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A. Projet de
résolution
(open)
B. Exposé
des motifs de Mme Zanda Kalniņa-Lukaševica, rapporteure
(open)
Rapport | Doc. 16316 | 06 janvier 2026
Évolution de la procédure de suivi de l’Assemblée (janvier – décembre 2025)
Commission pour le respect des obligations et engagements des États membres du Conseil de l'Europe (Commission de suivi)
A. Projet de
résolution 
(open)1. L’Assemblée parlementaire reconnaît
le travail accompli par la commission pour le respect des obligations
et engagements des États membres du Conseil de l’Europe (commission
de suivi) dans l’accomplissement de son mandat tel que défini dans
la Résolution 1115 (1997) (modifiée) sur la «Création d’une commission de l’Assemblée
pour le respect des obligations et engagements des États membres
du Conseil de l’Europe (commission de suivi)». Elle salue en particulier
le travail de la commission dans l’accompagnement des 10 pays faisant
l’objet d’une procédure de suivi complète (Arménie, Azerbaïdjan, Bosnie-Herzégovine,
Géorgie, Hongrie, République de Moldova, Pologne, Serbie, Türkiye
et Ukraine) dans leurs efforts pour se conformer pleinement aux
obligations et aux engagements qu’ils ont contractés lors de leur
adhésion au Conseil de l’Europe. Elle se félicite également des
efforts des pays engagés dans un dialogue postsuivi (Albanie, Monténégro
et Macédoine du Nord), ainsi que des pays faisant l’objet d’un suivi
périodique de leurs obligations en tant qu’États membres (Grèce,
Pays-Bas, Espagne et Suède).
2. L’Assemblée félicite la Bulgarie pour la clôture de son dialogue
postsuivi en 2025, reconnaissant ainsi les progrès réalisés dans
la mise en œuvre des recommandations restantes de l’Assemblée concernant
ses obligations de membre et ses engagements d’adhésion.
3. L’Assemblée prend note des visites d’information effectuées
en 2025 et des conclusions des corapporteurs en ce qui concerne
la Bosnie-Herzégovine, la Bulgarie, l’Espagne, la Géorgie, la Macédoine
du Nord, la République de Moldova, la Suède, la Türkiye et l’Ukraine.
4. L’Assemblée salue l’évolution positive et les progrès accomplis
au cours de la période de référence dans les pays faisant l’objet
d’une procédure de suivi complète ou engagés dans un dialogue postsuivi;
elle exprime son inquiétude quant à certains développements négatifs
et aux lacunes qui subsistent, et invite instamment tous ces pays
à intensifier leurs efforts pour honorer pleinement leurs obligations
de membre et les engagements découlant de leur adhésion au Conseil
de l’Europe. L’Assemblée est prête et déterminée à coopérer ainsi
qu’à aider les États membres à cet égard.
5. En ce qui concerne les pays qui font l’objet d’une procédure
de suivi complète:
5.1. s’agissant
de l’Arménie, l’Assemblée déplore la polarisation excessive de la
vie politique et la stigmatisation des opposants par l’ensemble
des acteurs politiques. Elle est profondément préoccupée par les
tensions entre le Premier ministre et le chef de l’Église arménienne,
ainsi que par les informations faisant état de complots visant à
usurper le pouvoir fomentés par plusieurs membres du clergé de l’Église
apostolique arménienne. Tout en réitérant que trois scrutins consécutifs
depuis 2018 se sont déroulés sans irrégularités, l’Assemblée rappelle
la nécessité de mettre en œuvre des règles encadrant l’utilisation
abusive des ressources publiques et le financement des partis politiques.
À l’approche des élections législatives de juin 2026, l’Assemblée
appelle à une amélioration des relations entre la majorité et l’opposition
afin de garantir une campagne électorale axée sur les enjeux et
les programmes, et exempte d’attaques personnelles entre candidats.
À cet égard, l’Assemblée rappelle la recommandation de la Commission
européenne contre le racisme et l'intolérance (ECRI) selon laquelle
«[l]es organes élus et les partis politiques devraient adopter des
codes de conduite adaptés interdisant le discours de haine et appeler
leurs membres et sympathisants à ne pas y recourir, l’approuver
ni le diffuser, et prévoir des sanctions». L’Assemblée prend note
de l’intention du Premier ministre actuel d’organiser un référendum
constitutionnel après les élections législatives de 2026;
5.2. s’agissant de l’Azerbaïdjan, se référant à sa Résolution 2527 (2024) «Contestation, pour des raisons substantielles, des
pouvoirs non encore ratifiés de la délégation parlementaire de l’Azerbaïdjan»,
l’Assemblée demeure vivement préoccupée par la dégradation continue
de la situation des droits humains dans le pays et par l’augmentation
du nombre de personnes détenues pour des motifs politiques allégués,
parmi lesquelles des acteurs de la société civile, des journalistes
et professionnels des médias, des universitaires, des responsables
politiques de l’opposition et d’autres critiques du gouvernement.
Elle demande instamment aux autorités de mettre fin aux poursuites engagées
à des fins de représailles et de libérer immédiatement toutes les
personnes détenues pour des motifs politiques, notamment 23 détenus
arméniens, le défenseur des droits humains, M. Anar Mammadli, et
les journalistes et professionnels des médias impliqués dans l’affaire
Abzas Media. Elle leur demande également de modifier la loi sur
les partis politiques, la loi sur les médias ainsi que la législation
applicable aux organisations non gouvernementales conformément aux
recommandations de la Commission européenne pour la démocratie par
le droit (Commission de Venise), et d’exécuter les arrêts de la
Cour européenne des droits de l’homme. L'Assemblée réitère sa condamnation
de la décision prise par le ministère des Affaires étrangères de
l'Azerbaïdjan de déclarer persona non grata de nombreux membres
de l'Assemblée, notamment en raison de leur vote en faveur de la Résolution 2527 (2024), et exhorte les autorités à revenir immédiatement sur
cette décision. L’Assemblée prend note de la reprise de la coopération
entre les autorités azerbaïdjanaises et le Comité européen pour
la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains
ou dégradants (CPT) et appelle les autorités à engager un dialogue
constructif avec l’ensemble des organes du Conseil de l’Europe,
y compris avec l’Assemblée elle-même;
5.3. s’agissant de la Bosnie-Herzégovine, l’Assemblée prend
note du règlement de la récente crise politique grâce au respect
de l’État de droit et au recours à des élections démocratiques.
Elle accueille également favorablement la décision de l’Assemblée
nationale de la Republika Srpska d’annuler les lois adoptées entre
2023 et 2025 au niveau de l’entité et déclarées inconstitutionnelles.
L’Assemblée prend note de l’organisation d’une élection anticipée
pour la présidence de la Republika Srpska, qui permettra de remplacer
M. Dodik, dont le mandat a fait l’objet d’une annulation par une
décision judiciaire définitive et juridiquement contraignante. Elle
regrette toutefois la très faible participation électorale et les allégations
de fraude ayant entaché ce scrutin, malgré les amendements apportés
en 2024 au Code électoral afin de renforcer la transparence et l’intégrité
du processus électoral. En ce qui concerne le processus décisionnel
au niveau de l’État, l’Assemblée est préoccupée par le recours persistant
aux veto et aux procédures de blocage pour des motifs politiques,
qui entravent la mise en œuvre des réformes. L’Assemblée invite
instamment la Présidence de Bosnie-Herzégovine à achever sans plus tarder
la procédure de sélection pour le poste de juge à la Cour européenne
des droits de l’homme au titre de la Bosnie-Herzégovine, dans le
respect des exigences d’équité et de transparence. Elle prend note
des discussions en cours concernant les amendements à la loi sur
les tribunaux de Bosnie-Herzégovine et à la loi sur le Conseil supérieur
des juges et des procureurs, et invite les autorités compétentes
à adopter rapidement ces instruments législatifs, conformément aux
recommandations de la Commission de Venise;
5.4. s’agissant de la Géorgie, l’Assemblée réaffirme la position
qu’elle a exprimée dans ses Résolutions
2585 (2025), 2600 (2025) et 2624 (2025), et fait part de sa profonde inquiétude face à l’effondrement
accéléré de la démocratie en Géorgie. Elle déplore vivement que
les développements survenus en 2025 aient remis en cause l’existence
même d’un système démocratique dans le pays ainsi que la volonté
des autorités de respecter les obligations liées à l’adhésion de
la Géorgie au Conseil de l’Europe et les engagements qu’elle a contractés.
L’Assemblée condamne la saisine de la Cour constitutionnelle par
la majorité au pouvoir en vue d’interdire trois mouvements d’opposition
majeurs: le Mouvement national uni, Ahali/Coalition pour le changement
et Une Géorgie forte–Lelo. Elle exprime également sa préoccupation
face aux accusations fabriquées de toutes pièces et motivées par
des considérations politiques visant des chefs de file de l’opposition
et des acteurs majeurs de la société civile. L’Assemblée demande
aux autorités de mettre fin à ces actions inacceptables dirigées
contre l’opposition démocratique, dont la poursuite reviendrait
à instaurer une dictature en Géorgie. L’Assemblée les appelle à
inverser immédiatement cette tendance au recul démocratique, à renouer
le dialogue avec elle et à veiller au plein respect de ses obligations
de membre;
5.5. s’agissant de la Hongrie, l’Assemblée renvoie à sa Résolution 2617 (2025) et réaffirme ses préoccupations quant à l’affaiblissement
des contre-pouvoirs démocratiques et à l’instrumentalisation des
normes constitutionnelles, de la Loi fondamentale et des lois cardinales
pour consolider les orientations politiques du parti au pouvoir.
En ce qui concerne les élections, l’Assemblée note avec inquiétude
que les réformes successives ont accentué la distorsion entre le
nombre de suffrages obtenus et le nombre de sièges attribués. Elle
appelle dès lors à une révision complète de la législation électorale
après 2026, s’appuyant sur un processus de consultation ouvert aux
principaux partis politiques, aux organisations de la société civile
et aux milieux universitaires. L’Assemblée exprime également sa
préoccupation face à l’absence de volonté politique de s’attaquer
à la corruption au plus haut niveau, ainsi qu’aux mesures visant
à réduire au silence les organisations de la société civile et les médias
indépendants. Elle demande à la Hongrie d’abroger la loi instituant
le Bureau de protection de la souveraineté et de rejeter le projet
de loi sur la transparence de la vie publique;
5.6. s’agissant de la République de Moldova, l’Assemblée salue
l’engagement constant des autorités moldaves en faveur de la réforme
de leurs institutions démocratiques, conformément aux normes et standards
européens. Elle leur demande instamment de veiller à ce que ces
réformes soient menées de manière aussi transparente et inclusive
que possible, afin d’en garantir l’efficacité et le caractère irréversible.
L’Assemblée condamne l’ingérence d’une ampleur sans précédent de
la Fédération de Russie dans les récentes élections législatives,
ainsi que ses tentatives de déstabiliser le pays. Pour renforcer
la résilience des institutions moldaves face à de telles ingérences,
l’Assemblée recommande aux autorités de poursuivre la réforme de
la législation électorale, en tenant pleinement compte des recommandations
de la Commission de Venise, notamment en ce qui concerne le vote
par correspondance. Elle les invite également à continuer de consolider
le cadre juridique relatif à la liberté d’expression, en réexaminant
la législation permettant l’interdiction de médias et en adoptant
sans délai la nouvelle loi sur les médias;
5.7. s’agissant de la Pologne, l’Assemblée prend note des résultats
de l’élection présidentielle, qualifiée par la mission internationale
d’observation électorale de “compétitive et bien organisée”, qui s’est
tenue en mai et juin 2025. Elle exprime sa préoccupation face à
la profonde polarisation du pays et invite instamment le gouvernement
et le président à coopérer pour résoudre leurs différends institutionnels
et lever les blocages qui entravent les réformes judiciaires indispensables
à la mise en œuvre des arrêts de la Cour européenne des droits de
l’homme relatifs à l’indépendance du pouvoir judiciaire en Pologne.
En conséquence, l’Assemblée appelle les autorités à tenir pleinement
compte des recommandations de la Commission de Venise dans son prochain
avis sur les projets de loi relatifs au statut des juges en Pologne;
5.8. s’agissant de la Serbie, l’Assemblée s’inquiète de l’escalade
des manifestations de masse en cours depuis novembre 2024, consécutives
à l’effondrement de la toiture de la gare de Novi Sad. Elle relève
que ces mobilisations se sont étendues à l’ensemble du pays et rassemblent
un large éventail de groupes sociaux qui demandent de nouvelles
élections, l’obligation de rendre des comptes, la transparence et
la justice. L’Assemblée appelle les autorités serbes à répondre
aux revendications légitimes des manifestants et à engager un dialogue
constructif. Elle leur demande aussi de s’abstenir de tout recours
disproportionné à la force contre les manifestants et de veiller
à ce que tous les actes de violence fassent l’objet d’enquêtes rapides,
indépendantes et approfondies. Toute personne reconnue responsable
d’actes violents, qu’il s’agisse de membres des services répressifs
ou de particuliers, doit répondre de ses actes. L’Assemblée appelle
également les autorités à mettre un terme au harcèlement, aux campagnes
de dénigrement et aux intimidations visant les organisations de
la société civile et les militants. A propos de la liberté des médias,
l’Assemblée est préoccupée par les informations faisant état de
la surveillance de journalistes et de militants serbes et invite
instamment les autorités à mettre un terme à ces pratiques et à
mener des enquêtes efficaces sur les abus commis. Les responsables
doivent être tenus de rendre des comptes. La préparation du prochain
rapport sur le respect des obligations et engagements de la Serbie
est une priorité;
5.9. s’agissant de la Türkiye, l’Assemblée renvoie à ses Résolutions 2599 (2025), 2528 (2024), 2518 (2023) et 2459 (2022). Elle réitère son appel aux autorités pour qu’elles
mettent pleinement et rapidement en œuvre les arrêts de la Cour
européenne des droits de l’homme et qu’elles procèdent, sans délai,
à la libération de MM. Kavala et Demirtaş ainsi que de Mme Yüksekdağ
Şenoğlu. Elle les invite également à adopter les mesures législatives
nécessaires à l’introduction du «droit à l’espoir» (voir arrêt Őcalan c. Türkiye (n° 2)). L’Assemblée demande instamment
aux autorités d’engager les réformes indispensables pour rétablir
un système effectif de contre-pouvoirs et garantir l’indépendance
pleine et entière du système judiciaire. Elle les appelle également
à mettre un terme à toutes les formes de représailles visant des
responsables politiques, avocats, journalistes et militants de la
société civile, et à prendre toutes les mesures requises pour éliminer
les mauvais traitements physiques dans les lieux de détention et
faire en sorte que les responsables aient à répondre de leurs actes.
L’Assemblée demande en outre aux autorités de respecter la volonté
populaire telle qu’elle a été exprimée lors des élections démocratiques,
notamment en s’abstenant de remplacer les maires démocratiquement
élus par des administrateurs nommés par le ministre de l’Intérieur
et en mettant fin aux attaques contre les partis d’opposition, notamment
le principal parti d’opposition, le Parti républicain du peuple
(CHP). Rappelant sa Résolution
2597 (2025), elle réitère son appel en faveur de la libération de
M. Ekrem İmamoğlu et de l’abandon de toutes les charges infondées
pesant contre lui. Enfin, l’Assemblée prend note du processus «Türkiye
sans terrorisme» engagé à la suite de l’appel lancé le 27 février
2025 par le dirigeant emprisonné du Parti des travailleurs du Kurdistan
(PKK), Abdullah Őcalan, invitant le PKK à déposer les armes et à
se dissoudre. Elle invite les autorités et l’ensemble des parties
concernées à continuer de mettre en œuvre des mesures concrètes
dans le cadre de ce processus, afin de parvenir à une paix durable
et à une stabilité de la vie politique;
5.10. s’agissant de l’Ukraine, l’Assemblée se félicite des nombreuses
réformes engagées par les autorités ukrainiennes pour garantir le
fonctionnement des institutions démocratiques et de l’État de droit conformément
aux normes européennes, et ce malgré l’agression de grande ampleur
que continue de mener la Fédération de Russie. Elle prend note du
programme de réforme ambitieux lancé dans le cadre des négociations
d'adhésion à l'Union européenne, dont une grande partie concerne
des domaines également couverts par la procédure de suivi relative
à l'Ukraine. Elle invite toutefois les autorités ukrainiennes à
renforcer le contrôle parlementaire de l’exécutif et à veiller à
ce que les processus législatifs soient transparents et inclusifs.
Au cours de la période évaluée, l'Ukraine a globalement continué
à progresser dans la lutte contre la corruption endémique dans le
pays. Néanmoins, constatant la persistance d'une corruption généralisée
en Ukraine, l'Assemblée se dit préoccupée par des informations signalant
des actions susceptibles de limiter l’autonomie et l’efficacité
des organes anticorruption du pays. Elle accueille avec satisfaction
les démarches engagées pour aligner les droits des minorités sur
les normes européennes et appelle en conséquence les autorités à
donner suite aux recommandations de la Commission de Venise concernant
la «Loi sur les minorités nationales (communautés) d’Ukraine» ainsi
que les législations connexes, notamment la loi sur l’éducation
et la loi sur la langue d’État. L’Assemblée rend hommage à la résilience
de la population ukrainienne face à l’agression flagrante de la
Fédération de Russie, agression pour laquelle la Fédération de Russie
doit être tenue pleinement responsable.
6. L’Assemblée se félicite du paraphe de l’accord de paix entre
l’Arménie et l’Azerbaïdjan, qui ouvre la voie à un règlement définitif
du conflit de longue date opposant ces deux États membres du Conseil
de l’Europe et qui devrait apporter stabilité et paix à la région.
Elle appelle les autorités arméniennes et azerbaïdjanaises à signer
et ratifier et à mettre pleinement en œuvre cet accord de paix.
7. En ce qui concerne les pays engagés dans un dialogue postsuivi
avec l’Assemblée en 2025:
7.1. s’agissant
de l’Albanie, l’Assemblée prend note de l’engagement exprimé par
les autorités albanaises à mettre en œuvre les recommandations formulées
par l’Assemblée dans sa Résolution 2544
(2024), qui a clos la procédure de suivi pour ce pays et ouvert
le dialogue postsuivi. Elle appelle l’ensemble des forces politiques
à engager un dialogue constructif et inclusif afin de répondre aux recommandations
restantes énoncées dans cette résolution. L’Assemblée salue également
le caractère concurrentiel des récentes élections législatives,
ainsi que la mise en œuvre du vote depuis l’étranger, conformément
à sa recommandation. Elle regrette toutefois les lacunes constatées
dans le déroulement du scrutin, en particulier les informations
faisant état d’abus de ressources administratives et d’achat de voix.
L’Assemblée invite par conséquent le parlement à remédier aux insuffisances
et ambiguïtés du cadre électoral qui en entravent l’application.
Elle est préoccupée par l’absence d’amélioration de l’environnement
médiatique. La concentration de la propriété des médias demeure
une source de préoccupation, et les recommandations de l’Assemblée
concernant la dépénalisation de la diffamation et la lutte contre
les procédures-bâillons (ou poursuites stratégiques contre la participation
publique) doivent être traitées en priorité;
7.2. s’agissant de la Bulgarie, l’Assemblée rappelle sa Résolution 2620 (2025), par laquelle elle a décidé de clore le dialogue postsuivi
avec ce pays et d’en suivre désormais l’évolution en matière d’État de
droit, de démocratie pluraliste et de droits humains dans le cadre
de ses examens périodiques. Elle appelle les autorités bulgares
à remédier dans les meilleurs délais aux insuffisances relevées
dans cette résolution, en étroite coopération avec les organes compétents
du Conseil de l’Europe. Elle les invite en particulier à reprendre
la réforme de l’organisation de l’État, soit par l’adoption de législations
ordinaires, soit par de nouveaux amendements constitutionnels adoptés
par la Grande Assemblée nationale, et à prendre les mesures nécessaires
pour mettre pleinement et rapidement en œuvre les arrêts de la Cour européenne
des droits de l’homme en instance depuis au moins dix ans. Enfin,
l’Assemblée appelle les autorités à adopter des réformes électorales
susceptibles de favoriser la formation de gouvernements plus stables;
7.3. s’agissant du Monténégro, l’Assemblée salue les initiatives
engagées par les autorités pour adopter les réformes législatives
recommandées par l’Assemblée, conformément aux normes du Conseil
de l’Europe, et souligne en particulier leur coopération exemplaire
avec la Commission de Venise;
7.4. s’agissant de la Macédoine du Nord, l’Assemblée invite
l’ensemble des forces politiques à parvenir à un consensus sur la
révision de la Constitution, condition indispensable pour permettre
au pays de progresser sur la voie de l’adhésion à l’Union européenne.
Elle encourage les autorités à intensifier les réformes engagées
afin de renforcer la démocratie, l’État de droit et les droits humains dans
le pays. Elle appelle en particulier les autorités à mettre en œuvre
les recommandations en suspens de la Commission de Venise et du
Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme de
l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (BIDDH/OSCE)
concernant la réforme de la législation électorale, ainsi que les
recommandations du Groupe d'États contre la corruption (GRECO) issues
de ses quatrième et cinquième cycles d’évaluation relatifs respectivement à
la prévention de la corruption des parlementaires, juges et procureurs,
et de la prévention de la corruption et promotion de l’intégrité
dans les gouvernements centraux (hautes fonctions de l’exécutif) et
les services répressifs. L’Assemblée est préoccupée par les nombreux
cas de mauvais traitements infligés par la police à des personnes
privées de liberté et par la situation dans les établissements pénitentiaires,
en particulier à Idrizovo; elle demande aux autorités d’appliquer
sans délai les recommandations en suspens du CPT. Elle les invite
également à exécuter pleinement et rapidement les arrêts de la Cour
européenne des droits de l’homme et, en particulier, à adopter les
mesures législatives nécessaires à l’exécution des arrêts X. c. l’ex-République yougoslave de Macédoine, concernant
l’absence de législation encadrant les modalités et procédures de
changement de sexe des personnes transgenres dans les actes de naissance,
et Elmazova et autres c. Macédoine du
Nord, relatif à la discrimination des élèves roms.
8. En ce qui concerne les pays qui ont fait l’objet en 2025 d’une
procédure d’examen périodique des obligations en tant qu’États membres
du Conseil de l’Europe:
8.1. s’agissant
des Pays-Bas, l’Assemblée note que l’élaboration du rapport a été
interrompue en raison des élections législatives anticipées dans
le pays, suivies de négociations de coalition, ce qui a nécessité
une extension du délai de renvoi pour ce rapport jusqu’en mars 2027;
8.2. s’agissant de l’Espagne, l’Assemblée attend des autorités
qu’elles répondent aux préoccupations et recommandations formulées
dans l’«Avis sur le mode d’élection des membres judiciaires du Conseil général
du pouvoir judiciaire» de la Commission de Venise (CDL-AD(2025)038). Elle les appelle également à mettre en œuvre sans
délai les recommandations en suspens du GRECO issues de ses quatrième
et cinquième cycles d’évaluation, portant respectivement sur la
prévention de la corruption des parlementaires, juges et procureurs,
et de la prévention de la corruption et promotion de l’intégrité dans
les gouvernements centraux (hautes fonctions de l’exécutif) et les
services répressifs;
8.3. s’agissant de la Suède, l’Assemblée prend note avec intérêt
des débats en cours sur des amendements constitutionnels visant
à prévenir tout risque de recul démocratique. Elle relève que les élections
législatives prévues en septembre 2026, ainsi que les négociations
de coalition qui suivront, devraient entraîner un décalage dans
la procédure de suivi périodique concernant la Suède;
8.4. s’agissant de la Grèce, l'Assemblée constate que la préparation
du rapport n'a pas encore véritablement commencé;
9. L’Assemblée se félicite de la coopération étroite et continue
avec la Commission de Venise dans le cadre des procédures de suivi
parlementaire, comme en témoigne le nombre important d’avis sollicités
et rendus ainsi que les nombreuses auditions de suivi organisées
avec la participation de rapporteurs de la Commission de Venise.
La possibilité, pour la commission de suivi, de solliciter des avis
de la Commission de Venise concernant tout État membre constitue
un instrument essentiel lui permettant de s’acquitter de son mandat.
B. Exposé
des motifs de Mme Zanda Kalniņa-Lukaševica, rapporteure 
(open)1. Introduction
1. La procédure de suivi de l'Assemblée
parlementaire repose sur la Résolution
1115 (1997) relative à la création d'une commission de l’Assemblée
pour le respect des obligations et engagements des États membres du
Conseil de l'Europe (commission de suivi) (telle que modifiée par
les Résolutions 1431
(2005), 1515 (2006), 1698 (2009), 1710 (2010), 1936 (2013), 2018 (2014), 2261 (2019), 2325 (2020), 2357 (2021), 2428 (2022), 2551 (2024)
et )2634 (2025)). La Résolution
1115 (1997) définit le mandat de la commission de suivi et prévoit «qu’elle
est chargée de veiller au respect des obligations contractées par
les États membres aux termes du Statut du Conseil de l'Europe [(STE
n° 1)], de la Convention européenne des droits de l'homme [(STE
n° 5)] et de toutes les autres conventions de l’Organisation auxquelles
ils sont parties, ainsi qu’au respect des engagements pris par les
autorités des États membres lors de leur adhésion au Conseil de
l'Europe».
2. Aux termes du paragraphe 14 de la Résolution 1115 (1997) telle que modifiée, la commission de suivi doit rendre
compte une fois par an de l’évolution générale des procédures de
suivi. Conformément à la pratique établie, la commission m'a confié,
en qualité de présidente, la tâche de faire rapport sur les activités
de la commission pour la période allant de janvier à décembre 2025.
3. Le mandat de la commission de suivi stipule qu’elle veille
au respect, par tous les États membres, des obligations découlant
de leur adhésion au Conseil de l’Europe et, le cas échéant, des
engagements spécifiques qu’ils ont contractés. À l’heure actuelle,
dix pays font l’objet d’une procédure de suivi complète: Arménie,
Azerbaïdjan, Bosnie-Herzégovine, Géorgie, Hongrie, République de
Moldova, Pologne, Serbie, Türkiye et Ukraine.
4. Trois pays sont actuellement engagés dans un dialogue postsuivi
(Albanie, Monténégro et Macédoine du Nord). Ce dialogue concerne
les États ayant progressé jusqu’à ce stade à l’issue d’une procédure
de suivi complète. Il s'agit d’une procédure moins intensive, axée
sur un nombre limité de questions non résolues et susceptibles d’être
réglées à brève échéance. C’est pourquoi le Règlement de l’Assemblée
précise que seuls deux rapports de dialogue postsuivi seront publiés.
Le deuxième de ces rapports doit définir si le dialogue postsuivi
peut être clos pour le pays considéré. A défaut, le pays fait à
nouveau l’objet d’une procédure de suivi complète. Le 1er octobre
2025, l'Assemblée a décidé de clore le dialogue postsuivi avec la
Bulgarie en adoptant la Résolution
2620 (2025), une décision saluée comme une évolution positive.
5. Le mandat de la commission de suivi la charge d'assurer et
d'évaluer le respect des obligations contractées par tous les États
membres aux termes du Statut du Conseil de l'Europe, de la Convention européenne
des droits de l’homme et de toutes les autres conventions de l'Organisation
auxquelles ils sont parties. Dès lors, comme le prévoit la Résolution 2261 (2019), la commission de suivi prépare des rapports d’examen
périodique sur le respect des obligations découlant de l’adhésion
au Conseil de l’Europe pour tous les États membres qui ne font pas
l’objet de l’une des deux procédures spécifiques de suivi susmentionnées. Comme
le prévoit cette résolution, la commission sélectionne les pays
devant faire l’objet d’un examen périodique selon ses méthodes de
travail interne, pour des raisons de fond, tout en maintenant l’objectif
de consacrer, au fil du temps, des examens périodiques à tous les États
membres. Elle prépare actuellement des rapports d'examen périodique
sur la Grèce, les Pays-Bas, l'Espagne et la Suède.
6. Enfin, la commission peut préparer un rapport sur le fonctionnement
des institutions démocratiques dans un État membre quand des événements
particuliers le justifient. À la suite d’une proposition de résolution déposée
par Mme Rian Vogels (Pays-Bas, ADLE)
et plusieurs de ses collègues, la commission a été saisie, le 29
septembre 2025, d'un rapport sur le fonctionnement des institutions
démocratiques en République slovaque.
7. Les commentaires et paragraphes spécifiques à chaque pays
ont été préparés sur la base des contributions des rapporteurs respectifs
et reflètent leurs rapports, notes et déclarations ainsi que les conclusions
d'autres mécanismes de suivi du Conseil de l'Europe. Ils ne doivent
donc pas être considérés comme une déclaration politique de la présidente
de la commission de suivi.
2. Aperçu des activités de la commission de suivi
2.1. Observations générales
8. 2025 a été une nouvelle année
très chargée pour la commission et son mandat de suivi du respect
des obligations envers le Conseil de l'Europe de tous les États
membres.
9. Au cours de la partie de session de janvier 2025, la commission
a été saisie d'un rapport sur la contestation, pour des raisons
substantielles, des pouvoirs non encore ratifiés de la délégation
parlementaire de la Géorgie, et j'ai été nommé rapporteure conformément
à la procédure convenue par la commission.
10. Au cours de la période de référence, les rapporteurs ont effectué
un certain nombre de visites dans les pays sous leur responsabilité
respective, dont deux visites en Géorgie et des visites en Bosnie-Herzégovine, Bulgarie,
République de Moldova, Macédoine du Nord, Espagne, Suède, Türkiye
et Ukraine.
11. Le 30 septembre 2025, la commission a eu un échange de vues
avec M. Alain Berset, Secrétaire Général du Conseil de l'Europe
dans le cadre du rapport “Le respect des obligations et engagements
de l'Azerbaïdjan”.
12. En outre, à l'initiative des rapporteurs concernés, plusieurs
auditions ont été organisées au cours des réunions de la commission.
Une audition a été consacrée à la situation des médias en Albanie.
Pour la Géorgie, une audition s’est tenue en mars et quatre échanges
de vues ont eu lieu en avril, mai, septembre et octobre 2025. Pour
la Hongrie, un échange de vues en mars sur l’évolution récente de
la situation dans le pays a été suivi, en mai, d’une audition intitulée
«Les défis pour la société civile et les médias indépendants en Hongrie».
Une audition a également porté sur les révélations concernant la
surveillance des journalistes et des militants ainsi que sur la
situation de la société civile en Serbie. En septembre, la commission
a également tenu un échange de vues sur «L’état de la mise en œuvre
par l’Espagne des recommandations du Groupe d’États contre la corruption
(GRECO) concernant la prévention de la corruption au sein du parlement,
du système judiciaire, des gouvernements centraux et des services
répressifs». En janvier, une audition conjointe avec la commission
des questions juridiques et des droits de l’homme a été organisée
dans le cadre de l’élaboration du rapport «Mise en œuvre des arrêts
de la Cour européenne des droits de l’homme – 12ème rapport».
Enfin, en septembre, une audition conjointe avec la commission sur
l’égalité et la non-discrimination a été consacrée à «La situation
des minorités nationales en Ukraine».
13. En mai, le Parlement letton a invité la commission à tenir
une réunion au cours de laquelle un échange de vues a eu lieu avec
les autorités lettones, notamment Mme Irēna
Kucina, présidente de la Cour constitutionnelle, et Mme Lauma
Paegļkalna, vice-ministre de la Justice. Un séminaire public intitulé
«La résilience et la préparation de la société civile face aux crises»
a également été organisé avec la participation de Mme Claire
Bazy Malaurie, présidente de la Commission européenne pour la démocratie
par le droit (Commission de Venise), de Mme Inese
Vaivare, directrice de la plateforme nationale pour la coopération
au développement, Lettonie, de Mme Olena
Suslova, fondatrice et analyste principale du Centre consultatif d’information
pour les femmes, Ukraine, et de M. Iulian Groza, Directeur exécutif
de l'Institut pour les politiques et réformes européennes (IPRE),
République de Moldova.
14. Au cours de la période de référence, la commission de suivi
a soumis quatre rapports de pays, notamment «Le respect par la Hongrie
des obligations découlant de l’adhésion au Conseil de l’Europe»
et «Dialogue postsuivi avec la Bulgarie», dont la clôture a été
décidée par l’Assemblée. Deux autres rapports seront examinés lors
de la partie de session de janvier 2026: «Dialogue postsuivi avec
la Macédoine du Nord» et «Le fonctionnement des institutions démocratiques
en Bosnie-Herzégovine».
15. Plusieurs rapports ont été élaborés dans le cadre de la procédure
d’urgence. Deux concernaient la Géorgie (en plus du rapport sur
la contestation de ses pouvoirs non encore ratifiés): «La situation
en Géorgie et le suivi de la Résolution
2585 (2025) «Contestation pour des raisons substantielles, des pouvoirs
non encore ratifiés de la délégation parlementaire de la Géorgie»»,
préparé durant la partie de session d’avril, et «Défendre la démocratie
et l’État de droit en Géorgie», établi lors de la partie de session
d’octobre. Un rapport sur la Türkiye, intitulé «L’arrestation du
maire d’Istanbul et la situation de la démocratie et des droits
humains en Türkiye», a également été préparé lors de la partie de
session d’avril.
16. Au cours de l’année, la commission a examiné et déclassifié
des notes d’information, l’une sur «Le respect des obligations et
engagements de la République de Moldova» et l’autre sur «Le respect
des obligations et engagements de la Géorgie».
17. Comme les années précédentes, la coopération avec la Commission
de Venise s'est poursuivie de manière étroite au cours de la période
considérée au point que la commission de suivi demeure l’un des organes
qui la sollicitent le plus. Elle a ainsi demandé des avis sur la
loi géorgienne relative à l'enregistrement des agents de l’étranger,
les modifications apportées à la loi sur les subventions et autres
lois concernant l’«influence étrangère». A propos de la Hongrie,
elle a sollicité des avis sur le projet de loi relatif à la «transparence
de la vie publique» et sur d'autres textes liés à «l'influence étrangère»,
sur le quatorzième amendement à la Loi fondamentale de la Hongrie,
ainsi que sur la loi n° LXVII de 2024 modifiant la loi n° CLI de
2011 relative à la Cour constitutionnelle et la loi définissant
le statut juridique du Procureur général, des procureurs et d'autres
personnes du ministère public, ainsi que la carrière des procureurs,
de même que sur la réforme électorale de décembre 2024. Au sujet
de la Pologne, elle a demandé un avis sur les projets de loi relatifs
au statut des juges, préparés par la Commission de codification
du ministère polonais de la Justice. Concernant la République slovaque,
elle a sollicité, en procédure d’urgence, des avis sur les projets d'amendements
à la Constitution de la République slovaque et sur la loi n° 109/2025
modifiant la loi relative aux organisations à but non lucratif fournissant
des services d'intérêt général.
2.2. Pays faisant l’objet d’une procédure de suivi complète
2.2.1. Arménie
18. La résolution de suivi la plus
récente concernant l'Arménie est la Résolution 2560 (2024), adoptée en juin 2024. L'Assemblée a félicité l'Arménie
pour son engagement constant en faveur du développement démocratique,
malgré d'importants problèmes de sécurité liés en particulier à
la crise humanitaire dans le Haut-Karabakh. L’Assemblée a salué
les efforts déployés par l’Arménie en vue de la conclusion d’un
traité de paix avec l’Azerbaïdjan et a exprimé son soutien aux réformes
électorales en cours, qui ont renforcé la transparence des scrutins.
Tout en relevant les progrès réalisés dans des domaines tels que
l’indépendance de la justice et la lutte contre la corruption, elle
a souligné la nécessité de maintenir un dialogue soutenu entre la
majorité au pouvoir et l’opposition, ainsi que l’importance de préserver
les institutions démocratiques de toute ingérence politique.
19. En 2025, la conclusion des négociations du traité de paix
entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, annoncée en mars, a dominé les
débats. Le 8 août 2025, le Premier ministre arménien et le Président
de la République d'Azerbaïdjan se sont rencontrés à Washington pour
signer le texte du projet de traité de paix et une déclaration commune,
marquant une étape importante dans l'histoire des relations bilatérales.
A leur demande commune, l'Organisation pour la sécurité et la coopération
en Europe (OSCE) a décidé de mettre un terme au processus de Minsk
et à sa structure connexe. Le 18 novembre 2025, des parlementaires
arméniens et azerbaïdjanais se sont réunis à Istanbul pour une rencontre
bilatérale sur le rôle des parlements dans la mise en œuvre des
mesures de confiance entre les deux pays. Les deux parties ont souligné
l'importance d'un dialogue constructif entre parlementaires au sein
des organisations internationales.
20. En mars 2025, l'Assemblée nationale arménienne a adopté une
loi approuvant la demande d’adhésion à l'Union européenne, marquant
ainsi un tournant majeur de la politique étrangère du pays et une
orientation renforcée vers l’intégration européenne.
21. En juin, un conflit majeur a éclaté entre l'Église apostolique
arménienne et l'État. D’importantes manifestations ont été initiées
par des responsables religieux, dans un contexte de tensions persistantes
entre le gouvernement et l’Église apostolique arménienne. Les manifestations
ont notamment été menées par l'archevêque Bagrat Galstanyan, qui
a lancé une campagne de désobéissance civile dite de «lutte sainte», appelant
à des marches et à des rassemblements, dont une manifestation organisée
à Erevan. Bien que formulé en termes moraux et spirituels, le mouvement
portait des revendications explicitement politiques, notamment des
appels à la démission du Premier ministre Pashinyan, mêlant ainsi
des considérations religieuses et son action politique d'opposition.
En juin 2025, le conflit s'est intensifié avec l'arrestation de l'archevêque
Galstanyan et d'autres membres du clergé qui ont été accusés de
comploter en vue d’usurper le pouvoir et de remettre en cause l'ordre
constitutionnel.
22. En janvier 2025, à la suite de l’expiration du mandat de l’ancien
corapporteur Kimmo Kiljunen, M. Piero Fassino (Italie, SOC) a été
désigné corapporteur aux côtés de Mme Boriana
Åberg (Suède, PPE/DC). Une visite de suivi programmée pour octobre
2025 a dû être reportée. Les prochaines élections législatives en Arménie
sont prévues le 7 juin 2026. Elles détermineront la composition
de l’Assemblée nationale ainsi que la nomination du Premier ministre.
2.2.2. Azerbaïdjan
23. En 2025, la délégation azerbaïdjanaise
est restée absente de l'Assemblée pour la deuxième année, car elle
n'a pas présenté ses pouvoirs lors de la partie de session de janvier
(27-31 janvier 2025)
. Par
conséquent, l'examen par l'Assemblée du rapport de la commission
de suivi du 5 décembre 2023
sur le respect des obligations
et engagements de l'Azerbaïdjan a été encore retardé.
24. Les corapporteurs pour l'Azerbaïdjan, Mme Lise
Christoffersen (Norvège, SOC) et Sir Christopher Chope (Royaume-Uni,
ECPA)
,
ont continué à suivre la situation dans le pays. Le 30 septembre
2025, la commission de suivi a eu un échange de vues avec M. Alain
Berset, Secrétaire Général du Conseil de l'Europe, sur les possibilités
de coopération avec le pays.
25. Les corapporteurs ont surveillé, en particulier, la situation
préoccupante des défenseurs des droits humains, des journalistes
et d'autres représentants de la société civile. Le 16 janvier 2025,
Mme Christoffersen, a publié une déclaration,
avec la rapporteure générale pour les prisonniers politiques de
l'époque, Mme Thórhildur Sunna Ævarsdóttir
(Islande, SOC) (commission des questions juridiques et des droits
de l'homme), condamnant la peine infligée à M. Bakhtiyar Hajiyev,
militant civil azerbaïdjanais bien connu
.
26. Selon des organisations indépendantes de la société civile,
le pays compterait 392 prisonniers politiques, parmi lesquels des
défenseurs des droits humains, des militants, des journalistes et
acteurs des médias, ainsi que des responsables et militants politiques,
des universitaires et des intellectuels
. Le militant des droits humains,
M. Anar Mammadli, chef du Centre de surveillance des élections et
d'études sur la démocratie et lauréat du Prix des droits de l'homme
Václav Havel 2014 de l'Assemblée, est maintenu en détention provisoire
depuis le 30 avril 2024, dans l'attente de son procès pour contrebande
de devises étrangères, évasion fiscale, entrepreneuriat illégal
et fraude
.
27. Le 20 mai 2025, M. Igbal Abilov, historien et ethnographe
de Talysh, a été condamné à 18 ans de prison et reconnu coupable
de trahison et d'incitation à la haine, en lien avec ses échanges
professionnels avec des érudits arméniens. 
28. Le 20 juin 2025, la Tribunal des infractions graves de Bakou
a condamné sept journalistes et professionnels des médias affiliés
à Abzas Media (M. Ulvi Hasanli, Mme Sevinc
Vagifgizi, M. Hafiz Babali, M. Mahammad Kekalov, Mme Nargiz
Absalamova, Mme Elnara Gasimova et M. Farid
Mehralizade) à des peines d’emprisonnement allant de 7 ans et demi
à 9 ans, principalement pour des accusations de «contrebande de
devises étrangères». Le 9 septembre 2025, la Cour d’appel de Bakou
a confirmé ce jugement. Les journalistes et leurs représentants
légaux ont rejeté l’ensemble des accusations et dénoncé un procès
motivé par des considérations politiques
. Ces condamnations
ont suscité des critiques au sein du Conseil de l’Europe
. En effet, le
directeur d’Abzas Media, M. Ulvi Hasanli, avait participé par le
passé à des auditions de commissions de l’Assemblée et coopéré avec
ses rapporteurs. En 2025, il faisait partie des trois finalistes
pour le Prix des droits de l’homme Václav Havel.
29. En 2025, les autorités azerbaïdjanaises ont repris leur coopération
avec le Comité européen pour la prévention de la torture et des
peines ou traitements inhumains ou dégradants (CPT). Le CPT a effectué
une visite périodique en Azerbaïdjan du 22 septembre au 3 octobre
2025, sa sixième dans le pays. Il a examiné le traitement réservé
aux personnes privées de liberté ainsi que leurs conditions de détention,
que ce soit dans les locaux des services de répression, dans les
établissements pénitentiaires ou dans les institutions psychiatriques
.
30. Le 8 août 2025, une étape majeure a été franchie avec le paraphe
à l’accord de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, à Washington
D.C., aux États-Unis. Cet accord, qui prévoit que les deux États
renoncent à toute revendication territoriale l’un à l’égard de l’autre,
s’abstiennent de recourir à la force et s’engagent à respecter le
droit international, ouvre ainsi la voie à un règlement définitif
du conflit de longue date entre les deux pays, tous deux membres
du Conseil de l’Europe depuis 2001
.
31. Le 25 janvier 2025, des élections locales se sont tenues dans
les 685 municipalités du pays, avec une participation de plus de
31,45 % du corps électoral
. Le Congrès des
pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe ne les a pas
observées.
2.2.3. Bosnie-Herzégovine
32. La résolution la plus récente
adoptée par l'Assemblée est la Résolution 2574 (2024), dans laquelle elle réaffirme son soutien à la Bosnie-Herzégovine
et exhorte les États membres à respecter sa souveraineté. L’Assemblée
s’est félicitée des réformes menées dans le pays, notamment les
mesures de lutte contre la corruption et la création d’un médiateur
des droits humains, qui ont permis l’ouverture des négociations d’adhésion
à l’Union européenne. Elle a toutefois exprimé des préoccupations
concernant la conformité du cadre électoral aux normes relatives
aux droits humains, le fonctionnement de la Cour constitutionnelle,
ainsi que la nécessité de poursuivre les réformes constitutionnelles.
L’Assemblée a formulé plusieurs demandes d’amélioration, notamment
en ce qui concerne la législation électorale, l’efficacité du système
judiciaire, les efforts de lutte contre la corruption et la protection
des droits humains.
33. Le 3 décembre 2024, la commission a décidé de nommer M. Pablo
Hispán (Espagne, PPE/DC) corapporteur. Le 20 septembre 2025, le
mandat de M. Zsolt Németh (Hongrie, CEPA) a été prolongé jusqu’au 31
janvier 2026. La commission a procédé à un échange de vues sur l’évolution
de la situation en mai, avant de tenir une audition avec M. Elmedin
Konaković, ministre des Affaires étrangères de la Bosnie-Herzégovine, en
septembre. En novembre 2025, les deux corapporteurs ont effectué
une visite dans le pays, à Sarajevo. La délégation a rencontré la
présidente du Conseil des ministres, Mme Borjana
Krišto, le ministre de la Justice, M. Davor Bunoza, le ministre
des Droits de l’homme, M. Sevlid Hurtić, ainsi que des représentants
des principaux partis politiques du parlement. Ils ont également
rencontré la présidente par intérim de la Republika Srpska, Mme Ana
Trišić Babić.
34. Les corapporteurs ont élaboré un rapport sur le fonctionnement
des institutions démocratiques, qui a été adopté par la commission
le 9 décembre 2025
. Ils y ont présenté les principales
évolutions politiques qui ont eu lieu depuis la dernière résolution
de l'Assemblée, en 2024. Ils ont également abordé la question de
la réforme institutionnelle nécessaire pour permettre à la Bosnie-Herzégovine
de respecter pleinement les engagements qu’elle a pris lors de son
adhésion au Conseil de l’Europe. Le rapport examine également la question
des biens de l’État, un élément clé de la situation politique.
2.2.4. Géorgie
35. Le recul démocratique rapide
et important observé en Géorgie a occupé une place importante dans
les travaux de la commission. Les corapporteurs pour la Géorgie
ont effectué deux visites d'information dans le pays, en janvier
et novembre 2025. Outre le rapport sur la contestation, pour des
raisons substantielles, des pouvoirs non encore ratifiés de la délégation
parlementaire de Géorgie, l'Assemblée a examiné deux rapports élaborés
dans le cadre d’une procédure d'urgence par les deux corapporteurs
pour la Géorgie, en avril et octobre 2025
.
36. En outre, une audition et trois échanges de vues ont été organisés
sur la Géorgie. En mars, la commission a tenu une audition sur «Les
préoccupations concernant les droits humains liées à la crise actuelle en
Géorgie», avec M. Marc Cools, Président du Congrès des pouvoirs
locaux et régionaux du Conseil de l'Europe, Mme Nino
Lomjaria, Directrice exécutive de Georgia's European Orbit et ancienne
Défenseure publique (Ombudsperson) de Géorgie, M. Ucha Nanuashvili,
fondateur du Centre des droits humains de Géorgie, vice-président
de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) et
ancien défenseur public (médiateur) de Géorgie, Mme Tina
Bokuchava, représentante des trois forces politiques (Coalition
pour le changement, Unité – Mouvement national, et Géorgie forte),
et Mme Natia Mezvrishvili, vice-présidente
du parti politique Pour la Géorgie. En avril, un échange de vues
sur la situation en Géorgie et le suivi de la Résolution 2585 (2025) a été organisé avec Mme Salome
Samadashvili, Géorgie forte, et Mme Tina Bokuchava,
Unité – Mouvement national. Lors de sa réunion de mai, la commission
a organisé un échange de vues sur «La situation des droits humains
et les défis pour la société civile et les médias en Géorgie», avec Mme Claire
Bazy Malaurie, présidente de la Commission de Venise, et M. Michael
O'Flaherty, Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe.
Enfin, en septembre, la commission a tenu un échange de vues sur
«l'impact de la législation sur la transparence sur la société civile»,
avec Mme Eka Gigauri, directrice exécutive
de Transparency International Géorgie, et M. Dave Elseroad, responsable
du plaidoyer et du bureau de Genève de la Fondation Human Rights
House.
37. Au cours de l'année écoulée, les politiques des autorités
sont devenues de plus en plus isolationnistes et antagonistes à
l'égard des organisations européennes et de leurs États membres,
comme en témoignent les attaques sans fondement et les accusations
préjudiciables portées contre les membres de la communauté internationale
en Géorgie. Malheureusement, bien que leurs pouvoirs aient été ratifiés,
tous les membres de la délégation géorgienne ont démissionné à la
suite de l'adoption de la Résolution
2585 (2025) «Contestation, pour des raisons substantielles, des
pouvoirs non encore ratifiés de la délégation parlementaire de la Géorgie».
Le rejet par les autorités géorgiennes de toute forme de dialogue
et leur refus de coopérer avec, entre autres, la Commission de Venise
dans la préparation de ses avis sur la législation géorgienne sont profondément
préoccupants.
38. Malgré de nombreux appels en ce sens, aucun processus inclusif
n’a été mis en place pour instaurer un environnement électoral favorable
à l’organisation de nouvelles élections véritablement démocratiques.
En conséquence, la majorité des partis d'opposition ont décidé de
ne pas participer aux élections locales du 4 octobre 2025. Seuls
deux partis d'opposition démocratique majeurs, Une Géorgie forte
– Lelo et Pour la Géorgie, ont pris part au scrutin, tandis que
les autres ont appelé à un boycott. Dans ce contexte électoral contesté,
le parti Rêve géorgien a obtenu 81,7 % des voix, avec un taux de
participation de 40,9 %; une Géorgie forte a recueilli 6,7 %, tandis
que Pour la Géorgie a obtenu 3,7 %. Les principaux partis de l'opposition démocratique,
y compris ceux qui avaient participé au scrutin, ont dénoncé des
élections truquées et manipulées au profit de la majorité au pouvoir.
Malheureusement, ces élections n’ont pas été observées par des organisations
de la société civile qui jouissent d'une excellente réputation en
matière d'observation des élections, en raison de la répression
exercée à leur encontre. Les autorités géorgiennes ont invité le
Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme de
l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (BIDDH/OSCE)
à observer ces élections à un stade si tardif que l’observation
était devenue matériellement impossible. Elles ont également refusé
explicitement d’inviter le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux
du Conseil de l’Europe.
39. Néanmoins, à la suite des élections, les partis Une Géorgie
forte et Pour la Géorgie ont annoncé qu'ils reprendraient les mandats
remportés dans les différents conseils locaux. En outre, dans une
décision vivement critiquée par les autres forces d’opposition,
le parti Pour la Géorgie a déclaré, le 20 octobre, qu’il mettait
fin à son boycott parlementaire, et ses membres ont pris leurs fonctions
le 28 octobre 2025.
40. L'année écoulée a été marquée par une répression de plus en
plus sévère et systématique des autorités géorgiennes à l’encontre
de la dissidence politique, notamment par l'adoption d'une législation
répressive et le détournement de procédures judiciaires à des fins
politiques contre la société civile, les médias indépendants, les
forces d'opposition et les simples manifestants. La communauté internationale,
y compris l'Assemblée, a fermement condamné les poursuites à caractère
politique engagées contre des membres de l'opposition et des journalistes
indépendants, dont Mme Mzia Amaghlobeli.
Cette répression implacable aggrave la crise sociale et politique
dans le pays, viole les engagements liés à l’adhésion au Conseil
de l'Europe et accentue son recul démocratique.
41. En net contraste avec les lourdes peines d’emprisonnement
infligées aux manifestants sur la base d’accusations contestables
et fabriquées de toutes pièces, aucune enquête sérieuse n’a été
menée sur les brutalités policières et autres violations des droits
humains commises lors des manifestations, ni sur les nombreux rapports
crédibles qui font état de tortures et de mauvais traitements infligés
aux manifestants lors de leur arrestation et de leur détention.
42. Une manifestation populaire de grande ampleur, organisée le
4 octobre 2025, jour des élections locales, pour dénoncer l’autoritarisme
croissant de la majorité au pouvoir, a rassemblé un large public.
Bien qu’elle se soit déroulée dans l’ensemble de manière pacifique,
des violences ont éclaté lorsqu’un groupe de manifestants a tenté
de forcer l’accès au palais présidentiel, une action stoppée par
la police. Si cet épisode a été critiqué par la plupart des forces
d’opposition et des organisations de la société civile comme un
acte regrettable, inapproprié mais spontané, attribué à quelques
manifestants influencés par certains organisateurs, les autorités,
quant à elles, ont considéré que ces événements étaient une tentative
de renversement violent du gouvernement appuyée par des gouvernements
occidentaux et d’autres acteurs. Au total, 44 personnes ont été
placées en détention provisoire pour leur participation aux troubles.
Des amendements adoptés à la loi sur les infractions administratives
et au Code pénal ont considérablement renforcé les sanctions administratives et
pénales pour des actes tels que le port de masque, le blocage de
routes ou la participation à des rassemblements dont les autorités
ont exigé la dispersion. Dans un signal clair de la volonté des
autorités de réprimer les manifestations quotidiennes qui se déroulent
dans le pays, de nombreux manifestants seraient arrêtés presque
chaque jour; certains risquent de lourdes peines de prison en cas
de récidive, notamment pour avoir de nouveau bloqué la voie publique
.
43. Plusieurs anciens membres de la direction de Rêve géorgien
ainsi que des responsables gouvernementaux de haut niveau, notamment
l’ancien Premier ministre, M. Irakli Garibhvili, et l’ancien Procureur
général, M. Otar Partskhaladze, ont été arrêtés et inculpés pour
corruption et abus de pouvoir. Si ces arrestations sont largement
considérées comme résultant de luttes internes pour le pouvoir ou
de représailles, elles mettent néanmoins en lumière la persistance
d’une corruption systémique au plus haut niveau de l’appareil d’État
géorgien
.
44. La société civile géorgienne a toujours joué un rôle central
dans le développement démocratique du pays. Cependant, les différentes
mesures prises par les autorités entravent le bon fonctionnement
des organisations de la société civile, notamment avec l’adoption
de la loi controversée sur la transparence de l'influence étrangère,
ainsi que de la loi géorgienne sur l'enregistrement des agents étrangers
(GEOFARA), promulguée le 1er avril 2025.
En outre, les 16 avril et 11 juin 2025, les autorités géorgiennes
ont adopté une série d'amendements qui oblige les donateurs internationaux,
y compris le Conseil de l'Europe et ses États membres, à obtenir
l'accord préalable du Gouvernement géorgien avant d’octroyer des
fonds ou une aide aux organisations de la société civile géorgienne.
Le fait de recevoir une subvention non autorisée devient passible de
poursuites pénales. L'effet cumulatif de ces textes de loi a été
dévastateur pour la société civile en Géorgie, dont la survie même
est aujourd’hui menacée.
45. Dans son avis sur la loi relative à l'enregistrement des agents
étrangers, les modifications apportées à la loi sur les subventions
et autres lois concernant l’«influence étrangère», demandé par la
commission de suivi, a Commission de Venise a conclu que «le régime
juridique établi par la GEOFARA risque de porter atteinte à l'État
de droit, à l'espace civique et aux libertés démocratiques»
et a recommandé
l'abrogation de cette loi. En ce qui concerne la loi sur les subventions,
la Commission de Venise a considéré que les modifications «ne prévoient
pas de critères clairs et objectifs de refus et contiennent des
garanties insuffisantes, laissant ainsi une large marge d'application
arbitraire ou discriminatoire. Les pouvoirs d'enquête et d'exécution
étendus du Bureau, y compris le pouvoir d'ordonner une saisie immédiate,
combinés à des délais procéduraux contraignants et à des sanctions
disproportionnées, compromettent encore davantage l'équité et le
respect des procédures régulières»
.
Il est donc recommandé d'abroger cette interdiction.
46. Dans cet avis, la Commission de Venise a également examiné
les modifications à la loi sur la radiodiffusion, qui imposent une
interdiction générale du financement étranger des radiodiffuseurs,
mesure qui «porte atteinte au pluralisme des médias et ne répond
pas aux critères de nécessité et de proportionnalité» et elle a
recommandé de les abroger
. En revanche, elle a estimé que les modifications
à la loi organique sur les associations politiques de citoyens qui
interdisent totalement aux partis politiques de recevoir un soutien en
nature, tel que des conférences ou des séminaires gratuits, de la
part de personnes morales ou d'associations enregistrées en Géorgie
ou à l'étranger, relèvent de la marge d'appréciation nationale admissible.
47. Au moment de la rédaction du présent rapport, plus de soixante
organisations de la société civile avaient été informées qu’elles
feraient l’objet d’inspections par le Bureau anticorruption, dont
l’indépendance à l’égard du pouvoir exécutif suscite des interrogations.
Au moins sept organisations de la société civile parmi les plus respectées
ont vu leurs comptes bancaires gelés dans le cadre d’une enquête
pénale portant sur des accusations présumées de sabotage au profit
d’entités étrangères.
48. Le 2 septembre 2025, la Commission d'enquête parlementaire
sur les activités du «régime du Mouvement national uni (MNU)» et
de ses représentants politiques entre 2003 et 2012, une enquête ultérieurement
étendue à la période allant de 2012 à aujourd'hui, a publié son
rapport, qui concluait que le MNU et les partis qui lui sont affiliés
avaient entravé la mise en place d'un système politique sain en
Géorgie et devraient donc être interdits. Le 16 octobre, le Parlement
géorgien a adopté en lecture finale un ensemble de textes législatifs
permettant de priver de leurs droits politiques fondamentaux toute
personne “associée” à des partis déclarés inconstitutionnels, notamment
la privation du droit de se présenter à des élections, de fonder ou
rejoindre un parti politique, ainsi que d’exercer une fonction publique.
Le 28 octobre, le parti au pouvoir a annoncé avoir saisi la Cour
constitutionnelle pour demander l’interdiction de trois principaux
mouvements d’opposition: le MNU, Ahali / Coalition pour le changement,
et Géorgie forte / Lelo. Il a indiqué ne pas avoir demandé l’interdiction
du parti Pour la Géorgie (qui a fait son entrée au parlement), ni,
pour l’instant, celle de petits partis d’opposition, au motif que
ceux-ci «n’exercent pas d’influence significative en raison de leur
taille et de leur structure organisationnelle, y compris au regard
de leur perspective réelle de franchir le seuil électoral». À ce
stade, la majorité au pouvoir n’a pas saisi la justice pour priver
de leurs droits politiques les personnes associées à ces partis,
bien que le cadre juridique adopté le 16 octobre le permette. Le
29 octobre, les corapporteurs ont publié une déclaration réaffirmant la position de l’Assemblée, selon laquelle
l’interdiction de l’opposition démocratique reviendrait à instaurer
une dictature de parti unique, et ont appelé instamment la majorité
au pouvoir à reconsidérer son recours.
49. Le 4 novembre 2025, la Commission européenne a présenté son
paquet annuel sur l'élargissement. Dans son analyse consacrée à
la Géorgie, elle a constaté «un grave recul démocratique, marqué
par une érosion rapide de l’État de droit et une restriction sévère
des droits fondamentaux»,
ainsi que
l’adoption de lois restrictives visant les militants, la société
civile et les médias indépendants, mettant en péril les fondements mêmes
de la démocratie. Elle en a donc conclu que: «Les fondements mêmes
de la démocratie ont été gravement fragilisés au cours de la période
considérée. Les attaques des autorités géorgiennes contre les institutions
démocratiques et les libertés fondamentales, par des discours hostiles,
une diffusion constante de désinformation, des actes d’intimidation,
des mesures répressives et des initiatives législatives, constituent
un recul majeur pour la démocratie dans le pays. Les libertés civiles,
le principe d’équilibre des pouvoirs et les processus décisionnels
démocratiques se sont érodés, au point que, à moins d’un changement
radical, la Géorgie ne dispose plus d’une voie crédible vers l’Union
européenne
. Elle n’est
désormais qu’un pays candidat qu’en apparence
.
50. La répression visant l’opposition s’est encore intensifiée
lorsque, le 6 novembre 2025, le Bureau du procureur général a annoncé
l’ouverture de poursuites pénales
contre
plusieurs figures de premier plan appartenant à différents partis
d’opposition (M. Mikheil Saakashvili, M. Giorgi Vashadze, M. Nika
Gvaramia, M. Nika Melia, M. Zurab Japaridze, Mme Elene
Khoshtaria, M. Mamuka Khazaradze et M. Badri Japaridze) pour des
infractions contre l’État, en particulier des faits de sabotage,
d’assistance à des activités hostiles d’un pays étranger, de financement
d’activités dirigées contre l’ordre constitutionnel de la Géorgie
et les fondements de sa sécurité nationale, ainsi que d’appels à
la violence visant à modifier l’ordre constitutionnel
. S’ils étaient reconnus coupables
de ces accusations, qui sont largement considérées comme fabriquées
de toutes pièces, les intéressés pourraient encourir de lourdes
peines d’emprisonnement, pouvant aller, dans certains cas, jusqu’à
quinze ans. En outre, le 12 novembre, le Procureur général a engagé
des poursuites pénales contre M. Giorgi Gakharia, chef du parti
Pour la Géorgie, pour «organisation d’actes visant à infliger intentionnellement
des lésions corporelles graves à deux personnes ou plus» et pour
«abus de pouvoir» lorsqu’il était ministre de l’Intérieur au sein
du gouvernement Rêve géorgien
. Ces chefs d’accusation sont passibles
de peines pouvant atteindre treize ans d’emprisonnement.
51. Les corapporteurs pour la Géorgie ont effectué une visite
à Tbilissi du 10 au 12 novembre 2025. Durant leur mission, ils ont
rencontré des représentants de la majorité au pouvoir ainsi que
des principaux partis d’opposition parlementaires et extraparlementaires,
et se sont rendus dans plusieurs établissements pénitentiaires pour
y visiter des dirigeants de l’opposition détenus. Il est regrettable
que les représentants du gouvernement et des institutions publiques
aient refusé de rencontrer les corapporteurs. À l’issue de leur
visite, les corapporteurs ont réitéré leur
appel aux autorités à mettre fin immédiatement aux poursuites politiquement motivées
engagées contre les partis d’opposition et leurs dirigeants, et
les ont exhortées à abroger la législation sur les «agents étrangers»
ainsi que la loi sur les infractions administratives, jugées incompatibles avec
les normes et standards européens, comme l’a souligné la Commission
de Venise dans son avis sur ces instruments.
2.2.5. Hongrie
52. En 2025, la commission a examiné
à plusieurs reprises l’évolution de la situation en Hongrie. En
janvier, elle a décidé de solliciter deux avis de la Commission
de Venise, l’un concernant le quatorzième amendement à la Loi fondamentale
de la Hongrie, l’autre portant sur la réforme électorale adoptée
en décembre 2024. En mars, la commission a tenu une audition sur
l’évolution récente de la situation dans le pays, avec la participation
de M. Tamás Bodoky, journaliste, rédacteur en chef et éditeur d’atlatszo.hu,
et de M. András Léderer, responsable du plaidoyer, Comité Helsinki
hongrois. En mai, la commission a organisé un échange de vues intitulé
«Les défis pour la société civile et les médias indépendants en
Hongrie», auquel ont participé Mme Claire
Bazy Malaurie, présidente de la Commission de Venise, et M. Michael
O’Flaherty, Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe.
Le 19 mai 2025, les corapporteurs ont publié une
déclaration selon laquelle la proposition de loi hongroise sur «la
transparence de la vie publique» ne doit pas être adoptée.
53. En juin, la commission a examiné un avant-projet de rapport
et est convenue de le transmettre aux autorités hongroises pour
observations. Elle a également décidé de solliciter un avis de la
Commission de Venise sur le projet de loi hongrois relatif à la
«transparence de la vie publique» ainsi que sur d’autres textes législatifs
portant sur l’«influence étrangère». La commission a ensuite examiné
un projet de rapport et adopté un projet de résolution en septembre
2025, l’Assemblée a par la suite adopté la Résolution 2617 (2025) le 30 septembre 2025.
54. L'exposé des motifs des corapporteurs indique que la Hongrie
a connu, depuis 2010, des transformations politiques et juridiques
profondes marquées par la domination de la coalition Fidesz-KDNP
et une série de modifications structurelles de l’ordre constitutionnel,
du système électoral et des institutions de l’État. Ces changements
ont entraîné un recul notable de la qualité de la démocratie, de
l’État de droit et de la protection des droits humains, un constat
qui suscite des préoccupations croissantes tant au niveau national qu’international.
55. Après sa transition vers une république parlementaire et son
adhésion au Conseil de l’Europe en 1990, la Hongrie avait, dans
un premier temps, progressé vers une démocratie pluraliste et le
respect des droits humains. Cependant, l’adoption d’une nouvelle
Constitution en 2011 a entraîné une surveillance renforcée, au point
que les instances internationales ont appelé régulièrement la Hongrie
à respecter les normes démocratiques, dans un contexte d’inquiétude
croissante face à l’émergence d’une «démocratie illibérale».
56. La législation électorale a été systématiquement modifiée
de manière à favoriser la coalition au pouvoir, par le biais d’un
redécoupage partisan des circonscriptions et de l’introduction d’un
scrutin uninominal majoritaire à un tour qui accentue les avantages
majoritaires. Par ailleurs, le financement des partis politiques et
des campagnes présente des disparités profondes: les acteurs proches
du gouvernement disposent de ressources nettement supérieures, dans
un contexte de transparence limitée et d’un contrôle peu effectif
des pratiques de financement électoral. Ces évolutions ont permis
de transformer des majorités simples issues des urnes en «supermajorités»
des deux tiers au parlement, conférant ainsi au pouvoir en place
la capacité de modifier unilatéralement la Constitution. De nombreuses
réformes constitutionnelles ont renforcé le pouvoir exécutif et
affaibli les mécanismes institutionnels de contrôle et d’équilibre.
57. Le contrôle partisan s’est étendu aux institutions judiciaires,
aux autorités de régulation et aux organes de contrôle public par
le biais de nominations requérant une majorité qualifiée des deux
tiers, ce qui a eu pour effet de compromettre l’indépendance du
pouvoir judiciaire et de réduire l’efficacité des mécanismes d’obligation
du gouvernement de rendre des comptes. Si des réformes récentes,
motivées par la volonté d’accéder aux fonds européens gelés, ont
introduit certaines améliorations dans le fonctionnement de la justice,
une large marge de manœuvre subsiste en matière de nominations et
de pouvoir disciplinaire, désormais concentrée entre les mains d’alliés
du parti au pouvoir.
58. La lutte contre la corruption, enjeu persistant et grave en
Hongrie, ne semble enregistrer aucun progrès. Les autorités chargées
de la combattre sont soit affaiblies, soit placées sous influence
politique. Malgré la création, à l’initiative de l’Union européenne,
d’institutions telles que l’Autorité de l’intégrité et le Groupe
de travail anti-corruption, ces structures connaissent des crises
de fonctionnement et sont accusées de mener des actions à caractère
politique, dans un contexte de transactions d’actifs opaques et
d’irrégularités en matière de marchés publics. Les médias indépendants
et la société civile qui contribuent à dévoiler les affaires de corruption
sont pris pour cibles par les autorités et entravés dans leurs activités.
59. La liberté et le pluralisme des médias ont été gravement mis
à mal, d’autant que les autorités de régulation des médias et les
radiodiffuseurs de service public sont dominés par des acteurs proches
du gouvernement. La concentration de la propriété médiatique entre
des mains progouvernementales réduit les voix journalistiques indépendantes
à une faible minorité et soumet les médias critiques à des pressions administratives
et financières.
60. La société civile et l’indépendance académique ont également
été affaiblies, car des fondations d’intérêt public ont pris le
contrôle des universités et des institutions culturelles en les
soustrayant à la surveillance publique ou parlementaire. Le financement
des ONG indépendantes a été restreint au profit d’organisations proches
du gouvernement, tandis que de nouvelles lois menacent le fonctionnement,
voire l’existence, des acteurs critiques de la société civile.
61. Dans sa Résolution
2617 (2025), l’Assemblée a appelé à une révision complète de la
législation électorale après les élections de 2026, à la publication
des rapports du GRECO et au renforcement des institutions indépendantes
de lutte contre la corruption; à la restauration du contrôle public
sur les fondations de gestion d’actifs d’intérêt public, ainsi qu’à
l’adoption de mesures destinées à renforcer la supervision indépendante
des médias. L’Assemblée a également demandé l’abolition du Bureau
de protection de la souveraineté. Elle a par ailleurs indiqué qu’elle
était prête à poursuivre un dialogue constructif et une coopération
étroite avec les autorités hongroises dans le cadre de la procédure
de suivi.
2.2.6. République de Moldova
62. Les corapporteurs se sont rendus
en République de Moldova du 26 au 28 mai 2025. Le 1er octobre
2025, M. Antonio Gutiérrez Limones (Espagne, SOC) a été nommé corapporteur
en remplacement de M. Pierre-Alain Fridez (Suisse, SOC), qui avait
quitté l’Assemblée.
63. En 2025, les priorités politiques de la République de Moldova
ont été largement dominées par les préparatifs des élections législatives
du 28 septembre. Néanmoins, le processus de réformes s’est poursuivi sans
relâche durant cette période. Ces préparatifs ont été marqués par
de vives préoccupations concernant l’ingérence étrangère, en particulier
de la Fédération de Russie, manifestant par des campagnes de désinformation
et des dispositifs d’achat de voix, phénomène déjà observé lors
de l’élection présidentielle et du référendum constitutionnel de
2024.
64. Les élections législatives ont été observées par une Mission
internationale d’observation des élections (MIOE), à laquelle l’Assemblée
a participé. La MIOE a conclu que les élections ont été compétitives
et ont offert aux électeurs un véritable choix entre différentes
options politiques. Elle a néanmoins relevé que le processus a été
entaché de graves cas d’ingérence étrangère, de financement illégal,
d’achat de voix, de cyberattaques et de vastes campagnes de désinformation,
notamment de la part de la Fédération de Russie. La législation électorale
offre une base solide pour l’organisation d’élections démocratiques,
mais les modifications fréquentes de ce cadre, notamment peu de
temps avant le scrutin, ont suscité des préoccupations quant à la sécurité
juridique et à la stabilité de la législation électorale
.
65. La République de Moldova compte une diaspora très importante
qui représente environ un tiers de ses citoyens résidant à l’étranger.
La question du vote de cette communauté est donc essentielle et
sensible, d’autant que ce vote a eu un impact décisif sur l’issue
de plusieurs scrutins récents, notamment des élections législatives.
Dans ce contexte, le vote par correspondance a constitué un sujet
de controverse. Les autorités moldaves l’ont introduit à titre expérimental
lors de la dernière élection présidentielle et du référendum constitutionnel.
Durant cette phase pilote, le nombre de pays concernés par le vote
par correspondance a été limité à six: États-Unis, Canada, Norvège,
Suède, Finlande et Islande. Dans son avis sur la loi moldave sur
la mise en œuvre partielle du vote par correspondance, la Commission
de Venise a souligné que la portée territoriale limitée de cet essai
est acceptable en raison de son application à un seul vote. La Commission
de Venise a recommandé aux autorités moldaves d’appliquer cette
méthode, lors des futures élections, “à tous les pays où le vote
par correspondance est sûr et fiable, qui seront identifiés par
des décisions de la Commission électorale centrale”. Or, pour les
élections législatives, le vote par correspondance n’a été étendu qu’à
deux pays supplémentaires, le Japon et l’Australie. Pour sa part,
la Commission électorale centrale a indiqué ne pas disposer des
ressources administratives nécessaires pour organiser le vote par correspondance
de manière généralisée dans l’ensemble des pays.
66. Ces élections ont été remportées par le Parti de l'action
et de la solidarité (PAS) sortant, avec 50,2 % des voix, soit 55
sièges. Le Bloc électoral patriotique, composé du Bloc des communistes
et des socialistes (PSRM), du Parti des communistes de la république
de Moldavie (PCRM) et de deux autres petits partis, a obtenu 24,2 %
des suffrages, soit 26 sièges, tandis que l’alliance Alternativa
du maire de Chisinau, Ion Ceban, a recueilli 8 % des voix, ce qui
correspond à 8 sièges. Deux autres partis, Notre Parti (PN) et le
Démocratie chez soi (PPDA-Costiuc), ont chacun remporté 6 sièges
au nouveau parlement, tandis qu’aucun autre parti n’a réussi à obtenir
de mandat. Compte tenu des cycles électoraux marqués par de fortes
tensions et des controverses, le parti au pouvoir devra mener une
politique de gouvernance et de réforme inclusive afin de garantir
l’efficacité et l’irréversibilité des réformes.
67. La préservation de la liberté et du pluralisme des médias
doit être conciliée avec l’urgence de contrer la désinformation
et le discours de haine, notamment dans un contexte de tentatives
étrangères visant à influencer l’opinion publique et à perturber
les processus démocratiques. Des initiatives législatives visant
à renforcer la régulation et la supervision des médias, ainsi qu’à
clarifier les responsabilités des autorités de régulation, ont été
lancées et examinées, accompagnées de recommandations de la Commission
de Venise. Toutefois, des critiques se sont élevées au sujet de
la fermeture de médias pour des raisons de sécurité nationale, ce
qui souligne l’importance de mettre en place des mécanismes de transparence
et des garanties appropriées afin que de telles mesures ne compromettent
pas la confiance dans le cheminement démocratique de la République
de Moldova.
68. Les réformes judiciaires témoignent de la volonté de la République
de Moldova de se conformer aux normes internationales, en particulier
dans la perspective de son adhésion à l’Union européenne. Plusieurs avancées
notables sont à noter, notamment la nomination de hauts responsables
judiciaires, la proposition de fusionner certains organes de poursuites
afin de rationaliser la lutte contre la corruption, ainsi que des modifications
substantielles de la législation relative à la Cour constitutionnelle.
La Commission de Venise a, dans l’ensemble, soutenu ces réformes,
tout en continuant de préconiser un renforcement accru de l’indépendance
judiciaire et une clarification des mécanismes de contrôle constitutionnel
applicables aux traités internationaux. Les nominations de juges
et la question de la durée de leur mandat sont devenues des sujets
de préoccupation majeurs, susceptibles de façonner durablement l’architecture
institutionnelle.
69. Le 4 novembre 2025, la Commission européenne a présenté son
paquet annuel sur l’élargissement. Dans son rapport sur la République
de Moldova, elle a conclu que cet État avait poursuivi, malgré des
défis sans précédent liés aux tentatives de déstabilisation menées
par la Fédération de Russie et ses affidés, son action en matière
de résilience et de réforme. La Commission européenne a souligné
que les autorités devaient garantir la pleine conformité de la législation
électorale avec les normes européennes et renforcer la transparence,
l’obligation de rendre des comptes, l’intégrité et l’efficacité
globale du parlement. Elle s’est félicitée des progrès réalisés
en matière de réforme de la justice et de lutte contre la corruption,
tout en appelant à un renforcement des capacités des institutions
anticorruption. Elle a également salué l’instauration d’un cadre
législatif et institutionnel pour la protection des droits fondamentaux.
S’agissant de la liberté d’expression, elle a toutefois demandé
que le mécanisme permettant le retrait des licences des chaînes
de télévision et de radio, prévu par la loi sur les investissements
stratégiques, soit harmonisé avec les normes européennes, ainsi
que l’adoption d’une nouvelle loi sur les médias.
2.2.7. Pologne
70. En raison de l’élection présidentielle,
aucune visite de corapporteurs n’a eu lieu en 2025. Le 9 septembre 2025,
M. Christophe Brico (Monaco, PPE/DC) a été nommé corapporteur en
remplacement de M. Pieter Omtzigt (Pays-Bas, PPE/DC), qui avait
quitté l’Assemblée.
71. L’élection présidentielle en Pologne s’est tenue les 18 mai
et 1er juin 2025, dans un contexte de
forte polarisation politique et de différends institutionnels non
résolus qui divisent le pays depuis 2015. Ce scrutin a été observé
par une MIOE, à laquelle l’Assemblée a participé. La MIOE a conclu
que «l’élection présidentielle en Pologne avait été compétitive
et bien organisée, mais profondément affectée par une polarisation
politique de longue date, la partialité des médias et les controverses
persistantes concernant l’indépendance des principales institutions
de contrôle. Les deux tours ont respecté les libertés fondamentales
et le jour du scrutin s’est déroulé dans le calme et de manière
professionnelle. Cependant, le secret du vote n’a pas toujours été garanti,
le financement de la campagne manquait de transparence et la désinformation
et l’ingérence étrangère ont posé de sérieux risques»
.
72. M. Karol Nawrocki, soutenu par le Droit et Justice (PiS) et
ses alliés, a remporté de justesse le second tour de l’élection
présidentielle avec 50,89 % des suffrages, devançant M. Rafał Trzaskowski,
soutenu par les partis de la coalition gouvernementale, qui a obtenu
49,11 %. Ce résultat illustre la profonde division politique du
pays. Il en résulte que le Président et le Gouvernement polonais
continuent d’appartenir à des camps politiques opposés. Dans un
climat aussi polarisé, cette situation risque de prolonger l’impasse constitutionnelle
entre le gouvernement et le président, qui paralyse le pays depuis
les dernières élections législatives. Cette situation a freiné les
réformes judiciaires essentielles exigées par la Cour européenne
des droits de l’homme dans ses arrêts constatant un manque d’indépendance
du pouvoir judiciaire. Il est probable que le président Nawrocki
poursuive la pratique de l’ancien président Duda consistant à bloquer
pratiquement toutes les initiatives législatives du gouvernement,
y compris les réformes judiciaires indispensables demandées par
la Cour européenne des droits de l’homme. L’urgence de ces réformes
de l’État de droit a été soulignée par l’arrêt de la Cour de justice
de l’Union européenne du 4 septembre 2025, selon lequel toute décision
judiciaire rendue par une formation qui ne respecte pas les exigences
du droit de l’Union, en d’autres termes, toute décision impliquant
des juges nommés après la réforme controversée du Conseil national
de la magistrature de 2017, doit être déclarée nulle et non avenue.
73. Le 23 juillet 2025, à la suite de l’élection présidentielle,
le Premier ministre Tusk a annoncé un remaniement gouvernemental.
Le changement le plus notable a été le renvoi du ministre de la
Justice, M. Adam Bodnar, remplacé par M. Waldemar Żurek, ancien
membre et porte-parole du Conseil national de la magistrature et
l’un des critiques les plus virulents des réformes menées par le
PiS.
74. Afin d’appuyer la réforme du système judiciaire, la commission
de suivi a sollicité, le 4 mars 2025, un avis de la Commission de
Venise sur les projets de loi relatifs au statut des juges, préparés
par la Commission de codification du ministère polonais de la Justice.
Le 10 octobre 2025, Waldemar Żurek a officiellement présenté le
projet de loi intitulé «Loi visant à rétablir le droit à un tribunal
indépendant et impartial établi par la loi, en réglementant les
effets des résolutions du Conseil national de la magistrature adoptées
entre 2018 et 2025». Ce projet permettra désormais à la Commission
de Venise de finaliser son avis dans un avenir proche.
2.2.8. Serbie
75. Les corapporteurs de la commission
de suivi ont observé l’évolution des événements en Serbie, bien qu’une
visite dans le pays n’ait pu être organisée en raison de la situation
politique (voir ci-dessous) et du remplacement d’un rapporteur
.
La commission de suivi a examiné la situation en Serbie lors de
ses réunions de mars, avril et mai 2025. À sa réunion d’avril, elle
a tenu une audition consacrée aux “Révélations concernant la surveillance
des journalistes et activistes et la situation de la société civile”
. L'Assemblée a tenu deux débats
d'actualité: le 8 avril («Manifestations et rassemblements dans
les Balkans occidentaux et en Europe centrale») et le 1er octobre
(«La crise politique en Serbie»), au cours desquels elle a discuté
de la situation dans le pays.
76. Les corapporteurs, M. Axel Schäfer et Mme Victoria
Tiblom, ont publié plusieurs déclarations dans lesquelles ils ont
exprimé leur préoccupation face à la détérioration de la situation
dans le pays, liée à l’escalade des manifestations de masse depuis
novembre 2024
. Ces troubles
ont débuté à la suite d’un accident tragique, l’effondrement de
la verrière de la gare de Novi Sad, qui a fait seize morts. Le mouvement, déclenché
au début par des étudiants, s’est rapidement étendu à l’ensemble
du pays au point de rassembler un large éventail de la société serbe.
Les manifestants réclamaient de nouvelles élections, un renforcement de
la transparence, une obligation de rendre des comptes ainsi que
l’éradication de la corruption, qu’ils considèrent comme un fléau
qui compromet l’État de droit et la confiance des citoyens. D’importantes manifestations
ont eu lieu à Belgrade et dans d’autres grandes villes en mars,
juin et août 2025. La mobilisation de mars, bien que largement pacifique,
a été perturbée lorsqu’une forte détonation, probablement due à
un dispositif acoustique à longue portée (LRAD), a provoqué un mouvement
de panique et causé des blessés. Les manifestations de juin et d’août,
quant à elles, ont dégénéré en affrontements violents entre les manifestants
et la police. Le 1er novembre 2025, une
grande marche a été organisée à Novi Sad pour commémorer le premier
anniversaire de l’incident tragique survenu à la gare.
77. Les corapporteurs ont demandé instamment aux autorités serbes
de privilégier le dialogue plutôt que la force. Ils ont condamné
toutes les formes de violence, qu’elles soient exercées par l’État,
des groupes progouvernementaux ou des manifestants, et ont exprimé
leur préoccupation face à des incidents de violence policière (notamment
un recours excessif au gaz lacrymogène et aux matraques), des détentions
arbitraires, l’utilisation de moyens de surveillance visant des
journalistes et des militants, ainsi que le harcèlement d’organisations
de la société civile.
78. La situation a également été suivie de près par le Commissaire
aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, M. Michael O’Flaherty,
qui s’est rendu en Serbie en avril 2025. Il a exprimé ses inquiétudes
quant à l’usage accru de la force par la police lors des manifestations,
ainsi qu’aux arrestations et détentions arbitraires de manifestants
. L’état de la liberté d’expression
et des médias demeure également préoccupant. En 2025, la Plateforme du Conseil de l’Europe pour la protection du journalisme
et la sécurité des journalistes a publié au moins onze alertes, portant notamment sur la dénigration de journalistes
critiques à l’égard du gouvernement, des agressions ou autres formes
de harcèlement à l’encontre de journalistes couvrant les manifestations,
ainsi que sur des cas de surveillance au moyen du logiciel Pegasus
.
79. En février 2025, le Comité consultatif de la Convention-cadre
pour la protection des minorités nationales («Convention-cadre»)
a publié son Cinquième
Avis sur la Serbie
.
Il a conclu que la Serbie dispose d'un cadre juridique solide pour
la protection des droits des minorités mais que des progrès sont
encore nécessaires sur le plan concret. Les personnes appartenant
à des minorités nationales rencontrent des difficultés constantes pour
jouir pleinement des droits que leur confère la Convention-cadre.
Ces défis sont influencés par l'évolution des priorités politiques,
la polarisation sociale et les relations entre États. D’importantes
disparités régionales persistent, car la protection des droits des
minorités est mieux assurée en Voïvodine que dans le sud de la Serbie,
ce qui souligne la nécessité d’une approche plus cohérente à l’échelle
nationale. En outre, les communautés roms sont confrontées à des
obstacles majeurs dans l’accès à leurs droits dans de nombreux domaines.
2.2.9. Türkiye
80. En 2025, la commission de suivi
et ses corapporteurs sur la Türkiye, M. Stefan Schennach (Autriche, SOC)
et Lord David Blencathra (Royaume-Uni, CEPA), ont continué à suivre
de près la situation dans le pays. La commission de suivi a examiné
diverses questions relatives à la Türkiye lors de ses réunions de
janvier
, avril, mai, juin et octobre 2025.
Les corapporteurs ont effectué une visite d’information à Ankara
et à Istanbul du 9 au 13 juin 2025
.
81. La Türkiye a connu en 2025 d’importantes turbulences politiques
centrées principalement autour de deux questions: les attaques et
le harcèlement judiciaire visant le principal parti d’opposition,
le Parti républicain du peuple (CHP), et le lancement du processus
de paix kurde.
82. S’agissant du premier point, les attaques visant le CHP ont
culminé avec l’arrestation, le 19 mars 2025, de M. Ekrem İmamoğlu,
maire d’Istanbul et président de l’Union des municipalités de Türkiye,
ainsi que de plus de 100 responsables locaux, personnalités politiques,
journalistes et hommes d’affaires, accusés de corruption et d’aide
au terrorisme. Cette arrestation a suscité une indignation d’autant
plus vive que M. İmamoğlu était largement considéré comme le futur
candidat du CHP à l’élection présidentielle de 2028. Dès lors, le
moment de son interpellation, tout comme la révocation de son diplôme
universitaire, ont été jugés particulièrement problématiques et
largement perçus comme motivés par des considérations politiques.
83. La détention de M. İmamoğlu et des personnes liées à son dossier
a déclenché une mobilisation exceptionnelle donnant lieu à des manifestations
massives dans tout le pays, avec une participation particulièrement
marquée des jeunes et des étudiants dans des villes comme Istanbul,
Ankara et İzmir. Malgré une interdiction stricte de manifester,
l’opposition a rassemblé des millions de personnes, et la réaction
de l’État a été violente: usage de gaz au poivre, canons à eau,
grenades assourdissantes et balles en plastique. Près de 2 000 personnes
ont été arrêtées, et de nombreux rapports ont fait état de graves
violations des droits humains à l’encontre des personnes détenues.
Les professionnels des médias ont également été pris pour cibles
lors de ces événements: agressions physiques, arrestations, entraves
à leur travail, tandis que l’accès aux réseaux sociaux et à plusieurs
grandes plateformes en ligne a été temporairement restreint.
84. Dans sa Résolution
2597 (2025) «L'arrestation du maire d'Istanbul et la situation de
la démocratie et des droits humains en Türkiye» du 9 avril 2025,
l'Assemblée s'est déclarée profondément préoccupée par ces événements
et, à l'instar d'autres institutions européennes et du Conseil de
l'Europe
, a demandé
instamment aux autorités turques de libérer immédiatement M. İmamoğlu
et d’abandonner toutes les charges infondées pesant sur lui et sur
d'autres personnes visées par la même enquête. Les corapporteurs
pour le suivi de la Türkiye l’ont rencontré à la prison de Silivri
(Istanbul) le 12 juin 2025, lors de leur visite d’information. Néanmoins,
malgré ces appels, M. İmamoğlu et ses collaborateurs demeurent placés
en détention provisoire. En juillet, il a été condamné à un an et
huit mois d’emprisonnement pour avoir insulté des responsables électoraux
en 2022 et a été frappé d’une interdiction d’exercer des activités
politiques. En octobre, une nouvelle accusation «d’espionnage politique»
a été portée contre lui.
85. L’arrestation de M. İmamoğlu a été suivie d’une intensification
des pressions politiques, du harcèlement judiciaire et d’actes d’intimidation
visant le CHP et ses membres. Des centaines de maires du CHP, de responsables
du parti et d’agents municipaux ont été arrêtés pour des accusations
de terrorisme ou de corruption. Plus d’une dizaine de maires du
CHP, dont ceux d’Istanbul, d’Antalya et d’Adana, ont été suspendus
de leurs fonctions. Le 2 septembre, un tribunal d’Istanbul a annulé
la légalité du congrès provincial du CHP pour Istanbul, tenu en
octobre 2023, a destitué la direction élue et a nommé une nouvelle administration
intérimaire issue de la faction ayant perdu l’élection interne.
L’avenir du CHP et le sort de son actuelle direction sont également
menacés par l’issue d’une procédure judiciaire portant sur des irrégularités présumées
dans l’élection des délégués lors du congrès national du parti en
novembre 2023
.
86. Dans une déclaration du 29 septembre 2025
, les corapporteurs
pour le suivi de la Türkiye ont condamné ces développements, les
qualifiant de «tentative d’affaiblir le principal parti d’opposition
en Türkiye». Ils ont souligné que la protection des droits du CHP
était «essentielle pour préserver l’avenir démocratique du pays»
et ont appelé les autorités à mettre immédiatement fin à tout harcèlement
judiciaire et à toute enquête politiquement motivée visant des représentants
du CHP. Par ailleurs, l’Assemblée a débattu de la situation dans
le pays lors de sa partie de session d’automne
.
87. Le 24 octobre 2025, un tribunal civil de première instance
à Ankara a rejeté une action en justice demandant l'annulation du
Congrès 2023 du CHP, ce qui a permis à la direction actuelle du
parti de rester en place
.
88. S’agissant de la deuxième série de développements importants,
le processus «Türkiye sans terrorisme» a débuté à la suite de l’appel
lancé le 27 février 2025 par le dirigeant emprisonné du Parti des
travailleurs du Kurdistan (PKK), Abdullah Öcalan, invitant le PKK
à déposer les armes et à se dissoudre. En réponse à cet appel, le
PKK a annoncé en mai qu’il procéderait à sa propre dissolution.
En juillet, il a organisé une cérémonie symbolique de désarmement
marquant la fin de sa campagne armée de quarante ans. En août, une commission
parlementaire a ensuite été constituée afin de définir le cadre
des dispositifs juridiques liés au processus de paix. Elle a depuis
entendu un large éventail d’acteurs, notamment des organisations
de défense des droits humains, des universitaires et des représentants
de la société civile
. À la fin du mois d’octobre, le PKK
a annoncé une nouvelle étape en déclarant avoir entamé le retrait
de ses forces de Türkiye. Par ailleurs, une série de discussions
a eu lieu entre le président Tayyip Erdoğan et le Parti de l’égalité
et de la démocratie des peuples (DEM Party), formation pro-kurde,
afin de faire progresser le processus de paix
. Certains estiment
que, dans le cadre de ce processus, M. Öcalan pourrait se voir reconnaître
le «droit à l’espoir», après plus de vingt-six années d’emprisonnement
et à la suite de l’arrêt rendu par la Cour européenne des droits
de l’homme en 2014
.
89. En outre, le 3 novembre 2025, la Grande Chambre de la Cour
européenne des droits de l’homme a rejeté le recours formé par la
Türkiye contre son arrêt du 8 juillet 2025, lequel avait conclu
que la détention provisoire du dirigeant kurde et ancien coprésident
du Parti démocratique des peuples (HDP), Selahattin Demirtaş, dans
le cadre du procès «Kobané», répondait à des motivations politiques
et constituait une violation de plusieurs dispositions de l’article
5 de la Convention européenne des droits de l’homme ainsi que de
son article 18
. Par cette décision, l’arrêt
est devenu définitif. Lors de leur visite en Türkiye en juin 2025,
les corapporteurs ont évoqué avec les autorités l’exécution du précédent
arrêt de la Cour concernant M. Demirtaş
, ainsi que l’exécution
de l’arrêt relatif à Mme Figen Yüksekdağ
Şenoğlu
, autre ancienne coprésidente du HDP, qu’ils
ont rencontrée à la prison de Kandıra/Kocaeli le 13 juin 2025.
90. Les corapporteurs ont également suivi la situation de M. Osman
Kavala, militant de la société civile et philanthrope, lui aussi
placé en détention. Lors de leur visite dans le pays, ils l’ont
de nouveau rencontré à la prison de Silivri (Istanbul) et ont appelé
les autorités à le libérer et à mettre pleinement en œuvre les arrêts
de la Cour européenne des droits de l’homme le concernant
. De plus,
dans sa Résolution 2599
(2025) «La mise en œuvre des arrêts de la Cour européenne des
droits de l’homme»
, l’Assemblée a estimé «absolument inadmissible
que l’affaire Kavala c. Turquie,
qui a fait l’objet d’une procédure en manquement en vertu de l’article
46, paragraphe 4, de la Convention, n’ait pas encore été exécutée
et que M. Kavala soit toujours emprisonné.» Elle a réitéré son appel
lancé à la Türkiye pour que celle-ci libère immédiatement M. Kavala, conformément
à ses obligations découlant de la Convention et du Statut du Conseil
de l’Europe
. L’Assemblée
a également relevé que la Türkiye comptait parmi les neuf États
comptant plus de quarante affaires de référence en attente d’exécution,
dont certaines en attente d’exécution depuis plus de cinq ans
. A la suite de leur visite
de juin 2025 dans le pays, les corapporteurs pour la Türkiye ont
eu «l'impression écrasante» que la Türkiye avait atteint «un point
de basculement». Ils ont réitéré leurs préoccupations concernant
la répression visant des responsables de l’opposition, des acteurs
de la société civile et des personnes considérées comme une menace
pour le gouvernement; l’usage abusif de la détention provisoire; la
politisation du système judiciaire; ainsi que la pratique persistante
consistant à remplacer des maires démocratiquement élus par des
administrateurs nommés par le ministère de l’Intérieur dans les
municipalités dirigées par l’opposition
.
91. Le 5 août 2025, le délégué jeune du Congrès des pouvoirs locaux
et régionaux pour la Türkiye, M. Enes Hocaoğulları, a été arrêté,
interrogé et placé en détention provisoire. Les charges retenues
contre lui pour «diffusion publique d’informations trompeuses» se
rapportaient spécifiquement à un discours qu’il avait prononcé lors
d’un débat en séance plénière du Congrès à Strasbourg, le 27 mars
2025, sur les destitutions de maires dans son pays. Son arrestation
et sa détention ont été fermement condamnées par le Congrès
. À la suite d’une
visite de sa délégation à Ankara et à la prison de Sincan, où il
était détenu, M. Hocaoğulları a été remis en liberté sous contrôle
judiciaire jusqu’à la fin de son procès
.
2.2.10. Ukraine
92. Le 29 janvier 2025, M. Damien
Cottier (Suisse, ADLE) a été désigné corapporteur en remplacement
de M. Alfred Heer (Suisse, ADLE), dont le mandat était arrivé à
son terme. Le 4 mars 2025, Mme Saara-Sofia
Sirén (Finlande, PPE/DC) a été nommée corapporteure en remplacement
de M. Birgir Thórarinsson (Islande, PPE/DC), qui avait quitté l’Assemblée.
93. À la suite de l’invasion de grande ampleur de l’Ukraine par
la Fédération de Russie en février 2022, la commission de suivi
avait décidé de suspendre les préparatifs du prochain rapport de
suivi, tout en continuant à observer la situation dans le pays.
Parallèlement, les autorités ukrainiennes ont déployé des efforts considérables
et remarquables pour assurer le fonctionnement effectif de leurs
institutions démocratiques et juridiques, malgré les contraintes
imposées par la loi martiale. Elles ont en outre lancé un programme
de réformes ambitieux dans le cadre de leurs négociations d’adhésion
à l’Union européenne. Bon nombre de ces réformes portent sur des
domaines relevant de la procédure de suivi concernant l’Ukraine.
La commission a donc convenu que les préparatifs d’un nouveau rapport
de suivi devaient être engagés sur la base d’une ou de plusieurs
visites d’information dans le pays. Dans ce contexte, une visite
d’information à Kyiv a eu lieu du 8 au 10 octobre 2025.
94. À l’issue de leur visite, les corapporteurs ont publié une
déclaration dans laquelle ils saluaient les réformes mises en œuvre
par les autorités ukrainiennes pour assurer le fonctionnement des
institutions démocratiques et de l’État de droit conformément aux
normes européennes, tout en notant que des défis importants subsistent.
Ils ont appelé les autorités à renforcer le contrôle parlementaire
et ont regretté à cet égard les informations faisant état d’obstacles
inutiles entravant la capacité des membres de la Verkhovna Rada
et des organes d’autonomie locale à exercer pleinement leurs fonctions.
95. L’Ukraine a continué de réaliser des progrès notables dans
la lutte contre la corruption endémique qui règne dans le pays.
En juin, la Verkhovna Rada a adopté une loi qui privait les organes
de lutte contre la corruption de leur indépendance et les plaçait
sous le contrôle politique effectif de l’administration présidentielle.
Cette loi, qui a suscité une vive indignation au niveau national
et international, a fini par être abrogée le 31 juillet 2025, ce
dont les corapporteurs se sont félicités. Toutefois, des informations
faisant état d’actions ultérieures susceptibles d’affecter l’indépendance
et l’efficacité des organes anticorruption demeurent préoccupantes.
Il est essentiel que les autorités prennent toutes les mesures nécessaires
pour garantir le fonctionnement indépendant de ces institutions,
tant en droit qu’en pratique.
96. Les droits des minorités et la liberté de conscience demeurent
des sujets sensibles, d’autant qu’ils ont été instrumentalisés par
la Fédération de Russie pour justifier son agression militaire à
grande échelle contre l’Ukraine. Il importe dès lors que la législation
relative à ces deux domaines sensibles soit pleinement conforme aux
normes européennes. Les autorités ont poursuivi leurs efforts pour
répondre aux recommandations de la Commission de Venise concernant
la «Loi sur les minorités nationales (communautés) d’Ukraine» et
ont indiqué que les recommandations restantes relatives à cette
loi, ainsi qu’à d’autres textes affectant les droits des minorités,
notamment la loi sur l’éducation et la loi sur la langue de l’État,
seraient prochainement pleinement prises en compte.
97. Le 4 novembre 2025, la Commission européenne a présenté son
paquet annuel sur l’élargissement. Dans son rapport sur l’Ukraine,
elle a conclu que “l’Ukraine avait continué de faire preuve d’une
résilience remarquable et d’un engagement fort dans son parcours
européen, malgré l’intensification de la guerre d’agression menée
par la Fédération de Russie”
. Tout en saluant
les initiatives prises par les autorités pour préserver le cadre
démocratique, elle a souligné la nécessité de renforcer le contrôle
parlementaire et l’inclusivité du processus législatif. Il demeure
indispensable de continuer à renforcer la lutte contre la corruption
ainsi que l’efficacité et l’indépendance du système judiciaire.
98. Le 10 novembre 2025, le Bureau national anticorruption (NABU)
et le Parquet spécialisé anticorruption (SAPO) d’Ukraine ont annoncé
l’ouverture de poursuites contre plusieurs responsables, dont certains
seraient des proches du président Zelensky et auraient perçu jusqu’à
100 millions d’euros de pots-de-vin dans le cadre de contrats liés
à l’entreprise publique ukrainienne de l’énergie nucléaire. Ces
révélations ont suscité une vive réaction à l’échelle nationale,
dans un contexte où les attaques de la Fédération de Russie contre
les infrastructures énergétiques ukrainiennes s’intensifient. Ces
développements mettent en évidence la persistance de la corruption
au plus haut niveau en Ukraine et soulignent la nécessité de préserver
et de renforcer l’indépendance et l’efficacité des organes de lutte
contre la corruption, notamment face à toute ingérence de l’exécutif.
2.3. Dialogue postsuivi
2.3.1. Albanie
99. En l'absence de consensus entre
les groupes politiques de l'Assemblée, le deuxième corapporteur
pour le dialogue postsuivi avec l'Albanie n'a pas été nommé avant
juin 2025. Le 24 juin, Mme Mónika Bartos (Hongrie,
CEPA) a été nommée corapporteure. Dès lors, aucune visite d'information
n'a pu être effectuée dans le pays en 2025. Une visite est prévue
pour le début de l'année 2026.
100. Les élections législatives ont eu lieu en Albanie le 11 mai
2025. L’Assemblée a observé ce scrutin dans le cadre d’une MIOE.
Selon cette mission, les élections ont été compétitives et bien
organisées, mais elles se sont déroulées dans un environnement fortement
polarisé et les candidats n’ont pas bénéficié de conditions de concurrence
équitables. Si les candidats ont pu mener librement leur campagne,
celle-ci a été entachée par des informations faisant état d’un usage
abusif des ressources administratives, par des allégations de pressions
exercées sur certains groupes d’électeurs, notamment les agents
publics, ainsi que par des pratiques d’achat de voix. Comme lors
des précédents scrutins, les observateurs ont relevé que le cadre juridique
électoral offre une base adéquate à des élections démocratiques,
à condition qu’il soit appliqué de bonne foi par l’ensemble des
acteurs. Ils ont donc appelé les autorités, en particulier le nouveau
parlement, à remédier aux lacunes et aux ambiguïtés du dispositif
électoral qui en entravent l’application. Évolution positive, le
vote depuis l’étranger a été mis en place pour la première fois
au profit de la vaste diaspora albanaise, conformément aux arrêts
de la Cour constitutionnelle d’Albanie, répondant ainsi à une recommandation importante
de la Résolution 2544
(2024) de l’Assemblée.
101. Le Parti socialiste, dirigé par le Premier ministre Edi Rama,
a remporté les élections pour la quatrième fois consécutive, obtenant
53,3 % des voix et 83 sièges au Parlement albanais, qui en compte
140. Le Parti démocrate de M. Sali Berisha a recueilli 46,5 % des
suffrages, soit 53 sièges dans le nouveau parlement. Le mouvement
Albania Becomes a, pour sa part, obtenu 4 % des voix, ce qui lui
a valu un siège. Le Parti démocrate a vigoureusement contesté la
véracité des résultats du scrutin.
102. Le nouveau parlement a entamé ses travaux le 12 septembre
2025. Le 27 octobre 2025, le Parti socialiste et le Parti démocrate
sont parvenus à un accord concernant la création de commissions parlementaires
ad hoc sur la réforme électorale et la réforme territoriale, lesquelles
ont été établies par le parlement avec, respectivement, 113 et 15
voix favorables.
103. La situation des médias en Albanie avait déjà été considérée
comme une source de préoccupation par l’Assemblée dans sa Résolution 2544 (2024), qui avait clos la procédure de suivi et ouvert le dialogue postsuivi.
Malheureusement, cette inquiétude persiste, comme l’a relevé la
MIOE lors des récentes élections législatives. La mission a déploré
l’absence de transparence du financement, la forte concentration
de la propriété des médias, ainsi que les ingérences éditoriales,
autant de facteurs qui compromettent l’intégrité et la diversité
de l’information. Contrairement aux recommandations de l’Assemblée,
la diffamation continue d’être érigée en infraction, et la peine
encourue pourrait même être alourdie si les amendements controversés au
Code pénal étaient adoptés. Par ailleurs, la question des procédures-bâillons
(SLAPP) n’a pas encore été prise en compte par la législation. Le
9 décembre 2025, la commission de suivi a organisé une audition consacrée
à la situation des médias, dans le cadre de la préparation du rapport
relatif au dialogue postsuivi.
104. Le 4 novembre 2025, la Commission européenne a présenté son
paquet annuel sur l’élargissement. Dans son rapport sur l’Albanie,
elle a salué l’engagement politique clair des autorités en faveur
de l’intégration à l’Union européenne, tout en soulignant que le
processus de réformes devait être intensifié afin de maintenir la
dynamique actuelle des négociations d’adhésion. S’agissant des élections
législatives récentes, elle a relevé qu’elles s’étaient déroulées
de manière compétitive, tout en regrettant les insuffisances relevées
par les observateurs, en particulier l’abus de ressources administratives
et l’absence de conditions de concurrence équitables pour l’ensemble
des candidats. Elle a vivement encouragé les autorités à mettre
pleinement en œuvre les recommandations de la Commission de Venise
et du BIDDH/OSCE en la matière. Elle a déploré que la polarisation
politique et l’absence d’un véritable dialogue politique et de consultations
entravent le fonctionnement du parlement. S’agissant du système
judiciaire, la Commission a mis en avant le succès du processus
de vérification (vetting)
des juges et des procureurs, qui devrait s’achever en 2026. Elle
a néanmoins souligné qu’il demeurait indispensable de «poursuivre
la consolidation de ce système et de maintenir des normes élevées
d’intégrité une fois le processus de vérification achevé». Elle
a en outre fait part de sa préoccupation quant à la persistance
d’une corruption généralisée, liée à l’impact encore limité des structures
institutionnelles de lutte contre la corruption. Pour ce qui est
de la liberté d’expression, la Commission européenne a exprimé ses
craintes quant à la situation des médias, qui continuent de souffrir d’une
forte concentration de la propriété médiatique ainsi que «d’intimidation
et de conditions de travail précaires pour les journalistes».
2.3.2. Bulgarie
105. Si la commission de suivi a
proposé de clore le dialogue postsuivi avec la Bulgarie dès son
rapport du 6 mars 2024
,
l'Assemblée n'a pris une telle décision que le 1er octobre
2025 par sa Résolution
2620 (2025), sur la base d'un rapport actualisé de la commission
du 9 septembre 2025
.
106. Le rapport de la commission s’est concentré sur six domaines
de préoccupation persistants: la réforme du système judiciaire,
la corruption à haut niveau, la transparence de la propriété des
médias, les droits humains des minorités, le discours de haine et
la violence à l’égard des femmes.
107. La commission a relevé que d’importantes réformes constitutionnelles
et législatives avaient été engagées afin de répondre aux préoccupations
exprimées de longue date au sujet de la gouvernance du système judiciaire
et du ministère public. Cependant, la majorité des amendements constitutionnels
adoptés en décembre 2023 ont été déclarés inconstitutionnels par
la Cour constitutionnelle le 26 juillet 2024
pour
des raisons procédurales, ce qui a freiné la poursuite des réformes.
En revanche, les modifications apportées au Code de procédure pénale
et les lois limitant les prérogatives du ministère public ont été
validées. Elles s’alignent sur les recommandations de la Commission
de Venise et renforcent les mécanismes d’obligation de rendre des
comptes et de mise en cause pénale au sein du système juridique.
108. La Bulgarie a cherché à renforcer la lutte contre la corruption
au plus haut niveau grâce à la loi anticorruption d’octobre 2023,
qui modernise les pouvoirs d’enquête et promeut une plus grande
transparence dans les marchés publics. Toutefois, malgré ces avancées
législatives et la mise en conformité avec plusieurs recommandations
du GRECO, le pays continue de se heurter à des difficultés persistantes
pour obtenir des condamnations définitives dans des affaires de
corruption à haut niveau. Il est attendu qu’un cadre juridique amélioré
se traduise, à terme, par une action plus efficace en matière de
lutte contre la corruption.
109. Les droits humains et la liberté d’expression ont connu des
améliorations notables, notamment une protection renforcée des journalistes
et une définition plus précise du discours de haine. Cependant,
des problèmes subsistent, notamment la concentration de la propriété
des médias, les procédures-bâillons visant des journalistes, ainsi
que la lente intégration de la minorité rom, qui représente environ
5 % de la population bulgare. Des mesures législatives récentes
et des campagnes de sensibilisation nationales ont renforcé la protection
contre le discours de haine et la violence domestique. Il demeure
néanmoins nécessaire de développer davantage les dispositifs d’accompagnement
des victimes et les politiques d’inclusion des Roms afin de combler
les disparités sociales persistantes.
110. Plus de 90 arrêts de référence de la Cour européenne des droits
de l’homme concernant la Bulgarie sont en attente d’exécution, dont
près d’un tiers depuis au moins dix ans. Le Comité des Ministres,
qui surveille l'exécution des arrêts de la Cour européenne, attend
toujours des avancées tangibles dans l'exécution de plusieurs d'entre
eux
.
111. La commission a conclu que la Bulgarie avait réalisé des progrès
significatifs dans le respect de ses engagements et obligations
découlant de son adhésion au Conseil de l'Europe depuis qu'elle
a rejoint l'Organisation en 1992. Malgré l'instabilité notable de
son paysage politique entre 2021 et 2024, avec sept élections législatives
anticipées consécutives, la Bulgarie a mis en place un gouvernement
de coalition en janvier 2025, démontrant ainsi une volonté politique
renouvelée d'honorer ses engagements internationaux. En outre, dans
le droit fil des décisions des institutions compétentes de l'Union
européenne de juin et juillet 2025, il a été décidé que la Bulgarie
rejoindrait la zone euro à compter du 1er janvier
2026.
112. Par conséquent, dans sa Résolution
2620 (2025), l’Assemblée a décidé de clore le dialogue postsuivi avec
la Bulgarie et de suivre l’évolution de la situation dans le pays
en matière d’État de droit, de démocratie pluraliste et de droits
humains dans le cadre de ses examens périodiques
. Elle a également appelé les autorités
bulgares à reprendre la réforme de l’organisation de l’État (interrompue
à la suite de l’arrêt de la Cour constitutionnelle du 26 juillet
2024), par l’adoption d’une législation ordinaire et/ou de nouveaux
amendements constitutionnels par la Grande Assemblée nationale.
Elle a en outre invité les autorités à traiter les autres questions
en suspens, en étroite coopération avec les organes compétents du
Conseil de l'Europe
.
2.3.3. Monténégro
113. En avril 2024, la commission
a désigné comme corapporteure Mme Liliana
Tanguy (France, ADLE), aux côtés de M. Nicos Tornaritis (Chypre,
PPE/DC), pour préparer le deuxième et dernier dialogue postsuivi
avec le Monténégro. La première résolution relative au dialogue
postsuivi, adoptée en 2021, avait identifié plusieurs domaines nécessitant
des améliorations, notamment l’indépendance du pouvoir judiciaire,
la confiance dans le processus électoral, la lutte contre la corruption
et la situation des médias. À la suite de la dernière visite dans
le pays en 2022, les corapporteurs avaient salué les progrès réalisés
dans la lutte contre la corruption et encouragé les responsables
politiques à adopter un ensemble de mesures essentielles.
114. En 2025, le Monténégro a fait l’objet de plusieurs développements
au sein des organes du Conseil de l’Europe, portant principalement
sur la réforme constitutionnelle et judiciaire, la lutte contre
les discriminations, la traite des êtres humains et l’exécution
des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme.
115. Le 7 octobre 2025, le Comité des Ministres a adopté une résolution
sur l'exécution de la décision de la Cour européenne des droits
de l'homme dans l'affaire Brahim Kovačević
et autres c. Monténégro, illustrant le processus en cours
au Monténégro pour mettre en œuvre et respecter les arrêts et décisions
antérieurs de cette instance. Le pays continue de s’employer à remédier
aux constats précédents concernant la durée excessive des procédures
judiciaires et à garantir les droits à un procès équitable. Pour
ce faire, il doit mettre en place des recours effectifs en cas de
violations constatées par la Cour européenne des droits de l’homme, réduire
les arriérés d’affaires, améliorer l’efficacité de la justice, renforcer
la transparence et assurer la protection des droits procéduraux
dans l’ensemble du système judiciaire.
116. En juin 2025, la Commission de Venise a adopté un avis pour
le Monténégro «sur certaines questions relatives à la procédure
de cessation anticipée du mandat des juges de la Cour constitutionnelle
pour cause de limite d'âge», conformément à l’accord politique signé
le 15 mars 2025 entre le gouvernement et les représentants de l’opposition,
destiné à mettre fin à une controverse relative à la cessation du
mandat d’une juge de la Cour constitutionnelle au motif qu’elle
avait atteint l’âge de la retraite. Une réforme législative est nécessaire
afin d’éviter qu’une telle situation ne se reproduise, et l’avis
de la Commission de Venise contient des propositions visant à être
intégrées dans la future réforme. Le 28 octobre 2025, le ministre
de la Justice du Monténégro, M. Bojan Božović, a transmis le projet
de cette réforme à la Commission de Venise pour un avis de suivi,
dont l’examen et l’adoption sont prévus pour décembre 2025.
117. En juin 2025, la Commission de Venise avait déjà adopté un
avis de suivi concernant le projet de loi sur le gouvernement. Elle
s’était félicitée que la version révisée du projet tienne compte
de la plupart de ses recommandations clés formulées en 2023, tout
en appelant l’attention des autorités sur plusieurs points essentiels,
notamment la nécessité d’une révision constitutionnelle.
118. En octobre 2025, le rapport au titre du sixième cycle de l’ECRI
sur le Monténégro a été publié. L’ECRI demande aux autorités du
Monténégro de mettre en œuvre en priorité deux recommandations:
garantir l’indépendance pleine et entière du Protecteur des droits
de l’homme et des libertés, et achever l’enregistrement de tous
les Roms et Égyptiens déplacés du Kosovo*
présents sur le territoire
monténégrin, y compris leurs enfants.
119. Le Monténégro continue d’être soumis au cinquième cycle d’évaluation
du GRECO «prévention de la corruption et promotion de l’intégrité
dans les gouvernements centraux (hautes fonctions de l’exécutif)
et les services répressifs». Un rapport de conformité, adopté et
autorisé à la publication en 2024, a constaté des progrès partiels
et fixé au 31 décembre 2025 la date limite pour que le Monténégro
fasse état d’avancées supplémentaires, après quoi un deuxième rapport
de conformité sera élaboré. Des réformes du cadre d’intégrité de
l’exécutif et de la police sont attendues.
120. En 2025, le Groupe d'experts sur la lutte contre la traite
des êtres humains (GRETA) a adopté son nouveau rapport d’évaluation
sur le Monténégro dans le cadre du 3e cycle
(2021-juin 2025), à la suite d’une visite dans le pays en décembre
2024 et de l’examen des observations du gouvernement en juin 2025.
Si le rapport salue des évolutions positives dans plusieurs domaines,
le GRETA a de nouveau encouragé les autorités monténégrines à agir
concernant l’indemnisation des victimes de la traite des êtres humains,
l’accès à une période de rétablissement et de réflexion, ainsi que
le renforcement de la réponse de la justice pénale face à la traite
des êtres humains.
121. Une visite dans le pays par les corapporteurs est prévue en
2026, en vue de l’adoption du deuxième et dernier rapport sur le
dialogue postsuivi avant la fin de l’année.
2.3.4. Macédoine du Nord
122. En 2025, les corapporteurs
Mme Sibel Arslan (Suisse, SOC) et M. Joseph
O’Reilly (Irlande, PPE/DC) ont suivi de près les évolutions en Macédoine
du Nord et ont présenté leurs conclusions à la commission lors de ses
réunions de juin et d’octobre.
123. Une visite d’information a eu lieu à Skopje du 23 au 25 avril
2025, pour la première fois depuis 2019
. Au cours de leur
visite, les corapporteurs ont examiné en particulier la situation
du pouvoir judiciaire, les mesures prises pour lutter contre la
corruption, le cadre électoral, les questions relatives aux droits
humains et les droits des personnes appartenant à des minorités
nationales. Ils ont relevé certains progrès en matière de transparence
des travaux du Conseil de la magistrature et de fonctionnement général
du système judiciaire. Ils se sont toutefois déclarés préoccupés
par les nombreuses allégations de politisation de la justice et
de corruption généralisée dans l’ensemble du secteur public, ainsi
que par l’absence de mesures réellement efficaces pour lutter contre
ces phénomènes. Ils ont également noté la nécessité urgente de réformer
le cadre électoral, conformément aux recommandations de longue date
du BIDDH/OSCE et de la Commission de Venise. Ils ont enfin conclu
que les libertés politiques, y compris les droits à la liberté d’association,
de réunion et d’expression, ainsi que le pluralisme des médias,
étaient globalement respectées et que la Macédoine du Nord, pays
multi-ethnique, multiculturel et multiconfessionnel, pouvait constituer
un modèle pour d’autres États dans la promotion d’une culture et
d’un esprit du «vivre ensemble». Très préoccupés par les mauvaises conditions
observées dans certains lieux de détention (en particulier dans
la prison d'Idrizovo), ils ont demandé instamment aux autorités
de mettre en œuvre sans délai les recommandations en suspens du
CPT.
124. Au cours de leur visite, les corapporteurs ont appelé l’ensemble
des partis politiques à trouver un compromis permettant de mettre
en œuvre la «proposition française», en intégrant une référence
à la minorité ethnique bulgare dans la Constitution, condition nécessaire
à la poursuite du processus de négociation en vue de l’adhésion
à l’Union européenne.
125. À la suite de la visite, les corapporteurs ont préparé un
rapport sur le dialogue postsuivi avec la Macédoine du Nord, qui
a été examiné pour la première fois par la commission de suivi le
1er octobre 2025. Le 9 décembre 2025,
la commission a adopté ce rapport, dans lequel elle propose de clore
le dialogue postsuivi et de suivre l’évolution de la situation dans
le pays en matière d’État de droit, de démocratie pluraliste et
de droits humains dans le cadre de ses examens périodiques
.
126. Le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe,
Michael O’Flaherty, s’est rendu en Macédoine du Nord à la même période
que les corapporteurs (22–25 avril 2025). Dans son mémorandum publié
en juillet 2025, le Commissaire a salué l’engagement de longue date
de la Macédoine du Nord en faveur du traitement des questions relatives
aux droits humains des Roms et a particulièrement mis en avant l’adoption
de la Stratégie nationale pour l’inclusion des Roms (2022–2030),
ainsi que les efforts déployés par les organismes gouvernementaux,
le Médiateur et la Commission pour la prévention et la protection
contre la discrimination
.
Il a également exprimé ses craintes quant aux risques environnementaux
qui touchent les Roms de manière disproportionnée, notamment la
pollution atmosphérique et la pollution due aux déchets, le manque
d’installations sanitaires et l’exclusion des services publics
.
127. Par ailleurs, 2025 a été une nouvelle année électorale en
Macédoine du Nord. En effet, le premier tour des élections locales
s’est tenu le 19 octobre 2025. Le principal parti au pouvoir, le
VMRO-DPMNE (centre droit), a largement dominé son principal concurrent,
les sociaux-démocrates (SDSM), consolidant ainsi sa position dominante
au niveau local. Le VMRO-DPMNE est arrivé en tête dans 53 des 81
municipalités du pays. La participation a été légèrement inférieure
à 48 %, en recul par rapport aux 50 % enregistrés lors des précédentes
élections locales en 2021. Dans les municipalités où aucun maire
n’a été élu au premier tour avec plus de la moitié des suffrages,
un second tour a eu lieu le 2 novembre
. Le VMRO-DPMNE
a remporté 21 des 33 municipalités concernées par ce second tour
(dont Skopje), confirmant sa domination générale lors de ces élections
locales. Au total, après les deux tours, le parti devrait diriger
54 des 81 municipalités du pays, soit 12 de plus qu’aux élections
locales de 2021, où il en avait remporté 42
.
128. Le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux a observé les
élections aux côtés du BIDDH/OSCE et du Parlement européen. Dans
sa déclaration
du 20 octobre, il s’est félicité du bon déroulement de la journée électorale,
qui constitue «un contexte favorable à la résolution des questions
en suspens qui affectent la démocratie locale en Macédoine du Nord»,
telles que «[un] environnement excessivement politisé et la perception
de la corruption, qui érodent la confiance du public dans les institutions».
Il a également regretté le faible nombre de femmes candidates aux
fonctions de maire, le manque d’accessibilité pour les électeurs handicapés
et les personnes âgées, ainsi que l’absence de médias locaux, en
particulier en dehors de la capitale.
2.4. Rapports de suivi périodiques
2.4.1. Grèce
129. La commission de suivi a désigné,
en janvier 2025, Mme Miapetra Kumpula-Natri
(Finlande, SOC) comme corapporteure, aux côtés de Mme Laura
Castel (Espagne, GUE) qui avait été nommée en mars 2024.
130. Les travaux préparatoires ont débuté par un échange de vues
avec les membres de la délégation grecque. Les membres de la délégation
ont salué l'examen périodique comme une occasion importante de mettre
en évidence les transformations significatives qui se sont produites
en Grèce au cours des dernières années. Le dernier examen périodique,
datant de 2017, concluait que la Grèce remplissait globalement ses obligations
en tant que membre et que ses institutions démocratiques fonctionnaient
conformément aux normes du Conseil de l'Europe. Le rapport avait
néanmoins identifié diverses préoccupations et formulé des recommandations
concernant les trois piliers de la mission de l’Organisation.
131. Depuis, la Grèce a réalisé des progrès significatifs. Elle
bénéficie de conditions économiques solides, le système d'asile
a été réformé et le paysage démocratique s'est également renforcé.
La Grèce est désormais la seule grande démocratie de l'Union européenne
sans parti d'extrême droite menaçant les normes démocratiques. Les
trois déficits auxquels le pays était confronté – endettement, déficit
commercial et manque de confiance – ont été résolus. Néanmoins,
des défis importants en relation avec l'examen périodique persistent.
La corruption des responsables gouvernementaux, les attaques verbales
contre les organisations de la société civile, les cas très graves
de poursuites stratégiques contre la participation publique et l'utilisation du
logiciel espion Pegasus contre des politiciens et des journalistes
ont été mentionnés. Les travaux de la commission de suivi devraient
permettre d'identifier clairement les problèmes réels et de les
distinguer des fausses informations.
132. Les corapporteures poursuivront les travaux préparatoires
et organiseront une visite dans le pays en 2026, afin de présenter
un rapport avant la fin de l'année.
2.4.2. Pays-Bas
133. Le rapport sur les Pays-Bas
est en préparation depuis longtemps. En 2023, un avant-projet de
rapport a été transmis aux autorités néerlandaises pour commentaires.
Cependant, alors que nous préparions notre projet final, le gouvernement
est tombé et de nouvelles élections ont été convoquées pour le 22
novembre 2023. Ces élections ont radicalement changé le paysage
politique, le parti d'extrême droite et populiste de M. Geert Wilders
(Parti pour la liberté, PVV) devenant le premier parti du pays.
Dans un environnement politique de plus en plus polarisé, les négociations
pour former un gouvernement ont été longues et controversées et
n'ont abouti qu'après 223 jours.
134. Étant donné que la composition politique du pays avait complètement
changé, le rapport initial devait être entièrement réécrit et les
préparatifs d'une nouvelle visite des corapporteurs étaient en cours
lorsque, le 3 juin 2025, M. Wilders a annoncé que son parti retirait
son soutien à la coalition. Le gouvernement est tombé et de nouvelles
élections ont été convoquées pour le 29 octobre 2025. L'écart entre
le nombre de voix et de sièges du parti vainqueur et celui du parti
arrivé en deuxième position, les Démocrates 66 et le PVV, a été
le plus faible depuis le dernier élargissement du parlement en 1956.
135. Le rapport devra donc être pratiquement réécrit à partir de
zéro, car les corapporteurs devront attendre la formation d'un nouveau
gouvernement pour programmer une visite dans le pays. La commission
a donc décidé de demander une prolongation du mandat jusqu'en mars
2027.
2.4.3. Espagne
136. En 2025, les corapporteures,
Mme Valentina Grippo (Italie, ADLE) et
Mme Elvira Kovács (Serbie, PPE/DC), ont
suivi de près l'évolution de la situation dans le pays. Lors de
sa réunion à Paris le 4 mars 2025, la commission a tenu un échange
de vues avec M. Antonio Gutiérrez Limones, président de la délégation
auprès de l’Assemblée, ainsi qu’avec des membres de la délégation.
Le 9 septembre 2025, elle a organisé un échange de vues sur «L’état
de la mise en œuvre par l’Espagne des recommandations du Groupe
d’États contre la corruption (GRECO) concernant la prévention de
la corruption au sein du parlement, du système judiciaire, des gouvernements
centraux et des services répressifs», avec Mme Sophie
Meudal Leenders, conseillère juridique principale au Secrétariat
du GRECO, Conseil de l’Europe.
137. Une visite d’information à Madrid et Barcelone s’est déroulée
du 12 au 14 novembre 2025
. À Madrid, les
corapporteures ont rencontré la présidente du Congrès des députés,
Mme Francina Armengol, des membres des
commissions constitutionnelles du Congrès des députés et du Sénat,
le chef du principal du parti d’opposition, le Parti populaire (Partido
Popular), M. Alberto Núñez Feijóo, des membres de la délégation espagnole
auprès de l’Assemblée, le président du Tribunal constitutionnel,
M. Cándido Conde-Pumpido Tourón, ainsi que la présidente du Conseil
général du pouvoir judiciaire, Mme Isabel
Perelló Doménech (qui préside également la Cour suprême). Elles
ont également eu des entretiens avec de hauts fonctionnaires du ministère
de l’Intérieur et du ministère de la Présidence, de la Justice et
des Relations avec le Parlement, ainsi qu’avec des représentants
du barreau, des associations de magistrats et de procureurs et de
la société civile. A Barcelone, les corapporteures ont tenu des
réunions avec le Président du Parlement de Catalogne, M. Josep Rull
i Andreu, des membres de la Commission de l'Union européenne et
de l'action extérieure du Parlement de Catalogne, le conseiller
à la Justice du gouvernement régional de Catalogne, M. Ramon Espadaler
i Parcerisas, des membres du parti de la Gauche républicaine de
Catalogne (Esquerra Republicana de Catalunya) et
des représentants de la société civile.
138. L’Espagne s’emploie actuellement à réformer son système judiciaire
et le Conseil général du pouvoir judiciaire (CGPJ), qui est resté
en situation de paralysie institutionnelle entre 2018 et 2024 en
raison d’un blocage parlementaire concernant le renouvellement de
ses membres.
139. Le 5 février 2025, le CGPJ a adopté un rapport examinant différents
systèmes européens d’élection des membres des conseils de la magistrature,
accompagné d’une proposition de réforme visant à modifier le mode d’élection
des membres judiciaires. Le rapport présente plusieurs modèles alternatifs,
avec ou sans intervention du parlement. Incapable de parvenir à
un consensus sur un modèle unique, le CGPJ a transmis deux propositions
divergentes. Le premier modèle, soutenu par dix membres issus du
secteur conservateur, préconise que ces membres soient élus directement
par les juges eux-mêmes, un système également appuyé par le Parti
populaire
. Le second modèle,
soutenu par dix membres issus du secteur progressiste et en accord
avec la position du gouvernement, maintient le vote final du parlement
pour l’élection des membres judiciaires. Le rapport a été transmis
à la Commission de Venise
.
140. Lors de sa session plénière des 9 et 10 octobre 2025, la Commission
de Venise a adopté son «Avis sur le mode d’élection des membres
judiciaires du Conseil général du pouvoir judiciaire»
.
Elle y a rappelé que, selon les normes du Conseil de l’Europe, au
moins la moitié des membres des conseils de la magistrature devraient
être des juges élus par leurs pairs
.
Elle a conclu que le premier modèle («option 1») était conforme à
cette norme européenne, tout en soulignant qu’il comportait un risque
de politisation interne, en particulier dans l’hypothèse où les
associations de juges exerceraient une influence importante sur
le processus électoral
. S’agissant du second modèle («option
2»), la Commission de Venise a estimé que, «outre les risques internes
de politisation évoqués dans le cadre de l’option 1, [il rendait]
la procédure vulnérable à une politisation externe au sein du Parlement»
et n’était pas conforme aux normes européennes
.
Elle a en outre insisté sur «l’importance de garantir la composition
du conseil judiciaire, avec une participation équilibrée de juges
de tous les niveaux du système judiciaire, ainsi qu’une diversité
adéquate en termes de spécialisation, de genre et de région», ajoutant
que «le principe de pluralisme devrait également s’appliquer aux
membres non judiciaires, qui devraient représenter le monde universitaire
et d’autres professions juridiques».

141. Au sujet de la prévention et de la lutte contre la corruption,
le 1er août 2025, le GRECO a publié l’addendum
au deuxième rapport de conformité (adopté en juin 2025) au titre du cinquième cycle d’évaluation «Prévention
de la corruption et promotion de l’intégrité dans les gouvernements
centraux (hautes fonctions de l’exécutif) et les services répressifs».
Il y constate que l’Espagne n’a mis en œuvre de manière satisfaisante aucune
des 19 recommandations: seize ont été partiellement mises en œuvre
et trois n’ont pas été mises en œuvre. Il s'agit d'un léger progrès
par rapport au rapport précédent, trois autres recommandations ayant
été jugées partiellement mises en œuvre. Deux des recommandations
pour lesquelles des progrès ont été enregistrés concernent les personnes
exerçant de hautes fonctions exécutives et une concerne la Garde civile
.
142. En ce qui concerne le quatrième cycle d'évaluation «Prévention
de la corruption des parlementaires, juges et procureurs», le GRECO
a publié, en avril 2025, son Deuxième
addendum au Deuxième rapport de conformité sur l'Espagne, par lequel il a clôturé la procédure de conformité.
En juin 2024, l'Espagne avait entièrement mis en œuvre sept des
onze recommandations. Trois avaient été partiellement mises en œuvre et
une n'avait pas été mise en œuvre
.
2.4.4. Suède
143. Les corapporteures, Mme Yelizaveta
Yasko (Ukraine, PPE/DC) et Mme Anne Stambach-Terrenoir (France,
GUE), ont effectué une visite d'information à Stockholm du 22 au
24 avril 2025. Elles ont rencontré des organisations de la société
civile, des responsables publics, et des représentants des partis
politiques au parlement.
144. En avril, le GRECO a publié un addendum au rapport de conformité
dans le cadre du cinquième cycle d'évaluation (Prévention de la
corruption et promotion de l'intégrité dans les gouvernements centraux
(hautes fonctions de l’exécutif) et les services répressifs. Il
a conclu que la Suède a mis en œuvre de façon satisfaisante ou traité
de manière satisfaisante onze des quinze recommandations contenues
dans le rapport de conformité précité. S’agissant des recommandations
restantes, une a été partiellement mise en œuvre et trois n’ont
pas été mises en œuvre. Ce rapport a mis fin à la procédure de conformité
du cinquième cycle en ce qui concerne la Suède. Les experts, les
citoyens et les dirigeants d'entreprise estiment que la Suède est
l'un des pays les moins corrompus au monde.
145. En avril 2025, le gouvernement a présenté un projet de loi
intitulé «Renforcement de la protection de la démocratie et de l’indépendance
des tribunaux». Cette initiative visait à réformer en profondeur
la procédure de révision constitutionnelle et à renforcer l’indépendance
du pouvoir judiciaire, afin de prévenir toute forme de recul démocratique
observé ailleurs en Europe. Le projet de loi prévoit notamment que
la procédure de révision constitutionnelle soit rendue plus stricte
en exigeant une majorité qualifiée pour toute modification des lois fondamentales
de la Suède (l’Instrument de gouvernement), au lieu de la majorité
simple actuellement requise, séparée par une élection.
146. Ce projet de loi propose également des réformes judiciaires
destinées à accroître l’indépendance vis-à-vis de l’influence politique,
notamment par la création d’un conseil composé majoritairement de
juges en activité ou d’anciens juges pour superviser l’agence d’administration
des tribunaux, à l’exclusion de membres de l’exécutif ou du législatif.
Les juges permanents seraient nommés sur recommandation d’un organe composé
majoritairement de magistrats et ne pourraient être démis de leurs
fonctions qu’à l’âge légal de la retraite. Pour la Cour suprême,
le projet prévoit un nombre fixe de juges, dont la nomination n’interviendrait qu’à
la suite d’une demande émanant de la Cour elle-même.
147. Le consensus politique autour du projet s’est cependant fissuré:
dans un premier temps, un comité multipartite avait soutenu l’ensemble
du texte, mais les Démocrates de Suède s’y sont opposés en ce qui concerne
la procédure de révision constitutionnelle et ont déposé une motion
afin d’écarter cette partie du projet. Le 21 octobre 2025, le Riksdag
a rejeté la demande des Démocrates de Suède d’organiser un référendum
sur la question constitutionnelle soulevée par le projet de loi.
Il a ensuite approuvé la proposition du gouvernement relative à
la réforme de la procédure de révision constitutionnelle. Le soutien
politique est principalement venu des partis de la coalition gouvernementale
(Parti modéré, Chrétiens-démocrates, Libéraux) ainsi que de partis
d’opposition favorables à un renforcement des garanties démocratiques.
Les réformes doivent entrer en vigueur le 1er avril 2027, après
leur confirmation par un second vote du Riksdag à l’issue des élections
de 2026.
148. D’autres enjeux majeurs concernent les préoccupations persistantes
en matière de sécurité et de criminalité, sachant que le gouvernement
considère que la lutte contre la criminalité organisée et le renforcement
de la sécurité publique sont des priorités. Les politiques de migration
et d’intégration continuent également d’occuper une place importante,
compte tenu de leur incidence sur de nombreux domaines d’action publique.
La Suède doit également relever d’importants défis de politique
étrangère, notamment les tensions sécuritaires avec la Russie et
le soutien apporté à l’Ukraine dans un contexte de confrontation
géopolitique élargie.
149. Les prochaines élections générales se tiendront le 13 septembre
2026. Elles permettront d’élire les 349 membres du Riksdag, qui
choisiront à leur tour le Premier ministre. Des élections régionales
et municipales auront lieu simultanément. Les corapporteures poursuivront
leurs travaux préparatoires en vue de présenter un rapport à l’Assemblée
une fois ces élections tenues.
2.5. Fonctionnement des institutions démocratiques
2.5.1. République slovaque
150. Les corapporteurs pour le rapport
sur le fonctionnement des institutions démocratiques en République slovaque
devraient être nommés lors de la réunion de la commission du 9 décembre
2025. Le 23 juin 2025, la commission de suivi a décidé de solliciter
en urgence un avis de la Commission de Venise sur les projets d’amendements
à la Constitution de la République slovaque, ainsi qu’un avis sur
la loi n° 109/2025 modifiant la loi relative aux «organisations
à but non lucratif fournissant des services d’intérêt général» et
d’autres lois connexes. Ces avis ont été respectivement l’un entériné
(CDL-AD(2025)040) et l’autre adopté (CDL-AD(2025)041) lors de la session plénière de la Commission de Venise
des 9 et 10 octobre 2025.
3. Quelques réflexions sur l’efficacité et l’impact des travaux de la commission
151. Cette année à nouveau été très
intense pour la commission et son mandat. Les événements survenus sur
notre continent, tels que décrits dans les sections précédentes,
ont souligné l'importance constante du travail de la commission.
152. Pour être en mesure d’effectuer un suivi systématique et efficace,
d’assurer la continuité du dialogue politique avec le pays concerné
et de produire des résolutions de qualité, pertinentes et en temps
utile, l’Assemblée doit disposer de rapporteurs compétents, motivés
et suffisamment disponibles pour exécuter les tâches importantes
et souvent chronophages qui leur incombent.
153. Une rotation importante des rapporteurs a également eu lieu
en 2025 (notamment en ce qui concerne l'Ukraine, la Pologne, la
République de Moldova, la Türkiye et l'Azerbaïdjan). Il est satisfaisant
de constater que les postes vacants ont généralement été rapidement
pourvus par les groupes politiques. Compte tenu du nombre de changements
de rapporteurs intervenus au cours de l’année écoulée, ainsi que
des vacances de postes susceptibles de survenir dans l’année à venir,
il est demandé aux groupes politiques de proposer des membres qui
soient disposés et prêts à assumer la fonction de corapporteur,
laquelle implique une charge de travail importante et exige un engagement
en temps considérable.
154. Comme je l’ai indiqué dans le précédent rapport d’activités,
la capacité de la commission à solliciter des avis de la Commission
de Venise constitue un instrument essentiel pour détecter et traiter
d’éventuels dysfonctionnements des institutions démocratiques et
de l’État de droit dans un pays. Cet outil suscite un intérêt et
une demande croissants parmi les membres de la commission, notamment
dans la perspective de renforcer ses capacités d’alerte précoce.
Il englobe également des propositions visant à demander des avis concernant
des pays qui ne font pas l’objet d’un rapport dans le cadre des
procédures de suivi de l’Assemblée, le mandat de la commission lui
enjoignant expressément de veiller au respect des obligations d’adhésion
dans l’ensemble des États membres du Conseil de l’Europe.
155. Dans ce rapport d’activités, mon dernier en qualité de présidente
de la commission de suivi, je souhaite soulever la question de la
fréquence à laquelle ces rapports sont présentés à l'Assemblée.
Selon le paragraphe 15 de la Résolution
1115 (1997), telle que modifiée, la commission de suivi est tenue
de présenter chaque année à l’Assemblée un rapport sur l’état d’avancement
général des procédures de suivi. L’élaboration de ces rapports est
particulièrement exigeante en temps et en ressources, surtout au
regard de l’intérêt limité qu’ils suscitent lors des débats en séance
plénière. Par ailleurs, toutes les commissions ont été invitées
à réfléchir aux moyens de réduire le nombre de rapports examinés
en plénière. Les rapports d’avancement devraient être présentés
tous les deux ans, ce qui permettrait à chaque président·e sortant·e
de présenter un rapport d’activités en fin de mandat et d’y partager
ses réflexions sur les travaux de la commission. Je suis convaincue que
cette évolution renforcera la pertinence de ces rapports et, par
conséquent, l’attention qu’ils reçoivent de la part de nos membres.
