédoine du Nord modifierait
sa Constitution pour y insérer une référence à la minorité bulgare
dans son préambule. Le 18 juillet 2023, le précédent gouvernement
a adopté l’initiative de révision de la Constitution, qui a été
soumise au parlement
. Le projet prévoyait l’inclusion
de six autres communautés dans le préambule et dans deux articles
de la Constitution, à savoir le peuple bulgare, le peuple croate,
le peuple monténégrin, le peuple slovène, le peuple juif et le peuple
égyptien. Le 18 août 2023, une session plénière consacrée à l’adoption
de ces amendements constitutionnels a été ajournée, la majorité
des deux tiers requise n’ayant pas été atteinte
.
120. L’actuel Premier ministre, M. Mickoski, a déclaré que son
gouvernement ne réviserait la Constitution que si la Bulgarie approuvait
d’abord l’adhésion de la Macédoine du Nord à l’UE. M. Mickoski a
également invoqué le fait que la Bulgarie n’avait pas encore exécuté
les arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme relatifs
à l’enregistrement des associations de Macédoniennes et Macédoniens
vivant dans ce pays. Alors qu’un nouveau gouvernement bulgare a
été nommé en janvier 2025, dirigé par Rossen Jeliazkov – homme politique
de centre-droit et ancien président du parlement – les observatrices
et observateurs sont sceptiques quant au fait qu’il réussisse à
sortir de l’impasse avec la Macédoine du Nord
.
121. Les relations avec la Bulgarie et avec l’Union européenne
se sont encore tendues après que les ambassadrices et ambassadeurs
de l’UE réunis à Bruxelles le 25 septembre 2024 ont décidé de faire
avancer le processus d’adhésion de l’Albanie à l’Union, indépendamment
de celui de la Macédoine du Nord, alors même que les deux pays des
Balkans occidentaux avaient officiellement entamé les négociations
d’adhésion en même temps en 2022
.
La première série de négociations d’adhésion entre l’Albanie et
l’UE a été officiellement ouverte le 15 octobre 2024.
122. En novembre 2024, la Commissaire européenne chargée de l’élargissement,
Marta Kos, a déclaré qu’elle attendait de la Macédoine du Nord qu’elle
procède à la révision de sa Constitution
. Une position similaire a été exprimée
par le Parlement européen le 9 juillet 2025 dans une résolution
sur les rapports 2023 et 2024 de la Commission européenne sur la
Macédoine du Nord. Le Parlement européen a salué les politiques
pro-européennes et pro-OTAN du pays et s’est félicité des avancées
en matière de démocratie et de réformes socio-économiques. Il a
témoigné son soutien à la volonté de la Macédoine du Nord d’adhérer
à l’Union. Il a toutefois rappelé que le Conseil de l’UE n’avait
pas exclu l’adoption de nouvelles conditions (autres que la mise
en œuvre de la «proposition française») pour l’ouverture des négociations
d’adhésion
. Il
s’est également déclaré préoccupé par le renforcement des alliances
entre les autorités et des «régimes illibéraux».
123. Lors de notre visite à Skopje, nous avons échangé avec de
nombreuses personnes à propos de la question de l’adhésion à l’UE
et de la révision constitutionnelle requise, notamment avec des
parlementaires et le ministre des Affaires étrangères. La majorité
des personnes, issues de commissions parlementaires et groupes politiques
divers, n’étaient pas opposées à l’adoption de la révision de la
Constitution. Toutefois, les autorités et les parlementaires qui
les soutiennent ont estimé que cette révision ne pouvait être adoptée
qu’à la condition qu’elle n’entre en vigueur qu’après l’adhésion
de la Macédoine du Nord à l’Union européenne.
9. Conclusion
124. Le présent rapport présente
les principaux développements survenus en Macédoine du Nord dans
le contexte de la mise en œuvre de la Résolution 2304 (2019) de l’Assemblée. En nous référant aux conclusions incluses
dans cette résolution, nous nous sommes concentrés sur le fonctionnement
des institutions démocratiques, le cadre électoral, le pouvoir judiciaire,
les mesures prises en matière de prévention et de lutte contre la
corruption et la poursuite de politiques inclusives visant à garantir
les droits des minorités (y compris pour la communauté rom) et nous
avons également examiné la situation générale des droits humains
dans le pays.
125. Nous concluons que la Macédoine du Nord est une démocratie
qui fonctionne bien, où les droits humains et les libertés fondamentales
(notamment les libertés politiques telles que les droits à la liberté d’association,
de réunion et d’expression et le pluralisme des médias) sont généralement
respectés. Néanmoins, il est urgent de réformer le cadre électoral,
conformément aux recommandations formulées de longue date par le
BIDDH de l’OSCE et la Commission de Venise. Nous espérons qu’après
les récentes élections locales, les autorités prendront sans plus
tarder les mesures législatives nécessaires.
126. S’agissant du respect de l’État de droit, les autorités ont
adopté un certain nombre de mesures visant à réformer le pouvoir
judiciaire et le ministère public et à prévenir et lutter contre
la corruption. Nous saluons en particulier les progrès réalisés
en vue d’assurer la transparence du travail du Conseil de la magistrature,
le fonctionnement du pouvoir judiciaire en général et la mise en
œuvre des recommandations formulées par le GRECO afin d'améliorer
la prévention et la lutte contre la corruption. Nous restons toutefois
préoccupé·es par les nombreuses allégations de politisation du pouvoir
judiciaire et de corruption généralisée dans le secteur public ainsi
que par l’absence de mesures effectives visant à lutter contre ces
phénomènes.
127. La Macédoine du Nord, un pays multiethnique, multiculturel
et multiconfessionnel, pourrait servir de modèle à d'autres pays
pour la promotion d’une culture et d'une mentalité du «vivre-ensemble»,
même s’il reste un certain nombre de problèmes à résoudre, tels
que la réforme du mécanisme dit d’«équilibrage», le respect des
droits des personnes appartenant à la minorité ethnique bulgare,
les conditions de vie de la communauté rom et le droit des enfants
roms à l’éducation.
128. Si les droits humains et fondamentaux sont en règle générale
respectés, nous restons toutefois préoccupés par les mauvaises conditions
dans certains lieux de détention (en particulier à la prison d’Idrizovo) et
demandons instamment aux autorités de mettre en œuvre sans délai
les recommandations du CPT en suspens, en coopération avec la Banque
de développement du Conseil de l’Europe.
129. Nous regrettons que le parlement n’ait pas été en mesure jusque-là
de dégager un compromis pour mettre en œuvre la «proposition française»
prévoyant l’inclusion d’une mention à la minorité ethnique bulgare dans
la Constitution, condition requise pour la poursuite du processus
de négociation de l’adhésion du pays à l’Union européenne.
130. En conclusion, nous proposons de clore le dialogue postsuivi
avec la Macédoine du Nord. Nous aimerions toutefois suggérer que
la commission de suivi consacre dans quelques années l’un de ses
futurs examens périodiques à la Macédoine du Nord afin d'évaluer
les progrès réalisés au regard des questions non résolues, telles
que la réforme du cadre électoral, le pouvoir judiciaire et le ministère
public, la lutte contre la corruption, la poursuite de politiques
inclusives visant à garantir les droits des minorités et les mauvaises conditions
de détention.
