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A. Projet de
résolution
(open)
B. Exposé des motifs
par Mme Kate Osborne, rapporteure
(open)
Rapport | Doc. 16315 | 06 janvier 2026
Pour une interdiction des pratiques de conversion
Commission sur l'égalité et la non-discrimination
A. Projet de
résolution 
(open)1. Les pratiques de conversion,
également appelées thérapies de conversion ou thérapies réparatrices, désignent
toutes les mesures ou efforts visant à modifier, réprimer ou supprimer
l’orientation sexuelle, l’identité de genre ou l’expression de genre
d’une personne, sur la base de la croyance erronée que ces aspects fondamentaux
de l’identité d’une personne sont pathologiques ou indésirables
ou peuvent d’une manière ou d’une autre être modifiés.
2. Ces pratiques, qui visent à promouvoir l’attirance hétérosexuelle
ou à aligner l’identité de genre d’une personne sur son sexe assigné
à la naissance, comprennent des consultations psychologiques ou comportementales,
des rituels spirituels et religieux, des méthodes d’aversion, ainsi
que des violences verbales, des contraintes, de l’isolement, de
l’administration forcée de médicaments, des chocs électriques, des
violences physiques et sexuelles.
3. Les pratiques de conversion n’ont aucun fondement scientifique
et ont des conséquences néfastes sur les personnes qui y sont soumises,
car elles induisent ou renforcent des sentiments de honte, de culpabilité, de
dégoût de soi et d’inutilité, et entraînent une augmentation des
taux de dépression, d’anxiété, de syndrome de stress post-traumatique,
d’idées suicidaires et de tentatives de suicide. Ces dommages infligés
à la santé mentale et au bien-être touchent toutes les tranches
d’âge, mais sont particulièrement dévastateurs pour les enfants
et les jeunes. Des organisations médicales et psychologiques de
premier plan ont condamné ces pratiques comme étant sans fondement
scientifique, inefficaces et dangereuses. En outre, ces pratiques
ont un impact négatif sur le public, car elles favorisent l’idée
fausse et stigmatisante selon laquelle l’orientation sexuelle ou
l’identité ou l’expression de genre d’une personne peut, ou devrait,
être «guérie» ou modifiée.
4. L’Assemblée parlementaire réaffirme l’importance cruciale
de l’autonomie personnelle, protégée par l’article 8 de la Convention
européenne des droits de l’homme (STE n° 5), qui garantit à toute
personne le droit au respect de sa vie privée et familiale, y compris
la liberté de prendre des décisions autonomes sur son mode de vie,
également en ce qui concerne l’orientation sexuelle, l’identité
de genre, l’expression de genre et les caractéristiques sexuelles.
5. L’Assemblée est profondément préoccupée par le fait que les
pratiques de conversion persistent dans les États membres du Conseil
de l’Europe, souvent de manière clandestine, malgré la reconnaissance croissante
des dommages qu’elles causent et malgré leur interdiction par de
nombreuses organisations professionnelles compétentes.
6. Il est urgent de prendre des mesures pour prévenir et combattre
les dommages causés par les pratiques de conversion. Il s’agit à
la fois d’un impératif de santé publique et d’une question de respect
des droits humains et des libertés fondamentales. Protéger les personnes
contre les pratiques qui portent atteinte à leur dignité, à leur
autonomie et à leur bien-être est un élément essentiel de l’ordre
démocratique de nos sociétés. Les États membres du Conseil de l’Europe
qui ne l’ont pas encore fait devraient adopter des législations
et des politiques visant à interdire ces pratiques et à protéger
les personnes à risque. Les États qui ont déjà mis en place de telles
mesures doivent veiller à leur application effective et s’assurer
que les victimes ont accès aux services d’aide existants.
7. L’expérience des pays qui ont été des pionniers dans ce domaine,
comme Malte, fournit non seulement des informations précieuses sur
les principes qui devraient guider une réforme législative, mais
aussi sur les lacunes et les failles potentielles à éviter.
8. À la lumière de ces considérations, l’Assemblée invite les
États membres et observateurs du Conseil de l’Europe ainsi que les
États dont le parlement bénéficie du statut d’observateur ou de
partenaire pour la démocratie auprès de l’Assemblée:
8.1. en ce qui concerne la législation
et les politiques:
8.1.1. à introduire
une législation visant à interdire les pratiques de conversion,
prévoyant des sanctions pénales et fondée sur une définition claire
et exhaustive des pratiques interdites. La réglementation devrait
préciser davantage la portée de l’interdiction légale, en couvrant explicitement
des formes spécifiques de pratiques de conversion dans les domaines
de la santé, de l’éducation, de la religion et du commerce, afin
de combler d’éventuelles lacunes juridiques;
8.1.2. à intégrer l’interdiction des pratiques de conversion
dans des stratégies nationales plus larges d’inclusion et de lutte
contre la discrimination afin de protéger les droits des personnes LGBTI
et de garantir l’engagement multisectoriel du gouvernement;
8.1.3. à mettre en place des mécanismes de surveillance et de
signalement, y compris des procédures de plainte accessibles aux
victimes ou aux témoins de pratiques de conversion, afin de faciliter
l’application et l’évaluation de la législation et des politiques;
8.1.4. à compléter le cadre pénal par des mesures civiles telles
que des ordonnances de protection contre les thérapies de conversion
afin de renforcer l’applicabilité de la législation et la protection
des victimes;
8.1.5. à veiller à ce que l’interdiction soit étendue à la publicité
pour les pratiques de conversion, y compris en ligne;
8.1.6. à veiller à ce que l’interdiction soit étendue aux recommandations
vers d’autres praticien·nes ou opérateur·rices, y compris lorsqu’ils
sont basés dans d’autres juridictions;
8.2. en ce qui concerne la coopération avec la société civile,
les organisations professionnelles et les institutions religieuses:
8.2.1. à renforcer la coopération avec
les organisations de la société civile, notamment celles qui œuvrent
pour la protection des droits des personnes LGBTI, dans le domaine
de la conception, de la mise en œuvre et de l’évaluation de la législation
et des politiques visant à interdire les pratiques de conversion;
8.2.2. à officialiser ou renforcer la coopération avec les organisations
professionnelles compétentes dans des domaines tels que la psychologie,
la psychiatrie et le travail social, notamment afin de discuter
de la législation criminalisant les pratiques de conversion;
8.2.3. à promouvoir l’élaboration et l’adoption par les organisations
professionnelles de codes de conduite et de lignes directrices pratiques
visant à interdire ces pratiques;
8.2.4. à engager le dialogue avec les organisations religieuses
afin de coopérer à l’application de l’interdiction des pratiques
de conversion;
8.3. en matière d’éducation et de sensibilisation
8.3.1. à mettre en place des formations
à l’intention des professionnel·les de la santé, des travailleur·ses
sociaux et des éducateur·rices et des membres d’institutions religieuses,
ainsi que des agent·es des forces de l’ordre, des magistrat·es et
des procureur·es, afin de mieux identifier les pratiques de conversion
et d’améliorer la réponse à y apporter;
8.3.2. à veiller à ce que les programmes obligatoires d’éducation
sexuelle complète englobent l’enseignement de la diversité des orientations
sexuelles, des identités et expressions de genre et des caractéristiques
sexuelles, en vue de prévenir et de lutter contre les préjugés sociaux
et la désinformation. Ils devraient inclure des informations spécifiques
sur les pratiques de conversion et les risques et préjudices qui
y sont associés, afin d’aider les enfants et les jeunes à identifier
et à dénoncer les tentatives visant à les soumettre à de telles
pratiques;
8.3.3. à lancer des campagnes de sensibilisation du public ciblant
les mythes sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre afin
de lutter contre la désinformation qui sous-tend les pratiques de
conversion, y compris la croyance erronée selon laquelle elles ont
disparu ou sont rares;
8.4. en ce qui concerne le soutien et la protection des victimes:
8.4.1. à mettre en place des services
spécialisés et confidentiels d’aide aux victimes, y compris des
services de conseil et d’aide juridique, et à en garantir le financement
adéquat;
8.4.2. à promouvoir et à soutenir les réseaux de survivant·es
afin de donner aux victimes les moyens d’agir et de faciliter le
soutien par les pairs;
8.4.3. à dispenser une formation aux intervenant·es de première
ligne et aux services statutaires afin d’identifier à un stade précoce
les personnes à risque et de leur fournir une intervention et des
ordonnances de protection en temps opportun;
8.4.4. à reconnaître les expériences de pratiques de conversion
comme un motif de priorité en matière de logement d’urgence dans
les politiques de protection sociale;
8.5. en ce qui concerne la mise en œuvre, l’évaluation et la
recherche, il est recommandé:
8.5.1. de
rendre compte régulièrement de la mise en œuvre de la législation
interdisant les pratiques de conversion, de ses progrès, des défis
rencontrés et de ses résultats;
8.5.2. d’encourager la recherche et la collecte de données sur
la prévalence et l’impact des pratiques de conversion, ainsi que
sur l’efficacité des interventions, afin d’éclairer l’élaboration
de politiques fondées sur des données probantes;
8.5.3. de favoriser la coopération internationale et l’échange
de bonnes pratiques afin de renforcer les efforts nationaux et de
contribuer à la mise en œuvre des normes relatives aux droits humains
aux niveaux européen et mondial.
9. L’Assemblée souligne qu’à l’heure où l’intégration européenne
et la liberté de circulation ne cessent de progresser, il est essentiel
de veiller à ce que l’interdiction des thérapies de conversion soit
adoptée par tous les États membres du Conseil de l’Europe, afin
d’éviter des disparités transfrontalières dans l’application de
la loi.
B. Exposé des motifs
par Mme Kate Osborne, rapporteure 
(open)1. Introduction
1. Les pratiques de conversion
désignent toutes les actions ou efforts visant à «guérir», modifier,
réprimer ou supprimer l’orientation sexuelle ou l’attirance, l’identité
de genre ou l’expression de genre d’une personne. Ces pratiques
reposent sur la croyance erronée selon laquelle ces aspects fondamentaux
de l’identité d’une personne sont pathologiques ou indésirables
ou peuvent être modifiés. Elles sont également appelées «thérapies
de conversion» ou «thérapies réparatrices». Le terme «pratiques»
est préférable, car ces pratiques n’ont rien de thérapeutique et
il reflète la diversité des méthodes utilisées, qui vont des traitements
pseudo-médicaux aux rituels, en passant par les actes de purification,
la pression psychologique ou d’autres méthodes. Ces pratiques, souvent
commercialisées de manière frauduleuse, n’ont aucun fondement scientifique.
Elles peuvent causer des dommages physiques et psychologiques aux
personnes qui les subissent, avec des conséquences graves, voire
mortelles.
2. Les personnes LGBTI sont victimes de nombreuses formes de
discrimination et font partie des principales cibles des discours
et des crimes de haine. Les pratiques de conversion ajoutent à ces
difficultés et constituent une atteinte à l’autonomie personnelle
et à l’autodétermination. Elles entraînent souvent des violences
psychologiques, voire physiques, et peuvent, dans certains cas,
constituer une forme de torture.
3. Compte tenu du danger que ces pratiques représentent pour
les personnes LGBTI et pour les droits humains, la tendance actuelle
à leur interdiction doit être encouragée dans tous les États membres
du Conseil de l’Europe. L’objectif du présent rapport est de présenter
les raisons de cette interdiction, tant du point de vue des droits
humains que de la santé publique, et d’identifier les législations
et les politiques appropriées pour parvenir à l’éradication de ce
phénomène préjudiciable.
2. Les pratiques de conversion: nature et prévalence
4. Le recours aux pratiques de
conversion pour les personnes LGBTI existe dans diverses régions
du monde
, y compris
sur le continent européen. L’ampleur de ces pratiques n’est pas
connue avec précision, car elles sont souvent menées discrètement.
Les estimations du nombre de victimes varient donc considérablement.
Selon un rapport du Gouvernement néerlandais
repris
par le Parlement européen
et
le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe
, 5 % des personnes
LGBTI en Europe se voient proposer ces «thérapies» et 2 % les ont
subies
. Ces chiffres ne prennent
en compte que les incidents signalés et sont probablement sous-estimés.
Une étude réalisée en 2025 indique que près d’une personne LGBTI
sur trois en Grande-Bretagne s’est vu proposer ou a subi une «thérapie
de conversion», les personnes transgenres, les enfants et les jeunes
étant particulièrement exposés
.
5. Selon un rapport de 2024 de l’Agence des droits fondamentaux
de l’Union européenne (FRA)
,
une personne sur quatre a subi une forme de «thérapie de conversion».
Parmi ces pratiques, 11 % auraient été commises par des membres
de la famille et 5 % par des membres du clergé. Les incidents signalés comprenaient
des violences physiques (3 % des personnes interrogées), des violences
sexuelles (1 %) et des violences verbales et humiliations (14 %).
La moitié des femmes (47 %) et des hommes transgenres (48 %) ont
été soumis à ces «thérapies de conversion». Parmi les personnes
interrogées par la FRA, trois sur quatre ont expliqué qu’elles n’avaient
pas consenti à ces «thérapies» et 13 % ont déclaré les avoir subies
après avoir été menacées. Malgré les divergences entre les différentes
estimations, ces chiffres montrent l’ampleur préoccupante de ce
phénomène.
6. Outre les données présentées par la FRA, l’Association internationale
des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexuées
(ILGA) Europe a recueilli des informations auprès de ses organisations
membres en Croatie, en Allemagne, en Hongrie, aux Pays-Bas, en Espagne
et en Suède. Celles-ci ont signalé que les pratiques de conversion
étaient menées par divers acteurs, notamment des institutions religieuses
et leurs membres tels que des conseiller·ères, des psychologues,
des psychiatres, d’autres professionnel·les de la santé, des écoles
et des familles. Les informations provenant d’Espagne indiquent
que les victimes étaient soumises à une chasteté forcée, à des relations
sexuelles hétérosexuelles forcées, à des insultes et à des menaces.
L’organisation suédoise MUCF a signalé que 5 % des personnes LGBTQ
ayant participé à une enquête ont mentionné des formes plus graves
de tentatives de conversion, telles que des traitements pseudo-médicaux,
des menaces d’expulsion de Suède, d’envoi dans des «voyages disciplinaires»,
de mariage forcé et d’autres formes de pression, de menaces et de
coercition. La même organisation a également reçu des signalements
de violences physiques, d’accès restreint à la nourriture, de violences
sexuelles, de violences psychologiques sous forme de contrôle strict,
d’isolement ou d’exclusion sociale et de violences verbales.
7. Aux Pays-Bas, un rapport commandé par le gouvernement en 2020
estimait qu’au moins 15 personnes et organisations proposaient des
pratiques de conversion, allant de camps de vacances, séminaires
et ateliers à une pseudo-psychothérapie et aux exorcismes
.
8. L’organisation espagnole FELGTBI+ a signalé à ILGA Europe
que les personnes qui pratiquent la conversion atteignent leurs
victimes potentielles en utilisant des applications de rencontre,
des discours dans les églises, y compris pendant les offices, et
des publicités publiques. L’organisation hongroise Hátter a mené une
enquête auprès de psychologues et a signalé que 9 % des personnes
interrogées avaient participé à une formation sur les «thérapies
réparatrices», tandis que 49 % ne l’avaient pas fait mais étaient
intéressées par une telle formation. En Croatie, certains chefs
religieux et prêtres proposent des «pratiques de conversion» et en
font la promotion sur les réseaux sociaux, notamment TikTok et Instagram.
Des événements publics rassemblant des groupes d’hommes priant ensemble
sont également liés à ces pratiques et à leur promotion.
9. Les pratiques de conversion peuvent causer de nombreuses pathologies,
et les victimes souffrent de troubles durables tels que l’anxiété
et la dépression. Les abus physiques et moraux subis peuvent entraîner un
stress post-traumatique, des pensées suicidaires et de nombreux
autres types de conséquences à long terme sur la santé physique
et mentale
.
10. Lors de l’audition organisée par la commission sur l’égalité
et la non-discrimination le 5 décembre 2024, Lenna Cumberbatch,
coprésidente de Galop, National Helpline for LGBT+ Victims and Survivors
of Abuse and Violence (Royaume-Uni), a expliqué que les pratiques
de conversion étaient mises en œuvre en utilisant diverses méthodes,
notamment en humiliant, en culpabilisant ou en faisant honte à la
personne, en la poussant à rechercher des pratiques religieuses
ou à y participer, en l’excluant de sa famille ou de sa communauté.
Le fait de ne pas croire, de nier ou d’ignorer l’identité de genre
ou l’orientation sexuelle de la victime sont également des méthodes
largement répandues, tout comme le fait de lui faire croire qu’être
LGBTI est mal. Les victimes sont menacées de se retrouver sans domicile
ou sont effectivement mises à la rue, contraintes de se rendre dans
un autre pays, poussées à se livrer à des activités cisgenres et
hétérosexuelles, ou font l’objet d’abus verbaux, émotionnels, psychologiques
ou sexuels (par exemple, en étant exposées à des images sexuelles
non sollicitées), voire d’agressions physiques.
11. Mme Cumberbatch a indiqué que l’impact
des pratiques de conversion est grave et engendre la peur et des
traumatismes aggravés. Elle a recommandé que les États membres du
Conseil de l’Europe adoptent sans délai une interdiction totale
des «thérapies» de conversion.
12. Lors de la même audition, Cianán B. Russell, chargé de mission
senior à ILGA-Europe, a souligné que les pratiques de conversion
comprenaient divers types d’interventions, allant de la psychothérapie
par des psychologues ou des psychiatres à la violence verbale ou
au harcèlement, voire à la violence physique et sexuelle. Certaines
interventions pourraient potentiellement être considérées comme
des traitements cruels ou inhumains ou comme de la torture, comme
l’ont indiqué les procédures spéciales des Nations Unies et l’ancienne
Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Dunja
Mijatović.
13. Les pratiques de conversion sont perpétrées par différents
acteurs. Il peut s’agir d’individus, tels que des membres de la
famille et des pseudo-médecins, ou d’organisations, en particulier
religieuses. En outre, le rapport de la FRA montre qu’il n’existe
pas de définition claire des pratiques de conversion, dans la mesure
où 75 % des personnes se déclarant victimes sont incapables de choisir
parmi les catégories proposées de pratiques de conversion.
3. L’impact néfaste des pratiques de conversion
14. Les thérapies de conversion
nuisent gravement aux personnes qui y sont soumises. Des organisations médicales
et psychologiques de premier plan, notamment l’Association américaine
de psychiatrie et plusieurs organisations équivalentes en Europe,
ainsi que l’Association mondiale de psychiatrie, ont condamné ces pratiques
et souligné leur inefficacité et leurs dangers.
15. Selon de nombreuses études, parmi les conséquences néfastes
on note une augmentation des taux de dépression, d’anxiété, de syndrome
de stress post-traumatique et une augmentation significative des
idées suicidaires et des tentatives de suicide. Ces traumatismes
psychologiques entraînent des sentiments de honte, de culpabilité,
de dégoût de soi et d’inutilité qui peuvent nuire à l’image de soi
et même entraîner des changements de personnalité durables
. L’impact
des méthodes abusives, notamment les violences verbales, la coercition,
l’administration forcée de médicaments, l’isolement, parfois les
violences physiques ou les chocs électriques, se traduit par des
séquelles émotionnelles et physiques durables. Il importe de souligner que
si les dommages causés à la santé mentale et au bien-être touchent
toutes les tranches d’âge, ils sont particulièrement dévastateurs
pour les enfants et les jeunes exposés dès leur plus jeune âge.
16. Renforcement de la stigmatisation, de la discrimination et
de l’homophobie/transphobie intériorisée, aggravation du stress
des minorités et globalement des effets néfastes sur la santé: ces
préjudices dépassent le cadre individuel pour toucher également
les familles et les communautés, entraînant des coûts sociaux et économiques
importants.
17. Les dommages psychologiques causés nécessitent un suivi. Les
survivant·es devraient donc avoir accès à une aide psychologique
afin de pouvoir reconstruire leur vie. Une enquête menée par ILGA
World indique que la principale priorité des politiques relatives
aux pratiques de conversion est de garantir que les victimes reçoivent
le soutien nécessaire
. L’étude recommande aux autorités
de travailler en étroite collaboration avec les réseaux de victimes.
Cependant, ces réseaux commencent seulement à se mettre en place.
Les mesures de soutien et d’aide aux victimes constituent un élément
important de tout cadre juridique visant à prévenir les dangers
des pratiques de conversion et à lutter contre.
4. Les pratiques de conversion en tant que violations des droits humains
18. Les pratiques de conversion
ont été qualifiées par les experts des Nations Unies de traitements
cruels, inhumains et dégradants, pouvant dans certains cas être
assimilés à de la torture
.
19. Les pratiques de conversion violent aussi plusieurs droits
fondamentaux protégés par la Convention européenne des droits de
l’homme (STE n° 5), notamment les articles 2, 3, 8, 9, 10 et 14,
ainsi que l’article 1 du protocole additionnel n° 12 (STE n° 177).
20. L’article 3 interdit la torture et les traitements inhumains
ou dégradants. La Cour européenne des droits de l’homme a établi
que les pratiques causant de graves souffrances physiques ou psychologiques,
telles que les interventions médicales forcées, les électrochocs
ou la manipulation psychologique coercitive, peuvent constituer
des actes de torture ou des traitements inhumains au sens de cette
disposition. Comme le souligne le juriste Ilias Trispiotis, «toutes
les formes de ‘thérapie de conversion’ constituent au minimum un
traitement dégradant, car elles ne respectent pas la valeur morale
égale des personnes LGBTQ+» et violent l’interdiction absolue de
tels traitements en vertu du droit international des droits humains.
21. L’article 8 protège le droit au respect de la vie privée et
familiale, qui englobe l’intégrité physique, morale et psychologique
d’une personne. La Cour européenne des droits de l’homme a confirmé
ce droit dans des affaires telles que X
c. Pologne (2024), où le refus d’un traitement hormonal
à une femme transgenre en prison a été jugé contraire à l’article
8, car il ne protégeait pas sa santé et son identité. Les «pratiques
de conversion» portent directement atteinte à ce droit en privant
les personnes de leur autonomie en matière d’identité, de vie privée
et de développement personnel, et en empêchant les personnes LGBTI
d’exercer leur droit à la santé et de faire des choix éclairés concernant
leur propre corps.
22. D’autres droits fondamentaux sont également concernés. L’article
2, qui protège le droit à la vie, peut être violé lorsque les pratiques
de conversion entraînent une détresse mentale grave, une dépression
ou un comportement suicidaire résultant de la coercition ou de la
violence psychologique. L’article 9 garantit la liberté de pensée,
de conscience et de religion, et est violé lorsque des personnes
sont soumises à des interventions religieuses ou idéologiques coercitives
visant à modifier leur orientation sexuelle ou leur identité de
genre. De même, l’article 10, qui protège la liberté d’expression,
est bafoué lorsque les personnes LGBTI sont réduites au silence,
contraintes de dissimuler leur identité ou privées du droit de s’exprimer
librement. Enfin, l’article 14 et l’article 1 du protocole n° 12
interdisent toute discrimination dans la jouissance des droits garantis
par la Convention et, plus généralement, des droits garantis par
la loi. Les pratiques de conversion sont intrinsèquement discriminatoires,
car elles reposent sur l’idée préconçue que les orientations sexuelles
et les identités de genre différentes sont inférieures ou pathologiques,
niant ainsi l’égalité en termes de dignité et de protection devant
la loi.
5. Comment interdire les pratiques de conversion?
23. Les organisations professionnelles
à travers l’Europe, y compris les associations nationales de psychologues,
de psychiatres, de psychothérapeutes et de conseiller·ères, interdisent
formellement les pratiques de conversion. Ces interdictions, fondées
sur les normes éthiques internationales et le consensus scientifique
selon lequel ces pratiques sont inefficaces et nuisibles, sont en
vigueur dans la plupart des États membres. Les principaux organismes
européens et internationaux, tels que la Fédération européenne des associations
de psychologues, l’Association mondiale de psychiatrie et l’Association
médicale mondiale, les ont tous fermement condamnées. Si ces interdictions
professionnelles jouent un rôle préventif important, elles restent
des directives éthiques plutôt que des garanties juridiques, et
leur application varie. Les interdictions légales offrent donc une
forme de protection plus forte et plus cohérente, complétant les
normes éthiques défendues par les professions de la santé mentale.
24. Plusieurs types de mesures peuvent être utilisées pour lutter
contre les pratiques de conversion. L’intervention législative est
la plus efficace. L’Expert indépendant des Nations Unies sur l’orientation
sexuelle et l’identité de genre insiste sur le fait que les États
ne doivent pas promouvoir ces pratiques et doivent, au contraire,
les interdire, compte tenu des souffrances qu’elles causent
.
25. Le Global Equality Caucus, un réseau international de parlementaires
et d’élus qui se consacrent à la lutte contre la discrimination
à l’encontre des personnes LGBTI, suit de près l’évolution législative
dans ce domaine. En mai 2025, il a publié un rapport visant à faire
le point sur la situation à l’échelle mondiale et à rendre compte
des récentes législations interdisant les pratiques de conversion
en Europe et au-delà
. Cette publication indiquait que
15 pays dans le monde avaient adopté une législation interdisant
les pratiques de conversion à l’échelle nationale, 3 avaient mis
en place des interdictions dans des juridictions infranationales, avec
des niveaux de protection variant considérablement d’un État ou
d’une province à l’autre, et 14 pays avaient indirectement interdit
les pratiques de conversion par le biais de circulaires et de directives
exécutives, sans législation explicite prévoyant des sanctions pénales.
26. En 2016, Malte est devenu le premier État membre du Conseil
de l’Europe à adopter une interdiction totale, suivi par la France
en 2021, l’Espagne et la Belgique en 2023, la Norvège et le Portugal
en 2024. L’Allemagne (2020) et la Grèce (2022) interdisent les «thérapies
de conversion» pour les mineur·es et les autorisent pour les adultes
qui sont supposés y consentir. L’Albanie a adopté des directives
médicales non législatives en 2020. Le Danemark, la Finlande et
l’Irlande prennent actuellement des mesures en vue d’une interdiction,
soit par le biais d’initiatives gouvernementales, soit par le biais
d’initiatives de la société civile. Aux Pays-Bas, un projet de loi
interdisant les pratiques de conversion a été voté par la chambre
basse du parlement en septembre 2025 et devrait être adopté par
le Sénat. Au Royaume-Uni, le gouvernement a promis d’introduire
une législation visant à interdire les pratiques de conversion et
est en train de présenter ce projet de loi.
27. Des initiatives visant à interdire les pratiques de conversion
sont prises par des organisations de la société civile, des expert·es
individuels et d’autres acteurs dans de nombreux pays. En 2018,
le Parlement européen a exhorté les États membres de l’Union européenne
à «adopter des mesures visant à interdire les «thérapies de conversion»
dans toute l’Union»
.
28. Le 11 mars 2021, l’Union européenne s’est déclarée «espace
de liberté pour les personnes LGBTIQ» et a encouragé les États membres
à «ériger la pratique des «thérapies de conversion» en infraction
pénale»
. En février 2023, la Commissaire
aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Dunja Mijatović, a
publié un article dans le Human Rights
Commentary intitulé «Rien à changer: mettre fin aux «thérapies»
de conversion des personnes LGBTI».
29. Le 17 mai 2024, à l’initiative de l’association française ACT (Against Conversion
Therapy), une campagne d’initiative citoyenne européenne a été
lancée pour «l’interdiction
des pratiques de conversion dans l’Union européenne», appelant la Commission européenne à proposer une interdiction
juridiquement contraignante des pratiques de conversion. Le 18 novembre
2025, l’initiative a été soumise à la Commission européenne. L’initiative
a recueilli 1 128 063 déclarations de soutien validées de citoyen·nes
de l’Union européenne et a atteint les seuils requis dans 11 États
membres, ce qui en fait la 13e initiative
valide qui sera examinée par la Commission. Conformément au règlement
relatif à l’initiative citoyenne européenne, lorsque la Commission
reçoit une initiative valide accompagnée d’au moins un million de
déclarations de soutien certifiées, elle est tenue d’entamer un
processus d’examen et de donner une réponse dans un délai de six mois.
30. La stratégie pour l’égalité des personnes LGBTIQ+ 2026-2030
récemment adoptée par la Commission européenne, qui s’appuie sur
la stratégie précédente 2020-2025, réaffirme l’engagement de l’Union européenne
en faveur de l’égalité, de la protection et de l’inclusion des personnes
LGBTIQ et donne la priorité à la mise en œuvre, à la consolidation
et à la coopération plutôt qu’à de nouveaux efforts législatifs.
Elle vise notamment à soutenir les États membres dans l’interdiction
des pratiques de conversion. Malheureusement, elle ne propose pas
d’ajouter les pratiques de conversion à la liste des «crimes de
l’UE», ce qui aurait été une mesure utile.
31. Les organisations de la société civile des États membres du
Conseil de l’Europe s’emploient activement à prévenir et à combattre
les dangers des pratiques de conversion et plaident en faveur de
l’adoption de législations et de politiques visant à les interdire
dans les pays qui ne l’ont pas encore fait. Fin 2024, ILGA-Europe
a organisé une réunion qui a rassemblé des militant·es de toute
l’Europe afin de discuter des stratégies visant à mettre fin aux
pratiques de conversion. Les participant·es ont souligné la nécessité
de s’attaquer à la mentalité sous-jacente qui permet ces pratiques,
à savoir la croyance néfaste selon laquelle les personnes LGBTI+
doivent être «guéries». Les organisations participantes ont mis
en évidence la nature secrète de ces pratiques, qui sont souvent
menées à huis clos, ce qui rend leur détection et leur intervention
difficiles. L’importance de former et d’éduquer les professionnel·les
afin qu’ils reconnaissent les subtilités des pratiques de conversion
et puissent mieux les prévenir a également été soulignée. La réunion
a mis en évidence la nécessité d’une approche multiforme, combinant
interdictions légales, sensibilisation du public, soutien aux victimes
et changement des attitudes sociétales, afin de lutter efficacement
contre ce phénomène profondément néfaste.
32. Il est nécessaire de généraliser l’interdiction dans tous
les États membres du Conseil de l’Europe pour que le système soit
efficace. En effet, les pays où les «thérapies de conversion» sont
encore légales signalent une augmentation du nombre de groupes qui
les pratiquent. C’est le cas de la Suisse, qui a vu s’implanter
sur son territoire des organisations proposant des «thérapies de
conversion» après que l’Allemagne et la France ont interdit ces
pratiques
. Cette question transfrontalière
confirme l’urgence d’une interdiction à l’échelle européenne.
33. La protection des droits des enfants
est un autre aspect
qui doit être pris en compte. Les enfants sont particulièrement
susceptibles de subir des «thérapies de conversion» et d’en être
gravement affectés. Des études menées par le Rapporteur spécial
des Nations Unies sur la torture et autres peines ou traitements cruels,
inhumains ou dégradants soulignent le rôle des parents dans l’administration
des «thérapies de conversion»
.
Le droit des parents de contrôler et de prendre en charge leur enfant
est limité par leurs propres intérêts. L’Expert indépendant des
Nations Unies chargé de la question de la protection contre la violence
et la discrimination liées à sur l’orientation sexuelle et l’identité
de genre est convaincu que la décision d’imposer des thérapies de
conversion à un enfant ne peut jamais être véritablement compatible
avec le principe de l’intérêt supérieur de l’enfant
.
Cependant, les enfants ne sont pas les seules personnes exposées
au risque d’être victimes de ces pratiques. Les lois et les politiques
visant à les interdire ne devraient donc pas se limiter aux enfants.
6. L’interdiction des pratiques de conversion à Malte: une réussite
34. Grâce aux États qui ont commencé
à réglementer ces pratiques, il est possible d’identifier les mesures les
plus efficaces
.
35. Les 15 et 16 septembre 2025, j’ai effectué une visite à Malte.
Je tiens à remercier la délégation maltaise auprès de l’Assemblée,
représentée par sa présidente, Naomi Cachia, pour son soutien et
son hospitalité, ainsi que tous mes interlocuteurs et interlocutrices
pour leur précieuse contribution. Parmi eux figuraient des députés
du gouvernement et de l’opposition, ainsi que des représentant·es
des gouvernements actuel et précédent, en particulier Rebecca Buttigieg,
secrétaire parlementaire à l’égalité et aux réformes, et Helena Dalli,
ancienne ministre du dialogue social, de la consommation et des
libertés civiles, ancienne ministre de l’Égalité, et ancienne commissaire
européenne à l’égalité. J’ai eu des discussions avec des experts
juridiques, des organisations de la société civile telles que le
Mouvement pour les droits des personnes LGBTIQ à Malte (MGRM), représenté
par Colette Farrugia Bennett et Ryan Portelli, et le groupe chrétien
LGBTI Drachma, représenté par Christopher Vella. J’ai également
rencontré Ruth Baldacchino, militante pour la justice sociale, des
journalistes de grands journaux et Joseph Vella, fonctionnaire de
la Commission européenne et ancien proche collaborateur d’Helena
Dalli.
36. Au cours de la dernière décennie, Malte a connu de profondes
réformes législatives et politiques dans le domaine des droits des
personnes LGBTI. Depuis 2014, une série de mesures ont été adoptées
à un rythme soutenu, notamment l’introduction des unions civiles,
puis du mariage entre personnes de même sexe, la loi sur l’identité
de genre, l’expression de genre et les caractéristiques sexuelles,
et enfin l’interdiction des pratiques de conversion. Ces réformes
ont eu lieu dans une société traditionnellement marquée par une
forte influence catholique et ont été largement impulsées par une
société civile active et des dirigeant·es politiques engagés en
faveur de l’égalité. Helena Dalli a joué un rôle de premier plan
dans ce processus.
37. Avant l’adoption de l’interdiction, les pratiques de conversion
étaient principalement menées par certains groupes religieux encourageant
les croyant·es à «prier pour que l’homosexualité disparaisse», comme
le mouvement évangélique «River of Love» (Rivière d’amour) et, dans
au moins un cas connu, par un psychologue affilié à ce mouvement.
Bien qu’il s’agisse d’un groupe marginal, River of Love est bien
financé, notamment par des organisations étrangères, et s’oppose
ouvertement aux initiatives en faveur de l’égalité des personnes
LGBTI.
38. La loi interdisant les pratiques de conversion a été élaborée
en étroite collaboration avec des expert·es bien informés et des
représentant·es d’organisations LGBTIQ. Son libellé est clair, concis
et efficace. Elle donne une définition simple mais complète des
pratiques de conversion et établit une distinction entre les personnes
vulnérables – notamment les enfants de moins de 16 ans et les personnes
en situation de handicap – pour lesquelles ces pratiques sont purement
et simplement interdites, et les adultes, pour lesquels certaines formes
d’intervention ne peuvent être autorisées qu’en cas de consentement
véritable et éclairé.
39. Au cours du processus de rédaction, des organismes professionnels
tels que des associations de psychiatres et de psychologues ont
exprimé leur inquiétude quant au fait que l’interdiction pourrait
interférer avec les pratiques thérapeutiques légitimes, en particulier
les discussions relatives à l’orientation sexuelle ou à l’identité
de genre. Plusieurs interlocuteurs ont fait remarquer que ces préoccupations
auraient pu être mieux prises en compte si des consultations avaient
eu lieu plus tôt. Néanmoins, il est largement reconnu que le texte législatif
final est protecteur tout en permettant aux professionnel·les de
fournir un soutien psychologique approprié.
40. La question du consentement est au cœur de la législation
maltaise et des débats dans d’autres pays sur l’interdiction des
pratiques de conversion. Si le consentement est généralement requis
pour les interventions médicales ou thérapeutiques, plusieurs interlocuteurs
et interlocutrices ont souligné que le consentement dans le contexte
des pratiques de conversion ne peut être donné.
41. Comme l’a fait remarquer un expert, «le consentement ne vient
pas de nulle part». Il doit être libre de toute pression de la part
de la famille, des pairs ou des autorités religieuses. De plus,
une personne peut initialement accepter de discuter de certains
aspects de son orientation sexuelle ou de son identité de genre, mais
cela ne peut être interprété comme un consentement à toute série
de pratiques, qui peuvent s’intensifier ou devenir préjudiciables.
Les adultes doivent conserver le droit de s’arrêter à tout moment.
42. En ce qui concerne l’impact de la réforme, la plupart des
interlocuteurs sont convenus que l’interdiction avait un effet positif
manifeste. Plusieurs ont indiqué que l’interdiction des pratiques
de conversion avait «sauvé des vies» en empêchant des personnes
vulnérables d’être exposées à des interventions coercitives ou abusives.
La loi a également contribué à sensibiliser le public et à réduire
la légitimité sociale de ces pratiques.
43. Dans le même temps, beaucoup ont souligné que les progrès
sont fragiles. Une partie importante de la population ignore encore
que les pratiques de conversion existent toujours, sous-estime leur
prévalence ou suppose qu’elles appartiennent au passé. L’éducation
continue du public, la sensibilisation et la visibilité des services
de soutien ont été identifiées comme essentielles pour éviter tout
retour en arrière. La sous-déclaration reste un problème, et un
mécanisme de déclaration plus accessible est à l’étude.
44. Une caractéristique notable de l’expérience maltaise est l’absence
d’opposition active de l’Église catholique aux réformes. Plusieurs
facteurs ont contribué à cette situation. La campagne infructueuse
et polarisante contre le divorce a servi de précédent édifiant,
incitant les dirigeant·es de l’Église à éviter des confrontations
similaires. Helena Dalli a engagé un dialogue ouvert et constructif
avec les deux archevêques (de Malte et de Gozo) pendant la préparation
de la législation. Bien que l’Église n’ait pas pu approuver les réformes,
elle ne les a pas contestées. Cette position a été interprétée par
le public comme une acceptation tacite du fait que les mesures étaient
compatibles avec les valeurs catholiques. Le groupe chrétien LGBTI Drachma
a également joué un rôle de médiation entre la société civile et
les dirigeants de l’Église. Certain·es de mes interlocuteurs et
interlocutrices ont estimé que les déclarations du pape François
avaient créé un climat propice à l’acceptation de ces réformes par
les catholiques.
45. Il est important de noter que la législation maltaise interdit
de renvoyer des personnes vers des pratiques de conversion. Cela
a permis d’éviter que des victimes potentielles soient envoyées
à l’étranger afin de contourner l’interdiction générale.
46. Selon quelques expert·es et responsables que j’ai rencontrés
à La Valette, malgré le succès global du cadre législatif, plusieurs
défis persistent. Ils ont constaté que la formation professionnelle
reste insuffisante: les policiers et policières, les membres du
pouvoir judiciaire, les enseignant·es et le personnel de santé ont besoin
d’une formation actualisée pour identifier les pratiques de conversion
et y répondre de manière appropriée. Les lacunes transfrontalières
doivent être comblées: certaines personnes risquent d’être orientées vers
des praticien·nes à l’étranger, ce qui pourrait compromettre l’efficacité
de l’interdiction. La communication publique sur la nature et les
dommages des pratiques de conversion doit être renforcée afin de
garantir une sensibilisation durable de la société.
47. Une avancée a été réalisée en 2023 lorsque la loi a été modifiée
pour interdire la publicité des pratiques de conversion, à la suite
d’exemples documentés de partisans de ces pratiques utilisant des
podcasts et des plateformes en ligne pour atteindre des victimes
potentielles.
48. L’expérience maltaise met en évidence plusieurs bonnes pratiques
qui pourraient inspirer d’autres États membres: une législation
claire et concise élaborée en coopération avec des expert·es et
la société civile, une approche efficace en matière de consentement,
une protection renforcée des groupes vulnérables, un dialogue ouvert
avec les institutions religieuses, qui peut réduire l’opposition
et favoriser l’acceptation sociale, et une sensibilisation continue,
garantissant que les progrès juridiques se traduisent par une protection
réelle.
7. Conclusions
49. Il est clairement nécessaire
d’intensifier les mesures visant à prévenir et à lutter contre les
préjudices causés par les pratiques de conversion. Les États membres
qui n’ont pas encore pris de mesures dans ce domaine devraient adopter
une législation et des politiques visant à interdire ces pratiques
et à soutenir les personnes susceptibles d’être concernées. Lorsque
de telles mesures existent déjà, il est important qu’elles soient
mises en œuvre de manière efficace.
50. Répondre à cette question n’est pas seulement une question
de santé publique. Elle est également directement liée à la protection
des droits humains et des libertés fondamentales. Veiller à ce que
les personnes soient protégées contre des pratiques susceptibles
de porter atteinte à leur dignité et à leur bien-être contribue
à renforcer le tissu démocratique de nos sociétés.
51. Pour introduire et soutenir des interdictions efficaces, il
est essentiel de mieux connaître les pratiques de conversion. Il
convient d’encourager la recherche et la collecte systématique de
données afin de clarifier leur prévalence, les lieux où elles se
produisent, les formes qu’elles prennent, qui les pratique et qui
en est victime. Il convient également de mener des campagnes de
sensibilisation à la prévalence des pratiques de conversion et aux
dommages qu’elles causent.
52. La croyance selon laquelle les pratiques de conversion n’existent
plus ou sont rares est encore répandue, ce qui nécessite davantage
d’actions de sensibilisation.
53. L’expérience des pays qui ont pris des mesures précoces dans
ce domaine, comme Malte, offre des enseignements précieux. Elle
met en évidence à la fois les principes fondamentaux qui peuvent
guider les réformes et les lacunes potentielles ou les conséquences
imprévues que les législateurs devraient s’efforcer d’éviter. Le
projet de résolution fournit des suggestions concrètes aux décideurs
et décideuses politiques et aux législateurs afin de mieux protéger
les personnes, en particulier les enfants et les jeunes, contre
les risques et les préjudices associés aux pratiques de conversion.
