Imprimer
Autres documents liés
A. Projet de
résolution
(open)
B. Exposé des motifs
par Mme Zita Gurmai, rapporteure
(open)
Rapport | Doc. 16372 | 30 mars 2026
Promouvoir la Convention d’Istanbul et améliorer sa mise en œuvre: mettre à profit l’expérience acquise
Commission sur l'égalité et la non-discrimination
A. Projet de
résolution 
(open)1. Les femmes continuent d'être
touchées de manière disproportionnée par la violence fondée sur
le genre, qu'elle soit physique, sexuelle, psychologique ou économique,
en ligne et hors ligne. Cette violence constitue une grave violation
des droits humains et une manifestation des rapports de force historiquement
inégaux entre les femmes et les hommes, fondée sur l’idée de l’infériorité
des femmes et conduisant à l'exercice d'un contrôle et d'une domination
sur celles-ci.
2. La violence à l'égard des femmes et la violence domestique
sont présentes dans tous les territoires et dans tous les groupes
socio-économiques et secteurs de la société. Leur prévalence demeure
très élevée, mais les auteurs restent souvent impunis car les taux
de signalement et de condamnation sont faibles. Les données de l'Union
européenne en 2024 montrent qu'une femme sur trois est victime de
violence physique et/ou sexuelle, mais qu'une femme sur huit seulement
signale les faits à la police.
3. Les femmes victimes de violence continuent de faire face à
la stigmatisation, aux attitudes négatives et à la culpabilisation.
Un grand nombre d'entre elles ont besoin de beaucoup de temps pour
surmonter les sentiments de honte et de peur, de sorte qu'elles
ne signalent pas les violences ou le font bien des années après
les faits. Souvent aussi, les victimes connaissent mal leurs droits
et ne savent pas comment accéder aux services de soutien; ce qui
va de pair avec le manque de confiance dans la justice.
4. Les violences fondées sur le genre concernent les femmes dans
toute leur diversité, indépendamment de leur âge, leur orientation
sexuelle, leur identité et leur expression de genre, leurs caractéristiques
sexuelles, leur statut migratoire, leur handicap, leur origine ou
toute autre caractéristique. Toutes les mesures visant à prévenir
et à combattre ces violences et à protéger les victimes devraient
être conçues et appliquées sans distinction aucune et en adoptant
une approche intersectionnelle, car les femmes victimes de violences
n'ont pas toutes le même accès aux services de soutien et à la justice.
5. La violence en ligne à l'égard des femmes, dont de nombreuses
formes sont produites et facilitées par l'évolution rapide des technologies,
notamment de l'intelligence artificielle, est de plus en plus répandue
et dévastatrice. L’Assemblée parlementaire salue la Recommandation
générale no 1 sur la dimension numérique de
la violence à l'égard des femmes adoptée en 2021 par le Groupe d’experts
sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence
domestique (GREVIO), et la Recommandation CM/Rec(2026)2 du Comité des Ministres aux États membres du Conseil
de l’Europe «sur l’obligation de rendre des comptes en matière de
violence à l’égard des femmes et des filles facilitée par la technologie»,
qui donnent aux États membres de précieuses orientations.
6. L’Assemblée a apporté un soutien actif à l’élaboration de
la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte
contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique
(STCE no 210, «Convention d’Istanbul»)
et à son entrée en vigueur, en août 2014. Ce traité historique établit
les normes les plus élevées dans le cadre d'une approche globale
axée sur la prévention de la violence à l'égard des femmes, la protection
des victimes, la poursuite des auteurs et les politiques intégrées,
en plaçant toujours les droits de la victime au centre de toutes
les actions.
7. Le Réseau parlementaire pour le droit des femmes de vivre
sans violence et les différentes rapporteures générales sur la violence
à l'égard des femmes de l'Assemblée ont joué un rôle essentiel dans
la promotion de la Convention d’Istanbul. Le réseau offre également
un cadre pour le partage d'expériences et d'outils pratiques pour
prévenir et combattre la violence faite aux femmes.
8. L’Assemblée a fait le point de la mise en œuvre de la Convention
d’Istanbul dans sa Résolution 2289 (2019), «La Convention d’Istanbul sur la violence à l’égard
des femmes: réalisations et défis», et dans la Résolution 2479 (2023), «La Convention d’Istanbul: progrès et défis». Elle
rappelle les recommandations formulées dans ces deux textes.
9. L’Assemblée souligne la nécessité d'impliquer les hommes et
les garçons dans la prévention et la lutte contre la violence à
l'égard des femmes et encourage la mise en œuvre de sa Résolution 2480 (2023), «Le rôle et la responsabilité des hommes et des garçons
dans l’élimination de la violence à l’égard des femmes et des filles
fondée sur le genre». Ce point est essentiel, compte tenu de l'augmentation
des cas de violence sexuelle commise par des jeunes et contre des
jeunes.
10. Près de 12 ans après son entrée en vigueur, avec 38 ratifications
d'États membres et l'adhésion de l'Union européenne en 2023, la
Convention d'Istanbul a démontré ses effets positifs sur le terrain.
L'Assemblée appelle à redoubler d'efforts, à faire preuve de détermination
politique et à mobiliser des ressources suffisantes pour contrer
les attaques contre la convention, toujours plus nombreuses et menées
par le biais d'une désinformation organisée.
11. L'Assemblée regrette la décision prise par la Türkiye en 2021
de se retirer de la Convention d'Istanbul, qui prive ainsi des femmes
et des filles des normes élevées qui y sont inscrites, dans un contexte
où la société civile continue de faire état d'un grand nombre de
féminicides et de morts suspectes de femmes dans le pays.
12. L’Assemblée attire l’attention sur la nécessité d’atteindre
les cibles pertinentes fixées dans le cadre des Objectifs de développement
durable des Nations Unies d’ici 2030, notamment la cible 5.2 (éliminer
toutes les formes de violence faite aux femmes et aux filles), la
cible 5.3 (éliminer toutes les pratiques préjudiciables, telles
que le mariage des enfants, le mariage précoce ou forcé et la mutilation
génitale féminine) et la cible 16.3 (promouvoir l’état de droit
et donner à toutes et tous accès à la justice dans des conditions
d’égalité).
13. Conformément à sa décision d'organiser régulièrement des débats
sur la Convention d'Istanbul, l'Assemblée renouvelle son appel en
faveur de la ratification universelle et de la mise en œuvre intégrale
de la convention, en soulignant ses effets positifs et en identifiant
les domaines dans lesquels des progrès sont nécessaires pour garantir
le droit de toutes les femmes et les filles à une vie sans violence.
14. L’Assemblée appelle les États membres et observateurs du Conseil
de l’Europe, ainsi que les États dont le parlement bénéficie du
statut d’observateur ou de partenaire pour la démocratie auprès
de l’Assemblée:
14.1. en ce qui concerne
le soutien à la Convention d’Istanbul et à sa mise en œuvre:
14.1.1. à promouvoir la ratification
par les États membres du Conseil de l'Europe qui ne sont pas encore
Parties (Arménie, Azerbaïdjan, Bulgarie, Hongrie, Lituanie, République
slovaque et Tchéquie, ainsi qu’une nouvelle ratification par la
Türkiye) et au delà;
14.1.2. à lutter contre les campagnes de désinformation et les
attaques organisées qui utilisent des récits mensongers et des idées
fausses sur la convention;
14.1.3. à allouer des fonds suffisants à la mise en œuvre de politiques
et de mesures intégrées visant à prévenir et à combattre toutes
les formes de violence couvertes par la convention, en assurant
la coordination entre les organismes et parties prenantes compétents
sur tout leur territoire;
14.1.4. à intégrer une démarche soucieuse d’égalité de genre dans
la mise en œuvre de la Convention d'Istanbul et dans l'évaluation
des effets des mesures prises;
14.1.5. à coopérer avec les organisations de la société civile
qui défendent les droits des femmes et fournissent un soutien et
des services spécialisés aux femmes victimes de violence, à les
associer à leurs travaux et à soutenir leur action;
14.1.6. à prendre des mesures juridiques et politiques pour prévenir
et combattre les formes de violence à l'égard des femmes qui sont
produites et facilitées par les entreprises technologiques, les
plateformes en ligne et les intermédiaires internet, notamment par
l'intelligence artificielle;
14.1.7. à améliorer la collecte et la publication de données relatives
à la violence à l'égard des femmes, ventilées par sexe, âge, type
de violence, relation entre la victime et l’auteur et localisation
géographique, afin d'évaluer les progrès accomplis et d’éclairer
l'élaboration des politiques;
14.2. en ce qui concerne la sensibilisation et les autres mesures
de prévention:
14.2.1. à investir dans
la prévention primaire afin de s'attaquer aux causes profondes de
toutes les formes de violence à l'égard des femmes, y compris la
dimension numérique de cette violence, par l'éducation et la sensibilisation
à l'égalité de genre et aux rôles non stéréotypés et par une éducation
complète à la sexualité adaptée à l'âge;
14.2.2. à prendre des mesures pour sensibiliser à la violence
vicariante, qui consiste à instrumentaliser les enfants dans le
but de causer un traumatisme psychologique aux femmes en blessant
leurs enfants, ou même en les assassinant;
14.2.3. à mettre en place des programmes pour aider les auteurs
de violences domestiques ou de violences sexuelles à adopter des
comportements non violents, conformément aux meilleures pratiques
internationales et afin de prévenir la récidive;
14.3. en ce qui concerne la protection des femmes victimes de
violence, dans toute leur diversité, et le soutien à leur apporter:
14.3.1. à garantir la mise en œuvre
effective des ordonnances de protection et leur disponibilité pour
toutes les femmes victimes de violence, indépendamment des procédures
judiciaires connexes;
14.3.2. à prendre des mesures pour répondre aux besoins de toutes
les femmes victimes de violence exposées à des discriminations multiples
et intersectionnelles, notamment les femmes en situation de handicap,
les femmes roms et les femmes du voyage, les femmes migrantes, réfugiées
ou demandeuses d'asile, les femmes lesbiennes, bisexuelles et queer
(LBQ), les femmes en situation d'addiction, les femmes prostituées,
les femmes âgées, les femmes vivant en milieu rural; et à veiller
à ce qu'elles aient accès à une protection, à un soutien et à des
voies de recours;
14.3.3. à s'attaquer aux différents types d'obstacles au signalement
des violences à l'égard des femmes et des violences domestiques
dans différents contextes, notamment ceux qui empêchent les femmes
en situation de handicap de déclarer des faits et d'accéder aux
services de soutien;
14.3.4. à créer des centres d'aide aux victimes de viol ou de
violences sexuelles en nombre suffisant et bien répartis géographiquement,
pour permettre une prise en charge globale des femmes victimes,
comprenant des soins médicaux, un soutien psychologique immédiat
et dans la durée, et une assistance juridique;
14.3.5. à prendre des mesures pour garantir que les décisions
concernant la garde des enfants et les droits de visite qui sont
rendues en cas de séparation des parents tiennent compte du contexte
de violence domestique, et que la médiation, en particulier dans
les procédures civiles, ne soit ni imposée ni perçue comme étant
obligatoire;
14.3.6. à garantir la sécurité des femmes victimes de violence
et de leurs enfants grâce à des procédures et des mesures rigoureuses
d'évaluation et de gestion des risques, renouvelées et revues régulièrement;
14.4. en ce qui concerne les mesures à prendre pour que des
enquêtes effectives soient menées sur les violences à l’égard des
femmes et que les auteurs des violences soient poursuivis:
14.4.1. à veiller à ce qu'il existe
une formation initiale et continue obligatoire pour les juges, les procureur·es
et les autres professionnel·les du droit amenés à travailler sur
des affaires de violence à l'égard des femmes, y compris pour prévenir
la victimisation secondaire;
14.4.2. à promouvoir l'utilisation des cours en ligne du Programme
européen de formation aux droits de l'homme pour les professionnels
du droits (HELP) sur la violence à l'égard des femmes et la violence
domestique ainsi que de son nouveau module sur la lutte contre la
violence à l'égard des femmes et des filles facilitée par la technologie,
et leur intégration dans les programmes de formation des professionnel·les
de la justice concernés (forces de l'ordre, procureur·es, juges,
avocat·es);
14.4.3. à adopter des définitions juridiques de la violence sexuelle,
y compris du viol, fondées sur l'absence de consentement librement
donné, selon l'approche «Seul oui veut dire oui», et à appliquer
les mesures de la Résolution... (2026) «Tracer la voie pour une
culture du consentement»;
14.4.4. à s'attaquer à la minimisation des allégations de violence
domestique dans les cas de séparation parentale sur la base de concepts
infondés tels que celui d'«aliénation parentale», qui ne devraient
être ni légitimés ni reconnus juridiquement;
14.4.5. à mener des recherches sur les raisons du faible taux
de poursuites et de condamnations dans les affaires de violence
à l'égard des femmes et de violence domestique.
15. L’Assemblée appelle tous les parlements des États membres
et observateurs du Conseil de l’Europe et les parlements des États
qui bénéficient du statut d’observateur ou de partenaire pour la
démocratie auprès de l’Assemblée:
15.1. à
promouvoir activement la Convention d’Istanbul, notamment en sensibilisant
le public aux réalisations et à la valeur ajoutée de la convention,
afin de dissiper les idées fausses et la désinformation basées sur
des récits mensongers;
15.2. à organiser des commissions d'enquête et des auditions
parlementaires pour donner de la visibilité aux conclusions et aux
recommandations figurant dans les rapports d'évaluation du GREVIO
et en débattre;
15.3. à participer à la procédure de suivi évaluant la mise
en œuvre de la Convention d'Istanbul, conformément à son article 70;
15.4. à procéder à des évaluations et des examens périodiques
de la législation et des mesures nationales visant à prévenir et
à combattre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, à
proposer les réformes législatives et de politiques nécessaires
pour les mettre en conformité avec les normes élevées de la Convention
d’Istanbul et à allouer les budgets suffisants pour garantir leur
mise en œuvre adéquate sur le terrain;
15.5. à promouvoir et utiliser le cours HELP prochainement disponible
sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence
domestique, qui s’adresse spécifiquement aux parlementaires, en étant
spécialement adapté à leurs besoins;
15.6. à continuer de participer aux travaux du Réseau parlementaire
pour le droit des femmes de vivre sans violence et de soutenir ce
réseau.
B. Exposé des motifs
par Mme Zita Gurmai, rapporteure 
(open)1. Introduction
1. La Convention du Conseil de
l'Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard
des femmes et la violence domestique (STCE n° 210, «Convention d'Istanbul»)
est entrée en vigueur le 1er août 2014, elle est donc en vigueur
depuis bientôt12 ans. L'organe de suivi indépendant de la convention,
le Groupe d'experts sur la lutte contre la violence à l'égard des
femmes et la violence domestique (GREVIO), achève actuellement son
premier cycle de suivi – évaluant la mise en œuvre de la convention
par les 39 Parties (38 États parties et l'Union européenne) – tout
en menant son premier cycle d'évaluation thématique, qui porte sur
la mise en œuvre de la convention par les Parties en mettant l'accent
sur «Établir climat de confiance en apportant soutien, protection
et justice».
2. L'Assemblée parlementaire devrait saluer le travail accompli
par le mécanisme de suivi de la convention, notamment les 52 rapports
de suivi par pays publiés à ce jour par le GREVIO, ainsi que les
recommandations et déclarations du Comité des Parties à la convention.
3. Les deux piliers du système de suivi de la convention, le
GREVIO et le Comité des Parties, ont identifié à la fois des lacunes
et des pratiques prometteuses dans la mise en œuvre de la convention.
D'autres parties prenantes concernées, notamment des organisations
de la société civile et le Réseau parlementaire pour le droit des
femmes de vivre sans violence de l'Assemblée, ont mis en évidence
des domaines dans lesquels des améliorations sont nécessaires, malgré
les progrès déjà réalisés.
4. La Convention d'Istanbul exige des Parties qu'elles invitent
les parlements nationaux à participer au suivi des mesures prises
pour la mise en œuvre de la Convention et qu'elles soumettent le
rapport d'évaluation du GREVIO au parlement national. L'Assemblée
est également invitée à «faire le bilan, de manière régulière, de la
mise en œuvre de la (...) Convention» (article 70, paragraphe 3).
5. La Résolution 2289
(2019) de l'Assemblée «La
Convention d'Istanbul sur la violence à l'égard des femmes: réalisations
et défis» comprenait un certain nombre de recommandations invitant
les parlements nationaux à jouer un rôle actif dans la promotion,
la mise en œuvre et le suivi de la convention.
6. Le dernier rapport de l'Assemblée sur cette question a été
adopté en 2023. La Résolution
2479 (2023) «La Convention d'Istanbul: progrès et défis» reconnaît un certain nombre de réalisations, mais fait
également état de la persistance à des niveaux alarmants de la violence
et des féminicides tragiques, qui continuent d'augmenter dans plusieurs
États. L'Assemblée a décidé de tenir un échange de vues annuel pour
faire le point sur les progrès de la ratification et de la mise
en œuvre de la Convention d'Istanbul, dans le cadre de ses responsabilités
de suivi au titre de la convention.
7. La ratification de la Convention d'Istanbul par l'Union européenne
en 2023 a constitué une avancée majeure et une reconnaissance de
la valeur et de l'importance de cette convention, tandis que cinq
États membres de l’Union européenne ont signé la convention mais
ne l'ont pas encore ratifiée (Bulgarie, Hongrie, Lituanie, République
slovaque et Tchéquie). Le GREVIO procède actuellement à la première
évaluation de référence de l’Union européenne, qui lui a rendu compte
en novembre 2025 des mesures prises pour mettre en œuvre la convention
dans les domaines relevant de la compétence de l'Union européenne.
Cela inclut la Directive (UE) 2024/1385 «sur la lutte contre la
violence à l'égard des femmes et la violence domestique», adoptée
en mai 2024, qui criminalise certaines formes de violence à l'égard
des femmes et comprend des dispositions relatives à la protection
des victimes. Cette directive complète la Directive 2012/29/UE «établissant des normes minimales concernant les
droits, le soutien et la protection des victimes de la criminalité».
Le rapport d’évaluation du GREVIO sur l’Union Européenne devrait
être publié en 2027.
8. En outre, la ratification de la Convention d’Istanbul par
l'Ukraine en 2022 – malgré la forte opposition de la part des différentes
Églises en Ukraine et la propagation de désinformation à son sujet
– alors que le pays était victime d'une agression de la part de
la Fédération de Russie, a envoyé un message fort en faveur de la protection
des droits humains des femmes victimes de violence. Le GREVIO a
effectué une visite d'évaluation en Ukraine en mai 2025. Le rapport
d'évaluation sur l'Ukraine sera publié en 2026.
9. En ce qui concerne les États membres du Conseil de l'Europe
qui n'ont pas encore ratifié la convention, en dehors de l'Union
Européenne, l'Arménie a signé la convention en 2018, mais ne l'a
pas encore ratifiée. L’Azerbaïdjan est le seul État membre du Conseil
de l'Europe à ne pas avoir signé la convention. La Türkiye a été
le premier pays à ratifier la convention en 2012, mais elle s’en
est retirée en 2021, par décret présidentiel, et n'est plus Partie
à celle-ci. La décision du président de la Türkiye a été contestée
juridiquement et de nombreuses voix se sont élevées, tant à l'intérieur
qu'à l'extérieur du pays, pour demander son annulation.
10. La Résolution 2614
(2025) «Les droits des femmes en Europe – Avancées et défis»
a exprimé la profonde préoccupation de l'Assemblée face à la forte
prévalence de la violence à l'égard des femmes et des féminicides,
appelant à un soutien financier de la Convention d’Istanbul plus
important, pour que l’engagement se traduise par des changements
tangibles. La résolution a souligné le besoin urgent d’efforts concertés
et innovants pour répondre au discours fallacieux des mouvements
anti-genre, se félicitant des travaux de la Commission pour l'égalité
de genre du Conseil de l'Europe visant à élaborer des récits positifs
afin de promouvoir l'égalité de genre et de prévenir et lutter contre
la violence à l'égard des femmes.
11. Le 11 décembre 2025, les 38
États Parties à la Convention d’Istanbul ont publié une déclaration commune rappelant que «la violence sexiste, qu'elle soit physique,
sexuelle, psychologique, économique, ou en ligne, constitue une
grave violation des droits de l'Homme». Le document stipule que
«Partout où les droits des femmes et des filles sont menacés, les
principes fondamentaux de l'État de droit, de la démocratie et des droits
de l'Homme sont remis en cause». Les Parties ont souligné que la
convention a permis «la création d’un langage commun de dignité,
d'égalité et de justice».
12. Le dernier rapport sur la violence à l'égard des femmes dans
l'Union Européenne, publié le 3 mars 2026
, indique que 29,9 % des
femmes ont subi des violences psychologiques de la part de leur
partenaire et que, pour 12,7 % d'entre elles, ces violences sont
fréquentes. 9,8 % ont déclaré avoir été blessées physiquement par
leur partenaire et 9,6 % ont subi un traumatisme psychologique.
Cette enquête de l'Union européenne montre que 8,5 % des femmes
ont été victimes de cyberharcèlement et que 7 % des femmes actives
ont subi du harcèlement sexuel en ligne. Parmi les autres données
intéressantes de ce rapport, nous pouvons citer le fait que 10,2 %
des femmes ont vu leur géolocalisation surveillée ou suivie par
leur partenaire, et que 32,9 % des filles ont subi des violences
physiques ou psychologiques de la part de leurs parents. Comme le
montrent régulièrement les études menées au fil des ans, la plupart
des formes de violence à l'égard des femmes sont largement sous-déclarées.
Ce rapport révèle que seulement 6,1 % des femmes ont signalé à la
police les violences physiques ou sexuelles commises par leur partenaire,
et 11,3 % lorsqu'elles ont été agressées par une personne autre
que leur partenaire.
2. Objectifs et portée du rapport
13. Le présent rapport vise à dresser
le bilan de la première décennie de mise en œuvre de la Convention d'Istanbul,
à un moment crucial pour les droits des femmes en Europe et au-delà.
Mon objectif était de reconnaître les progrès réalisés par les Parties
à la Convention d'Istanbul, tout en soulignant certains domaines
dans lesquels des améliorations sont nécessaires, tels qu'identifiés
par les organes de suivi de la Convention d'Istanbul (GREVIO et
le Comité des Parties) dans leur travail d'évaluation, ainsi que
par les organisations de la société civile qui jouent un rôle actif
et essentiel dans le soutien aux femmes victimes de violence.
14. J'ai également examiné les «nouvelles tendances» identifiées
par le GREVIO dans les 15 rapports d'évaluation par pays publiés
à ce jour dans le cadre de son premier cycle d'évaluation thématique,
consacré à la nécessité de renforcer la confiance des femmes victimes
de violence dans le système conçu pour les protéger et les soutenir,
et de leur offrir des voies de recours.
15. J'ai examiné les lacunes dans les données sur la violence
à l'égard des femmes fondée sur le genre et la violence domestique
au niveau national, y compris les conclusions du GREVIO et les résultats
de l’enquête de l'Union européenne, publiée en novembre 2024 par
l'Agence des droits fondamentaux (FRA), l’Institut européen pour
l’égalité entre les hommes et les femmes (EIGE) et Eurostat
.
J'ai également pris note du rapport publié par la FRA et l'EIGE
le 3 mars 2026, mentionné à la fin du chapitre précédent.
16. En outre, j'ai décidé de présenter les bonnes pratiques et
de signaler les domaines dans lesquels l'expérience a montré que
des efforts supplémentaires sont nécessaires pour améliorer la mise
en œuvre de cette importante convention au niveau national afin
d'accroître son impact.
17. Le présent rapport couvre les travaux menés par le Conseil
de l'Europe en vue de l'élaboration de la recommandation du Comité
des Ministres sur l’obligation de rendre des comptes en matière
de violence à l'égard des femmes et des filles facilitée par la
technologie
, adoptée
en le 4 mars 2026. Cette norme juridique est très opportune et nécessaire
pour mieux lutter contre les manifestations numériques croissantes
de la violence à l'égard des femmes fondée sur le genre, y compris
celles fondées sur l'intelligence artificielle.
3. Méthodes de travail
18. La précédente rapporteure désignée
pour le présent rapport, Mme Etilda Gjonaj
(Albanie, SOC), a organisé une audition le 30 septembre 2024, à
laquelle ont participé la présidente du GREVIO et le premier vice-président
du Comité des Parties à la Convention d'Istanbul. Elle a organisé
une deuxième audition, qui s'est tenue le 25 juin 2025, afin de
recueillir les points de vue des organisations de la société civile
concernées sur l'impact et l'expérience de la mise en œuvre de la
Convention d'Istanbul, afin de tirer les enseignements de cette
expérience. J'ai bien sûr tenu compte des informations et des points
de vue précieux qui ont été partagés lors de ces auditions.
19. Mme Gjonaj a également effectué
une visite d'information en Autriche les 16 et 17 décembre 2024,
afin d'étudier l'expérience de ce pays dans le cadre d'une étude
de cas pour le présent rapport, l'Autriche ayant été l'un des tout
premiers pays à ratifier la Convention d'Istanbul et ayant fait
l'objet de deux évaluations par le GREVIO. Cette visite a permis
de recueillir des informations précieuses et des recommandations
pertinentes auprès des autorités nationales, des parlementaires
et des organisations de la société civile qui œuvrent à la prévention
de la violence à l'égard des femmes et à la protection des victimes
et qui travaillent avec les auteurs de ces violences.
20. Après ma désignation en tant que rapporteure, le 3 décembre
2025, j'ai continué à mettre à jour les informations pertinentes
pour le présent rapport, notamment en ce qui concerne le consentement
dans le cadre des violences sexuelles à l'égard des femmes, car
je suis également rapporteure sur cette question et les deux rapports
ont été élaborés simultanément, en vue d'un débat conjoint durant
la partie de session d’avril 2026.
4. Progrès réalisés dans la mise en œuvre de la Convention d'Istanbul: des développements prometteurs
21. Depuis l'entrée en vigueur
de la Convention d'Istanbul, en août 2014, l'une des principales
conclusions récurrentes des organes de suivi de la convention (le
GREVIO et le Comité des Parties) est la nécessité d'intensifier
les efforts pour reconnaître le lien structurel entre l'inégalité
de genre et la violence à l'égard des femmes, ainsi que de prendre
davantage de mesures au niveau politique. Une volonté politique
constante est essentielle pour parvenir à une mise en œuvre efficace
de la convention, même si la convention a apporté de réels changements
au fil des ans.
22. Le
1er rapport général sur les activités du GREVIO, publié en 2020 et couvrant la période de juin 2015 à
mai 2019, indiquait déjà que la convention avait «un impact tangible
et positif», illustré par la manière dont elle avait propulsé la
violence fondée sur le genre au premier plan du débat public et
sensibilisé les victimes et la société à la nécessité urgente de
la combattre. Cinq ans après l'entrée en vigueur de la convention,
le GREVIO a réfléchi à l'introduction de normes législatives et
politiques plus strictes au niveau national. Le GREVIO a également
indiqué que la convention était «extrêmement bien perçue par les
organisations de femmes, les associations de victimes et les autorités
étatiques».
23. En 2022, le Conseil de l'Europe a publié une «Analyse
horizontale à mi-parcours des rapports d’évaluation de référence du GREVIO» visant
à donner une vue d'ensemble des défis identifiés par le GREVIO dans
ses 17 premiers rapports d'évaluation par pays, qui fournissent
une analyse complète du niveau de conformité des Parties à la convention.
Cette analyse a permis d'identifier les pratiques prometteuses ainsi
que les lacunes et les défis rencontrés par ces Parties, en ce qui
concerne chaque article de la convention. Il a servi à dresser un
bilan et à lancer un «appel à l'action», tant pour les Parties qui
avaient été évaluées que pour celles qui attendaient d'être évaluées
par le GREVIO. L’analyse a montré les progrès réalisés par les Parties à
la convention, avec des exemples positifs qui pourraient servir
d'inspiration à d'autres. Le secrétariat du GREVIO prépare actuellement
une version mise à jour de cette analyse horizontale, afin de couvrir
les rapports d'évaluation par pays publiés dans le cadre de la procédure
d'évaluation de référence.
24. Au fil des ans, le secrétariat de la Convention d'Istanbul
et ses mécanismes de suivi ont publié une série de documents afin
de fournir des orientations aux Parties concernant la mise en œuvre
de certaines dispositions de la convention. Ces publications expliquent
le contenu de chaque obligation pertinente pour les Parties et donnent
des exemples de la manière dont elles sont mises en œuvre. Elles
sont toutes
disponibles en ligne et traitent des questions suivantes: assurer une mise
en œuvre non discriminatoire des mesures contre la violence à l'égard
des femmes et la violence domestique (article 4.3); mettre en place
des organes de coordination chargés des politiques contre la violence
à l'égard des femmes (article 10); assurer la collecte de données
et la recherche (article 11); prévenir la violence à l'égard des
femmes (article 12); sensibiliser à la violence à l'égard des femmes
(article 13); prévenir la violence à l'égard des femmes par l'éducation
formelle et informelle (article 14); mettre en place des programmes
à l’intention des auteurs de violences domestiques et sexuelles
(article 16); encourager la participation du secteur privé et des
médias à la prévention de la violence à l'égard des femmes et de
la violence domestique (article 17); les ordonnances d'urgence d'interdiction
dans les cas de violence domestique (article 52); et les demandes
d'asile fondées sur le genre et le non-refoulement (articles 60
et 61). Un document sur la mise en œuvre de l'article 25 de la convention,
en ce qui concerne la création de centres d'aide aux victimes de
viol, devrait être publié en 2026.
25. Les rapports d'évaluation par pays publiés par le GREVIO
soulignent
un certain nombre de domaines dans lesquels des progrès visibles
et des développements prometteurs ont été réalisés dans la mise
en œuvre de la convention au niveau national. Ceux-ci concernent
les différents piliers de la prévention, la protection des victimes,
la poursuite des auteurs et les politiques globales coordonnées,
notamment
:
- l'adoption de nouvelles politiques nationales, notamment des plans d'action nationaux, qui abordent la violence à l'égard des femmes de manière globale, sur la base de l'approche, des définitions et des obligations contenues dans la Convention d'Istanbul;
- l'introduction d’infractions pénales spécifiques, ou la modification de celles existantes, pour poursuivre plus adéquatement le harcèlement, le harcèlement sexuel, le mariage forcé, les mutilations génitales féminines, l’avortement forcé et la stérilisation forcée;
- l’amendement des cadres juridiques sur les violences sexuelles, pour qu’ils soient basés sur l'absence de consentement libre à un acte sexuel, ce qui permet de poursuivre des cas de violence qui n’étaient pas criminalisés en vertu de la législation antérieure, qui exigeait la preuve de l'usage de la force ou de la menace par l'auteur;
- l'élargissement de la gamme des services de soutien disponibles pour les femmes victimes de violence, tels que la création ou l'amélioration de l'accessibilité des lignes d'assistance téléphonique nationales, le déploiement de nouveaux services de soutien pour les victimes de violence sexuelle, ainsi que l'augmentation du financement des services de soutien spécialisés, y compris les refuges;
- l'adoption de nouvelles mesures interdisant aux auteurs de violence d'approcher les victimes, y compris de nouvelles lois sur les ordonnances d'urgence d'interdiction permettant aux forces de l’ordre d’ordonner aux auteurs de violences domestiques de quitter temporairement le domicile partagé avec la victime; des lois permettant la mise en place d’ordonnances de protection de plus long terme pour les victimes de violence domestique, de mariage forcé ou d’autres formes de violence; ainsi que la surveillance de ces mesures de protection au moyen d’appareils électroniques;
- la nomination d'unités spécialisées au sein des forces de l'ordre, ainsi que du personnel spécialisé parmi les procureur·es et les juges chargés d'enquêter et de poursuivre les affaires de violence domestique ou de violence sexuelle;
- le renforcement de la collecte de données sur les cas de violence à l'égard des femmes, y compris dans le domaine de la justice pénale, en harmonisant et en fournissant des données comparables provenant des forces de l'ordre, des procureur·es et de l’appareil judiciaire;
- dans le domaine de l'éducation, les changements législatifs et politiques ont conduit à modifier des programmes scolaires et universitaires pour y inclure la promotion de l'égalité entre les femmes et les hommes et la prévention de la violence à l'égard des femmes et des filles.
26. Lors de l'audition avec des ONG organisée en juin 2025,
celles-ci ont indiqué que la mise
en œuvre de la Convention d'Istanbul avait entraîné des évolutions
législatives et politiques positives importantes dans ce domaine,
ainsi que des améliorations dans les services de soutien pour les
femmes victimes de violence fondée sur le genre. Elles ont souligné
que le principal résultat de la convention a été la rapidité des changements
et des progrès au niveau national pour prévenir et combattre la
violence à l'égard des femmes et la violence domestique, notamment
grâce à davantage de lois et de politiques, plus efficaces, à la
création d'organismes nationaux de coordination et à l'adoption
de mesures de protection supplémentaires pour les victimes.
27. Il convient de souligner que la majorité des services de soutien
aux femmes victimes de violence fondée sur le genre et de violences
domestiques disponibles dans de nombreux Etats Parties sont gérés
par des ONG ou des organisations de la société civile. En outre,
l'obligation juridique pour les Parties de reconnaître et de soutenir
les ONG a conduit à une participation plus formelle de ces dernières
à l'élaboration des politiques visant à prévenir et à combattre
la violence à l'égard des femmes. Les ONG et les défenseurs et défenseuses des
droits des femmes sont également des sources d'information importantes
pour le suivi de la mise en œuvre de la Convention d'Istanbul, car
ils soumettent fréquemment des «rapports parallèles» et des contributions
au GREVIO.
28. L'un des effets positifs et déterminants de la Convention
d'Istanbul et de sa mise en œuvre réside dans la complémentarité
et la relation de renforcement mutuel entre cette convention et
la Convention européenne des droits de l'homme (STE no 5).
Les deux traités sont étroitement liés, car la Convention d'Istanbul
a été rédigée en tenant compte de la jurisprudence antérieure de
la Cour européenne des droits de l'homme et, dès son entrée en vigueur,
la Convention d'Istanbul et les conclusions du GREVIO ont commencé
à influencer les décisions de la Cour. Cela revêt un intérêt particulier,
car la jurisprudence de la Cour et son interprétation de la Convention
européenne des droits de l’homme par la Cour s'appliquent à tous
les États membres du Conseil de l'Europe.
29. La Cour européenne des droits de l'homme a considérablement
fait progresser sa jurisprudence en matière de violence fondée sur
le genre, en particulier en ce qui concerne la violence domestique
et le viol, car elle interprète les dispositions de la Convention
européenne des droits de l’homme à la lumière de la mise en œuvre
par les États des normes de la Convention d'Istanbul, telle que
reflétée dans les rapports d'évaluation du GREVIO. Grâce à leurs
interprétations faisant autorité, la Cour et le GREVIO sont des
moteurs essentiels de la promotion de la protection des droits des
femmes dans toute l'Europe. Au fil des ans, la Cour a accordé une
attention croissante à la nécessité de protéger les droits des femmes
victimes de violence et de violence domestique, en se concentrant
sur des questions telles que le consentement, la victimisation secondaire
et l'intersectionnalité, lorsqu'elle traite des obligations positives
découlant des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits
de l’homme. La jurisprudence pertinente de la Cour figure dans ses
fiches d'information sur la
violence à l'égard des femmes et la
violence domestique.
5. Défis liés à la mise en œuvre de la Convention d’Istanbul
30. L'Analyse horizontale à mi-parcours
de 2022, qui a analysé et examiné les 17 premiers rapports d'évaluation
du GREVIO, mentionnés au paragraphe 23 ci-dessus, a indiqué que
le chemin menant à la mise en œuvre complète de la Convention d'Istanbul
est semé d'embûches, mais que celles-ci peuvent être surmontées
grâce à un engagement politique soutenu. La plupart d'entre elles
sont présentées ci-dessous.
31. Les organes de suivi de la Convention d'Istanbul ont identifié
des domaines dans lesquels des améliorations sont nécessaires. L'une
des lacunes les plus préoccupantes dans la mise en œuvre de la Convention
d'Istanbul, qui est essentielle car elle est au cœur de sa raison
d'être, est l'absence d'une perspective sensible au genre dans les
politiques et les lois visant à lutter contre la violence à l'égard
des femmes et la violence domestique. Le GREVIO a critiqué l'approche
neutre du point de vue du genre des lois et politiques nationales
relatives à la violence à l'égard des femmes, soulignant qu'«une
telle approche néglige le fait que le genre constitue le motif principal
de cette violence et que, par conséquent, les politiques et les mesures
qui sont neutres du point de vue du genre ne répondent pas efficacement
aux expériences spécifiques des femmes et des filles»
.
32. Un aspect important de cette préoccupation souligné par le
GREVIO est le changement juridique et politique intervenu dans certains
pays ayant une forte tradition de promotion de l'égalité de genre
et de lutte contre la violence à l'égard des femmes, qui sont passés
d'une perspective fortement axée sur le genre à une approche strictement
neutre, où les hommes et les femmes sont considérés comme des auteurs
et autrices et des victimes de violence. Le GREVIO a souligné que
cette approche soulève des inquiétudes, car ces politiques ne reconnaissent
pas que la violence à l'égard des femmes est à la fois une cause
et une conséquence de l'inégalité entre les femmes et les hommes,
et une forme de violence fondée sur le genre.
33. Les ONG qui ont participé à l'audition organisée en juin 2025
ont confirmé la multiplication des politiques neutres du point de
vue du genre visant à lutter contre la violence à l'égard des femmes
dans toute l'Europe. Les services publics qui adoptent une approche
neutre du point de vue du genre, par exemple en répondant aux besoins
des femmes et des hommes victimes de violence, ne comprennent pas
les dynamiques genrées de la violence et perpétuent les désavantages
systémiques auxquels les femmes sont confrontées. Ces politiques
masquent davantage la diversité des expériences et des besoins des
femmes victimes de violence, en particulier celles des femmes et
des filles issues des minorités, et menacent les services réservés
aux femmes.
34. Voici quelques-unes des principales lacunes identifiées par
le GREVIO dans la mise en œuvre de la convention par les Parties
:
- l'absence de mesures globales visant à lutter contre toutes les formes de violence à l'égard des femmes couvertes par la Convention d'Istanbul, au-delà de la violence domestique;
- l'insuffisance des ressources financières et humaines allouées à la mise en œuvre de politiques, de mesures et de programmes intégrés visant à prévenir et à combattre toutes les formes de violence couvertes par la convention, ce qui témoigne d'un engagement limité en faveur de la mise en œuvre d'une approche globale et coordonnée de la prévention et de la lutte contre la violence à l'égard des femmes;
- la portée, la répartition géographique et le financement limités des services de soutien spécialisés pour les femmes victimes de violence, notamment les refuges et autres services gérés par des ONG de défense des droits des femmes;
- les obstacles physiques, de communication, culturels et/ou administratifs à l'accès à la protection, au soutien et à la justice auxquels sont confrontées les femmes à risque de discrimination multiple et intersectionnelle, en particulier les femmes en situation de handicap, les femmes roms et les femmes du voyage, les femmes migrantes, réfugiées ou demandeuses d'asile, les femmes lesbiennes, bisexuelles et queer (LBQ), les femmes en situation d'addiction, les femmes prostituées, les femmes âgées, les femmes vivant en milieu rural, les femmes issues de minorités ethniques ou nationales;
- l'absence de formation systématique de tous les professionnels concernés sur la prévention et à la détection de la violence à l'égard des femmes, ainsi que sur les besoins et les droits des victimes;
- lacunes concernant la formation obligatoire des juges et des procureurs sur la dynamique de la violence à l'égard des femmes et de la violence domestique;
- lacunes dans la collecte de données administratives et judiciaires comparables, ventilées par sexe et couvrant toutes les formes de violence à l'égard des femmes;
- absence d'enregistrement systématique de tous les signalements de violence à l'égard des femmes et ses raisons;
- absence de mise en œuvre effective des ordonnances de protection et leur indisponibilité pour toutes les femmes victimes de violence, indépendamment des procédures judiciaires connexes;
- absence de recherches sur les raisons du faible taux de poursuites et de condamnations dans les affaires de violence à l'égard des femmes;
- le fait que le contexte de la violence domestique n'est pas dûment pris en compte dans les décisions rendues en matière de droit familial dans les cas de séparation des parents, en ce qui concerne la garde des enfants et les droits de visite;
- lacunes dans les mesures de prévention par le biais d'activités d'éducation et de sensibilisation.
35. Les ONG qui ont participé à l'audition tenue en juin 2025
ont évoqué certaines des questions pour lesquelles des progrès supplémentaires
sont nécessaires, notamment celles énumérées dans le paragraphe précédent,
et les défis suivants dans la mise en œuvre de la convention par
les Parties:
- la prévalence élevée de la violence à l'égard des femmes, y compris une escalade de la violence en ligne à l'égard des femmes fondée sur le genre et facilitée par la technologie;
- une «crise de l'impunité», étant donné que seul un viol sur 200 dans l’Union européenne aboutit à une condamnation;
- le besoin urgent d'investir dans la prévention primaire afin de s'attaquer aux causes profondes de la violence à l'égard des femmes;
- l'absence de ratification globale de la Convention d'Istanbul en Europe;
- les attaques croissantes contre la convention dans le cadre des réactions hostiles contre les droits des femmes au niveau mondial – propagation de la désinformation et de la propagande contre la Convention d'Istanbul, notamment par certaines Églises et certains groupes religieux;
- la réduction de l'espace accordé aux ONG qui œuvrent pour la protection des droits des femmes, ainsi que le contrôle accru exercés sur les organisations de la société civile;
- les coupes dans certains services publics destinés aux victimes, résultant de réductions des budgets publics, parallèlement à un transfert des dépenses publiques vers les questions de défense et de sécurité;
- la réduction du financement des ONG, y compris le sous-financement ou le retrait du financement des organisations spécialisées dans la défense des droits des femmes qui soutiennent et aident les femmes victimes de violence;
- les lacunes dans la prise en compte des besoins et de la situation de toutes les femmes et filles victimes de violence dans toute leur diversité, notamment:
- les femmes en situation de handicap, qui ont besoin d'autres moyens que les lignes d'assistance téléphonique pour accéder aux services de soutien;
- les femmes qui fuient les zones de conflit, qui ont généralement peur de signaler les violences subies;
- les femmes en situation d'addiction, qui ont souvent des difficultés à accéder aux services de soutien;
- les problèmes systémiques rencontrés par les femmes victimes de violence pour accéder à la justice, notamment les obstacles au signalement, l'accessibilité des tribunaux et la victimisation secondaire dans les procédures judiciaires;
- les difficultés liées aux questions de preuve devant les tribunaux;
- l'utilisation du concept de «syndrome d'aliénation parentale» et d'autres concepts similaires, qui continuent d'être fréquemment appliqués, et qui démontrent qu’il y a une déconnexion entre les tribunaux pénaux et les tribunaux familiaux, mettant en danger la sécurité des enfants et de leurs mères et rendant invisible la violence à l'égard des femmes. Cette situation est aggravée par les stéréotypes sexistes à l'égard des mères et le manque de formation en matière de séparation, de droits de garde et de visite, des juges et des experts nommés par les tribunaux et dont les conseils sont généralement suivis par les tribunaux.
36. En ce qui concerne les informations fournies par le Forum
européen des personnes handicapées, il convient de souligner que
les femmes en situation de handicap sont deux à cinq fois plus susceptibles
de subir des violences que les autres femmes. D'autres données pertinentes
indiquent que 34 % des femmes ayant des problèmes de santé ou un
handicap ont subi des violences physiques ou sexuelles de la part
d'un partenaire et que 61 % des femmes ayant des problèmes de santé
ou un handicap ont été victimes de harcèlement sexuel à partir de
l'âge de 15 ans (contre 54 % des femmes sans handicap). Il existe
des obstacles particuliers au signalement des violences fondées
sur le genre par les femmes et les filles en situation de handicap,
qui ont besoin que la discrimination multiple et intersectionnelle
dont elles sont victimes soit traitée, y compris en ce qui concerne
les violences fondées sur le genre qui les touchent.
37. Le Forum européen des personnes handicapées s’est félicité
de l'inclusion par le GREVIO des femmes et des filles en situation
de handicap dans ses rapports de suivi par pays, ainsi que de la Résolution 2514 (2023) de l'Assemblée «La prévention et la lutte contre la
violence à l’égard des femmes en situation de handicap». Il est
essentiel que les organisations de personnes en situation de handicap
soient impliquées et contribuent à l'évaluation de la mise en œuvre
de la Convention d'Istanbul.
5.1. Préoccupations sur la mise en œuvre de la convention en ce qui concerne le rôle des organisations de la société civile
38. Si la mise en œuvre de la Convention
d'Istanbul nécessite l'engagement et l'action des autorités, elle prévoit
également un rôle important pour les organisations de défense des
droits des femmes. Cependant, ces dernières années, le GREVIO a
constaté une tendance croissante et préoccupante qui affecte l'environnement dans
lequel ces organisations de défense des droits des femmes opèrent,
notamment une réduction des possibilités de financement, un manque
d'accessibilité au financement pour certaines ONG et une concurrence avec
des organisations non spécialisées et à but lucratif dans la prestation
de services de soutien aux femmes victimes de violence fondée sur
le genre.
39. Le 6e
rapport général sur les activités du GREVIO, couvrant l'année 2024 et publié en mai 2025, comprend
une «section thématique» qui traite de la réduction de l'espace
accordé aux défenseurs et défenseuses des droits des femmes. Cette
section fait le point sur les conclusions du GREVIO dans ses 36 rapports
d'évaluation de référence, dans lesquels il a noté «des degrés de
reconnaissance et de partenariat variables, le niveau de participation
des ONG à l'élaboration des lois, leur soutien et leur reconnaissance
ainsi que leurs possibilités de financement pouvant être très développés
comme réduits au minimum». Le rapport souligne que ces variations
n'existent pas seulement entre les Parties à la convention, mais
souvent aussi au sein d'un même pays, «car les fonds alloués aux
ONG et les priorités en matière d’offre de services aux victimes
relèvent souvent de la compétence des collectivités locales et des
municipalités». Le sous-financement des ONG qui fournissent des
services de soutien aux victimes de violences fondées sur le genre est
également préoccupant, car un financement trop axé sur le court
terme ne permet pas une planification et une viabilité à long terme,
ni la fidélisation du personnel.
40. Le GREVIO a également constaté que les ONG qui fournissent
des services de soutien aux femmes et aux filles issues de communautés
spécifiques, telles que les femmes migrantes, ou qui s'occupent
de formes spécifiques de violence à l’égard des femmes fondée sur
le genre, telles que la violence «liée à l'honneur», les mariages
forcés ou les mutilations génitales féminines, rencontrent des difficultés
lorsqu'elles cherchent à établir des partenariats avec les autorités
ou à accéder à des financements publics. Les obstacles structurels et
la complexité bureaucratique des possibilités de financement les
empêchent souvent de rivaliser avec des entités non spécialisées
qui n'ont pas l'expérience des organisations locales ou communautaires.
Le GREVIO a également constaté que les procédures d'appel d'offres
ou les systèmes d'octroi de licences ajoutent des couches de bureaucratie
et rendent difficile pour les services de soutien spécialisés destinés
aux femmes victimes de violence de rivaliser avec les grandes organisations
non spécialisées. Il est important de garantir le financement de
services de soutien spécialisés et de haute qualité pour toutes
les formes de violence à l'égard des femmes, qui placent les droits
et les besoins des femmes victimes au centre de leurs préoccupations.
41. Les ONG qui fournissent des services de soutien aux femmes
victimes de violence signalent, dans de nombreux pays, une réduction
du financement et l'exclusion des services spécialisés pour les
femmes des processus politiques, souvent sous prétexte d'«inclusivité
et d'égalité», ce qui menace la fiabilité et l'expertise offertes
par ces services. Les organisations spécialisées de la société civile
qui travaillent sur le terrain constatent que les ressources publiques
accrues sont détournées vers des services neutres en matière de genre,
qui ne disposent pas d'une expertise spécifique en matière de genre
mais sont en concurrence pour les mêmes possibilités de financement.
Des recherches montrent en outre que les discours neutres en matière
de genre sont aggravés par des réactions hostiles organisées et
des campagnes conservatrices qui visent à démanteler les progrès
mondiaux en matière de droits des femmes, notamment la prévention
et la lutte contre la violence à l'égard des femmes fondée sur le
genre.
42. Dans sa Résolution
2554 (2024) «Protéger les défenseuses des droits humains en Europe», l’Assemblée a appelé les États membres du Conseil
de l'Europe à reconnaître publiquement le rôle et la contribution
des défenseuses des droits humains, dans toute leur diversité, et
à soutenir leur participation aux processus législatifs, à l'élaboration
des politiques et à la prise de décision sur les questions qui les
concernent. La montée du populisme et de la misogynie, des mouvements
anti-égalité de genre et anti-droits, en Europe et au-delà, a un
impact négatif sur le travail des organisations de défense des droits
des femmes. Il est donc essentiel de lutter contre la désinformation
concernant les droits des femmes et les organisations qui les soutiennent,
et d'assurer la sécurité des défenseuses des droits humains, en
ligne et hors ligne. L'Assemblée a rappelé la responsabilité qui
incombe aux États de créer un environnement favorable aux défenseuses
des droits des femmes et d'assurer leur protection, en vertu des
obligations internationales.
5.2. Autres domaines clés préoccupants concernant la mise en œuvre de la convention
43. En 2025, le Secrétariat de
la Convention d'Istanbul a publié une compilation
des «sections thématiques» extraites des cinq premiers rapports d'activité généraux
du GREVIO, couvrant la période de 2015 à 2023. Ces rapports ne sont
pas seulement un registre ou une compilation d'activités, car ils
présentent dix années d'action au niveau national, y compris les
progrès réalisés et les revers essuyés. Le premier
rapport général sur les activités du GREVIO, publié en 2020, comprenait une section sur les «premières
tendances et difficultés se dégageant du suivi par pays», qui identifiait
déjà certaines lacunes mentionnées plus haut dans cette section, telles
que:
- l'approche non sensible à la dimension de genre des dispositions juridiques et des documents stratégiques, qui ne reconnaît pas la violence domestique comme un mécanisme social permettant de maintenir les femmes dans une position de subordination par rapport aux hommes;
- le financement insuffisant pour la mise en œuvre des politiques intégrées et des mesures visant à prévenir et à combattre toutes les formes de violence couvertes par la convention;
- les plans d'action nationaux qui ne tiennent pas toujours compte de toutes les formes de violence à l'égard des femmes ou qui accordent un degré de priorité plus élevé à certaines formes de violence, ce qui se traduit par un cloisonnement des approches et empêche la mise en œuvre globale de la convention;
- le mandat limité et les pouvoirs insuffisants de certains organes nationaux de coordination, tandis que d'autres ont du mal à réaliser leurs objectifs faute de ressources financières et humaines suffisantes et/ou dédiées;
- les ONG concernées ne sont pas systématiquement associées à l’élaboration et à la coordination des politiques, contrairement aux exigences de la convention;
- la collecte de données est insuffisante; le pouvoir judiciaire, la police, les services de protection sociale et les services de soins de santé doivent disposer de systèmes de données qui, au minimum, recueillent des données sur les victimes et les auteurs qui soient ventilées selon par sexe, âge, type de violence, relation entre la victime et l’auteur et localisation géographique. Les informations enregistrées devraient également porter sur les taux de condamnation des auteurs de toutes les formes de violence à l'égard des femmes;
- le nombre de services de soutien spécialisés pour les victimes de violence à l'égard des femmes reste insuffisant et leur financement extrêmement irrégulier. Les services de conseil et les refuges pour les victimes de violence domestique sont plus accessibles, tandis que les services de soutien spécialisés tiennent compte des différentes formes de violence sexuelle sont souvent insuffisants;
- des lacunes ont également été relevées de manière constante dans la protection offerte aux femmes victimes de violence domestique et à leurs enfants, notamment lors de la détermination des droits de garde et de visite, ainsi qu'en ce qui concerne l'interdiction de la médiation obligatoire, particulièrement dans les procédures civiles;
- l’absence de mise en œuvre adéquate des cadres juridiques prévoyant des mesures de protection et/ou des ordonnances de protection, ainsi que l'application insuffisante de ces ordonnances par les autorités compétentes;
- lacunes dans la mise en œuvre non discriminatoire des dispositions de la convention, notamment l'absence de mesures effectives tenant compte des besoins des femmes victimes de violence issues de groupes exposés à une discrimination multiple et intersectionnelle (les femmes en situation de handicap, les femmes roms et les femmes du voyage, les femmes migrantes, réfugiées ou demandeuses d'asile, les femmes lesbiennes, bisexuelles et queer (LBQ), les femmes en situation d'addiction, les femmes prostituées, les femmes âgées, les femmes vivant en milieu rural, les femmes issues de minorités ethniques ou nationales), qui sont souvent confrontées à des obstacles spécifiques en ce qui concerne l'application de la convention, y compris dans leur accès à la protection et à l'assistance;
- les difficultés rencontrées par les États parties pour garantir des procédures de détermination du droit d'asile et des structures d'accueil sensibles au genre, conformément à la convention.
44. Le choix des thèmes abordés dans les rapports annuels ultérieurs
du GREVIO donne un bon aperçu des domaines particulièrement importants
et difficiles de la Convention d'Istanbul, dans lesquels des progrès supplémentaires
sont nécessaires, tels que:
- l'importance des services de soutien spécialisés en tant que bouée de sauvetage pour les femmes victimes de violence: leur accessibilité et leur bon fonctionnement nécessitent des investissements importants et un sentiment d'urgence;
- la garde des enfants et les droits de visite dans un contexte de violence fondée sur le genre: il est urgent de tenir compte efficacement du contexte de violence domestique dans les décisions rendues en matière de droit familial en cas de séparation des parents, en ce qui concerne la garde des enfants et les droits de visite, ainsi que pour assurer la sécurité des femmes victimes et de leurs enfants. Le GREVIO a mis en garde contre les représentations des femmes comme hostiles, peu coopératives et aliénantes, souvent motivées par des concepts pseudo-scientifiques, qui peuvent être utilisées pour minimiser les preuves de violence domestique dans les procédures civiles. Les tribunaux nationaux continuent de faire référence à l’«aliénation parentale» ou à des concepts similaires, que le GREVIO et d'autres ont réfutés comme étant dépourvus de fondement scientifique;
- l'application d'une définition de la violence sexuelle fondée sur le consentement: les enquêtes et les poursuites judiciaires relatives aux violences sexuelles à l'égard des femmes se heurtent à de nombreux obstacles, qui expliquent le faible taux de condamnations. Les systèmes judiciaires doivent connaître et reconnaître le large éventail de réactions comportementales des victimes de violences sexuelles et de viol, y compris les réactions telles que la paralysie. Les centres d'aide aux victimes de viol et de violences sexuelles jouent un rôle essentiel dans le soutien aux femmes victimes et la conservation des preuves;
- les lacunes dans l'évaluation et la gestion des risques: ces mesures doivent être mises en œuvre de manière systématique et déboucher sur des plans de sécurité pour les victimes. Elles doivent toujours être exhaustives, fiables et continues, sans quoi les victimes pourraient être induites en erreur et exposées à des risques accrus. Les outils d'évaluation des risques devraient être examinés périodiquement, et tous les cas de meurtres ou de tentatives de meurtres de femmes fondés sur le genre devraient être analysés.
45. En ce qui concerne la question des définitions du viol fondées
sur le consentement, je voudrais me référer au rapport de l'Assemblée
intitulé «Vers une culture du consentement»
, que j'ai préparé. À cet égard, il
est essentiel de dispenser une éducation complète à la sexualité
dans les écoles, y compris sur le concept de consentement et ses
manifestations. Cela est conforme à la Convention d'Istanbul, et
le GREVIO a souligné l'importance particulière d'une éducation complète
à la sexualité pour enseigner la violence à l'égard des femmes et
des filles, notamment en ce qui concerne l'intégrité personnelle
et la notion selon laquelle la violence sexuelle est définie par
l'absence de consentement librement donné. La «section thématique»
du 4e
rapport général sur les activités du GREVIO analyse les approches adoptées par les Parties en matière
de criminalisation et de poursuite des violences sexuelles, y compris
le viol. De nombreux pays ont déjà abandonné – ou sont en train
d'abandonner – les définitions des crimes sexuels fondées sur l’utilisation
de la force, alignant leurs lois sur la Convention d'Istanbul afin
de criminaliser les actes sexuels non consentis.
46. L'Assemblée a déjà appelé à cette éducation au consentement
dans sa Résolution 2614
(2025) «Les droits des femmes en Europe – Avancées et défis»
et la Résolution 2629
(2025) «Violences sexuelles à l'encontre des hommes et des
garçons». Un projet de recommandation du Comité des ministres «sur
la protection des enfants contre la violence grâce à une éducation
complète à la sexualité et adaptée à l’âge» est actuellement en
cours d'élaboration et devrait être achevé en 2026.
47. Une lacune importante dans la mise en œuvre de la convention,
régulièrement soulignée par le GREVIO, réside dans la nécessité
pour les Parties de prendre des mesures supplémentaires afin de
garantir une formation adéquate des professionnels, notamment: (i)
une formation obligatoire pour les juges et les procureurs sur la
dynamique de la violence à l'égard des femmes et de la violence
domestique, et (ii) la formation initiale et continue sur toutes
les formes de violence à l'égard des femmes pour tous le personnel professionnel
en contact avec les victimes et les auteurs de violence fondée sur
le genre. L'absence de formation obligatoire pour les juges et les
procureur·es est l'une des raisons du faible taux de condamnation pour
violence à l'égard des femmes fondée sur le genre et contribue à
la victimisation secondaire généralisée des femmes victimes de violence
au cours des procédures judiciaires. Cette situation a un impact
négatif considérable sur la confiance des victimes dans le système
judiciaire, qui est censé les protéger.
48. Une autre lacune généralisée dans la mise en œuvre de la convention
est le caractère incomplet de la collecte de données et le manque
de recherches pertinentes. Les données et les recherches sur la
violence à l’égard des femmes fondée sur le genre, et la violence
domestique au niveau national restent incomplètes, ce qui prive
les décideurs politiques des éléments nécessaires pour élaborer
des lois et des politiques, identifier les lacunes et évaluer et
mesurer les progrès réalisés dans la mise en œuvre des mesures existantes.
Toutes les Parties ne disposent pas de systèmes de collecte de données
ventilées par sexe, âge, type de violence, relation entre la victime
et l’auteur et localisation géographique. De plus, les systèmes
de collecte de données varient souvent d'un organisme public à l'autre
et ne sont pas harmonisés, ce qui empêche une «approche globale
des cas», en particulier dans le secteur de la justice pénale.
49. Les formes nouvelles et émergentes de violence à l'égard des
femmes doivent faire l'objet d'une attention accrue, telles que
la violence à l'égard des femmes facilitée par la technologie, notamment
par l'utilisation de systèmes d'intelligence artificielle. La Recommandation
CM/Rec(2026)2 du Comité des Ministres sur l’obligation de rendre
des comptes en matière de violence à l’égard des femmes et des filles facilitée
par la technologie et son exposé des motifs fournissent des orientations aux États membres du Conseil de
l'Europe pour lutter contre cette forme de violence fondée sur le
genre, de plus en plus répandue.
50. Une forme de violence qui touche aussi bien les enfants que
les femmes et qui mérite une attention accrue est la violence vicariante:
il s'agit de la violence dirigée contre les enfants dans l'intention
de causer une souffrance psychologique à leur mère, afin que l'agresseur
puisse continuer à perpétuer la violence à l'égard de la mère à
travers la souffrance de ses enfants. Les femmes qui ont subi des
violences fondées sur le genre, y compris la violence domestique,
sont souvent confrontées à la violence vicariante. Malgré sa prévalence,
la violence vicariante n'est souvent pas identifiée comme telle
par les femmes victimes de violence, en raison de sa reconnaissance
sociale encore balbutiante.
6. «Nouvelles tendances» identifiées par le GREVIO dans son premier cycle d'évaluation thématique
51. En examinant les 15
rapports d'évaluation thématiques publiés par le GREVIO dans le cadre du
premier cycle d'évaluation thématique, qui met l'accent sur «Établir un climat de confiance
en apportant soutien, protection et justice», il est intéressant
de noter le contenu d'une nouvelle section qui a été ajoutée aux
rapports du GREVIO et qui traite des «nouvelles tendances» observées
au cours de la procédure d'évaluation par pays. La liste des questions
et des thèmes qui ressort des 15 rapports du GREVIO illustre à la
fois les nouvelles réalités auxquelles les Parties doivent faire
face, ainsi que les évolutions positives et les lacunes qui subsistent dans
la mise en œuvre de la Convention d'Istanbul.
52. Les 15 rapports d'évaluation publiés à ce jour dans le cadre
du premier cycle d'évaluation thématique mentionnent les questions
ci-dessous comme des «nouvelles tendances» observées dans plusieurs
pays et nécessitant des efforts supplémentaires:
- la dimension numérique de la violence à l'égard des femmes;
- l'augmentation de la consommation de pornographie violente chez les jeunes hommes et les garçons et niveaux élevés de violence sexuelle à l'égard des filles et des jeunes femmes qui y sont associés;
- les meurtres de femmes fondés sur le genre;
- les demandeuses d'asile et les migrantes victimes de violence à l'égard des femmes;
- la montée des discours s'opposant à la promotion de l'égalité de genre et niant la violence à l'égard des femmes;
- les attitudes patriarcales qui prévalent sur les droits et les besoins des femmes victimes de violence et de leurs enfants dans les procédures judiciaires relatives à la garde et au droit de visite, par l'application du concept de «harcèlement par défaut de collaboration»
.
53. D'autres tendances identifiées par le GREVIO dans certaines
Parties et soulignant la nécessité de poursuivre les efforts sont
les suivantes:
- la participation limitée des ONG à l'élaboration des politiques publiques et à la fourniture de services aux victimes;
- le rétrécissement de l'espace réservé aux organisations de défense des droits des femmes;
- le manque d'indépendance économique des femmes victimes de violence;
- l'introduction d'un système d'agrément pour les prestataires de services: contrôle de qualité ou obstacle?;
- l'institutionnalisation limitée des processus de gestion des cas et de coopération entre les différents organismes;
- les obstacles persistants et structurels à la prestation de soutien et à la justice pour les femmes roms victimes de violence;
- les femmes victimes de violence souffrant de troubles mentaux.
7. L'expérience de l'une des premières Parties à la Convention d'Istanbul: le cas de l'Autriche
54. Etilda Gjonaj, la rapporteure
précédente, a effectué une visite d'information de deux jours à
Vienne, les 16 et 17 décembre 2024, au cours de laquelle elle a
rencontré des représentant·es des ministères fédéraux autrichiens
de la Justice, de l'Intérieur, des Affaires sociales, de la Santé,
des Soins et de la Consommation, ainsi que de l'Éducation, des Sciences
et de la Recherche. Elle a également rencontré des représentant·es
de l'Agence fédérale pour les services d'accueil et de soutien,
de l'organe national de coordination de la Convention d'Istanbul
à la Chancellerie fédérale, et des membres de la Cour des comptes.
Mme Gjonaj a également tenu une audition
avec des membres de la commission de l'égalité et de la commission
de la justice du Conseil national autrichien. La visite d'information
comportait par ailleurs des réunions avec des représentant·es d'ONG
et d'organisations de la société civile.
55. Au cours des années de mise en œuvre de la Convention d'Istanbul
en Autriche, visant à prévenir et à combattre la violence à l'égard
des femmes et la violence domestique, certains exemples concrets
d'évolutions positives signalés par les principales parties prenantes
ont été mis en évidence: l'engagement du pays à mettre en œuvre
la Convention d'Istanbul; une meilleure connaissance du problème
par le grand public grâce à des campagnes; une plus grande sensibilisation
aux aides disponibles pour les victimes; une augmentation du nombre
d'appels aux lignes d'assistance téléphonique. Le travail mené avec
les auteurs de violences domestiques en Autriche a été salué comme
positif et bien financé, notamment le travail avec les jeunes délinquants
auteurs de violences sexuelles. La coopération entre les services
gouvernementaux et les ONG a également été citée comme une bonne
pratique.
56. Les organisations gouvernementales et non gouvernementales
ont reconnu l'importance de la Convention d'Istanbul en tant que
norme solide dotée d'un mécanisme de contrôle international fiable. L'évaluation
du GREVIO a eu pour effet concret la création d'une unité antiviolence
au sein de la police. L'une des leçons tirées est la prise de conscience
que la violence à l'égard des femmes est un problème social global qui
nécessite une action collective de la part de nombreuses autorités
et parties prenantes, car chacun a un rôle à jouer dans la prévention
et la lutte contre cette violence.
57. Parmi les préoccupations soulevées figurait le manque de financement
durable et à long terme des services de soutien aux victimes de
violences à l'égard des femmes fondées sur le genre, car de nombreuses organisations
qui viennent en aide aux victimes dépendent d'un financement annuel
par projet et opèrent dans un paysage très fragmenté de donateurs
et donatrices. Cela signifie que l'accès aux refuges n'est pas facile dans
certaines régions et dans les zones rurales. Un autre défi est la
collecte de données, car les données sur la violence sexuelle sont
apparemment très insuffisantes. Il est également nécessaire de collecter
des informations sur les féminicides séparément des meurtres et
des homicides, afin d'évaluer les tendances et d'élaborer des politiques
fondées sur des données probantes. Une autre question soulevée concerne l'augmentation
du nombre de plaintes pénales pour viol et harcèlement sexuel, alors
que le nombre de condamnations reste faible. Comme c'est le cas
dans d'autres Parties à la convention, il convient de s'attaquer aux
causes profondes de la violence à l'égard des femmes fondée sur
le genre et de répondre aux besoins de tous les groupes de femmes
victimes de violence, y compris les femmes en situation de handicap,
les migrantes et les demandeuses d'asile, les femmes âgées, etc.
8. Attaques contre la Convention d'Istanbul: lutter contre les réactions hostiles contre l'égalité de genre et des droits des femmes
58. Ces dernières années, des campagnes
de désinformation organisées et des idées fausses persistantes sur
la Convention d'Istanbul ont gagné en visibilité dans le discours
public et politique de certains pays, où certains partis politiques,
institutions religieuses et groupes ultra-conservateurs ont mené
un mouvement utilisant de faux récits sur la convention. Ces récits
présentent souvent la convention comme contraire aux valeurs familiales
traditionnelles, aux principes constitutionnels ou même à la souveraineté
nationale. Ils déforment également délibérément le concept de genre
inclus dans la convention. De telles affirmations vont à l'encontre
de l'objectif fondamental de la convention: prévenir et combattre
la violence à l'égard des femmes et la violence domestique, tout
en respectant les droits humains fondamentaux.
59. Ces mouvements anti-droits s'inscrivent dans un contexte de
recul général en matière d'égalité de genre et de droits des femmes
dans le monde, notamment dans le domaine de la santé et des droits
reproductifs, ainsi que dans la réduction des financements accordés
aux ONG et aux structures de soutien aux droits des femmes. En détournant
l'attention du phénomène de la violence à l'égard des femmes, de
ses causes profondes et des moyens de le combattre, ce discours
a gagné un certain soutien, ce qui a parfois entraîné un retard
ou un rejet de la ratification de la convention.
60. Ceux qui s'attaquent à la Convention d'Istanbul qualifient
souvent ce traité d'«idéologique», alors qu'il s'agit d'un traité
historique en matière de droits humains qui vise à prévenir la violence
à l'égard des femmes, à protéger les victimes et à punir les auteurs
de ces violences. Les campagnes de désinformation véhiculent souvent
le message selon lequel la protection des valeurs familiales est
plus importante, voire incompatible avec la lutte contre la violence
domestique, ce qui est certainement contradictoire et constitue
une attaque directe contre les femmes qui subissent cette violence.
Ces mouvements anti-droits et anti-égalité de genre ont donné lieu
à des débats politiques au niveau national proposant le retrait
de la convention, comme ce fut le cas en Lettonie à l'automne 2025
et, très récemment, en Géorgie
.
J'appelle toute Partie envisageant la possibilité de dénoncer la
Convention d'Istanbul sur la base de la désinformation à réfléchir
aux arguments avancés par la Commission de Venise dans son rapport
de 2022 et son avis de 2025, mentionnés dans les deux paragraphes
suivants, et à les appliquer.
61. L'avis
rendu le 15 décembre 2025 par la Commission de Venise sur le projet
de loi de la Lettonie sur le retrait de la Convention d'Istanbul indique clairement que les bénéficiaires directs des
traités internationaux relatifs aux droits humains ne sont pas les
États parties, mais les individus eux-mêmes. Par conséquent, le retrait
de traités tels que la Convention d'Istanbul «doit être soigneusement
justifié, conforme aux principes démocratiques et à l'État de droit».
La Commission de Venise a souligné que «plus un traité est important
pour les individus (par exemple, les traités relatifs aux droits
humains), plus la procédure de dénonciation doit être rigoureuse
et inclusive», ajoutant que «des considérations politiques, idéologiques,
économiques, sociales, culturelles et autres peuvent influencer
la décision d'un État de se retirer, mais ne constituent pas une justification
juridique indépendante».
62. La Commission de Venise avait déjà abordé ces questions dans
son rapport
de mars 2022 «sur les procédures nationales de ratification et de
dénonciation des traités internationaux», élaboré à la demande de l'Assemblée
à la suite du retrait
de la Türkiye de la Convention d'Istanbul en 2021. L'une des conclusions
de la Commission de Venise était qu'«Aucun État membre du Conseil
de l'Europe ne laisse l’élaboration de traités au seul pouvoir exécutif».
Le rapport présente une étude comparative et des arguments en faveur
de la participation des parlements à la dénonciation des conventions
du Conseil de l'Europe. L’Assemblée nationale de la Türkiye a adopté
une loi de ratification de la Convention d'Istanbul le 24 novembre
2011, qui a intégré la convention dans le droit interne, tandis
que le retrait a fait l'objet d'une décision présidentielle, sans
débat ni vote parlementaire.
63. Le
Nouveau Pacte Démocratique pour l’Europe, du Conseil de l'Europe, souligne la nécessité de renforcer
la résilience démocratique, de lutter contre la désinformation,
de protéger les droits humains et de renforcer la confiance dans
les institutions démocratiques. La lutte contre la désinformation
concernant la Convention d'Istanbul contribue directement à la réalisation
de ces objectifs. Il est essentiel pour la crédibilité des institutions
démocratiques de veiller à ce que le débat public et les décisions
parlementaires s'appuient sur des faits, la clarté juridique et
les normes en matière de droits humains.
64. En outre, la violence à l'égard des femmes et des filles est
à la fois une cause et une conséquence de la fragilité démocratique.
Les sociétés qui ne parviennent pas à protéger la moitié de leur
population contre la violence et la discrimination ne peuvent pas
pleinement défendre les valeurs démocratiques. La mise en œuvre effective
de la Convention d'Istanbul soutient le Nouveau Pacte Démocratique
n promouvant l'égalité, l'inclusion, la responsabilité et l'État
de droit.
65. Dans son avant-propos au 1er
rapport général sur les activités du GREVIO, Mme Feride Acar, première présidente
du GREVIO et membre du GREVIO de juin 2015 à mai 2019, a rappelé
que dès sa création, la convention a été confrontée à des idées
fausses et de la désinformation sur ses objectifs et sa finalité.
Ces attaques ont parfois conduit à une véritable déformation des
principes fondateurs de la convention.
66. La nécessité de déconstruire les fausses informations et de
défendre avec force les principes et les valeurs de la convention
n'a jamais été aussi forte. Le Conseil de l’Europe a répondu à bon
nombre de ces attaques contre la Convention d'Istanbul par des messages
très clairs, notamment à travers une publication accessible qui dénonce la désinformation et explique les objectifs
et le contenu de la Convention d'Istanbul, à savoir éradiquer la
violence à l'égard des femmes et protéger les droits humains des
femmes.
67. En 2022, la Division de l'égalité de genre du Conseil de l'Europe
a publié une méthodologie et une liste de
contrôle (disponibles en anglais uniquement)
pour aider les organisations de la société civile à mener des campagnes
nationales de communication et de plaidoyer sur la Convention d'Istanbul,
à travers des récits positifs visant à dissiper les mythes et les
fausses informations concernant la convention. Ces outils ont été mis
au point en collaboration avec le réseau Women Against Violence
Europe (WAVE) et ONU Femmes, et peuvent être utilisés pour mener
des campagnes en faveur de la ratification de la Convention d'Istanbul
et améliorer sa mise en œuvre. En 2025, la Commission pour l'égalité
de genre du Conseil de l'Europe a adopté des «Orientations
pour le développement de récits positifs visant à répondre à la
rhétorique anti-genre: Guide pratique pour une communication fondée
sur les valeurs afin de promouvoir l'égalité de genre», destinées à aider les États membres, les organisations
de la société civile et les parties prenantes intéressées à renforcer le
soutien du public en faveur de l'égalité de genre et à promouvoir
des discours constructifs, fondés sur des valeurs, qui placent l'égalité
de genre au cœur de la vie démocratique.
68. Dans la Résolution
2479 (2023) «Convention d’Istanbul: progrès et défis», l’Assemblée
a demandé à tous les parlements des États membres et observateurs
du Conseil de l'Europe, ainsi qu'aux parlements bénéficiant du statut
d'observateur ou de partenaire pour la démocratie auprès de l'Assemblée:
- d’affirmer de manière ferme que la Convention d'Istanbul se concentre sur les femmes et les filles dans toute leur diversité en tant que personnes touchées de manière disproportionnée par la violence fondée sur le genre;
- de reconnaitre que la convention ne menace pas la famille nucléaire ou les valeurs familiales, ni n'impose certains modes de vie;
- de tenir également compte du fait que la convention n'encourage pas la migration irrégulière ou illégale lorsqu'elle s'efforce de garantir que les femmes victimes de violence de la part du partenaire intime ne dépendent pas du statut de résidence de leurs agresseurs;
- de reconnaître que la Convention d'Istanbul fournit un modèle pour les législations nationales et un système efficace d'évaluation et d'assistance dans sa mise en œuvre, et que le partage des meilleures pratiques et la coopération internationale sont importants dans la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique.
69. La Résolution 2614
(2025) «Les droits des femmes en Europe – Avancées et défis»
a appelé les États membres et observateurs du Conseil de l'Europe
à prendre des mesures dans le but s’attaquer aux faibles taux de
signalement et aux niveaux élevés d'impunité des violences à l'égard
des femmes fondées sur le genre. L'Assemblée a recommandé de prendre
des mesures supplémentaires pour prévenir et combattre les formes en
ligne de violence à l’égard des femmes fondée sur le genre et pour
renforcer la lutte contre l'exploitation sexuelle en ligne, en portant
une attention particulière aux risques liés au développement de
l'intelligence artificielle.
70. L'Assemblée a en outre appelé les parlements nationaux à tenir
régulièrement des débats sur la protection des droits des femmes
et les questions soulevées dans la Résolution 2614 (2025), et à se concentrer sur la securisation et l'intégration
des droits des femmes dans la législation nationale dans toutes les
politiques sectorielles.
9. Le rôle des parlementaires dans la promotion de la Convention d'Istanbul, son soutien et le suivi de sa mise en œuvre
71. En 2008, l'Assemblée a appelé
à l'adoption de normes européennes juridiquement contraignantes
en matière de violence à l'égard des femmes: ces normes ont finalement
été inscrites dans la Convention d'Istanbul. L'Assemblée a été étroitement
associée aux négociations et à la rédaction de la Convention d'Istanbul,
ce qui signifie que les représentant·es démocratiquement élus des
citoyen·nes européens ont pu façonner le contenu du traité le plus
progressiste en matière de droits humains visant à mettre fin à
la violence à l'égard des femmes.
72. L'Assemblée a toujours affirmé que la Convention d'Istanbul
était un instrument essentiel pour prévenir et combattre la violence
à l'égard des femmes et la violence domestique, et a appelé à plusieurs
reprises tous les États membres à la signer, à la ratifier et à
la mettre en œuvre efficacement. À travers ses résolutions, ses recommandations
et ses débats, l'Assemblée a joué un rôle clé pour maintenir la
convention au premier plan de l'agenda politique et pour contrer
les discours qui sapent ses objectifs.
73. Les parlementaires ont une responsabilité particulière dans
ce domaine. Comme le reconnaît l'article 70 de la Convention d’Istanbul,
les parlements contribuent au suivi de sa mise en œuvre et jouent
un rôle décisif dans les processus de ratification, l'harmonisation
législative, les décisions budgétaires et le contrôle de l'action
gouvernementale. Au-delà de leurs fonctions législatives, les parlementaires
sont également des acteurs centraux du débat public et sont bien
placés pour lutter contre la désinformation, expliquer le contenu juridique
et les objectifs de la convention et dialoguer de manière constructive
avec les citoyen·nes.
74. Au sein de l'Assemblée, le Réseau
parlementaire pour le droit des femmes de vivre sans violence offre une plateforme unique pour mobiliser et soutenir
les parlementaires engagés dans la promotion de la convention, et
joue un rôle clé dans la promotion de la ratification et de la mise
en œuvre effective de la Convention d'Istanbul. Ces dernières années,
le Réseau a organisé des séminaires entre pairs, accueillis par les
parlements nationaux, permettant aux parlementaires d'échanger leurs
bonnes pratiques concernant leur rôle et leur expérience dans le
suivi de la mise en œuvre de la convention. L'un des principaux
outils de l'Assemblée dans ce domaine est le manuel
à l’usage des parlementaires sur la Convention d’Istanbul, qui a été révisé en 2019 et est disponible en 11 langues,
outre l'anglais et le français.
75. Sous la coordination politique de la rapporteure générale
de l'Assemblée sur la violence à l'égard des femmes, le Réseau a
facilité les échanges d'expériences, soutenu les efforts de ratification
et de mise en œuvre, et offert sa solidarité aux membres travaillant
dans des environnements politiquement sensibles ou hostiles. Le
Réseau favorise le dialogue et mobilise l'action afin de faire de
l'élimination de la violence à l'égard des femmes une priorité politique.
76. Le Réseau prévoit d'organiser d'autres séminaires et auditions
ciblés avec des parlementaires et d'autres parties prenantes concernées
sur des questions thématiques prioritaires, telles que la prise
de mesures pour dénoncer et combattre les idées fausses sur la Convention
d'Istanbul et promouvoir ses principaux objectifs: éradiquer la
violence à l'égard des femmes et protéger les droits humains des
femmes, ainsi que l'échange de pratiques prometteuses.
77. En 2026, un nouveau cours HELP en ligne gratuit sur la violence
à l'égard des femmes et la violence domestique, destiné aux parlementaires,
sera lancé. Ce cours comprendra des outils pratiques sur mesure, fondés
sur des données factuelles, afin d'aider les parlementaires dans
leur travail de promotion de la Convention d'Istanbul et de suivi
de sa mise en œuvre au niveau national.
10. Conclusions
78. Mon rapport vise à dresser
le bilan de plus d'une décennie de mise en œuvre de la Convention d'Istanbul,
à un moment crucial pour les droits des femmes en Europe et au-delà.
Mon objectif était de reconnaître les progrès réalisés par les Parties
dans la mise en œuvre des obligations découlant des quatre piliers
de la Convention d'Istanbul: de la prévention de la violence à l'égard
des femmes fondée sur le genre à la protection des victimes, en
passant par la poursuite des auteurs et la nécessité de politiques
globales et coordonnées.
79. J'ai fondé mon évaluation sur les résultats des travaux de
suivi menés par le GREVIO, notamment ses 37 rapports d'évaluation
de référence et les 15 rapports d'évaluation déjà publiés dans le
cadre du premier cycle de suivi thématique. Je me suis également
appuyée sur les commentaires fournis par les organisations de la
société civile qui œuvrent activement à la promotion des droits
des femmes et à la protection des femmes victimes de violence.
80. Il existe des preuves manifestes que la Convention d'Istanbul
a donné lieu à de nombreuses initiatives et évolutions juridiques
et politiques positives au niveau national, qui ont eu un impact
tangible sur la prévention de la violence à l'égard des femmes et
de la violence domestique, la protection des victimes de violence
à l'égard des femmes fondée sur le genre et la poursuite des auteurs.
Cependant, les progrès ne sont ni uniformes ni stables, car les
priorités, les budgets et les politiques sont susceptibles de changer
lorsque les gouvernements changent.
81. Il est également important de noter que les taux d'abandon
et les niveaux d'impunité restent très élevés. Il est donc nécessaire
de rétablir la confiance des victimes dans le système judiciaire
et de veiller à ce que les personnes chargées de l'application de
la loi soient bien formées pour enquêter et poursuivre efficacement toutes
les formes de violence à l’égard des femmes fondée sur le genre.
82. Les mesures législatives visant à lutter contre la violence
à l'égard des femmes sont nécessaires, mais insuffisantes si elles
ne s'accompagnent pas d'actions visant à s'attaquer aux causes profondes
de cette violence. Investir dans des sociétés plus égalitaires en
matière de genre profite à l'ensemble de la société.
