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Autres documents liés
A. Projet de
résolution
(open)
B. Projet de recommandation
(open)
C. Exposé des motifs
par Mme Elisabetta Gardini, rapporteure
(open)
Rapport | Doc. 16363 | 17 mars 2026
Violences et discours de haine contre les responsables politiques: une menace pour la démocratie
Commission des questions politiques et de la démocratie
A. Projet de
résolution 
(open)1. La violence contre les responsables
politiques se développe de manière préoccupante dans de nombreux
États membres et observateurs du Conseil de l'Europe. L'Assemblée
parlementaire condamne sans équivoque toutes les formes de violence
contre des responsables politiques et réaffirme que la violence
n'a pas sa place en démocratie.
2. Une démocratie représentative ne peut fonctionner que si les
candidat·es à des élections ont la possibilité de faire campagne
en toute sécurité et dans le calme, et si les élu·es sont libres
d'exercer leurs fonctions, avec intégrité et en adoptant un comportement
public consacré à l'intérêt de la communauté qu'ils ou elles représentent,
à l'abri de toute forme de préjudice. Toute attaque violente contre
un·e responsable politique, quelle que soit son affiliation politique,
doit être considérée comme une attaque contre la démocratie elle-même.
3. Les responsables politiques à tous les niveaux de gouvernement
peuvent être victimes de violences, indépendamment de leur couleur
politique: candidat·es à des élections, membres de partis, élu·es
et responsables de l'élaboration des politiques ayant un rôle institutionnel.
Les membres de leur famille et leurs collaborateurs et collaboratrices
sont aussi souvent menacés.
4. Des mesures urgentes doivent être prises pour prévenir et
combattre la violence contre les responsables politiques, car elle
crée un climat de peur qui a un effet dissuasif sur la participation
démocratique à la vie politique.
5. Les responsables politiques qui font l’objet de violences
peuvent se sentir obligés de modifier leur comportement, de limiter
leur participation à des événements publics ou de réduire leurs
contacts avec la population. Ils peuvent aussi décider de s'autocensurer,
en évitant d'aborder certaines questions controversées, voire en
modifiant leur position sur certaines politiques. Ils peuvent même
finir par décider de se retirer de leurs fonctions ou de ne pas
se présenter à une nouvelle élection. De manière analogue, des personnes
qui envisageaient d'entrer en politique peuvent en être dissuadées
par la violence, ce qui réduit le pluralisme et la représentativité
et nuit à la qualité des processus démocratiques.
6. Les intimidations, les menaces et d'autres formes d'agressions
verbales ou physiques peuvent également avoir un impact considérable
sur le bien-être psychologique des responsables politiques, dont
la capacité à travailler et à servir l'intérêt général se trouve
ainsi diminuée.
7. Certaines catégories, notamment les femmes politiques et les
représentant·es de groupes minoritaires, sont ciblées de manière
disproportionnée par des violences fondées sur le genre, des menaces
à caractère sexuelle et des attaques misogynes, homophobes ou racistes.
Ces personnes méritent donc une attention particulière, afin d’éviter
qu'elles soient découragées de participer à la vie politique et
de préserver la diversité et la représentativité des élu·es.
8. Le désenchantement des citoyennes et citoyens à l'égard des
processus et des institutions démocratiques a été exacerbé par les
mouvements populistes. Dans le même temps, les propos alarmistes, haineux
ou déshumanisants se sont normalisés dans le discours public. Ce
phénomène alimente la polarisation politique des démocraties, caractérisée
par une tension et une animosité accrues entre des groupes aux opinions
politiques opposées. La détérioration du climat politique crée des
conditions favorables à la violence contre les responsables politiques,
qui pourrait devenir incontrôlable.
9. L'Assemblée note que la violence contre les responsables politiques
peut prendre diverses formes, en ligne et hors ligne. Cette violence
peut être de nature économique, psychologique, sexuelle ou physique,
et peut aller des insultes verbales et du harcèlement à l'intimidation,
aux menaces physiques et aux agressions, parfois mortelles.
10. Les abus en ligne à l'encontre des responsables politiques
comprennent notamment: le harcèlement continu et les attaques coordonnées,
y compris l'utilisation abusive et coordonnée des mécanismes de signalement
dans le but de réduire au silence ou de suspendre de manière injustifiée
leurs comptes; les menaces (y compris les menaces anonymes); le doxxing et d'autres formes de divulgation
illégale de données à caractère personnel; le cyberharcèlement;
l'usurpation d'identité; ainsi que la diffusion de contenus manipulés
ou trompeurs visant à intimider, réduire au silence ou discréditer
des personnalités politiques, y compris par des attaques visant
leurs proches ou leurs collaborateurs et collaboratrices.
11. L'Assemblée est également préoccupée par l'utilisation croissante
des deepfakes (ou hypertrucages)
à l'encontre des responsables politiques: il s'agit d'enregistrements
audio, d'images ou de vidéos générés ou manipulés par l'intelligence
artificielle qui représentent de manière réaliste une personne disant
ou faisant quelque chose qu'elle n'a pas dit ou fait. Cela peut
notamment concerner la fabrication ou la modification de déclarations
publiques, ainsi que l'usurpation d'identité de personnalités politiques.
12. Les actes de violence contre les responsables politiques sont
souvent commis dans le but ultime de les intimider et de les réduire
au silence, les forçant à changer leurs opinions, leurs actions
ou leurs politiques. Pourtant, dans de nombreux cas, ces violences
sont motivées simplement par le mépris et la haine, sans poursuivre
d'objectif clair.
13. L'Assemblée réaffirme qu'un débat politique vigoureux, qui
comprend les critiques acerbes et la satire, fait partie intégrante
du pluralisme démocratique et est protégé par l'article 10 de la
Convention européenne des droits de l'homme (STE no 5).
Toutefois, les menaces, l'incitation à la violence, le harcèlement
ciblé et les discours de haine déshumanisants, qu'ils soient en
ligne ou hors ligne, sont incompatibles avec une société démocratique
et ne peuvent être justifiés au nom de la liberté d'expression.
14. Préférer la violence au dialogue est contraire à tous les
principes démocratiques. Cela crée également un cercle vicieux:
l'augmentation du nombre d'épisodes de violence contre des responsables
politiques est ainsi un symptôme clair du recul de la démocratie
en Europe, mais figure aussi parmi les causes de ce recul, puisque
la violence nuit à la participation, à la représentation et aux
institutions politiques, et, en définitive, à la résilience démocratique.
15. L'Assemblée rappelle que les chefs d’État et de gouvernement
du Conseil de l'Europe ont adopté, en 2023, les Principes de Reykjavik
pour la démocratie, par lesquels ils se sont engagés à «garantir
une participation pleine, égale et significative à la vie politique
et publique pour tous, en particulier pour les femmes et les filles,
sans violence, peur, harcèlement, discours et crimes de haine, ainsi
que sans discrimination fondée sur quelque motif que ce soit» (principe 10).
16. L'Assemblée rappelle aussi les conclusions de la Conférence
européenne des Présidentes et Présidents de Parlement qui s'est
tenue à Strasbourg les 20 et 21 mars 2025, selon lesquelles la violence
à l’encontre des responsables politiques compromet les processus
démocratiques et sape la confiance dans les institutions. Les conclusions
soulignent également la nécessité de faire de la lutte contre ce
phénomène une priorité pour préserver la démocratie.
17. Dans ce contexte, l'Assemblée se réjouit des travaux en cours
du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe
sur le thème «Préserver la démocratie locale – Lutter contre les
violences envers les élu·es locaux et régionaux».
18. Compte tenu des initiatives menées par le Conseil de l'Europe
en vue d'un Nouveau Pacte démocratique pour l'Europe, l'Assemblée
estime que les États membres et observateurs du Conseil de l’Europe
devraient renouveler leurs contrats sociaux avec les citoyennes
et citoyens par le biais d'initiatives destinées à l'ensemble de
la société et associant toutes les parties prenantes concernées:
gouvernements et parlements nationaux, autorités et conseils locaux,
système judiciaire, forces de l'ordre, organisations de la société
civile, établissements universitaires, médias et entreprises.
19. L'objectif devrait être de faire en sorte que les personnes
qui décident de consacrer leur temps et leurs efforts à la vie publique
regagnent l'estime de la population, de maintenir les liens qui
assurent la cohésion d'une démocratie, de favoriser le dialogue,
le respect, la tolérance et la compréhension mutuelle, qui sont autant
de remparts contre la violence, et de renforcer ainsi la sécurité
démocratique.
20. À la lumière de ces considérations, l'Assemblée appelle les
États membres et observateurs du Conseil de l'Europe:
20.1. à adopter une législation solide
qui reconnaisse les différentes formes de violence contre les responsables
politiques comme des infractions pénales spécifiques ou des circonstances
aggravantes, et qui impose des sanctions plus sévères lorsque c’est
nécessaire, conformément aux principes de légalité, de nécessité
et de proportionnalité, afin de faire preuve d'une tolérance zéro
envers ce phénomène;
20.2. à recenser les outils de régulation qui permettent d'empêcher
les médias sociaux et les médias traditionnels de diffuser des incitations
à la violence, des discours de haine, des propos déshumanisants ou
d'autres contenus incendiaires, tout en préservant la liberté d'expression,
en garantissant la transparence, le respect des procédures légales
et l'efficacité des recours et en évitant de déléguer de manière
opaque à des acteurs privés la définition de ce qui constitue une
opinion politique légitime, ainsi que les outils de régulation qui
permettent d’observer si et comment les entreprises de médias sociaux répondent
aux campagnes de bannissement silencieux et de blocage organisé
qui entravent la liberté d'expression des responsables politiques;
20.3. à promouvoir des mesures de protection contre les contenus
manipulés (y compris les hypertrucages) utilisés pour menacer les
responsables politiques, usurper leur identité ou inciter à la violence
à leur encontre, en mettant l'accent sur des mesures d'authenticité
et de transparence telles que la mention claire des contenus synthétiques,
les outils de traçabilité/provenance et des recours efficaces et
rapides (y compris la notification et le droit de réponse), dans
le cadre de procédures transparentes et d'un contrôle indépendant,
sans déléguer à des acteurs privés le pouvoir de restreindre les
opinions politiques légitimes;
20.4. à mettre des ressources humaines et financières à la disposition
des forces de l'ordre et du pouvoir judiciaire, afin que toutes
les formes de violence contre des responsables politiques fassent l'objet
d'enquêtes et de poursuites rapides, adéquates et effectives, menées
de préférence par des unités spécialisées qui peuvent assurer des
niveaux appropriés de coordination entre les autorités compétentes;
20.5. à veiller à ce que les institutions publiques protègent
toutes les voix politiques de manière égale lors de la mise en œuvre
des mesures de lutte contre la violence, en évitant tout parti pris
idéologique, et en respectant la liberté d'expression et la liberté
de la presse;
20.6. à protéger le bien-être physique et psychologique des
responsables politiques de tous les niveaux et à accorder une attention
particulière aux femmes politiques et aux représentant·es de groupes
minoritaires, sans hiérarchiser la protection et en garantissant
des protections égales pour toutes les voix politiques, en assurant
leur préparation et leur sécurité par des mesures de protection, telles
que des évaluations régulières des risques et la mise à disposition
de boutons d'appel d'urgence, de systèmes d'alarme et d'une surveillance
démocratique renforcée;
20.7. à lutter contre les attaques visant la vie privée et la
famille des responsables politiques, notamment le doxxing et d'autres divulgations
illégales de données à caractère personnel, en renforçant les canaux
de signalement permettant une réaction rapide, l’efficacité des
procédures de suppression des données à caractère personnel divulguées
illégalement, ainsi que le suivi par les forces de l’ordre, en mettant
aussi en place des mesures d'évaluation des risques afin d'éviter
que ces attaques ne dégénèrent en violences hors ligne;
20.8. à permettre aux responsables politiques de tous les niveaux
de renforcer leurs capacités en matière de mesures de sécurité et
à mettre à leur disposition des lignes directrices sur la cybersécurité, un
soutien juridique et psychologique, ainsi que d'autres ressources,
en fonction des besoins;
20.9. à renforcer les espaces de débat et les possibilités de
participation des citoyennes et citoyens, selon des processus de
démocratie participative et délibérative, en y associant les organisations
de la société civile;
20.10. à mener des campagnes publiques et à mettre en œuvre des
programmes d'apprentissage pour l'éducation civique et l'éducation
aux médias, afin de redynamiser la responsabilité civique des citoyennes
et citoyens et leur confiance dans les institutions, en s'adressant
plus particulièrement aux jeunes générations;
20.11. à promouvoir le dialogue entre les partis et une culture
politique fondée sur la transparence, le respect et la responsabilité,
ainsi que le rejet de la violence et du discours de haine, sur l’ensemble
de l’échiquier politique;
20.12. à améliorer la collecte de données à tous les niveaux,
afin d'analyser correctement le phénomène; d’identifier ses causes
sous-jacentes; de classer les différents moyens et méthodes utilisés,
en analysant la manière dont les différents groupes sont ciblés,
selon une approche intersectionnelle; d’évaluer la réaction des
citoyennes et citoyens aux épisodes de violence contre des responsables
politiques; et de suivre l'évolution de la situation pour adapter
les lois et les politiques pertinentes;
20.13. à envisager d'établir un mécanisme permettant d'identifier,
de suivre et de faire connaître les menaces spécifiques ou les épisodes
de violence contre des responsables politiques aux niveaux local, régional
et national.
21. L'Assemblée note que c'est aux responsables politiques qu'il
incombe en premier lieu de donner l'exemple d'un comportement civique,
tolérant et démocratique. Elle appelle donc les responsables politiques de
tous les niveaux à se garder d'utiliser une rhétorique incendiaire
et déshumanisante et d'inciter à la violence. L'Assemblée invite
aussi les responsables politiques à condamner tous les actes de
violence, sous toutes leurs formes, en particulier lorsqu'ils sont
perpétrés contre leurs pairs membres d'autres partis.
22. En outre, l'Assemblée invite les parlements nationaux et les
conseils locaux, ainsi que les partis politiques:
22.1. à adopter des codes de conduite
spécifiques, afin d'éviter que des responsables politiques adoptent
des comportements violents à l'égard de leurs pairs membres d'autres
partis;
22.2. à adopter des protocoles de sécurité et des mécanismes
de surveillance et d'alerte pour apporter un soutien psychologique
et matériel adéquat à leurs membres lorsqu'ils sont victimes d'agressions verbales
ou physiques.
B. Projet de recommandation 
(open)1. L’Assemblée parlementaire attire
l’attention du Comité des Ministres sur sa Résolution …(2026) «Violences
et discours de haine contre les responsables politiques: une menace
pour la démocratie», dans laquelle elle souligne que la violence
contre les responsables politiques est en augmentation dans de nombreux
États membres et observateurs du Conseil de l'Europe.
2. L'Assemblée est préoccupée par le fait que la violence contre
les responsables politiques de tous les niveaux risque d'avoir un
effet dissuasif sur la participation démocratique à la vie politique,
ce qui réduit le pluralisme, la représentativité et la qualité des
processus et des institutions démocratiques. Les intimidations, les
menaces et d'autres formes d'agressions verbales, physiques ou sexuelles
peuvent également avoir un impact considérable sur le bien-être
psychologique des responsables politiques, dont la capacité à travailler
et à servir l'intérêt général se trouve ainsi diminuée. Il est donc
urgent d'agir pour prévenir et contrer ce phénomène.
3. Certaines catégories, notamment les femmes politiques et les
représentant·es de groupes minoritaires, sont ciblées de manière
disproportionnée, notamment par des violences fondées sur le genre,
des menaces à caractère sexuel et des attaques misogynes, homophobes
ou racistes. Ces personnes méritent donc une attention particulière,
afin d’éviter qu'elles soient découragées de participer à la vie
politique et de préserver la diversité et la représentativité des
élu·es.
4. L'Assemblée rappelle que les chefs d’État et de gouvernement
du Conseil de l'Europe ont adopté, en 2023, les Principes de Reykjavik
pour la démocratie, par lesquels ils se sont engagés à «garantir
une participation pleine, égale et significative à la vie politique
et publique pour tous, en particulier pour les femmes et les filles,
sans violence, peur, harcèlement, discours et crimes de haine, ainsi
que sans discrimination fondée sur quelque motif que ce soit» (principe 10).
5. L'Assemblée se réfère aussi aux travaux en cours du Congrès
des pouvoirs locaux et régionaux sur le thème «Préserver la démocratie
locale – Lutter contre les violences envers les élu·es locaux et
régionaux».
6. L'Assemblée estime que, dans le cadre du Nouveau Pacte démocratique
pour l'Europe, le Conseil de l'Europe pourrait jouer un rôle de
premier plan en veillant à ce que la violence contre les responsables politiques
de tous les niveaux soit combattue de manière adéquate, renforçant
ainsi la sécurité démocratique sur l'ensemble du continent.
7. À la lumière de ces considérations, l'Assemblée invite le
Comité des Ministres à envisager de mettre en place un mécanisme,
qui pourrait prendre la forme d'une plateforme ou d'un observatoire
du Conseil de l'Europe, afin d'identifier et de suivre les menaces
spécifiques ou les épisodes de violence contre des responsables
politiques aux niveaux local, régional et national.
8. Ce mécanisme permettrait de mieux comprendre le phénomène
et contribuerait à améliorer la prévention et la réponse des autorités
compétentes. Il pourrait aussi servir à collecter des données pour analyser
les tendances et pourrait contribuer à faire mieux connaître ce
problème par le biais de campagnes publiques spécifiques du Conseil
de l'Europe.
9. L'Assemblée invite le Comité des Ministres à développer davantage
les mécanismes d'alerte précoce visant à détecter le recul de la
démocratie.
C. Exposé des motifs
par Mme Elisabetta Gardini, rapporteure 
(open)1. Introduction
1. La représentation est l'un
des piliers de la démocratie européenne. Grâce à des élections libres, équitables
et transparentes, organisées à intervalles réguliers, les citoyen·nes
peuvent choisir leurs représentant·es à tous les niveaux, du local
au national, et dans les États membres de l'Union européenne, même
au Parlement européen.
2. Tous les candidat·es devraient pouvoir mener leur campagne
en toute sécurité et dans le calme; une fois élus, les responsables
devraient également être autorisés à exercer leurs fonctions librement
et être protégés contre toute forme de préjudice ou de discrimination.
Une véritable démocratie représentative ne peut être garantie que
si ces deux conditions sont remplies. Privilégier la violence au
dialogue est contraire à tous les principes démocratiques.
3. Ces dernières années, cependant, la montée des discours haineux,
des menaces et même des violences physiques à l'encontre des responsables
politiques – qu'il s'agisse de candidat·es à des élections, de membres
de partis, d’élu·es ou de responsables de l'élaboration des politiques
ayant un rôle institutionnel – est devenue un sujet de grave préoccupation
et un défi sérieux pour le bon fonctionnement des démocraties.
4. La recrudescence de la violence en ligne et hors ligne, qui
va des insultes, du harcèlement et de l'intimidation aux menaces
physiques, aux agressions et même à la violence meurtrière – visant
parfois aussi les proches ou les collaborateurs et collaboratrices
des responsables politiques – a mis en évidence la nécessité de
réaffirmer l'importance des principes démocratiques et l'urgence
de les protéger.
5. La polarisation du débat politique et la dangereuse normalisation
de la violence peuvent gravement compromettre la qualité et le pluralisme
des processus démocratiques. Il est essentiel à la nature même de
la démocratie de veiller à ce que les espaces politiques permettent
à chacun·e de participer pleinement et de s'engager dans le débat
sans crainte de violence ou de harcèlement.
6. Dans le même temps, il convient d'établir une distinction
claire entre la dissidence politique légitime et l'incitation réelle
à la violence. La liberté d'expression doit permettre un débat libre
et ouvert, y compris lorsqu’il est passionné, mais elle ne doit
pas servir de prétexte à des discours déshumanisants ou à des discours
de haine. De même, certaines opinions politiques ne doivent pas
être marginalisées simplement parce qu'elles remettent en cause
les tendances culturelles dominantes.
7. La sécurité et le bien-être des responsables politiques sont
d'une importance capitale et ne peuvent être sacrifiés. Il est urgent
de prendre des mesures pour inverser la tendance et garantir la
protection des responsables politiques à tous les niveaux, afin
qu'ils puissent se concentrer uniquement sur leur travail dans l'intérêt
public.
2. Violence à l'encontre des responsables politiques
8. La violence à l'égard des responsables
politiques peut se manifester tant en ligne que hors ligne; elle peut
être perpétrée par des acteurs étatiques, non étatiques ou des individus;
et elle peut prendre différentes formes: économique, psychologique,
sexuelle ou physique. Selon la Better Politics Foundation, la violence
à l'égard des responsables politiques désigne «tout acte physique,
psychologique ou symbolique visant à nuire, intimider, réduire au
silence ou contraindre des acteurs politiques en raison de leur
rôle, de leurs opinions ou de leurs activités politiques»
.
9. Les discours haineux, les menaces et les intimidations, les
abus et les agressions physiques n'ont pas leur place dans une démocratie.
En effet, l'une des caractéristiques essentielles de la démocratie
est l'absence de violence. Les personnes doivent pouvoir exprimer
librement leurs opinions, participer à des activités politiques
sans craindre d'être attaqués par ceux qui ont des opinions contraires,
et s'engager dans des délibérations politiques fondées sur le dialogue
et le respect mutuel plutôt que sur les menaces et le recours à
la force.
10. Ainsi, lors de leur 4e sommet tenu
en mai 2023, les chefs d'État et de gouvernement du Conseil de l'Europe
se sont engagés à respecter les Principes de Reykjavik pour la démocratie,
et notamment à «garantir une participation pleine, égale et significative
à la vie politique et publique pour tous, en particulier pour les femmes
et les filles, sans violence, peur, harcèlement, discours et crimes
de haine, ainsi que sans discrimination fondée sur quelque motif
que ce soit»
.
11. Néanmoins, le nombre d'agressions verbales et physiques contre
des personnalités politiques a augmenté dans plusieurs pays européens.
Les victimes sont des candidat·es à des élections, des membres de
partis, des élu·es ainsi que des responsables de l'élaboration des
politiques ayant un rôle institutionnel, à tous les niveaux du gouvernement.
12. En outre, les épisodes de violence ne semblent pas viser les
représentant∙es d'un seul groupe politique, mais s’étendent à l’ensemble
de l’échiquier politique. Certains groupes, notamment les femmes
et les membres de minorités, sont plus exposés, mais il est tout
aussi important de reconnaître que les responsables politiques défendant
des positions traditionnelles ou conservatrices sont souvent attaqués
ou diffamés, en particulier en ligne.
13. À de nombreuses occasions, les responsables politiques sont
en effet la cible d'attaques verbales virulentes qui n'ont rien
à voir avec un débat respectueux et constructif, mais qui constituent
plutôt des menaces et du harcèlement à l'encontre des responsables
politiques elles-mêmes, de leurs proches ou de leurs collaborateurs
et collaboratrices.
14. Les menaces peuvent également se transformer en actes de vandalisme
visant les domiciles ou les bureaux des responsables politiques
et, dans les cas les plus graves, en agressions physiques, voire
en meurtres.
2.1. Les épisodes de violence les plus récents en Europe et au-delà
15. Deux membres du Parlement britannique
ont été assassinés en moins de dix ans. Jo Cox a été poignardée
à 15 reprises et a reçu trois balles d'un extrémiste de droite dans
sa circonscription le 16 juin 2016, pendant la campagne menant au
référendum européen (qui a eu lieu une semaine plus tard)
. Sir David Amess a été poignardé
à mort le 15 octobre 2021 par un fanatique de l'État islamique,
alors qu'il rencontrait des citoyen·nes de sa circonscription
.
16. En Pologne, le maire de la ville de Gdańsk, Paweł Adamowicz,
a été tué sur scène par un ancien condamné récemment libéré, lors
d'un événement caritatif le 14 janvier 2019
. En sa mémoire,
depuis 2021, le Comité européen des régions, en partenariat avec
le Réseau international des villes de refuge et la ville de Gdańsk,
décerne le prix du maire Paweł Adamowicz, «pour le courage et l'excellence
dans la promotion de la liberté, de la solidarité et de l'égalité»
.
17. En Allemagne, le gouverneur régional Walter Lübcke a été tué
d'une balle dans la tête par un extrémiste de droite le 2 juin 2019,
alors qu'il était assis dans le jardin de sa maison
.
18. Plus récemment, le 15 mai 2024, le Premier ministre slovaque,
Robert Fico, a été blessé par balle à l'issue d'une réunion du gouvernement,
et a dû subir des opérations chirurgicales longues et délicates
. Il s'agit de la première
tentative d'assassinat majeure contre un dirigeant européen depuis
celui du Premier ministre serbe Zoran Đinđić, abattu le 12 mars
2003, il y a plus de 20 ans.
19. Dans un événement moins dramatique mais tout aussi inquiétant,
la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a été agressée
dans la rue le 7 juin 2024, subissant des blessures légères
.
20. Ce problème ne touche pas exclusivement les démocraties européennes,
puisqu'il affecte également les États observateurs du Conseil de
l'Europe. Voici quelques exemples récents:
- le 6 janvier 2021, un groupe important de manifestants a pris d'assaut le Capitole, siège du Congrès des États-Unis, dans le but d'empêcher le décompte des votes du collège électoral visant à confirmer la victoire de l'ancien Président Joe Biden, ce qui a notamment entraîné la mort de quatre émeutiers et fait plusieurs blessés;
- en 2024, Donald Trump, l'actuel Président des États-Unis, a été victime de deux tentatives d'assassinat;
- le 14 juin 2025, la députée de l'État du Minnesota Melissa Hortman et son mari ont été tués, et le sénateur de l'État John Hoffman et son épouse ont été blessés lors de fusillades à motivation politique
;
- l'ancien Premier ministre japonais Shinzo Abe a été assassiné le 8 juillet 2022, alors qu'il prenait la parole lors d'un événement politique
;
- au cours de la dernière campagne électorale au Mexique, une moyenne stupéfiante d'un épisode de violence visant un responsable politique par jour a été enregistrée
.
Ces incidents montrent que la violence à l'encontre des responsables politiques ne se limite pas aux démocraties fragiles ou à une idéologie politique particulière. En réalité, elle vise souvent celles et ceux qui remettent en cause les discours dominants ou proposent des changements politiques, quelle que soit leur position sur l'échiquier politique.
21. À cet égard, et bien que le
présent rapport se concentre sur la violence à l'encontre des responsables politiques,
il serait négligent de ne pas mentionner deux cas récents de violence
politique visant des militants, qui se sont produits pendant la
rédaction du présent rapport. Ces cas illustrent parfaitement la
polarisation extrême et la normalisation de la violence en Europe
et aux États-Unis.
22. Le 10 septembre 2025, l'activiste politique conservateur américain
Charlie Kirk a été abattu alors qu'il tenait un débat public avec
des étudiants à l'université de l'Utah Valley. Sa mort a déclenché
un débat outre-Atlantique sur la liberté d'expression et la rhétorique
politique.
23. Le 14 février 2026, Quentin Deranque, un militant d'extrême
droite âgé de 23 ans, est décédé des suites de blessures subies
lors d'une attaque perpétrée par un groupe de militants d'extrême
gauche. Parmi les personnes arrêtées pour leur implication présumée
dans cette attaque figuraient, selon certaines informations, deux
assistants d'un député français du parti La France Insoumise (LFI).
Quelques jours plus tard, le siège de LFI a dû être évacué en raison
d'une alerte à la bombe. Le fait alarmant que des personnes ayant
des liens directs avec les institutions démocratiques aient pu être
impliquées dans l’attaque a incité le Président français Emmanuel
Macron à appeler les extrêmes politiques du pays à «mettre de l'ordre
dans leurs affaires»
.
2.2. Un phénomène inquiétant
24. Au-delà de la liste non exhaustive
et anecdotique des récents incidents violents présentés ci-dessus,
et même s'il n'existe pas de base de données européenne complète
permettant de recenser les cas de violence verbale et physique à
l'encontre de responsables politiques, les informations recueillies
par certains États membres du Conseil de l'Europe peuvent au moins
donner un aperçu de l'ampleur et de la gravité du problème à l'échelle
du continent.
25. L'Union interparlementaire (UIP) a récemment publié une étude
intitulée «Violence politique: quand les parlementaires deviennent
la cible de l'hostilité publique»
. S'appuyant sur
cinq études de cas nationales (en Argentine, au Bénin, en Italie,
en Malaisie et aux Pays-Bas) et une enquête mondiale, les conclusions
de l'étude révèlent que ce phénomène a une portée mondiale. Il est
à noter que 71 % des personnes ayant répondu ont déclaré avoir été
victimes de violences de la part du public, tant hors ligne qu'en
ligne, les violences en ligne étant plus fréquentes. La plupart
d'entre elles ont également estimé que la situation s'était détériorée
au cours des cinq dernières années. En outre, il convient de noter
que 44 % des personnes ayant répondu considèrent que la violence
fait partie de la vie politique.
26. Selon les données fournies par les autorités allemandes, les
incidents de violence verbale ou physique à l'encontre des élu∙es
ont presque doublé en Allemagne au cours des 5 dernières années,
et 2 790 incidents ont été enregistrés en 2023, tandis que près
de 5 000 cas de violence à l'encontre de responsables politiques ont
été signalés par l'Office fédéral de la police criminelle en 2024.
Avant les dernières élections fédérales, plusieurs membres du parlement
ont décidé de ne pas se représenter en raison du nombre de menaces reçues,
parmi lesquels la vice-présidente du Bundestag, Mme Yvonne
Magwas
.
27. De même, en France, les incidents de ce type ont augmenté
de 32 % en 2022 par rapport à l'année précédente, et la tendance
s'est poursuivie en 2023, avec 2 380 agressions signalées au cours
des trois premiers trimestres de cette année
.
28. Au Royaume-Uni, en 2023, 43 % des députés gallois et des membres
du Senedd (le Parlement gallois) ont reçu des menaces de mort; 70 %
des membres du Parlement écossais ont déclaré craindre pour leur sécurité;
et sept conseillers locaux sur dix ont été victimes d'agressions
et d'intimidations
.
29. En Suède, un élu sur trois a déclaré avoir subi une forme
de menace, de violence ou de dommage de la part de citoyen·nes ordinaires
en 2023
.
30. Les membres du Gouvernement autrichien reçoivent chaque jour
jusqu'à 500 messages haineux par personne; un grand nombre de ces
messages parviennent également aux membres du Parlement autrichien, certains
contenant des menaces de meurtre ou de viol
.
31. Les candidat∙es et les responsables politiques locaux sont
également particulièrement visés, d'autant plus qu'ils se trouvent
à un niveau de gouvernement plus proche des citoyen·nes et qu'ils
ont donc plus d'occasions d'avoir des contacts quotidiens avec eux.
Les données recueillies par le Armed Conflict Location & Event
Data Project (ACLED) montrent qu'entre 2020 et 2022, des actes de
violence ont été commis à l'encontre d'élu∙es locaux dans 16 des
27 États membres de l'Union européenne, parmi lesquels l'Italie
a enregistré le niveau le plus élevé, avec un total de 238 incidents
. En outre, ces dernières
années, un·e maire sur quatre en Allemagne a envisagé de démissionner
en raison des menaces et des violences verbales et physiques dont
il ou elle a été victime
. Ces chiffres soulignent
non seulement la vulnérabilité des élus locaux, mais aussi leur
proximité et leur engagement envers les communautés qu'ils servent,
souvent sous pression, dans des contextes sociaux et territoriaux
complexes.
32. Le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de
l'Europe a adopté la Résolution
485(2022) et la Recommandation
478(2022) intitulées «Discours de haine et des fausses informations:
impact sur les conditions d’exercice des élus locaux et régionaux»,
qui contiennent des recommandations pertinentes pour les États membres
du Conseil de l'Europe
. Le Congrès a également consacré
un débat à cette question en octobre 2023
, et prépare actuellement un rapport
intitulé «Préserver la démocratie locale – Lutter contre les violences
envers les élu·es locaux et régionaux».
33. Le phénomène suscite également l'attention en raison des conséquences
et de l'impact qu'il peut avoir sur les affaires: à titre d'exemple,
Control Risks, une société internationale spécialisée dans le conseil
en matière de risques, a classé la violence politique parmi les
principaux risques pour les affaires en 2025
. De même, le baromètre des risques
d'Allianz classe les risques et la violence politiques parmi les
dix principaux risques commerciaux pour 2026
. Cela renforce également l'idée que
la sauvegarde du débat démocratique et du pluralisme n'est pas seulement
une question de sécurité publique, mais aussi de stabilité économique
et institutionnelle.
2.3. Exposition inégale à la violence politique
34. Les agressions verbales et
physiques visent souvent de manière disproportionnée certaines catégories de
responsables politiques. Parmi celles-ci, les femmes et les représentant·es
de groupes minoritaires sont fréquemment touchés.
35. Au Royaume-Uni, les députées noires, asiatiques et issues
de minorités sont victimes d'un nombre disproportionné d'abus en
ligne
. En Suède, une enquête
à grande échelle a révélé que les politicien·es issus de l'immigration
sont beaucoup plus exposés à la violence physique et psychologique
que leurs homologues
.
36. Une étude menée en 2018 par l'Assemblée et l'UIP, intitulée
«Sexisme, harcèlement et violence à l'égard des femmes dans les
parlements en Europe», a montré que la violence psychologique et
verbale à l’égard des femmes parlementaires est très répandue. Parmi
les conclusions de cette étude, on peut citer:
- 85,2 % des députées ayant participé à l'étude ont déclaré avoir subi des violences psychologiques au cours de leur mandat;
- 46,9 % ont reçu des menaces de mort, de viol ou de coups;
- 58,2 % ont été la cible d'attaques sexistes en ligne sur les réseaux sociaux;
- 67,9 % ont été la cible de commentaires relatifs à leur apparence physique ou basés sur des stéréotypes de genre;
- 24,7 % ont subi des violences sexuelles;
- 14,8 % ont subi des violences physiques
.
37. Une étude de 2024 du Parlement européen a également souligné
que l'une des raisons de la sous-représentation des femmes au niveau
politique est la crainte de la violence sexiste et politique
. Il est toutefois important
d'aborder cette question sans renforcer l'idée que les femmes sont
intrinsèquement moins aptes à endurer les confrontations politiques.
La démocratie est bénéfique lorsque tous les individus, indépendamment de
leur sexe ou de leur origine, sont habilités à s'engager librement
et sans crainte, sur la base de leur mérite et de leur engagement.
38. Une enquête menée auprès des membres du Parlement écossais
a montré que presque toutes les femmes députées avaient été victimes
d'abus en ligne, notamment de menaces de viol, de menaces de mort et
d'insultes misogynes graves
. Dans ce contexte,
14 femmes membres du Parti national écossais (23 % du total) ont
annoncé se retirer avant les élections de mai 2026, invoquant un
manque de soutien de la part du parti, mais aussi la tolérance à
l'égard du harcèlement et des abus dans l'hémicycle et en ligne
.
39. Mme Urška Klakočar Zupančič, première
femme présidente de l'Assemblée nationale de Slovénie, a subi des
réactions négatives sur les médias sociaux immédiatement après son
discours inaugural, avec des commentaires disséquant son apparence
plutôt que son discours. Une étude récemment publiée en Slovénie indique
que les femmes politiquement actives sont ciblées de manière disproportionnée
.
40. De même, selon une étude menée en Allemagne en 2024, la violence
numérique touchait la majorité des personnes actives en politique,
et les femmes étaient plus touchées que les hommes: deux tiers d'entre elles
ont signalé des violences sexistes et un pourcentage important (66 %)
a décidé de limiter son utilisation des réseaux sociaux
.
41. Ces attaques sont souvent davantage fondées sur les positions
politiques défendues par l'individu ou le rôle qu'il occupe que
sur son identité en tant que telle. Dans de nombreux cas, les critiques
ou les abus visent les responsables politiques perçues comme remettant
en cause les discours dominants, en particulier lorsqu'ils expriment
des valeurs traditionnelles ou conservatrices, et leurs cas font
souvent l'objet d'une attention moindre de la part des institutions.
Il est essentiel de reconnaître cette dimension afin d'éviter les
simplifications idéologiques et de garantir une protection égale
à toutes les personnalités publiques.
42. Ainsi, la violence à l'égard des responsables politiques représente
un défi sérieux pour la qualité de la représentation démocratique.
Les insultes, le harcèlement et la violence peuvent avoir de profondes répercussions
psychologiques sur les victimes, les décourageant de s'engager en
politique, voire les poussant à s’en retirer. S'il est vrai que
certains groupes, notamment les femmes, sont touchés de manière disproportionnée,
la véritable perte démocratique réside dans le fait de réduire au
silence toutes les voix par la peur, indépendamment du genre ou
de l'origine. Réduire la participation politique à des catégories démographiques
entraîne le risque de négliger l'importance des valeurs, des compétences
et du courage, qui sont les véritables pierres angulaires de l'engagement
démocratique.
43. Le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux a également analysé
cette question lors d'un débat intitulé «Violence contre les femmes
politiques» qui s'est tenu en mars 2025. Au cours du débat, plusieurs représentantes
élues locales de différents pays et groupes politiques ont fait
part d'épisodes de menaces, de harcèlement en ligne et en personne,
d'agressions verbales et physiques qu'elles avaient personnellement subies.
Ces témoignages ont confirmé que ce phénomène touche des personnalités
politiques de tous horizons idéologiques et à tous les niveaux de
gouvernement. La protection de tous les élus, indépendamment de
leur genre ou de leur orientation politique, est essentielle pour
préserver le pluralisme et la légitimité institutionnelle.
2.4. Les causes profondes
44. Plusieurs raisons semblent
expliquer l'augmentation du nombre d'attaques violentes contre des responsables
politiques. Ce problème est directement lié au recul de la démocratie
et touche aux fondements mêmes des démocraties représentatives.
45. Des recherches universitaires sur le sujet voient le jour,
abordant la question sous différents angles, tels que les liens
entre la violence politique et électorale et les tentatives d'influencer
les comportements des citoyen∙nes et des responsables politiques;
la perspective sexospécifique et intersectionnelle de la violence politique
; l'association de la violence politique
avec les organisations criminelles
; et l'impact de la violence sur
la représentation, les élections et la démocratie à un niveau plus
général
.
46. Il est toutefois important d'éviter d'interpréter ces phénomènes
uniquement à travers le prisme de la politique identitaire. Il convient
de prendre en compte des causes culturelles et institutionnelles
plus larges, notamment la délégitimation de l'identité nationale,
l'érosion de l'autorité et la déconnexion entre les institutions et
les préoccupations réelles des citoyen∙nes.
47. Les multiples défis auxquels les démocraties européennes ont
été confrontées ces dernières années, notamment les crises économiques
et financières, l'urgence sanitaire causée par la pandémie de covid-19,
les tensions géopolitiques, le changement climatique et les migrations
massives, ont eu un impact négatif sur la confiance des citoyen∙nes
européen∙nes dans les autorités publiques et les institutions démocratiques
.
48. De plus en plus de citoyen∙nes sont en colère, désabusés et
craignent d'être laissés pour compte et marginalisés en raison de
l'augmentation des inégalités. Leur sentiment d'insécurité est amplifié
par la perception que les décisions qui affectent leur vie sont
prises par des élites détachées et corrompues, des bureaucrates
irresponsables ou des «pouvoirs cachés». Les responsables politiques
sont souvent considérés comme incompétents, peu réactifs et incapables
de répondre aux crises, et sont finalement perçus comme trop éloignés
de la réalité quotidienne de leurs électrices et électeurs. La montée
des mouvements populistes adoptant des positions anti-establishment
a alimenté la méfiance et l'hostilité de nombreux citoyen∙nes à l'égard
des responsables politiques.
49. Ce fossé est exacerbé davantage lorsque les élites politiques
et culturelles promeuvent des programmes perçus comme étrangers
ou méprisants à l'égard des traditions nationales, des valeurs familiales ou
des préoccupations légitimes en matière de sécurité et d'identité.
50. Le débat politique devient de plus en plus clivant, ce qui
conduit à la polarisation des opinions des citoyen∙nes et, par conséquent,
à la normalisation des discours haineux et de l'intolérance dans
le discours politique, ainsi qu'à l'acceptation de la violence dans
la compétition politique pour empêcher les adversaires d'atteindre
leurs objectifs.
51. Dans certains pays, la «polarisation politique affective»
(c'est-à-dire l'antipathie mutuelle entre différents groupes)
s'est intensifiée jusqu'à atteindre
un niveau de haine politique, où ceux qui ont des opinions différentes
sont considérés comme des ennemis à vaincre plutôt que comme des
adversaires avec lesquels il convient de rechercher le dialogue
et le compromis.
52. Les citoyen·nes désabusés commencent également à considérer
qu'au lieu du dialogue, de la participation et de la compétition
électorale, ils ont le droit d'exprimer leur mécontentement par
la violence, au point que certains d'entre eux estiment que seule
la violence leur permettra d'obtenir des changements
.
53. À titre d'exemple, les données recueillies par la Commission
électorale du Royaume-Uni en 2023 montrent que seuls 31 % des jeunes
citoyen·nes britanniques (âgés de 18 à 24 ans) trouvent «totalement inacceptable»
que des personnes menacent verbalement des parlementaires en public
. En outre, une étude publiée en
2025 indique que les épisodes de violence à l'encontre de responsables
politiques pourraient accroître le niveau d'acceptation de la violence
politique chez certains groupes d'électeurs
.
54. Le recours à une rhétorique incendiaire, à la peur et à un
langage déshumanisant pour décrire les personnes ayant des opinions
différentes – notamment par des factions extrémistes ou des responsables politiques
opportunistes – contribue à empoisonner l'espace politique et empêche
toute discussion équitable et tout échange d'idées. En outre, les
responsables politiques eux-mêmes peuvent utiliser des arguments ouvertement
violents dans leurs discours, voire se livrer à des bagarres avec
leurs adversaires au sein des parlements ou des conseils locaux,
donnant ainsi un mauvais exemple en matière de respect dû aux adversaires
politiques et aux institutions démocratiques.
55. L'essor des médias sociaux a créé de nouveaux forums de discussion
politique, mais il a également facilité la diffusion de fausses
informations (y compris les hypertrucages
, c'est-à-dire des
contenus audiovisuels générés par l'intelligence artificielle qui
peuvent être utilisés pour dépeindre des individus dans des comportements
inappropriés ou contraires à l'éthique), les théories du complot
et les discours de haine, propagés dans certains cas par des acteurs
malveillants, y compris étrangers.
56. La possibilité de se cacher derrière de faux comptes incite
les citoyen·nes mécontents à agresser, harceler et menacer les responsables
politiques, souvent sans filtre efficace. La diffusion de contenus perturbateurs
par les médias sociaux (et traditionnels) peut alimenter davantage
les comportements agressifs, en particulier parmi les groupes extrémistes.
57. Les réseaux sociaux permettent également, grâce au filtrage
et à l'ingénierie algorithmique, la création de ce que l'on appelle
des «chambres d'écho», des environnements virtuels où les individus
ne sont confrontés qu'à des idées et des perspectives qui renforcent
leurs propres convictions, sans offrir de points de vue alternatifs
ni la possibilité d'un débat réel et efficace. Afin de tirer au
maximum parti de l'engagement, les algorithmes des réseaux sociaux
ont en effet tendance à donner la priorité aux contenus controversés, perturbateurs
voire violents, exacerbant ainsi la polarisation du discours public.
58. Néanmoins, les efforts visant à lutter contre les discours
haineux et la désinformation doivent toujours respecter la liberté
d'expression et éviter de déléguer aux plateformes privées le pouvoir
de définir ce qui constitue une opinion acceptable dans une société
démocratique.
59. La conjonction de ces facteurs a conduit de nombreux citoyen·nes
européens à penser qu'il est acceptable de proférer des menaces
et des insultes à l'encontre des responsables politiques en toute
impunité, comme s'il s'agissait d'une composante intrinsèque de
leur fonction de personnalité publique. Selon ce raisonnement, les
responsables politiques qui ont décidé de se consacrer à une fonction
publique devraient accepter un certain degré de harcèlement, car
cela fait tout simplement partie du jeu.
60. En fait, c'est précisément à cause de ce phénomène qu'un nombre
croissant de responsables politiques locaux et nationaux en Europe
envisagent ou décident de se retirer de la politique, et il est
certain qu'un grand nombre de personnes qui pourraient être intéressées
par un engagement plus important dans la vie politique ne le font
pas par crainte de l'impact que le harcèlement et la violence pourraient
avoir sur elles-mêmes, leurs proches et leurs collègues.
61. En outre, les responsables politiques sont poussés à reconsidérer
leur manière de communiquer, en s'abstenant de commenter certains
sujets controversés, ou leur manière d'interagir avec les citoyen·nes,
en réduisant leurs apparitions publiques ou en évitant les rencontres
en personne
. L'autocensure par
peur conduit à des débats de moindre qualité, et le fait d'éviter
tout contact direct avec les électeurs et électrices renforce l'image
d'une élite politique complètement déconnectée de la vie des citoyen·nes.
62. Ce climat d'intimidation a finalement un effet dissuasif et
réduit l'espace réservé au pluralisme politique et à la diversité,
décourageant l'émergence de voix fortes capables de proposer des
visions alternatives, souvent nécessaires en temps de crise.
3. Bonnes pratiques
3.1. Le Conseil de l'Europe et d'autres organisations internationales
63. La Commission européenne pour
la démocratie par le droit du Conseil de l'Europe (Commission de Venise)
et le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l'homme
du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme
de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE/BIDDH)
ont publié conjointement en 2020 la deuxième édition des «Lignes
directrices sur la réglementation des partis politiques», dans lesquelles
ils indiquent: «Non seulement l'État doit respecter (passivement) l'exercice
de la liberté d'association, mais il doit aussi protéger et faciliter
activement cet exercice. L'État doit protéger les partis politiques
et les individus dans leur liberté d'association contre l'ingérence
d'acteurs non étatiques, notamment par
des moyens législatifs. L'État doit veiller à ce que les candidats
et les partisans des partis politiques bénéficient d'une protection
adéquate contre la violence. Si d'autres groupes, associations ou individus
doivent avoir le droit de critiquer les partis politiques et/ou
leurs opinions et de manifester contre eux, la violence ou les menaces
de violence ne sont pas autorisées»
.
64. Les lignes directrices citent également un arrêt de la Cour
européenne des droits de l'homme, qui indique qu'«il incombe aux
autorités publiques de garantir le bon fonctionnement d’une association
ou d’un parti politique, même quand ceux-ci heurtent ou mécontentent
des éléments hostiles aux idées ou revendications légales qu’ils
veulent promouvoir. Leurs membres doivent pouvoir se réunir sans
avoir à redouter les brutalités que leur infligeraient leurs adversaires.
Pareille crainte risquerait de dissuader d’autres associations ou
partis politiques de s’exprimer ouvertement sur des sujets brûlants
de la collectivité»
.
65. Sur la base de l'étude susmentionnée menée avec l'UIP, l'Assemblée
a lancé, en novembre 2018, l'initiative #NotInMyParliament, visant
à lutter contre le sexisme, le harcèlement et la violence à l'égard
des femmes dans les parlements
.
66. Il est manifestement nécessaire de continuer à donner de la
visibilité à cette question. En mars 2025, sous les auspices de
l'Assemblée, la Conférence européenne des Présidentes et Présidents
de Parlement qui s'est tenue à Strasbourg a abordé la question de
la violence à l'encontre des responsables politiques comme l'un
de ses principaux thèmes.
67. Les conclusions de la Conférence indiquent que la lutte contre
la violence à l'encontre des responsables politiques est une priorité
pour sauvegarder la démocratie et protéger les sociétés inclusives,
car ce phénomène compromet les processus démocratiques et sape la
confiance dans les institutions: les cadres juridiques et institutionnels
doivent être renforcés afin d'apporter soutien et protection aux
responsables politiques.
68. Dans le même temps, les conclusions de la Conférence indiquent
également que les femmes politiques, les personnalités politiques
issues des minorités et les responsables politiques LGBTI sont particulièrement visés
et soulignent la nécessité de s'attaquer aux causes profondes de
la violence: la misogynie, le racisme, la défiance à l'égard des
systèmes politiques, les inégalités économiques, les scandales de
corruption, la désinformation et les théories du complot. L'accent
est mis sur le rôle de l'éducation civique, de l’éducation des médias
et de la culture pour construire une citoyenneté européenne éclairée
et mobilisée, et sur la responsabilité critique des parlementaires
qui doivent montrer l'exemple, condamner les attaques contre leurs pairs
et s'abstenir de toute rhétorique incendiaire
.
69. Néanmoins, les politiques de protection doivent rester idéologiquement
neutres et préserver pleinement le pluralisme politique. Les contre-mesures
ne doivent pas entraîner de restrictions privées ou arbitraires
au débat démocratique légitime.
70. Enfin, l'OSCE a élaboré une boîte à outils intitulée «Lutter
contre la violence à l'égard des femmes en politique dans la région
de l'OSCE»
, qui contient un certain nombre
de recommandations qui pourraient être utiles de manière générale,
indépendamment du genre.
3.2. Initiatives dans les États membres du Conseil de l'Europe
71. Dans certains États membres
du Conseil de l'Europe, les autorités centrales et locales ainsi
que la société civile surveillent activement le phénomène de la
violence à l'égard des responsables politiques, adoptent des mesures
de prévention et proposent des actions à mettre en œuvre.
72. En juillet 2023, le Gouvernement français a adopté un Plan
national de prévention et de lutte contre les violences aux élus,
qui met l'accent sur le renforcement de leur protection juridique,
psychologique et physique, de leur relation avec les procureurs
et des mesures juridiques pertinentes. Il a également créé un Centre d'analyse
et de lutte contre les atteintes aux élus (CALAE), qui vise à mieux
protéger les élu∙es locaux et à piloter la mise en œuvre d'un «pack
sécurité élu»
. Par ailleurs, depuis 2024, les
élèves sont sensibilisés au rôle des médias et aux dangers de la
technologie numérique
et une nouvelle loi a été adoptée
afin de renforcer davantage la sécurité et la protection des élu·es
locaux et des maires
.
73. Depuis 2016, l'Association suédoise des autorités locales
et des régions, grâce à un financement du gouvernement central,
aide les municipalités et les régions à mettre en place des structures
et des approches systématiques pour prévenir et combattre les menaces
et autres délits dirigés contre les responsables politiques locaux.
En outre, le Conseil national suédois pour la prévention de la criminalité
réalise depuis 2014 l'enquête sur la sécurité des responsables politiques,
qui recense les expériences de harcèlement, de menaces et de violence
vécues par les élu∙es, aux niveaux local et central
. De plus, le Code pénal a été modifié
en 2020 afin d'alourdir les sanctions pour les crimes commis contre
des élu∙es au niveau local, national ou européen, ou contre les
membres de leur famille
.
74. En Finlande, la résilience face aux crises repose sur le concept
de sécurité globale, qui s'appuie sur la coopération entre les autorités,
les entreprises, les organisations et les citoyen·nes. La même approche
est appliquée au Parlement finlandais, où chacun joue un rôle dans
le maintien et le développement de la sécurité. Les parlementaires
finlandais ont accès à des services de sécurité généraux et, si
nécessaire, à des mesures de sécurité personnalisées, basées sur
des évaluations des risques, qui comprennent une protection personnelle
et d'autres mesures fournies par la police. Une formation à la sécurité
est également dispensée, couvrant la préparation et les mesures
à prendre dans des circonstances exceptionnelles, ainsi que la cybersécurité.
Le parlement dispose de directives de sécurité qui couvrent également
les situations de harcèlement en ligne, la manière d'agir en toute
sécurité dans le domaine numérique et la sécurité des voyages
.
75. En Italie, l'organisation de la société civile Avviso Pubblico
publie depuis 2010 un rapport annuel sur les menaces criminelles
et les actes d'intimidation (y compris ceux perpétrés par la mafia)
à l'encontre des administrateurs locaux et des personnes travaillant
dans l'administration publique
.
76. Au Royaume-Uni, la Fondation Jo Cox a présenté au parlement
en janvier 2024 un rapport rédigé par sa Commission sur la civilité,
intitulé «No place in politics: tackling abuse and intimidation»
(Pas de place en politique: lutter contre les abus et l’intimidation).
Basé sur des consultations et des discussions avec un grand nombre
de parties prenantes, il contient un ensemble de 28 recommandations
concrètes sur les questions suivantes:
- la coordination et le comportement;
- la culture politique;
- les médias sociaux;
- la police et la sécurité;
- les parlements (Westminster et administrations décentralisées);
- le gouvernement local;
- les élections;
- les partis politiques
.
Les recommandations ont été accueillies favorablement et saluées
par les représentants des deux principaux groupes politiques du
Royaume-Uni, notamment les anciens Premiers ministres Tony Blair,
Gordon Brown, Theresa May et David Cameron
.
77. Le 9 septembre 2024, la commission
des questions politiques et de la démocratie a tenu une audition avec
la participation de Mme Su Moore, directrice
générale de la Fondation Jo Cox. Mme Moore
a présenté le travail de la fondation, soulignant que depuis le
lancement de son rapport, des progrès ont été réalisés sur plus de
la moitié de ses recommandations: un soutien policier dédié est
étendu pour soutenir les responsables politiques locaux; les coûts
de sécurité pendant les élections sont exemptés des limites normales
de dépenses de campagne; et les forces de police bénéficient d'une
formation accrue et d'une meilleure coordination interne.
78. Mme Moore a également indiqué que
certains responsables politiques hésitent à aborder la question,
car ils ne veulent pas être perçus comme diabolisant leurs électeurs.
D'un autre côté, d'après l'expérience de la fondation, le fait de
nommer le problème est essentiel pour créer une dynamique et un
soutien.
79. Si toutes les recommandations de la fondation ne sont pas
applicables dans d'autres pays, elles comportent un noyau central
qui pourrait l'être dans la plupart des cas.
80. L'échange a également permis aux membres de la commission
de partager leurs expériences personnelles. Parmi les préoccupations
exprimées par les membres, il convient de mentionner la nécessité pour
les gouvernements de consacrer des ressources appropriées aux autorités
chargées des enquêtes et de sensibiliser le public à ce problème.
3.3. L'importance de se préoccuper du bien-être des responsables politiques
81. L'augmentation des discours
haineux, des menaces et des violences à l'encontre des responsables politiques
a des répercussions sur leur bien-être psychologique. Cela affecte
évidemment la qualité des décisions qu'ils prennent et des politiques
qu'ils élaborent et mettent en œuvre, et a donc un impact sur la
vie publique de tous les citoyen·nes et, en fin de compte, sur la
démocratie.
82. Certaines organisations analysent actuellement cette tendance:
à titre d'exemple, la Better Politics Foundation (anciennement appelée
Apolitical Foundation) a publié, en décembre 2023, un rapport sur
l'état de bien-être des responsables politiques, qui révèle que
le bien-être psychologique des participant·es à l’enquête était
inférieur à celui des employé·es des services d'urgence
. Mme Kimberly
McArthur, directrice des opérations de la fondation, a présenté
ces travaux aux membres de la commission des questions politiques
et de la démocratie lors d'une audition organisée en avril 2025.
83. La fondation offre aux responsables politiques un renforcement
des compétences et un soutien pratique afin d'améliorer leurs performances
et leur bien-être psychologique. En outre, le site web de la fondation contient
une liste utile d'organisations qui se concentrent sur le bien-être
psychologique des responsables politiques
.
4. Conclusions
84. La violence n'a pas sa place
en démocratie. Les individus peuvent avoir des avis éclairés et
être en désaccord de manières complexes: tant que cela se fait de
manière pacifique, c'est en fait l'une des principales forces de
la démocratie.
85. La violence à l'encontre des responsables politiques a des
répercussions bien au-delà des victimes directes. Lorsque les menaces,
le harcèlement ou les agressions deviennent monnaie courante, les responsables
politiques sont contraints de réduire leurs engagements et leurs
apparitions publiques, voire de démissionner ou de ne pas se représenter
aux élections. Plus inquiétant encore, les citoyen·nes qui envisageraient
de participer à la vie politique en sont dissuadés, par peur pour
eux-mêmes et leurs proches.
86. Cet effet dissuasif a un impact sur le dialogue politique,
perpétue un sentiment de déconnexion entre les électeurs et électrices
et leurs représentant·es et alimente l'impression que les responsables
politiques sont distants et inaccessibles. La qualité des processus
et des institutions démocratiques s'en trouve affectée, ce qui contribue
au recul de la démocratie.
87. L'Assemblée devrait reconnaître l'urgence d'agir. S'inspirant
des discussions tenues lors de la Conférence européenne des Présidentes
et Présidents de Parlement de mars 2025, l'Assemblée devrait appeler
les États membres et observateurs du Conseil de l'Europe à réagir
à tous les niveaux de gouvernement. Cette réaction devrait constituer
un élément clé des initiatives en cours du Conseil de l'Europe en
vue d’un Nouveau Pacte démocratique.
88. Le contrat social entre les États et les citoyen·nes doit
être renouvelé, grâce à des initiatives destinées à l'ensemble
de la société et associant toutes les parties prenantes concernées:
gouvernements et parlements nationaux, autorités et conseils locaux,
forces de police, organisations de la société civile, médias, universités et
entreprises. L'objectif devrait être de redynamiser l'intérêt du
public pour l'engagement politique et de prendre une position sans
équivoque contre la violence.
89. Dans le même temps, il convient de renforcer les lois et d'allouer
des ressources afin de garantir que toutes les formes de violence
à l’encontre des responsables politiques fassent l'objet d'enquêtes
et de poursuites rapides. Il est également essentiel de réglementer
le paysage numérique et médiatique afin de lutter contre la propagation
des discours haineux, des incitations à la violence et des propos
déshumanisants ou incendiaires, tout en préservant la liberté d'expression.
90. Les institutions publiques devraient garantir la protection
de tous les responsables politiques à tous les niveaux, quelle que
soit leur idéologie. Elles devraient également apporter un soutien
particulier aux femmes et aux représentant·es des groupes minoritaires,
qui sont souvent exposés à un risque accru.
91. Les responsables politiques doivent montrer l'exemple et s'abstenir
de tout comportement abusif envers leurs pairs. Parallèlement, les
partis politiques et les parlements devraient adopter des codes
de conduite qui condamnent la violence et empêchent qu'elle ne devienne
normalisée ou tolérée.
92. Ces initiatives devraient s'accompagner de programmes d'éducation
civique adaptés et de mécanismes visant à encourager les citoyen·nes,
en particulier la jeune génération, à participer à la vie publique.
93. Il sera également important de collecter des données fiables
afin de mieux comprendre le phénomène, ses causes et ses conséquences,
et d'adopter des contre-mesures. Cela devrait s'accompagner de la
mise en place d'un mécanisme – qui pourrait prendre la forme d'une
plateforme ou d'un observatoire – permettant d'identifier et de
suivre les menaces spécifiques ou les épisodes de violence contre
des responsables politiques, et de sensibiliser le public.
94. En conclusion, une réponse décisive s'impose: la confiance
dans les processus et les institutions démocratiques doit être rétablie,
grâce à une culture revitalisée du dialogue, de la tolérance et
du respect.
