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Autres documents liés
A. Projet de
résolution
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B. Projet de recommandation
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C. Exposé des motifs
par Mme Aurora Floridia, rapporteure
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Rapport | Doc. 16493 | 29 septembre 2026
L'Europe, le continent où le réchauffement est le plus rapide: accélérer l’action en faveur du climat avec les jeunes
Commission des questions sociales, de la santé et du développement durable
A. Projet de
résolution 
(open)1. Le Groupe d’experts intergouvernemental
sur l’évolution du climat (GIEC) établit que les activités humaines,
principalement par leurs émissions de gaz à effet de serre (GES),
ont causé sans équivoque le réchauffement climatique. Depuis son
premier rapport d’évaluation en 1990, le diagnostic du GIEC sur
ce lien causal n’a cessé de se renforcer. En adoptant l’Accord de
Paris en 2015, les États se sont engagés à contenir l’élévation
de la température moyenne mondiale en dessous de 2°C et à poursuivre
leurs efforts pour la limiter à +1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels.
Le GIEC établissait en 2023 que ce seuil devrait être atteint dès
le début des années 2030, même dans les scénarios de forte réduction
des émissions, et que le réchauffement pourrait atteindre +3,2°C
en 2100 si la trajectoire actuelle est maintenue. Pourtant, face
à ce diagnostic clair, les émissions de GES n’ont pas cessé d’augmenter.
Le 2 septembre 2026, le Programme des Nations Unies pour l’environnement
annonçait que le réchauffement ne serait pas arrêté avant 1,5°C
et qu’il fallait désormais gérer le dépassement de +1,5°C.
2. L’Assemblée parlementaire affirme que ce dépassement ne saurait
être banalisé: +3°C ce n’est pas une simple aggravation du climat,
mais le passage à un monde marqué par des canicules extrêmes, des
tensions massives sur l’eau, l’alimentation, les assurances, les
infrastructures, etc. Il ne saurait davantage être interprété comme
rendant caducs les engagements pris dans le cadre de l’Accord de
Paris. Il impose au contraire de se poser les bonnes questions,
économiques, sociales et démocratiques, et de réduire dès maintenant
les émissions afin d’en limiter l’ampleur et la durée. L’action
présente ne saurait être différée en misant sur la promesse incertaine
que le carbone émis aujourd’hui pourrait être retiré demain de l’atmosphère. Un
éventuel retour sous le seuil de 1,5°C ne peut effacer les dommages
causés pendant son dépassement ni tenir lieu de politique climatique.
3. L’été 2026 l’a confirmé: l’Europe subit les conséquences du
réchauffement avec une intensité supérieure à celle observée sur
les autres continents. L’Organisation météorologique mondiale et
le programme d’observation de la Terre de l’Union européenne – Copernicus
– indiquent qu’au cours des trente dernières années, le continent
s’est réchauffé d’environ 0,56°C par décennie, soit plus de deux
fois plus vite que la moyenne mondiale, et sa température dépasse
déjà d’environ +2,5°C les niveaux préindustriels. L’été 2026 a été
le troisième plus chaud jamais mesuré en Europe et le plus chaud
enregistré en Europe occidentale, avec une température moyenne supérieure
de +2,54°C à celle de la période 1991-2020, contre 1,34°C en 2022 et
1,54°C en 2024. À la fin juillet 2026, la moitié du territoire de
l’Union européenne et du Royaume-Uni était touchée par la sécheresse,
les quatre grands fleuves européens – Loire, Pô, Rhin et Danube
– avaient atteint des niveaux exceptionnellement bas et plus de
500 000 hectares de terres avaient brûlé par des incendies de forêts
en août 2026.
4. L’Assemblée se joint au monde scientifique pour alerter les
États membres: le dérèglement du climat détruit les conditions dans
lesquelles toutes les formes de vie, y compris les êtres humains,
peuvent prospérer et compromet donc directement l’habitabilité de
la planète. Elle considère que l’habitabilité doit être une valeur cardinale
de l’action climatique européenne, non négociable. Car l'habitabilité
de la planète est la condition première pour la vie et donc le point
de départ et le cœur de tous les autres droits humains garantis
par la Convention européenne des droits de l’homme (STE n° 5) et
la Charte sociale européenne (révisée) (STE n° 163). Sans climat
vivable, sans eau accessible, sans air sain et sans écosystèmes
fonctionnels, les droits humains et les valeurs de liberté et de
dignité sur lesquelles ils reposent sont théoriques.
5. Le dérèglement climatique tue. Il fragilise les moyens d’existence
et accroît les vulnérabilités et les inégalités. Le rapport 2026
du Lancet Countdown estime à 62 000 le nombre de décès attribuables
à la chaleur en Europe en 2024 et constate leur augmentation dans
99,6 % des régions étudiées. Entre 2015 et 2024, le nombre moyen
de jours de vague de chaleur auxquels les nourrissons ont été exposés
a augmenté de 121 %, et celui auquel les personnes âgées ont été
exposées de 266 %, par rapport à la période 1991-2000. À cela s’ajoute
que dans tous les États membres les effets néfastes sur la santé
et les conditions d’existence dus au dérèglement climatique se concentrent
sur celles et ceux qui disposent du moins de moyens pour s’en protéger.
6. Les impacts économiques négatifs attribuables au changement
climatique dans les États membres sont aujourd’hui visibles et mesurés.
Dans l’Union européenne, les phénomènes climatiques extrêmes ont
causé 822 milliards d’euros de pertes depuis 1980, dont 208 milliards
au cours des seules années 2021 à 2024. Ces chiffres ne couvrent
pas les pertes de productivité, les dépenses de santé et les autres
coûts indirects. Selon l’évaluation européenne des risques climatiques,
les pertes annuelles pourraient atteindre 2,2 % du PIB d’ici à 2070
et dépasser 5 % dans un quart des régions de l’Union européenne,
même si le réchauffement mondial se maintient à +1,5°C. Un réchauffement
proche de +4°C pourrait réduire le PIB mondial de 10 à 23 % d’ici 2100,
par rapport à une trajectoire sans réchauffement supplémentaire.
7. Les jeunes occupent une place particulière face à ces conséquences:
ils ont peu contribué aux émissions accumulées mais en subiront
les conséquences pendant toute leur vie. Parmi eux, les filles et
les jeunes femmes peuvent être davantage exposées lorsque le dérèglement
climatique accentue les inégalités existantes: il peut compromettre
leur accès à l’éducation, aux ressources et aux soins, y compris
en matière de santé sexuelle et reproductive, et accroître leur
exposition aux violences. Cette injustice se joue aussi entre les
générations. Un enfant né en 2020 aura 80 ans en 2100: pour lui,
la fin du siècle n’est pas un horizon abstrait, mais une vie entière.
Selon le GIEC, il connaîtra une exposition aux événements climatiques
extrêmes près de cinq fois plus élevée dans un monde réchauffé à
+3°C. Cette vulnérabilité n’est pas seulement future: en Europe,
environ 43 % des établissements scolaires se situent dans des îlots
de chaleur urbains, où la température moyenne est supérieure d’au
moins 2°C à celle des zones environnantes. Les jeunes devront à la
fois supporter les atteintes à leur santé, à leurs moyens d’existence
et à leur épanouissement, financer l’adaptation et tenter de réparer
les dommages que le retard à agir aura aggravés.
8. Pourtant, l'Europe a une véritable capacité d'action. Des
études récentes estiment que, même si d'autres régions du monde
n'augmentaient pas leurs efforts, réduire les émissions européennes
coûterait moins cher que les dommages que l'inaction causerait à
notre continent. Une action mondiale insuffisante n'est donc pas
une justification pour une approche attentiste de l'Europe. Les
décisions prises aujourd'hui auront un impact très concret sur la
qualité de vie sur le continent pour le reste de la vie des jeunes
d'aujourd'hui et des générations à venir. L'équité entre les générations
exige que celles et ceux qui détiennent actuellement le pouvoir
de décider et d'agir dans nos pays européens ne transmettent pas
le fardeau des risques, des dommages et des réparations à leurs
enfants.
9. L’Assemblée est convaincue que la créativité, le dynamisme,
l’engagement social et les compétences des jeunes doivent être mobilisés
pour faire face au dérèglement climatique. Cela ne signifie pas
des consultations symboliques sans véritable suivi. Les jeunes devraient
participer à la définition des priorités et aux arbitrages, y compris
aux choix concernant les cadres économiques, fiscaux et financiers
qui orientent les incitations et les décisions d’investissement.
Ils devraient notamment être associés à la définition des critères régissant
les soutiens publics, afin que ceux-ci cessent de favoriser les
activités préjudiciables au climat et aux écosystèmes et encouragent
les modèles sobres en émissions et en ressources, l’économie circulaire,
la protection de la biodiversité et les initiatives entrepreneuriales
durables portées par des jeunes.
10. Dans sa Résolution 2553 (2024) «Renforcer la perspective jeunesse
dans les travaux de l'Assemblée parlementaire», réaffirmée dans
la Résolution 2639 (2026) «Renforcer les démocraties avec les jeunes:
de la participation à la responsabilité partagée», l'Assemblée s'est
engagée à intégrer une perspective jeunesse dans le suivi de son
travail. L'implication des jeunes dans son travail sur l'environnement
et la crise climatique est essentielle.
11. L’Assemblée souligne en outre l’importance des Principes de
Maastricht sur les droits humains des générations futures, qui offrent
un cadre utile pour intégrer les effets à long terme des décisions
publiques, la représentation des générations futures et l’équité
intergénérationnelle dans l’action climatique.
12. L’Assemblée salue l’adoption de la Recommandation CM/Rec(2024)6
du Comité des Ministres aux États membres sur les jeunes et l’action
climatique, premier instrument international consacré spécifiquement à
cette question. Elle invite les États membres à la mettre en œuvre
intégralement et sans délai. Afin d’en faire un levier concret d’accélération
de l’action climatique, elle les appelle en particulier:
12.1. à inscrire dans leurs lois et
plans climatiques des objectifs généraux et intermédiaires ambitieux et
compatibles avec les droits humains, assortis d’échéances, d’un
suivi, de mesures correctives et d’une évaluation de leurs effets
sur les jeunes et les générations futures, afin d’assurer une répartition équitable
des efforts entre les générations;
12.2. à instituer des mécanismes permanents permettant à des
jeunes dans toute leur diversité, en assurant notamment une participation
effective des filles et des jeunes femmes, de contribuer à la définition,
à l’arbitrage et au suivi des politiques climatiques, y compris
de leurs dimensions économiques, fiscales et financières, avec un
mandat clair, des moyens suffisants et l’obligation pour les autorités
de répondre publiquement à leurs propositions;
12.3. à associer des délégués de la jeunesse, dotés d’un statut,
d’une formation et de moyens adéquats, aux délégations nationales
participant aux négociations climatiques européennes et internationales,
et à rendre compte publiquement de leur contribution;
12.4. à créer, aux niveaux national, régional et local, des
budgets participatifs et des fonds pluriannuels permettant aux jeunes
et à leurs organisations de concevoir, sélectionner et réaliser
des projets d’atténuation, d’adaptation et de restauration de la
nature, en garantissant l’accès des petites organisations et des
groupes informels à ces financements;
12.5. à donner à tous les jeunes les connaissances et les compétences
nécessaires pour comprendre les choix climatiques, combattre la
désinformation et l’écoblanchiment et participer à des actions collectives,
par l’enseignement, la formation professionnelle, l’enseignement
supérieur, l’apprentissage non formel et le travail de jeunesse,
ainsi que par un accès équitable à des informations fiables et accessible,
en veillant à ce que les programmes, les manuels, les ressources
pédagogiques et les supports d’information présentent des informations
scientifiquement exactes, actualisées et adaptées à l’âge et aux
besoins des jeunes;
12.6. à développer des parcours rémunérés vers des emplois de
qualité dans les secteurs essentiels à la réduction des émissions
de GES et à l’adaptation de la société aux effets du dérèglement
climatique, et à veiller à ce que les politiques climatiques n’aggravent
pas la précarité des jeunes, notamment dans l’accès au logement,
à l’énergie, à l’alimentation et à la mobilité;
12.7. à prévenir et prendre en charge les effets du dérèglement
climatique sur la santé physique et mentale des jeunes, notamment
l’éco-anxiété, au moyen de services accessibles et adaptés, tout
en renforçant leur capacité d’agir collectivement;
12.8. à prévenir les discriminations auxquelles les jeunes sont
confrontés en lien avec le changement climatique, à accorder une
attention particulière aux jeunes en situation de vulnérabilité
ou de marginalisation, notamment ceux exposés à des formes multiples
et croisées de discrimination, et à veiller à ce que les politiques
climatiques reposent sur les principes de justice climatique, d’équité
et de solidarité intergénérationnelle;
12.9. à assurer la protection des jeunes défenseurs de l’environnement
contre les menaces, la surveillance abusive, les poursuites-baillons,
l’usage disproportionné de la force et toute restriction injustifiée
de leurs libertés d’expression, de réunion pacifique et d’association;
12.10. à doter les collectivités territoriales des compétences
et des ressources nécessaires pour élaborer avec les jeunes des
politiques locales d’atténuation et d’adaptation et pour rendre
les écoles, universités, centres de jeunesse et autres services
essentiels résilients aux risques climatiques.
13. L’Assemblée invite les parlements nationaux à exercer un contrôle
annuel de la mise en œuvre des engagements climatiques. Ce contrôle
devrait prendre la forme d’un débat public auquel participeraient
des jeunes dans toute leur diversité, au cours duquel le gouvernement
présenterait l’écart entre les objectifs fixés et les résultats
obtenus, les financements publics et privés mobilisés ainsi que
les mesures correctrices proposées.
14. Enfin, l’Assemblée invite les États membres qui ne l’ont pas
encore fait à reconnaître au niveau national le droit à un environnement
sain et à soutenir, au sein du Conseil de l’Europe, l’élaboration
d’un instrument juridiquement contraignant garantissant ce droit
de façon autonome, en tenant particulièrement compte des droits
des jeunes et des générations futures.
B. Projet de recommandation 
(open)1. L’Assemblée parlementaire renvoie
à sa Résolution … (2026) «L’Europe, le continent où le réchauffement
est le plus rapide: accélérer l’action en faveur du climat avec
les jeunes». Elle rappelle que l’habitabilité de la planète est
la condition première des valeurs de liberté et de dignité déclinées
par la Convention européenne des droits de l’homme (STE n° 5) et
la Charte sociale européenne (révisée) (STE n° 163) et que les décisions
prises aujourd’hui détermineront cette habitabilité pendant toute
la vie des générations actuelles et futures.
2. L’Assemblée salue la Recommandation CM/Rec(2024)6 du Comité
des Ministres aux États membres sur les jeunes et l’action climatique,
premier instrument international consacré spécifiquement à cette
question. Cette recommandation établit un cadre essentiel pour protéger
les droits des jeunes, soutenir leur action et assurer leur participation
effective aux décisions climatiques. Il convient désormais d’en
accélérer et d’en rendre visible la mise en œuvre dans l’ensemble
des États membres.
3. L’Assemblée souligne que tout retard dans l’action climatique
reporte sur les jeunes d’aujourd’hui et les générations futures
une part croissante des risques, des dommages et des efforts nécessaires.
À cet égard, l’arrêt Verein KlimaSeniorinnen
Schweiz et autres c. Suisse revêt une importance particulière:
la Cour européenne des droits de l’homme y a reconnu la nécessité
d’une répartition équitable de l’effort entre les générations et
d’une action immédiate afin d’éviter une charge disproportionnée
sur les générations futures. Il ressort de l’arrêt que le respect
des obligations découlant de la Convention européenne des droits
de l’homme ne peut se réduire à la fixation d’objectifs climatiques.
Il requiert un cadre effectif, une trajectoire assortie d’objectifs
intermédiaires et d’échéances vérifiables, la quantification des
limites nationales d’émissions au moyen d’un budget carbone ou d’une
méthode équivalente, ainsi que des mesures concrètes pour assurer
la réduction effective des émissions.
4. L’Assemblée salue également l’adoption de la Stratégie du
Conseil de l’Europe sur l’environnement (2025-2030) et de son Plan
d’action, qui donnent suite aux engagements pris par les chefs d’État
et de gouvernement dans la Déclaration de Reykjavík et contribuent
à la mise en œuvre du processus de Reykjavík sur l’environnement
et les droits humains. Elle considère que leur mise en œuvre offre
l’occasion d’inscrire durablement la perspective des jeunes et l’équité
entre les générations dans les travaux de l’Organisation.
5. En conséquence, l’Assemblée recommande au Comité des Ministres:
5.1. d’organiser, avant l’examen
quinquennal prévu en 2029, un examen à mi-parcours de la mise en œuvre
de la Recommandation CM/Rec(2024)6, fondé sur des indicateurs communs,
des informations fournies par les États et des contributions indépendantes
des conseils nationaux de jeunesse, des organisations de jeunesse
et des jeunes défenseurs de l’environnement, et d’en publier les
résultats ainsi que les bonnes pratiques recensées;
5.2. de compléter le Plan d’action relatif à la Stratégie du
Conseil de l’Europe sur l’environnement (2025-2030) par une initiative
sur la littératie des futurs et la justice intergénérationnelle
en s’appuyant sur les méthodes développées par l’Organisation des
Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO),
les travaux de l’Organisation de coopération et de développement
économiques (OCDE) sur la gouvernance intergénérationnelle et la
Déclaration des Nations Unies sur les générations futures et en
les adaptant aux besoins du Conseil de l’Europe;
5.3. de faire de la surveillance de l’exécution de l’arrêt Verein KlimaSeniorinnen Schweiz et autres c. Suisse l’occasion
d’assurer une exécution exemplaire et pleinement conforme aux obligations
positives dégagées par la Cour européenne des droits de l’homme
qui repose sur l’adoption d’un budget carbone ambitieux, assorti
d’objectifs intermédiaires contraignants, ainsi que sur un mécanisme
doté de ressources suffisantes et de réels pouvoirs de surveillance;
cette exécution devrait être guidée par la protection des droits
des jeunes et par la nécessité d’éviter de faire peser une charge
disproportionnée sur les générations futures;
5.4. d’engager sans plus attendre l’élaboration d’un instrument
juridiquement contraignant reconnaissant au niveau du Conseil de
l’Europe le droit autonome à un environnement sain, garantissant
des droits substantiels et procéduraux, tenant compte des générations
présentes et futures et prévoyant un mécanisme de suivi indépendant
auquel la société civile et les jeunes puissent contribuer;
5.5. de renforcer l’ambition, la transparence et le caractère
exemplaire de la démarche interne du Conseil de l’Europe en matière
de réduction de son empreinte carbone, en rendant publics chaque année
son empreinte carbone, les progrès accomplis au regard de sa trajectoire
et la mise en œuvre de son plan d’action, en expliquant les éventuels
écarts et en adoptant les mesures correctrices nécessaires, et d’associer
le Conseil consultatif sur la jeunesse à ce suivi.
6. L’Assemblée recommande au Comité des Ministres de reconnaitre
que les conflits armés et la destruction de l’environnement peuvent
aggraver considérablement la vulnérabilité climatique et avoir des conséquences
à long terme pour les jeunes et les générations futures, et de s’assurer
que les politiques de résilience climatique, de restauration de
l’environnement et de reconstruction prennent en compte leurs droits, besoins
et intérêts.
C. Exposé des motifs
par Mme Aurora Floridia, rapporteure 
(open)1. Lors de la préparation du présent
rapport la rapporteure a tenu à donner suite à l’engagement, pris
dans la Résolution 2553 (2024) «Renforcer la perspective jeunesse
dans les travaux de l’Assemblée parlementaire» d’organiser chaque
année un débat thématique avec la participation du Conseil consultatif
sur la jeunesse, texte réaffirmé dans la Résolution 2639 (2026)
«Renforcer les démocraties avec les jeunes: de la participation à
la responsabilité partagée». Elle a donc veillé à associer des représentant·es
des jeunes dans la préparation de ce rapport et dans son débat en
assemblée plénière.
2. L’urgence n’est plus une projection: elle est une réalité
scientifiquement établie et vécue par les Européens. Le Groupe d’experts
intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) démontre sans équivoque
la responsabilité des activités humaines dans le réchauffement et
avertit que chaque fraction de degré supplémentaire multiplie les
risques. Ses conclusions sont confirmées et précisées pour l’Europe
par l’Organisation météorologique mondiale, le programme de l’Union
européenne Copernicus et de nombreuses autres études. Le continent
se réchauffe de 0,56°C par décennie, soit plus de deux fois plus
vite que la moyenne mondiale, et sa température dépasse déjà d’environ
2,5°C les niveaux préindustriels. L’été 2026, troisième plus chaud
jamais mesuré en Europe et le plus chaud en Europe occidentale,
a été marqué par des vagues de chaleur meurtrières, des sécheresses
touchant la moitié du territoire de l’Union européenne et du Royaume-Uni,
des niveaux exceptionnellement bas des grands fleuves et plus de
500 000 hectares ravagés par les incendies. Les arguments économiques
sont tout aussi décisifs: les phénomènes climatiques extrêmes ont
déjà causé 822 milliards d’euros de pertes dans l’Union européenne
depuis 1980, dont 208 milliards entre 2021 et 2024, sans compter
les dépenses sanitaires et les pertes de productivité. Les données
mobilisées dans le rapport du GIEC convergent: l’inaction coûtera
bien davantage que l’action, tandis que la réduction des émissions
peut produire des bénéfices économiques et sanitaires substantiels.
Agir pour le climat n’est donc pas seulement un impératif scientifique
et humain; c’est aussi le choix économiquement responsable.
3. Pour nommer ce qui est aujourd’hui en jeu, il est proposé
à l’Assemblée de mobiliser le concept d’habitabilité
. L’habitabilité
ne désigne pas seulement la possibilité pour les êtres humains de
survivre dans un environnement donné: elle repose sur les relations
d’interdépendance par lesquelles la diversité du vivant produit
et maintient les conditions permettant à toutes les formes de vie,
dont l’humanité, d’exister, de prospérer et de se transmettre. Les
sociétés humaines ne sont donc pas extérieures à la biosphère, mais tributaires
de sa santé. De même que la liberté et la dignité sont devenues
des valeurs cardinales de la protection de la personne humaine,
l’habitabilité doit devenir une valeur cardinale de l’action climatique européenne,
permettant d’apprécier les décisions à l’aune de leurs effets sur
les conditions de la vie, aujourd’hui et dans la durée.
4. Les jeunes ne doivent pas être considérés uniquement comme
un groupe vulnérable ou comme les bénéficiaires futurs de l’action
climatique. Leurs connaissances, leur expérience et leur capacité
de mobilisation doivent contribuer dès aujourd’hui à la définition,
à l’arbitrage et au suivi des politiques publiques. Dans le prolongement
de la Recommandation CM/Rec(2024)6 du Comité des Ministres aux États
membres sur les jeunes et l’action climatique, le projet de résolution
propose de rendre leur participation permanente et effective, de
soutenir leurs initiatives, de leur donner accès aux connaissances,
aux compétences et à des emplois de qualité, de protéger les jeunes
défenseurs de l’environnement, de garantir le respect de leurs droits, et
de prévenir les effets du dérèglement climatique sur leurs conditions
de vie et leur santé physique et mentale.
5. La rapporteure accorde une importance toute particulière à
ce que cette participation porte sur les choix économiques qui déterminent
concrètement les modalités et le rythme de la transition climatique.
Il est important, selon elle, que les incitations économiques et
soutiens publics cessent de favoriser les activités préjudiciables
au climat et aux écosystèmes et encouragent les entreprises qui
réduisent effectivement leurs émissions, préservent les ressources
et la biodiversité, développent l’économie circulaire ou s’engagent
dans une transition mesurable vers des modèles durables
.
Une attention devrait être accordée aux initiatives entrepreneuriales
des jeunes et aux entreprises créées autour de ces objectifs. La
suppression progressive des aides inefficaces aux combustibles fossiles
permettrait de dégager des ressources pour soutenir ces initiatives.
6. Les projets de résolution et de recommandation visent à inscrire
l’action climatique dans la durée et à la rendre vérifiable. Ils
proposent des objectifs intermédiaires correspondant aux mandats
électoraux, et non à de seules échéances éloignées, un contrôle
parlementaire régulier et une évaluation des conséquences pour les
jeunes et les générations futures. Le projet de recommandation invite
le Comité des Ministres à faire de la surveillance de l’exécution
de l’arrêt Verein KlimaSeniorinnen Schweiz
et autres c. Suisse l’occasion d’une exécution exemplaire
et à fournir des repères aux États membres. Mais la rapporteure
rappelle que la protection indirecte offerte par la Convention européenne
des droits de l’homme (STE n° 5) et par la Charte sociale européenne
(STE n° 35 et STE n° 163 (révisée)) ne suffit pas à combler l’absence,
dans le système conventionnel européen, d’un droit autonome à un
environnement sain. Alors que les autres systèmes régionaux de protection
des droits humains ont déjà consacré ce droit, il est temps, comme
l’Assemblée le réclame depuis 1999, que le Conseil de l’Europe comble
ce vide en engageant sans plus attendre les travaux d’élaboration
d’un instrument autonome et juridiquement contraignant, garantissant
des droits substantiels et procéduraux ainsi qu’un mécanisme indépendant
de suivi.
7. La rapporteure accorde enfin beaucoup d’importance à l’exemplarité
du Conseil de l’Europe dans son propre fonctionnement. L’Organisation
dispose déjà d’une empreinte carbone actualisée chaque année, d’une trajectoire
chiffrée et d’un plan d’action. Le projet de recommandation propose
de renforcer cette démarche en intégrant la trajectoire de réduction
dans les décisions relatives aux bâtiments, aux déplacements, aux
achats, aux activités numériques et aux événements, en rendant publics
les résultats, les éventuels écarts et les mesures correctrices
adoptées, et en associant le Conseil consultatif sur la jeunesse
à leur suivi. Le Conseil de l’Europe montrerait ainsi que la participation
des jeunes, la transparence et la responsabilité climatique doivent
aussi guider le fonctionnement des organisations internationales.
8. Ce rapport constitue une première réponse politique, volontairement
concise et orientée vers l’action. Il ouvre un travail qui sera
poursuivi et approfondi par le rapport de Mme Yuliia
Ovchynnykova (Ukraine, ADLE) sur «L’action climatique, une responsabilité
humaine et démocratique». Celui-ci examinera plus largement les institutions,
les garanties démocratiques et les mécanismes de responsabilité
nécessaires pour conduire l’action climatique dans la durée, répartir
équitablement les efforts, combattre les inégalités, garantir un
débat public éclairé et demander des comptes aux pouvoirs publics
et aux acteurs économiques. Les propositions formulées ici ont vocation
à nourrir cette réflexion, à trouver dans ce second rapport les
prolongements nécessaires et dans la poursuite du travail de l’Assemblée
sur la question urgente de l’action climatique.
