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<title>Doc. 8270</title>
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    </td>
  </tr>
</table>
<hr size="1">

<p><b>Doc. 8270</b></p>

<p align="justify">27 novembre 1998</p>

<p><b>Religion et démocratie</b></p>

<p align="justify">Rapport</p>

<p align="justify">Commission de la culture et de l'éducation</p>

<p align="justify">Rapporteur: M. Lluis Maria de Puig, Espagne, Groupe socialiste</p>

<p><b><i>Résumé</i></b></p>

<p align="justify">Plusieurs problèmes de la société européenne moderne ont une composante religieuse, tels que les mouvements fondamentalistes et les actes terroristes, le racisme et la xénophobie, les conflits ethniques.</p>

<p align="justify">Le pouvoir politique et la religion devraient rester séparés. Cependant la religion et la démocratie ne sont pas forcément incompatibles et pourraient être des partenaires acceptables. En s'attaquant aux problèmes de société, les autorités peuvent éliminer beaucoup de ce qui génère l&#8217;extrémisme religieux. L&#8217;éducation est l&#8217;élément majeur dans la lutte contre  l&#8217;ignorance, les stéréotypes et l&#8217;incompréhension des religions.</p>

<p align="justify">L&#8217;Assemblée est d'avis que les gouvernements devraient par conséquent faire davantage pour garantir la liberté de conscience et d&#8217;expression religieuse, encourager l&#8217;éducation en matière religieuse, promouvoir le dialogue avec et entre les religions et favoriser l&#8217;expression culturelle et sociale des religions.</p>

<p align="justify"><b>I. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Projet de recommandation</b></p>

<p align="justify">1. Le Conseil de l'Europe, de par son statut, est une organisation essentiellement humaniste. En même temps, en tant que gardien des droits de l'homme, elle doit assurer la liberté de pensée, de conscience et de religion, proclamée par l'article 9 de sa Convention Européenne des Droits de l'Homme. Elle doit aussi veiller à ce que la manifestation de la religion se fasse conformément aux limitations prévues par le même article. </p>

<p align="justify"> </p>

<p align="justify">2. L'Assemblée s'est déjà intéressée à la diversité des cultures et des religions en Europe. Leur coexistence et interaction ont énormément enrichi le patrimoine européen. L'Assemblée rappelle, en particulier, ses<a href="/ASP/Doc/RefRedirectFR.asp?Doc= Résolution 885"> Résolution 885</a> (1987) relative à la contribution juive à la culture européenne,<a href="/ASP/Doc/RefRedirectFR.asp?Doc= Résolution 916"> Résolution 916</a> (1989) relative aux édifices religieux désaffectés,<a href="/ASP/Doc/RefRedirectFR.asp?Doc= Recommandation 1162"> Recommandation 1162</a> (1991) et Directive n°  465 relatives à la contribution de la civilisation islamique à la culture européenne ainsi que sa<a href="/ASP/Doc/RefRedirectFR.asp?Doc= Recommandation 1291"> Recommandation 1291</a> (1996) relative à la culture yiddish.</p>

<p align="justify">3. En même temps, l'Assemblée se rend compte que, même en démocratie, certaines tensions subsistent entre l'expression religieuse et le pouvoir politique. Plusieurs problèmes de la société moderne ont aussi une composante religieuse, tels que les mouvements fondamentalistes intolérants et les actes terroristes, le racisme et la xénophobie, les conflits ethniques; il faudrait également tenir compte de l'inégalité des sexes dans la religion. L'Assemblée a déjà examiné certains de ces problèmes dans sa<a href="/ASP/Doc/RefRedirectFR.asp?Doc= Recommandation 1202"> Recommandation 1202</a> (1993) relative à la tolérance religieuse dans une société démocratique et dans sa<a href="/ASP/Doc/RefRedirectFR.asp?Doc= Recommandation 1222"> Recommandation 1222</a> (1993) relative à la lutte contre le racisme, la xénophobie et l'intolérance. L'extrémisme n'est pas la religion elle-même, mais sa déformation, sa perversion. Aucune des grandes religions ne prêche la violence. L'extrémisme est une invention humaine, qui dévie la religion de sa voie humaniste pour en faire un instrument de pouvoir.</p>

<p align="justify">4. Il n'appartient pas aux hommes politiques de se prononcer sur des questions d'ordre religieux. Quant aux religions, elle ne doivent pas chercher à se substituer à la démocratie et ne doit pas viser la prise du pouvoir politique et elles doivent respecter les principes des droits de l'homme.</p>

<p align="justify"> </p>

<p align="justify">5. La démocratie et la religion ne sont pas incompatibles, au contraire. La démocratie fournit le meilleur cadre à la liberté de conscience, à l'exercice de la foi et au pluralisme de religions. De son côté, la religion, de par son engagement moral et éthique, les valeurs qu'elle défend, son sens critique et son expression culturelle, peut être un partenaire valable de la société démocratique.</p>

<p align="justify">6. L'état démocratique, qu'il soit laïc ou lié à une religion, doit offrir à toutes les religions des conditions équivalentes pour leur développement, et leur permettre de trouver leur juste place dans la société. </p>

<p align="justify">7. Des problèmes surgissent là où le pouvoir essaie de se servir de la religion à ses propres fins, ou lorsque la religion essaie de contrôler le pouvoir.</p>

<p align="justify">8. Beaucoup de conflits résultent aussi de la méconnaissance réciproque, des stéréotypes qui en découlent et, en fin de compte, du rejet. Dans un système démocratique, il est par conséquent primordial que les hommes politiques fassent tout leur possible afin d'éviter, par exemple, que des religions tout entières soient associées aux actes de minorités religieuses fanatiques.</p>

<p align="justify">9. L'extrémisme est aussi le symptôme d'une société malade. En tant qu'atteinte à l'ordre public, il doit être sanctionné dans le cadre de l'Etat de droit et en tant qu'expression d'un malaise social, il ne peut être combattu que si les autorités s'attaquent aux problèmes réels de la société.</p>

<p align="justify">10. L'éducation est l'élément clé pour combattre l'ignorance et les stéréotypes. Il est urgent que les cursus scolaires et universitaires soient révisés dans le sens d'une meilleure connaissance des différentes religions, et que l'éducation religieuse ne se fasse pas au détriment de l'enseignement des religions en tant que partie intégrante de l'histoire, de la culture et de la philosophie de l'humanité.</p>

<p align="justify">11. Les chefs religieux pourraient contribuer à l'effort de combattre les préjugés, par leur rôle d'éducateur non formel et par leur influence sur les croyants.</p>

<p align="justify">12. Combattre les préjugés suppose aussi développer l'&#339;cuménisme et le dialogue entre les religions. </p>

<p align="justify">13. Par conséquent, l'Assemblée recommande au Comité des Ministres d'inviter les gouvernements des Etats membres à:</p>

<p align="justify">i.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; garantir la liberté de conscience et d'expression religieuse pour tous les citoyens, et en particulier:</p>

<p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;a. </i>protéger le pluralisme religieux, en offrant des conditions de développement identiques à toutes les religions;</p>

<p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;b. </i>faciliter, dans les limites prévues par l'article 9 de la Convention Européenne des droits de l'homme, l'observation des rites et coutumes religieux, par exemple, en ce qui concerne  le mariage,  les vêtements,  les jours saints (avec des possibilités d'ajustement des jours de congé) et  le service militaire,</p>

<p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;c. </i>condamner toute tentative de fomenter des conflits intra- et inter-religieux à des fins partisanes;</p>

<p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;d. </i>assurer à tous les citoyens la liberté et l'égalité du droit à l'instruction, sans distinction de leurs croyances, coutumes et habitudes vestimentaires, telles que de porter ou non le foulard.</p>

<p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;e. </i>assurer à toutes les religions un accès juste et équitable aux médias publics.</p>

<p align="justify">ii.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;  promouvoir l'éducation en matière religieuse et notamment :</p>

<p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;a. </i>renforcer l'apprentissage des religions en tant que mode de penser envers lequel les jeunes doivent développer un sens critique, dans le cadre de l'éducation de l'éthique et de la citoyenneté démocratique, </p>

<p align="justify"> </p>

<p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;b. </i>promouvoir l'enseignement à l'école de l'histoire comparée des différentes religions, en insistant sur l'origine, la similitude de certaines de leurs valeurs et sur la diversité des coutumes, traditions, fêtes, etc., </p>

<p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;c. </i>stimuler l'étude de l'histoire et de la philosophie des religions et la recherche sur les mêmes sujets à l'université, parallèlement aux études théologiques; extraire, le cas échéant, l'étude des philosophies et des théologies juive et musulmane des départements d'orientalisme; y introduire de nouveaux sujets comme l'humanisme et l'histoire de l'espace méditerranéen,</p>

<p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;d. </i>coopérer avec les institutions éducatives religieuses afin d'introduire ou de renforcer, dans leurs curricula, les aspects portant sur les droits de l'homme, l'histoire, la philosophie et la science;</p>

<p align="justify">iii.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; promouvoir de meilleures relations avec et entre les religions et surtout: </p>

<p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;a.</i> entretenir un dialogue plus systématique avec les chefs religieux et humanistes sur les grands problèmes de société, qui permettrait de tenir compte des considérations culturelles et religieuses de la population avant de prendre des décisions politiques et d'impliquer les communautés et les  organisations religieuses dans la défense de valeurs démocratiques et dans la promotion d'idées novatrices;</p>

<p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;b.</i> encourager le dialogue inter-religieux en donnant la possibilité aux représentants des différentes organisations religieuses de se réunir pour s'informer et discuter;</p>

<p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;c.</i> promouvoir un dialogue régulier entre les théologiens, les philosophes et les historiens, ainsi qu'avec des représentants d'autres branches de la science,</p>

<p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;d. </i>élargir et renforcer la coopération avec des communautés et organisations religieuses, et plus particulièrement avec celles ayant de profondes traditions culturelles et éthiques parmi les populations locales en ce qui concerne les activités sociales, caritatives, missionnaires, culturelles et éducatives.</p>

<p align="justify">iv. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; favoriser l'expression culturelle et sociale des religions, et surtout :</p>

<p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;a. </i>assurer des conditions égales pour le maintien et la préservation du patrimoine mobilier et immobilier de toutes les religions, comme partie intégrante du patrimoine national et européen;</p>

<p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;b.</i> veiller à ce que les édifices religieux désaffectés soient réutilisés dans des conditions compatibles autant que possible avec l'intention qui a présidé à leur construction;</p>

<p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;c. </i>protéger les traditions culturelles et les différentes fêtes religieuses </p>

<p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;d. </i>encourager les &#339;uvres sociales et caritatives des communautés et organisations religieuses;</p>

<p align="justify">14.  &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En outre, l'Assemblée recommande au Comité des Ministres de:</p>

<p align="justify">i. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; prévoir, dans le cadre de ses projets sur l'éducation pour une citoyenneté démocratique et sur l'enseignement de l'histoire, des lignes directrices sur la mise en place de programmes éducatifs relatifs aux points 13 ii. <i>a.</i>, <i>b. </i>et <i>c.</i> de la présente recommandation;</p>

<p align="justify">ii. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; continuer de servir de cadre pour des rencontres pan-européennes entre des représentants de différentes religions.</p>

<p align="justify"><b>II. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Exposé des motifs par M. de Puig</b></p>

<p><b>Introduction</b></p>

<p align="justify">Le présent rapport représente une continuation logique des travaux de l'Assemblée dans le domaine de la tolérance religieuse dans une société démocratique (Recommandation 1202 (1993), Rapporteur Mme Fischer) et de la lutte contre le racisme, la xénophobie et l'intolérance (Recommandation 1222 (1993), Rapporteur M. Espersen).</p>

<p align="justify">La commission de la culture et de l'éducation à souligné à plusieurs occasions que la richesse du continent européen est dans la diversité des cultures et des religions qui ont cohabité pendant des siècles et qui se sont influencées et nourries mutuellement (Résolution 885 (1987) relative à la contribution juive à la culture européenne, Rapporteur M. Martínez,<a href="/ASP/Doc/RefRedirectFR.asp?Doc= Recommandation 1162"> Recommandation 1162</a> (1991) et Directive n°  465 relatives à la contribution de la civilisation islamique à la culture européenne, Rapporteur M. de Puig) et<a href="/ASP/Doc/RefRedirectFR.asp?Doc= Recommandation 1291"> Recommandation 1291</a> (1996) relative à la culture yiddish, Rapporteur M. Zingeris).</p>

<p align="justify">Dans ces rapports, les problèmes étaient abordés surtout d'un point de vue politique et culturel. Cependant, le rôle spécifique de la religion dans une société démocratique reste un problème délicat. Il n'appartient pas, cela est évident, aux parlementaires de définir ce rôle ou de se prononcer sur des questions théologiques quelles qu'elles soient. Ceci est du seul ressort des organisations religieuses et la plus stricte séparation entre états et églises doit être respectée. Cependant la religion est un important phénomène de société et peut difficilement être dissociée de la culture. J'estime que les hommes et les femmes politiques responsables ont pour mission de s'occuper de la société dans tous ses aspects et, par conséquent, aussi de l'aspect religieux. Mais ils doivent aussi s'assurer que la liberté des croyances reste compatible avec le respect de tous les autres droits de l'homme.</p>

<p align="justify">Il nous a semblé nécessaire, en particulier, d'analyser les rapports entre les organisations religieuses et les états, de nous poser la question de savoir comment surmonter l&#8217;intolérance vis-à-vis de l&#8217;appartenance et de la pratique religieuse et aussi comment arrêter l&#8217;intégrisme religieux qui est, à son tour, intolérant à l'égard des droits de l&#8217;Homme.</p>

<p align="justify">De nos jours, on ne peut pas dire qu'il y a des guerres de religion en Europe, mais peut-on parler de paix totale ? Les divergences religieuses sont dangereusement présentes dans plusieurs conflits récents et potentiels: en Irlande, en Palestine, en Bosnie et au Kosovo, ou dans certains faits de la société moderne tels que la résurgence du racisme et de la xénophobie et l'existence des sectes. Sans oublier la tentative d'utilisation de la religion par l&#8217;appareil idéologique de certains mouvements radicaux d&#8217;extrême-droite (Front National en France), et la montée de l&#8217;intégrisme islamique dans certains pays arabes.</p>

<p align="justify">En Europe centrale et orientale, la chute du mur et l'avènement de la démocratie ont ouvert la voie à une résurgence religieuse et, selon les pays, à de nouveaux rapports, parfois tendus, entre les organisations religieuses et les états, à des conflits entre les religions, à la multiplication des sectes ou à différentes formes d'intégrisme. L'Assemblée aura l'occasion de débattre de certains de ces problèmes lors des rapports sur les activités illégales des sectes et sur la nouvelle loi russe sur la religion.</p>

<p align="justify">Aussi bien à l'est qu'à l'ouest du continent européen, la religion est redevenue un élément majeur dans les débats politiques, philosophiques et de société. Certains, comme Samuel Huntington dans son fameux livre &quot;Le clash des civilisations&quot;, vont jusqu'à prédire que les conflits du futur ne seront plus déterminés par les conditions économiques ou les idéologies, mais plutôt par les mentalités, les systèmes de pensée ethniques, religieux et de civilisation.</p>

<p align="justify">Sans négliger la question du choc des cultures, il est clair qu'aujourd'hui nous sommes en face d'un problème d&#8217;intolérance, d&#8217;incompréhension, d&#8217;éloignement.</p>

<p align="justify">L&#8217;objectif du présent rapport est de trouver les voies pour préserver la liberté de religion en même temps que la démocratie. Il s&#8217;agit de voir, d'un côté, ce que doivent faire les Etats et les autorités publiques pour respecter pleinement la liberté de conscience et la libre pratique des religions. De l'autre, il faut examiner comment les règles de la démocratie doivent être respectées par les organisations religieuses et les pratiquants, sans pour autant négliger la contribution des religions à l&#8217;humanisation de la société et à l&#8217;expansion des valeurs éthiques et morales dans la société.</p>

<p align="justify">Pour aboutir à des conclusions qui permettraient d'adresser des recommandations aux gouvernements des Etats membres, nous avons entendu des experts et des représentants de différentes confessions. Un colloque à eu lieu à Antalya en septembre 1997, suivi d'une auditions à Paris, le 8 décembre 1997<sup><a href="#P126_15115" name="P126_15116">1</a></sup>. </p>

<p align="justify">Des faits historiques ont été évoqués lors de ces rencontres, tels que les rapports religion/pouvoir, philosophie/théologie, théocratie/démocratie, dogmatisme/libéralisme, éthique/morale religieuse. Ils ont mis en lumière des aspects spécifiques comme l&#8217;Etat laïc et l'Etat confessionnel, la démocratie au sein des organisations religieuses, la liberté de conscience face à la loi, la foi et le respect des décisions de la majorité.</p>

<p align="justify">Bien sûr, nous n&#8217;avons pas épuisé le sujet, car il est quasi impossible d'effectuer un travail exhaustif d&#8217;une problématique aussi vaste. Nous avons néanmoins tenté de n&#8217;oublier aucun aspect essentiel et d'aborder le sujet de points de vue différents, afin de parvenir à une synthèse.</p>

<p align="justify">Les interventions des experts, des responsables de différentes religions et des parlementaires constituent un apport considérable à la rédaction de ce rapport et figurent en annexe. L'ensemble doit être considéré comme une large réflexion commune sur le sujet. </p>

<p><b>Démocratie et religion: tensions et affinités</b></p>

<p align="justify">Depuis toujours, les systèmes politiques et les religions ont coexisté dans un climat de tensions. Ceci est le cas également pour les relations entre la démocratie et la religion. Il y a, en effet, des différences inhérentes entre les deux. La démocratie est pluralisme, la religion est unicité. La démocratie est le pouvoir par le peuple et pour le peuple; elle est donc fondée sur la diversité &quot;des vérités&quot; et sur les compromis possibles entre elles. La religion est fondée sur la parole de Dieu qui ne se soumet pas aux règles du vote populaire.</p>

<p align="justify">Ces différences ne signifient pas un antagonisme destructif par définition. Comme le père Valadier l'a remarqué à juste titre, &quot;il faudrait parler plutôt d'une tension féconde et nécessaire entre deux domaines d'existence humaine qui trouvent leur vérité à se mesurer l'un à l'autre et l'un par l'autre&quot;.</p>

<p align="justify">Le problème se pose au moment où, au nom de la religion, on ne respecte pas la démocratie ou les droits de l&#8217;Homme; ou lorsque le système politique interdit la liberté de conscience ou la pratique religieuse.</p>

<p align="justify">Le danger provient aussi des tentatives du pouvoir temporel à se servir de la religion pour défendre ses propres intérêts et des tentatives des Eglises de contrôler le pouvoir politique.</p>

<p align="justify">En Europe, tant sous l'Empire romain que pendant le Moyen Age, la distinction entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel n'était pas très nette et il fallut attendre la fin du 18ème siècle pour voir un début de séparation entre l'Etat et l'Eglise. Dans d'autres civilisations cette séparation n'est toujours pas effective.</p>

<p align="justify">L'Europe n'a pas souvent donné le bon exemple du respect des identités culturelles ou religieuses. L&#8217;intolérance et l&#8217;imposition d&#8217;une hégémonie ont été brutales, ce qui est injustifiable même si l'on peut l'expliquer du point de vue historique: les états représentaient le pouvoir et leur force s'affirmait aussi par l&#8217;imposition d'une religion et d'une conception du monde.</p>

<p align="justify">Ils exerçaient ce pouvoir avec la conviction de civiliser les autres - toujours considérés comme plus ou moins barbares. Sous couvert d'un apport supérieur se cachait la sous-estimation et la manipulation du mode de vie et de la pensée des autres. La colonisation de l&#8217;Amérique en est un exemple paradigmatique, mais on peut aussi évoquer la romanisation, la formation des états nationaux, et que dire de l&#8217;époque des impérialismes des siècles dernier et présent.</p>

<p align="justify">Les cultures dominantes ont méprisé et souvent combattu la diversité, stimulant ainsi la nécessité d&#8217;autodéfense de la part des agressés, encore toujours sous-jacente dans tous les problèmes des minorités en Europe. </p>

<p align="justify">Mais les différentes visions du monde présentes dans les religions et les sociétés ne sont pas nécessairement incompatibles ou opposées. L&#8217;histoire a prouvé qu&#8217;à côté des affrontements - dont les exemples seraient inépuisables - il y a eu des moments de cohabitation harmonieuse qui ont toujours abouti à un enrichissement réciproque. Les Balkans en sont un exemple - les guerres et les confrontations ethniques n'ont pas empêché la coexistence, les métissages et les influences positives.</p>

<p align="justify">La démocratie, par son impartialité et sa pondération, et les organisations religieuses, dans leur grande majorité modérées et respectueuses d&#8217;autrui, peuvent bien s'entendre et s&#8217;enrichir mutuellement. La démocratie - en tant que système d&#8217;organisation politique, juridique et sociale qui intègre les valeurs communes de convivialité, tolérance et pluralisme - reste le meilleur cadre pour garantir le libre exercice de la religion.</p>

<p align="justify">Le modèle démocratique offre aux religions le cadre nécessaire à leur développement et garantit le pluralisme, ce qui ne veut pas dire que ce soit un &#8220;laisser-faire&#8221; sans limites.</p>

<p align="justify">Si l'on écarte les excès extrémistes et fanatiques, la religion peut être un apport éthique et moral de premier ordre pour la démocratie. La société démocratique ne peut exister sans un consensus fondamental sur les valeurs essentielles de l&#8217;existence humaine. Les religions ont apporté beaucoup d&#8217;idées à la pensée et aux normes de la démocratie ainsi que des valeurs humaines ayant trait à la solidarité, à la dignité de la personne et au comportement de l&#8217;individu en société. Les codes civils fourmillent d&#8217;éléments de conscience morale et sociale qui proviennent des idéologies transcendantales.</p>

<p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La meilleure preuve de la viabilité et de la nécessité de la foi n'est-elle pas que toutes les tentatives de suppression de la religion dans l'histoire (la révolution Française, les régimes communistes) se sont soldées par des échecs?</p>

<p><b>Méconnaissance, préjugés et manipulations</b></p>

<p align="justify"><i>A.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L'ignorance réciproque</i></p>

<p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La plupart des tensions entre les religions et le pouvoir résultent de la méconnaissance réciproque, qui génère l'incompréhension et, au bout du compte, le rejet. C'est ainsi que naissent les intégrismes religieux et politique tout aussi agressifs et intolérants l'un que l'autre. Il arrive souvent que les croyants d'une religion ignorent tout des autres religions. Du côté du pouvoir, également, il existe une méconnaissance des religions et de leurs différentes expressions. Même en cas de vision modérée réciproque, une approche très critique persiste, soit vis-à-vis de certaines conceptions et pratiques religieuses, soit vis-à-vis de la compatibilité entre les pratiques religieuses et le système démocratique.</p>

<p align="justify">De plus, l&#8217;attitude des organisations religieuses les unes envers les autres n&#8217;est pas toujours &#339;cuménique. Il n&#8217;existe guère de réelle coopération entre judaïsme, christianisme et islam, sans parler des divergences existant à l'intérieur même des différentes familles juives, chrétiennes, ou musulmanes. Il a fallu cinq siècles à l'Eglise catholique pour demander pardon aux juifs de les avoir expulsés d'Espagne; le Vatican a mis un demi-siècle pour reconnaître qu'il n'a pas fait ce qu'il fallait pour éviter l'Holocauste. Du repentir tardif au vrai dialogue, aux projets communs et à la vraie solidarité entre les organisations religieuses, le chemin à parcourir est encore long.</p>

  <ul><p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La schématisation et la généralisation sont d'autres dangers auxquels s'expose la démocratie quand elle ignore la religion. Dans toute organisation religieuse il y a ceux qui l'utilisent pour acquérir le pouvoir et ceux qui professent leur foi au nom de certaines valeurs spirituelles. Il est fréquent de confondre islamistes et intégristes (au même titre que juifs/catholiques et ultra religieux) en oubliant qu&#8217;il existe un islam modéré qui combat l&#8217;intégrisme et accepte la démocratie en tant que système social et politique. Cet islam qui accepte la laïcité du pouvoir et qui veut se développer dans la société démocratique offre d&#8217;énormes possibilités de coopération, ainsi que le fait le judaïsme non intégriste. </p>

</ul><p align="justify">Faut-il encore mentionner à quel point le monde arabe a souffert d'une déformation de son image par les européens à force de stéréotypes dénigrants et séparateurs. Ainsi, l&#8217;orientalisme du siècle dernier, qui insiste sur le caractère exotique, vieux jeu et frivole des arabes, en arrivera à ce qu&#8217;un spectacle de variétés belge invente, à Paris, la danse du ventre qui, plus tard, sera incorporée par les arabes à leur folklore traditionnel.</p>

<p align="justify">L&#8217;intolérance d'aujourd'hui est aussi le résultat d&#8217;un passé qui a systématiquement manipulé l&#8217;histoire, la culture et la réalité des uns et des autres. Cela a non seulement établi une vision fausse de certaines sociétés et civilisations, mais a aussi conduit les gens à ne retenir que les abus et à se forger une idée déplorable du monde politique et intellectuel européen.</p>

<p align="justify">Le monde occidental, qui est souvent assimilé à la chrétienté, est vu comme matérialiste, hédoniste, corrompu et immoral par des conceptions religieuses qui se veulent plus spirituelles et plus fidèles au message transcendantal. A ces considérations s&#8217;ajoutent des accusations d&#8217;égoïsme, d&#8217;insensibilité face au tiers monde, de manque de solidarité. Sans souscrire à ces formulations simplistes et radicales, on ne peut pas nier qu'il y a une part de vérité.</p>

<p align="justify">Il faut néanmoins reconnaître que la méconnaissance, et les stéréotypes qui en découlent, ne viennent pas toujours d'une volonté de manipulation, mais sont dus à ce que les européens ont tendance à voir les autres peuples avec leurs propres yeux et à évaluer les autres civilisations à l'échelle de leurs propres valeurs.</p>

<p align="justify"> </p>

<p align="justify">Plus grave est le fait que plusieurs stéréotypes persistent de façon dangereuse dans la société moderne et empêchent souvent de voir les vrais problèmes. Par exemple, au colloque d'Antalya, nos interlocuteurs turcs ont expliqué la montée au pouvoir du parti islamiste Refah (interdit ultérieurement par la Cour Constitutionnelle) non pas comme le résultat d'un fanatisme religieux en progression mais comme l'expression d'un malaise social. C'était une protestation sociale contre un gouvernement qui n&#8217;était pas attentif à certains problèmes de la société. Ce parti faisait passer des messages de la gauche classique et sociale sous une terminologie religieuse, tactique invitant ainsi un secteur marginalisé de la société à entrer en politique. </p>

<p align="justify">De cette manière, il est vrai que, comme l'a souligné l'un de nos interlocuteur, le parti islamiste ne devrait pas être combattu par des mesures administratives et policières mais en réglant les vrais problèmes de société. La preuve en est que le Refah a ressuscité, sous un autre nom, le lendemain de son interdiction par la Cour Constitutionnelle.</p>

<p align="justify"><i>B.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La vérité et ses interprétations</i></p>

  <ul><p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Les déformations n'existent pas uniquement parmi les religions ou entre les organisations religieuses et le pouvoir, mais également à l'intérieur de chaque religion. Même si, a priori, la religion exprime la parole de Dieu, celle-ci est interprétée et diffusée par des êtres humains, pas toujours à l'abri de leur intérêt personnel ou des aléas de l'époque à laquelle ils vivent. C'est pourquoi plusieurs textes religieux sont parfois très éloignés de la Parole originale.</p>

  <p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Quand les extrémistes islamistes justifient leurs actions par le Coran, ils se basent en fait sur des textes des 13-14èmes siècles qui sont le fruit d'une des ramifications de l'Islam prônant la violence, en flagrante contradiction avec la tolérance prêchée par le Coran.</p>

  <p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La lecture tendancieuse de la parabole d'Adam et Eve a servi, pendant des siècles, à inférioriser la femme en en faisant une partie du corps d'Adam et non pas sa moitié, son côté inséparable.</p>

  <p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mais il faut souligner que la science moderne et en mesure maintenant de corriger certaines des erreurs humaines qui ont conduit à de mauvaises interprétations des textes saints et, de là, à tous les excès que l'on sait. Encore faut-il que ces découvertes soient diffusées au public, qu'elles entrent dans les textes scolaires et que, surtout, elles soient acceptées et diffusées par le clergé. D'où l'importance d'un dialogue entre l'Eglise et la Science dans le domaine religieux. </p>

</ul><p align="justify">Comme l'a souligné le mufti de Marseille, Soheib Bencheich, à propos de l'Islam, le croyant devrait lire le Coran &quot;avec l'intelligence du siècle&quot;.</p>

<p><b>Les religions face à la modernité</b></p>

  <ul><p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Pendant les dernières décennies, la religion s'est vue confrontée aux nouvelles technologies de communication, dont le développement a dépassé l'imagination. Plusieurs tendances en découlent directement ou indirectement : d'une part, de moins en moins de jeunes dans les services religieux, surtout dans les sociétés industrialisés, de l'autre, un repli sur soi et un durcissement de certaines religions dans les parties du monde et de la société qui n'ont pas profité des bienfaits du progrès technologique. Il faut noter que quelques sectes se sont adaptées beaucoup plus rapidement que les religions traditionnelles à cette évolution qu'elles ont mise à profit, comme par exemple  les &quot;télé-évangélistes&quot;.</p>

  <p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Pourtant, le progrès et la religion ne s'auto-excluent pas, bien au contraire. Les changements dans la société moderne surviennent à une vitesse telle qu'ils laissent de plus en plus de personnes déboussolées, incapables de s'adapter. Au niveau individuel, cette perte d'orientation se traduit par le stress, les maladies, les dépressions et la dépendance des drogues. Au niveau collectif, elle engendre la marginalisation et l'exclusion qui sont à l'origine du fanatisme et de l'intégrisme religieux.</p>

  <p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Dans les deux cas, même les démocraties les plus avancées n'ont pas encore réussi à mettre en place des systèmes politiques et sociaux permettant aux citoyens de faire face à ces changements, tout en préservant les valeurs sur lesquels repose la société démocratique.</p>

  <p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Par conséquent, la religion dans sa dimension éthique et esthétique, dans sa fonction de réconfort moral et spirituel, est nécessaire à l'homme moderne, même si la seule vision religieuse ne lui suffit pas. Elle pourrait, également, être un partenaire valable du système démocratique au niveau collectif. Mais ceci n'est possible que si elle le fait par adaptation et non par opposition à la modernité. Et ce n'est pas souvent le cas. Pensons au rôle de la femme dans certaines sociétés islamiques ou judaïques ou à la position du Vatican à l'égard du divorce, de l'avortement et surtout du préservatif aux temps du SIDA.</p>

  <p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Dans leur grande majorité, les principales religions ont du mal à adapter leur langage et leur rituels au rythme de la vie contemporaine. De ce fait, elles ont une grande part de responsabilité dans l'épanouissement des sectes qui souvent savent mieux comment s'adresser aux jeunes (mais aussi comment les manipuler!)</p>

  <p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Egalement, les organisations religieuses n'ont pas pu éviter à ceux qui sont restés fidèles à leur religion, certains actes de fanatisme et de violence, comme par exemple, les raids des commandos anti-IVG chez les catholiques, les terrorismes des mouvements fondamentalistes chez les musulmans où les massacres commis en Israël par des extrémistes juifs. </p>

</ul><p><b>Intégrisme et intolérance</b></p>

<p align="justify">Le problème de l&#8217;intégrisme et du radicalisme religieux qui a gagné du terrain dans la politique ces dernières années, n&#8217;est pas facile à résoudre. Comme il a été déjà mentionné, parfois des hommes, sans espoir et sans futur, ont recours à la religion pour trouver une orientation, une raison de vivre. Quand le problème acquiert la dimension qu&#8217;il a de nos jours, il est évident que nous nous trouvons face à un grand conflit de société. Côté intégrisme religieux, on veut imposer la théocratie; côté radicalisme politique, on veut expulser les immigrés. Egale intolérance!</p>

  <ul><p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;L'expression &quot;extrémisme&quot;, qui sous-entend de pousser à l'extrême ses croyances religieuses, n'est pas correcte car les extrémistes, par leur actes ou leurs discours, se placent hors religion, dans une position beaucoup plus proche de celle des sectes. Comment pourrait-on expliquer autrement que les catholiques et les protestants se soient entretués en Irlande au nom du même dieu?</p>

</ul><p align="justify">Contrairement à ce qu&#8217;il veut faire croire, l'extrémisme n&#8217;est pas la voie de ce qu&#8217;il y a de plus authentique, mais sa perversion. Tous les chefs religieux que nous avons entendus l'ont souligné expressément. </p>

  <ul><p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Il convient de citer M. Boubakeur, le Recteur de la Mosquée de Paris: &quot;L&#8217;islam n&#8217;est pas l&#8217;extrémisme. A partir du moment où l&#8217;un des objectifs de l'extrémisme est la prise du pouvoir, on sort de la spiritualité et du message des prophètes. Le prophète de l'islam lui-même a dû lutter contre la violence et l'intolérance, contre l'extrémisme de ses propres compatriotes. Les excès de l&#8217;extrémisme n'ont rien à voir avec le message de l'Islam. On n'a jamais demandé d'assassiner les gens au nom de la religion. Au contraire, l'Islam dit que &quot;quiconque tue un être humain, c'est comme s'il avait tué tout le genre humain. Quiconque sauve une vie humaine, c'est comme s'il avait sauvé tout le genre humain. &quot;</p>

  <p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le Grand Rabbin Sitruk a également condamné l'extrémisme juif en disant que &quot;L&#8217;assassin d&#8217;Itzhak Rabin a tué deux fois. Il a assassiné un homme et son Dieu. Il est impensable que Dieu puisse dire à un homme&nbsp;: «lève ta main pour tuer». La Torah ne tolère que la légitime défense. Il ne s'est pas trouvé un seul rabbin pour dire que l'assassin de Rabin avait raison. Il fait honte au peuple juif.&quot;</p>

  <p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Il est temps de se rendre à l'évidence que dans les grandes religions mondiales, les extrémistes ne sont qu'une minorité. Mais cette minorité prend des dimensions disproportionnées dans l'esprit des gens par la gravité des actes qu'elle commet (c'est là son but). Malheureusement, nous cédons trop facilement à la tentative de généraliser les faits et de condamner des religions entières. Non seulement on ne règle pas les problèmes, mais on exacerbe les tensions avec le reste de la population croyante qui est, dans sa majorité, respectueuse des valeurs religieuses et civiques.   </p>

  <p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;En ce qui concerne les actes extrémistes, nos interlocuteurs ont été unanimes de sanctionner sévèrement toute atteinte à l'ordre public, qu'il s'agisse de hooligans à la sortie d'un stade ou de ceux qui fomentent la violence religieuse. Mais ils ont également souligné la nécessité d'agir en amont, car le danger n'est pas seulement l'expression violente de l'extrémisme, mais aussi la tentation de faire du prosélytisme.</p>

</ul><p align="justify">Le grand Rabbin Sitruk a aussi insisté qu'il faudrait faire parler davantage les chefs religieux modérés qui sont les vrais représentants de la religion. Malheureusement, les médias se tournent plus souvent vers ceux dont les propos sont spectaculaires et violents.</p>

<p><b>Conclusions</b></p>

<p align="justify">La vision d&#8217;un radicalisme religieux risque de nous induire en erreur sur la compatibilité de la religion et la démocratie. Il faut éviter ce piège: il n'y a pas d&#8217;incompatibilité entre l'Eglise et l'Etat dans le système démocratique. A côté des exemples tragiques, l&#8217;histoire nous montre comment il est possible de ne bien séparer les pouvoirs spirituel et temporel, ce qui est une exigence de la démocratie.</p>

<p align="justify">Il ne s&#8217;agit pas de placer les organisations religieuses sur un même plan, quelle que soit leur place dans la société. Ce serait absurde. La démocratie a justement bien résolu ce genre de conflit par les règles de la majorité et de la proportionnalité. Ce sont donc les organisations religieuses qui doivent déterminer par leur action leur place dans la société: les pouvoirs publics doivent se borner à reconnaître cette place et à leur donner l&#8217;assistance correspondant à leur importance.</p>

<p align="justify">La religion, les communautés religieuses, font partie de la société. C&#8217;est donc de l&#8217;intérêt et de la responsabilité directe de l'Etat de veiller au progrès de ces citoyens, à leur bien-être culturel et intellectuel. Si l&#8217;objectif de la politique, de l'Etat et de la démocratie est de rendre les citoyens heureux (ou le plus heureux possible), il faut leur assurer toutes les facilités pour se réaliser du point de vue spirituel, voire culturel.</p>

<p align="justify">La société démocratique devrait aller plus loin que le simple respect du fait religieux, elle devrait faciliter au maximum l&#8217;exercice de la foi. La religion fait partie de la culture et des traditions de l'être humain. L'Etat, avec ses lois, ses institutions et ses coutumes, doit assurer l&#8217;épanouissement de toute conscience transcendantale, car il s&#8217;agit du c&#339;ur de la société, de la mentalité des gens.</p>

<p align="justify">Seule la démocratie est capable de garantir la pratique de la religion en respectant chaque individu et la communauté religieuse. De leur côté les pratiquants doivent être conscients que jamais un dogme religieux quelconque ne pourra aller à l'encontre des valeurs de l&#8217;humanisme qui sont à la base de la construction juridique et sociale de la démocratie.</p>

<p align="justify">L&#8217;Etat doit aussi promouvoir l&#8217;expression culturelle des religions et garantir le droit des organisations religieuses à leurs &#339;uvres sociales, de charité, missionnaires, culturelles et éducatives. Il doit faciliter la pratique du culte et le respect des fêtes religieuses, en adaptant, dans la mesure du possible, l'exercice des devoirs sociaux des croyants (jours ouvrables, votes, référendums) aux calendriers religieux des principales religions.</p>

<p align="justify">Il se doit de donner aux croyants et à leurs chefs religieux modérés la liberté de prendre position sur des événements publics et politiques selon ce que leur inspire leur code éthique et religieux. Il doit créer des espaces culturels de rencontre entre théologiens, intellectuels et philosophes, afin de permettre le dialogue inter-religieux et la modernisation des organisations religieuses.</p>

  <ul><p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le pouvoir devrait solliciter davantage l'engagement moral des organisations religieuses dans les grands débats de société. Un dialogue plus régulier entre les institutions démocratiques et religieuses pourrait aboutir à une vraie coopération dans la recherche de solutions aux problèmes graves de la société moderne.</p>

  <p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;L'éducation reste le seul moyen efficace pour combattre l'ignorance et l'intolérance. Il est urgent d'introduire dans les programmes de l'enseignement scolaire l'histoire de la pensée religieuse et l'histoire comparée des religions. Il faut aussi enseigner l'histoire de l'espace méditerranéen. Au niveau universitaire, il faut sortir l'étude des philosophies et des théologies juives et musulmanes des départements d'orientalisme où elles sont normalement confinés. Le Conseil de l'Europe pourrait faire des recommandations aux Etats membres dans ce domaine dans le cadre de son projet sur l'éducation pour une citoyenneté démocratique. </p>

</ul><p align="justify">La démocratie devrait aider les organisations religieuses dans leur évolution philosophique et leur conception sociétaire, par exemple, sur le rôle des femmes.</p>

<p align="justify">Ce n&#8217;est pas aux organisations religieuses de réaliser l&#8217;ordre mondial. Cependant, par leur message moral, leur conscience critique vis-à-vis du pouvoir, leur action pédagogique dans la société et leur exemple d&#8217;engagement humanitaire, elles peuvent contribuer au progrès de la société et au perfectionnement de la démocratie. La religion ne peut pas se substituer à la démocratie et ne doit pas viser la prise du pouvoir. En conséquence, il ne devrait pas y avoir de parti politique à dénomination religieuse. La théocratie n'est pas un stade supérieur de la démocratie, mais plutôt sa négation. Par contre, les religions peuvent devenir un agent actif et principal pour la défense des droits de l&#8217;Homme et des valeurs éthiques et morales de la collectivité. Il faut leur permettre de jouer ce rôle social et éthique.</p>

<p align="justify">La démocratie ne peut cependant pas accepter des violations de la dignité humaine, des droits de l&#8217;homme au nom d&#8217;une foi. Les organisations religieuses, composées de citoyens, doivent se soumettre aux lois démocratiques. Tout attentat contre l&#8217;ordre public, contre la démocratie, doit être sanctionné. Les limites de la pratique d&#8217;une religion, c&#8217;est la loi démocratique, c&#8217;est-à-dire les droits de l&#8217;Homme.</p>

<p align="justify">Commission chargée du rapport: commission de la culture et de l'éducation</p>

<p align="justify">Implications budgétaires pour l'Assemblée: néant</p>

<p align="justify">Renvoi en commission: Directive n° 465 (1991)</p>

<p align="justify">Projet de recommandation: adopté à l'unanimité par la commission le 5 novembre 1998.</p>

<p align="justify">Membres de la commission: Lord <i>Russell-Johnston</i>, (Président), M. Probst, MM. <i>Zingeris</i>, <i>de Puig</i> (Vice-Présidents), Arnason, Arzilli, Bartumeu Cassany, Bauer, <i>Baumel</i>, Mme Björnemalm, Mme Camilleri, MM. Chornovil, Corrao, Cubreacov, De Decker (remplaçant: <i>Staes)</i>, Diaz de Mera, Dumitrescu, Mme Fehr, Mme&nbsp;Fleeetwood, Mme <i>Fyfe</i>, Mme Garajova, MM.&nbsp; Glotov,. <i>Gül</i>, Hadjidemetriou, Hegyi, Mme <i>Isohookana-Asunmaa,</i> MM.&nbsp;Ivanov, Jakic, Jarab (remplaçant: Mme <i>Stepova)</i>, Mme Katseli, MM. <i>Kiely</i>, Kofod-Svendsen, <i>Kollwelter</i>, Kriedner, Lachat, Mme Laternser, MM. Lazarescu, Legendre, Lemoine, <i>Libicki</i>, Liiv, Mme Maximus, Mme Nemcova, MM. <i>O&#8217;Hara</i>, Pereira Marques, Polydoras, Mme Poptodorova, MM. Radic, Ragno (remplaçant: <i>Martelli</i>), Risari, Rockenbauer, <i>Roseta</i>, Mme Rugate, Mme Saele, Mme Schicker, Mme Stefani, MM. Sudarenkov, Symonenko, <i>Tanik</i>, Mme Terborg, MM Urbanczyk, Valk, Vangelov, Verbeek.</p>

<p align="justify">N.B. Le nom des membres ayant pris part au vote est en italiques.</p>

<p align="justify">Secrétaires de la commission: M. Ary, Mme Theophilova-Permaul, et Mlle Kostenko.</p>
<hr align="left" size="1" width="200" noshade>

<p align="justify"><sup><a name="P126_15115" href="#P126_15116">1</a> </sup> Cf. Annexe</p><!-- TRANSIT - INFOAFTER -->
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